Ca parlait VO2 MAX, résumé d'études sur la question de son importance
La VO2max n’est pas “le” facteur unique de performance, mais c’est un facteur majeur. Son poids est faible en sprint pur, devient très élevé sur les efforts majoritairement aérobies de quelques minutes à environ une heure, puis reste important mais perd du pouvoir explicatif au profit du seuil, de l’économie/efficience et de la résistance à la fatigue sur marathon, ultra et longues courses cyclistes. Dans les deux sports, les variables intégrées comme la vVO2max, la puissance au seuil lactique, Wpeak ou la puissance critique prédisent souvent mieux la performance que la VO2max seule.
Le point clé est le suivant : la VO2max donne le plafond aérobie, mais la performance dépend surtout de ce que l’athlète sait faire de ce plafond. C’est pour cela que deux athlètes avec une VO2max proche peuvent avoir des performances très différentes. Chez des coureurs élites de 10 km, l’économie de course expliquait 65,4 % de la variance de performance malgré des VO2max similaires. En cyclisme, des groupes avec une VO2max comparable autour de 70 mL/kg/min pouvaient pourtant présenter ~10 % d’écart sur 40 km, l’écart étant davantage lié à la puissance soutenable autour du seuil. Chez des pros de très haut niveau, une meilleure efficience de pédalage peut même compenser une VO2max un peu plus basse.
Autre nuance importante : plus le niveau est homogène et élevé, moins la VO2max brute discrimine à elle seule. Dans des groupes plus hétérogènes, elle corrèle souvent fortement avec la performance. Mais quand tout le monde a déjà une grosse VO2max, ce sont surtout l’économie, le seuil et la capacité à tenir un haut pourcentage de cette VO2max qui font la différence
En cyclisme
Sprint piste / efforts très courts : importance faible.
Chez des pistards de haut niveau, les sprinteurs exprimaient leur capacité anaérobie maximale sur des efforts spécifiques d’environ 70 s et présentaient des cinétiques de VO2 plus lentes que les pistards d’endurance. Cela indique que, sur les formats sprint, la VO2max a une importance directe plus faible que la capacité à produire et répéter une très forte puissance anaérobie.
Poursuite / endurance piste autour de 3–4 min : importance modérée à forte.
Chez les pistards d’endurance, le meilleur profil d’effort anaérobie apparaissait plutôt sur 300 s, et les données d’un squad de niveau record du monde en poursuite par équipes montrent une VO2max élevée (~68,7 mL/kg/min) et un seuil anaérobie élevé (~4,4 W/kg). Ici, la VO2max devient importante, mais l’épreuve reste mixte : il faut aussi transformer cette capacité en puissance spécifique de course.
Contre-la-montre 10–20 km : importance très forte.
Sur 20 km, Wpeak corrélait très fortement avec la VO2max et avec le temps, et expliquait 82 % de la variabilité de performance. Mais sur 16,1 km, des cyclistes avec une VO2max similaire pouvaient avoir des performances très différentes selon leur seuil ventilatoire, meilleur prédicteur que la VO2max. Conclusion : sur ce type d’épreuve, la VO2max est très importante, mais c’est le seuil qui décide de la part réellement exploitable.
Contre-la-montre 40 km / effort d’environ 1 h : importance très forte, mais insuffisante seule.
La performance sur 40 km corrélait fortement avec la puissance moyenne soutenue sur 1 h en laboratoire, elle-même très liée à la VO2 au seuil lactique. Dans l’étude de Coyle, deux groupes avaient une VO2max comparable, mais le meilleur groupe roulait 40 km environ 10 % plus vite et soutenait une plus grande fraction de sa VO2max. D’autres travaux montrent que la puissance critique ou la puissance au seuil prédisent légèrement mieux la performance sur 17–40 km que la VO2max. Donc sur 40 km, la VO2max est un facteur majeur, mais ce n’est pas elle qui départage le mieux les bons des très bons.
Montée : importance très forte, surtout en valeur relative.
Chez des pros, les grimpeurs avaient une VO2max relative plus élevée que les spécialistes du chrono (78,4 vs 70,5 mL/kg/min), et les auteurs concluaient que la performance en côte dépend surtout de facteurs physiologiques rapportés au poids corporel. C’est le cas typique où la VO2max relative et le W/kg prennent le dessus.
Chrono plat / rouleur : importance forte, mais l’absolu compte davantage que le relatif.
Sur le plat, les spécialistes du contre-la-montre tirent davantage parti de la puissance absolue, de l’aérodynamique et de l’efficience. Une étude sur des pros de très haut niveau montrait qu’une meilleure économie/efficience de pédalage pouvait compenser une VO2max relativement plus basse. Une autre concluait que la puissance absolue maximale aide surtout sur les efforts courts plats, alors que la puissance au seuil et à l’OBLA devient plus utile sur les chronos longs et en montée.
Longues courses sur route, classiques, étapes : importance élevée, mais de moins en moins suffisante.
Sur le très long en cyclisme, la “durability” devient centrale. Chez des cyclistes pros, après environ 40 kJ/kg de travail accumulé, la performance chutait significativement, et l’ampleur de cette chute n’était pas reliée aux indicateurs de labo traditionnels. Autrement dit : une très grosse VO2max aide, mais elle n’explique plus à elle seule la capacité à rester performant après des heures de course.
Conclusion
La VO2max est surtout un plafond. Plus l’épreuve est assez longue pour être largement aérobie, plus ce plafond compte. Mais la performance réelle dépend ensuite de trois questions plus importantes encore :
- Quelle vitesse ou puissance tu peux produire à partir de cette VO2max
- Quel pourcentage de cette capacité tu peux soutenir longtemps
- Avec quelle économie/efficience et quelle résistance à la fatigue tu peux le faire.
C’est aussi pour cela que, dans l’entraînement, faire monter seulement la VO2max n’est pas toujours le meilleur levier. Chez des coureurs bien entraînés, on peut améliorer la performance via des gains de vVO2max, d’économie et de seuil sans modification significative de la VO2max elle-même.
La vraie question n’est donc pas seulement “quelle est ta VO2max ?”, mais “quelle vitesse ou puissance peux-tu réellement tenir à partir de cette VO2max, pendant combien de temps, et à quel coût ?”
Sources :
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/8776208/
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/17213889/
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/19997010/
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/11071054/
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/1505544/
Message édité par ogsvart_ le 07-03-2026 à 18:07:40