CR Amiens-Lille en Brompton
A lire en écoutant ce chef d'oeuvre régional : https://www.youtube.com/watch?v=6OUveRTPCj8
Vers juin, je découvre Yoak : récent lillois, qui souhaite faire l'acquisition d'un Brompton et, surtout, qui appartient comme votre serviteur à une élite très particulière d'hommes d'exception que sont entre autre Michu, Jean-Pierre Pernaut et Emmanuel Macron.
Début juillet, on se rencontre IRL à l'occasion d'une kiroule chez Cyclable pour qu'il commande son précieux
Entre-temps, je lui avais proposé sans grande conviction un défi à la con : relier notre chère Amiens sur nos Brompton et faire le retour en TER. De mémoire c'est 115km, et entre 500 et 1000m de D+. Il accepte. A condition d'avoir un peu de temps pour se retaper.
On avait un peu mis de côté le truc. Vendredi je vois qu'il va faire beau et j'ai pas envie de sortir le vélo de route : je lui donne RDV le samedi matin, mais il m'explique qu'il doit aller changer un routeur dans la maison secondaire de Macron; bref j'ai pas trop compris sont excuse de merde. En réponse je l'insulte et ça fonctionne : il propose de faire ça dimanche. Deal !
Autant dire que là, je me demande s'il ne se fout pas de ma gueule. A sa place jamais je n'aurai accepté de faire un tel truc avec son niveau d'entraînement.
De mon côté mes seules inquiétudes concernent la selle que j'ai installée en juillet et jamais utilisée plus de 40mn; et la patience dont je saurai faire preuve pour attendre mon comparse.
Arrive dimanche matin, RDV à la Place de l'Etoile locale à 7h. Il se pointe avec un cuissard et un maillot d'un sous club de pied-ballon. Tah la ficha, heureusement il fait pas encore bien jour.
On décolle. Evidemment je réalise rapidement que je me suis trompé d'endroit où passer le périphérique, ce qui explique pourquoi je ne vois pas la trace à l'écran.
Presque aussi rapidement j'arrange un itinéraire pour nous remettre sur le droit chemin.
Plus on s'éloigne de la ville, plus il fait frais. Sur le Garmin je vois les degrés diminuer aussi vite que les € sur mon compte. Après un bref passage sur des pavés qui mettront évidemment à mal le HB fait par Yoak pour installer un porte bidon (aka cage à contenant liquide vélocipédique), nous rejoignons la Deûle qui est couverte d'un léger voile de gaz lacrymogène brume. Si je connais les premiers hectomètres qui sont roulants, on se fait dépasser par deux VTTistes avant d'atterrir sur un chemin qui s'avère n'être qu'un single tracé dans la végétation. Ça secoue, mais ça passe.
J'ai quand même du mal à trouver un rythme. Soit je distance le collègue, soit je pédale à une cadence inconfortable. C'est le soucis de n'avoir que six vitesses, dur de trouver celle parfaitement adaptée.
J'indique à Yoak qu'on vient de franchir les 12km, soit 10% du trajet, ça ne semble pas lui faire plaisir. Woké.
On finit par sortir du chemin de hallage pour rejoindre la route et ses bagnoles qui passent à 30cm. On attaque par un faux plant montant qui fait drôle.
Nous voici arrivés à Lens, qu'on traverse rapidement pour rejoindre une voie verte pas dégueulasse qu'on suit quelques kilomètres puis retour sur la route. On se retrouve alors à rouler en sens inverse d'un brevet local. Comme à mon habitude je prends un malin plaisir à saluer tout le monde et à constater que si 1/3 me répond avec le sourire, les 2/3 m'ignorent royalement. Le vélo ne change rien à l'affaire, c'est pareil quand je suis habillé en cyclix.
En préparant la trace, j'avais retenu que le gros du D+ serait avant Arras, et que l'on traverserait Lens avant d'atteindre Arras. Sauf que je n'avais aucun souvenir de la distance les séparant. Résultat dès la sortie de Lens, ça attaque.
Enfin ça grimpe mais ça passe pas trop mal. En haut, nous arrivons au mémorial canadien de Vimy (un signe dirons certains, une simple forêt dirons d'autres) avant de descendre tranquillement vers Arras.
La montée m'a permis de trouver comment je peux rouler : à mon rythme, et j'attend Yoak aux POI. Il ne s'en plaint pas donc ça doit lui convenir aussi.
