Bonjour à tous,
J'ai découvert ce topic il y a longtemps, et je l'ai toujours trouvé intéressant. Suite à un gros changement de ma vie, je souhaitais partager avec vous mon cheminement. Bien entendu, pas pour le plaisir de raconter ma vie, mais parce qu'en 2 ou 3 ans, ma relation par rapport à l'objet a considérablement évolué. Et d'une certaine façon, j'ai le sentiment d'être devenu assez proche du minimalisme.
Le gros changement dans ma vie, c'est qu'il y a un gros mois, j'ai quitté la France pour tenter de m'installer au Japon.
Avant, j'étais un gros cumulard. D'abord, les collections (jeux, mangas, etc). Ensuite parce que je suis naturellement tenté de "garder dans le doute".
Résultat, mon premier vrai appart s'est retrouvé submergé par du bordel. J'ai alors changé pour un 52m², ce qui est quand même grand pour un adulte seul... mais petit à petit, je sentais que ça se remplissait encore et encore.
Avec le recul, je me rends compte que ma relation avec l'objet était assez malsaine. A force de tout garder, l'appartement devient vite assez chargé, puis bordélique. Donc difficile à nettoyer par exemple, ce qui est vite décourageant. Sans pour autant que ça ne devienne dégueux, même avec motivation, il reste toujours des poches de saleté: coins difficiles à atteindre, poussières oubliées ici ou là, pile de trucs qu'on ne sait pas où mettre... Pour un obsessionnel comme moi, cela finit par dégrader la perception qu'on a de son environnement. Et du coup, cycle vicieux, on achète pour essayer de rendre son intérieur plus sympa, un peu pour cacher les problèmes?
Pour les collections, c'était clairement devenu un piège. D'abord on accumule, et on finit par toujours vouloir plus. Il faut alors toujours plus d'étagères, de stockage, de m². Parfois on se dit que ça va un peu loin, mais l'effort pour collectionner est tel que c'est comme le casino: "j'ai pas mis tout ce temps, cet argent et cette énergie pour tout foutre en l'air". On finit par payer une assurance "parce que ce serait con de tout perdre dans un incendie", et même par renoncer à la mobilité "parce que déménager tout ça, ça va être pénible".
Bref, j'ai eu un premier déclic quand j'ai vraiment dû déménager, pour passer d'un 28m² à un 52m². J'ai été surpris par la difficulté à organiser et déménager physiquement l'ensemble. Des dizaines de cartons, la logistique... Et surtout le premier vrai tri. Motivé par ce topic, je m'étais décidé à faire un tri que j'estimais déjà rigoureux, par exemple dans les jeux. Et de facto, j'ai fini par dégager l'équivalent de 3 cartons, sur les jeux. La première fois, le premier gros lot, alors que c'était objectivement de la merde, ça a été un vrai déchirement.
Mais à chaque fois, c'est devenu plus simple, plus facile. Alors qu'on commence par des trucs sans intérêt, on finit par se séparer sans trop réfléchir de "petits trésors". Je me suis imposé des règles, comme "si tu l'as en double, ça dégage, si en vrai tu ne penses pas y rejouer, ça dégage".
Pour les objets, c'est la même idée: "si tu t'en sers pas depuis 5 ans, ça dégage". Les habits, etc.
Arrivé dans mon nouvel appartement, j'ai mis de côté cette optique minimaliste, et j'ai acheté quelques meubles pour m'installer. A ce moment là, pour des raisons divers, mon envie de partir au Japon a commencé à faire surface, et j'ai fini par m'y préparer pendant un an.
Et donc, pendant un an:
- j'ai littéralement vidé mes collections. Les jeux physiques, par exemple, je n'en ai gardé que 20%. J'ai dégagé des pans entiers (telle console avec son ensemble de jeux par exemple).
- les objets, j'ai benné des centaines de litres de trucs. Et ça m'a fait du bien. Comme un vrai soulagement. Je gardais des trucs tellement sans intérêt, cheaps, que j'ai fini par m'en vouloir de ne pas l'avoir fait plus tôt.
A l'arrivée, surtout pour les collections, j'en ai retenu les points suivants:
- la vraie valeur d'une collection est bien éloignée de celle qu'on lui attribue. La réalité, c'est que 80% de ma collection n'avait pas vraiment de valeur. J'en ai quand même tiré quelques centaines/milliers d'euros, mais franchement c'est un investissement merdique.
- dans ces collections, une partie monstrueuse (à mon avis) d'objets n'apporte qu'une satisfaction très très relative.
- quand je pense aux soucis que ça me causait, à mes obsessions (achats en état nickel, voire neuf, protéger avec des pochettes, etc), je me trouve bien ridicule d'avoir été à ce point esclave de mes objets. Aujourd'hui, là où je suis, j'achète du cheap, de l'occasion, et ça me va très bien. Par exemple je me paie un manga pour même pas un euro, c'est un peu usé, je le lis, et ça m'apporte autant de plaisir qu'un manga neuf sous plastique. Et quand je l'abîme (par exemple en prenant une grosse pluie surprise sur la tronche): je m'en moque totalement.