Dès la sortie de Lens, on avait croisé des chasseurs qui se préparaient à partir titiller le perdreau, et plus on avance, plus ça canarde dans tous les sens, parfois très près de nous. L'assurance n'est pas totale.
Alors que nous entrons dans les zones HLM d'Arras, on entend toujours le doux chant des fusils écologiques. Quelle chance ont ces habitants.
C'est laid, évidemment, mais étrangement il y a quantité d'aménagements cyclables. Par contre il ne faut pas trop en demander, les bandes cyclables font à peine 40cm de largeur, c'est ridicule.
A la sortie de la ville, Yoak montre les premiers signes de faiblesse. Il est 11h, et une dizaine de kilomètres de voie verte nous attendent avant de débrayer plein sud et nous laisser descendre vers Amiens. Négociations pour se faire la voie verte avant de s'arrêter : check. On s'engage donc sur cette autoroute de la douceur; c'est magique, revêtement de qualité, ça pointe tout droit sur des kilomètres, de rares intersections avec de petites routes nous obligent à ralentir, mais sinon ça roule tout seul, entre les marcheurs, runners, cyclistes, rollers...
Au bout de la voie verte, un espace pic-nic nous attends, parfait. Pendant que je me fais un sandwich PB/gel caramel au beurre salé
ce sale carniste se siffle un demi tube de bouillie de porc. Allah nous regarde, mécréant
Ça discute et résultat il est rapidement 13h. Autant dire qu'avec les 45km qui nous attendent, on ne sera jamais arrivés pour 14h comme j'avais essayé de l'estimer. Mais osef, il fait beau, il fait bon, c'est ça la vie.
Quand j'avais vendu au collègue qu'après la pause ce ne serait qu'une lente descente, j'avais une petite pensée pour Minoui, car si l'arrivée est située environ 120m en dessous d'où nous étions, la réalité de la Picardie c'est que tu passes ton temps à monter et descendre, ce qui n'est pas vraiment au goût de Yoak. Malgré cela il continue d'avancer à son rythme et les kilomètres défilent doucement mais sûrement.
Alors que nous avions enfin relié la D11 qui devait nous emmener tout droit vers la capitale picarde, des travaux nous forcent à dévier notre trajectoire et l'itinéraire balisé prévoit de nous faire emprunter une nationale. (Ivan) no way.
On tire jusqu'à Villers-Bocage où l'on profite du très beau et très nouveau cimetière pour refaire le plein avant de bifurquer de nouveau pour rejoindre la D11 via des petites routes.
Comme un doigt d'honneur de la DDE, le revêtement de cette route est à chier et jusqu'au panneau Amiens, c'est un mini Paris-Roubaix qui se présente à nous.
Finalement on atteint le rectangle métallique tant attendu, et après une séance photo, nous remontons sur nos destriers en direction de la gare. Où que se placent mes yeux des souvenirs resurgissent.
Exercice de mémoire que nous effectuerons ensuite à deux en s'arrêtant à côté du Parc Saint-Pierre.
Tout ceci nous ayant pris du temps, nous arrivons trop tard pour le 16h38 et décidons d'attendre le prochain en trouvant avec difficultés un troquet ouvert.
Voilà, c'est fait. Une promenade historique avec le meilleur vélo du monde. Un objectif de réalisé en 2019.
Ce que je retiendrai :
- un itinéraire bien plus intéressant que prévu; ça aurait été difficile de faire mieux sans rajouter 40 bornes. Il faut faire des choix.
- à aucun moment je ne me suis senti limité par le vélo. Il suffit de s'accorder avec les braquets disponibles, et voilà. Tout est passé sans soucis. Par rapport au temps de vélo, j'ai même eu bien moins de douleurs qu'avec le route.
- ce n'est pas parce que c'est la mi-septembre que la crème solaire devient facultative
- c'est finalement très plaisant de rouler à un rythme cool, prendre son temps, regarder le paysage, respirer... Mais je suis bien incapable de faire ça seul.
- sincèrement très impressionné par Yoak. A sa place je n'aurai jamais accepté de faire ça. Et je m'attendais à ce que ça soit beaucoup plus compliqué. Bravo. ![[:crevetteman:5] [:crevetteman:5]](https://forum-images.hardware.fr/images/perso/5/crevetteman.gif)
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Roads aren't just for vehicles—they are for people.