Je me suis autorisé à stocker quelques trucs tout de même chez les parents: le reste des collections, quelques trucs un peu précieux. J'ai bazardé une grande partie des meubles, et j'en aurai bazardé plus encore si mes parents ne m'avaient pas freiné. C'est en effet un truc de famille, "de garder dans le doute".
Pour en revenir au minimalisme, je tente donc de construire une nouvelle vie. Pour ça...
- Je ne m'autorisais que le max de bagages autorisées par la compagnie aérienne. Je suis donc parti avec environ 70 kg de choses. Sur le moment, j'ai cru que ça allait être bien trop peu. En vérité, après un mois: j'ai pris trop de vêtements et j'aurais pu partir avec une valise de moins.
- Japon oblige, je suis soudainement très très très contraint sur le logement. Déjà je n'ai pas de salaire actuellement, ensuite les surfaces sont petites, et il existe une probabilité importante que je retourne en France après 1 ou 2 ans. Dans ce cas, tout ce que j'achète ici peut potentiellement être jeté dans 1 ou 2 ans.
Aujourd'hui, je vis dans 21m². J'ai exactement un bureau Ikea très basique, un fauteuil de bureau à 50 euros, un ensemble de 2 futons, un minimum de vaisselle.
Pour des raisons évidentes, j'ai acheté un pack frigo/lave linge/micro ondes d'occasion, basique, à très petit prix.
Ajouter à ça un PC portable, de petites enceintes, quelques bricoles, et tout un tas de boites plastiques pour ranger mes fringues, mon petit bordel...
Aujourd'hui, même si je trouve l'appartement petit, je me sens vraiment bien. Je sais que rien n'est vraiment précieux, à part peut-être mon PC. J'ai appris à jeter/vendre/donner sans trop de difficultés, à remettre l'objet à sa place: celle où il doit servir son propriétaire, et pas l'inverse.
Au Japon, c'est difficile de rester minimaliste: la pression consumériste est très forte, et les très bonnes idées donnent vraiment envie d'acheter. Après, je suis vraiment étonné par l'aspect fonctionnel de l'appartement: c'est très petit mais très bien pensé. J'imagine que c'est une réponse intelligente à la problématique du cumul: on finit par acheter aussi beaucoup pour compenser les aspects un peu foireux de son milieu. Si je dois revenir en France, je chercherai un appartement plus petit, mais le plus fonctionnel possible.
Dernier point, coincé par la surface et les habitudes locales, j'ai fait mon deuil de certaines choses qui me semblaient très importantes. Par exemple, le fauteuil pour s'asseoir. J'avais de gros fauteuils bien volumineux avant, bien galère à déménager. Aujourd'hui, j'ai 2 coussins à 6 euros, et je m’assoies par terre. J'avais une machine à laver la vaisselle et ça me semblait indispensable. Aujourd'hui, un évier, une mini cuisine bien conçue, et ma vaisselle est plus souvent faîte. J'avais un ensemble d'ustensiles de cuisine, galère et encombrant, aujourd'hui je fais tout avec 2 brûleurs au gaz, une poêle ikea à 10 euros, un faitout Ikea à 8 euros, et je fais plus souvent la cuisine qu'en France.
Voilà, encore merci, parce qu'au fond vous m'avez un peu aidé à réaliser mon envie.
Dernier point, très lié au Japon, mais qui constitue sans doute un point important pour avancer vers une forme de minimalisme: la mutualisation du matériel. Si les apparts pour célib sont petits au Japon, c'est parce que le besoin n'est pas le même qu'en France: on y dort, on y fait sa toilette, on s'y repose, mais ça ne va pas beaucoup plus loin. Pour tout le reste, il est naturel et facile de le faire DEHORS. Ce qui implique donc une offre large, variée et massive, ainsi que des prix faibles (ou plutôt une gamme de prix très larges).
On mange dehors facilement, on étudie dehors facilement dans un café, on sort entre amis pour pas grand chose, les relations amoureuses se font en grande partie dehors (y compris pour la vie intime, même s'il n'y a pas d'obligation absolue). On a pas besoin de stocker, parce que les commerces sont toujours ouverts (le garde-manger est au bout de la rue), on a pas besoin de grosses voitures parce qu'on a de très bons trains, et au pire des vélos stockés dans des parkings collectifs, les filières de recyclage marchent bien (électro ménager, boutiques d'occasion, book off...). Pour les fringues, le concept du nettoyage à la japonaise pousse à limiter le nombre de vêtements (mais à ne pas hésiter à investir un peu dedans, question de représentation en société). Les cycles machines sont très courts, à l'eau froide (bon ça, je suis pas fan, mais du coup il y a moins de scrupules à laver les vêtements d'une ou deux journées), on en fait une tous les matins, ça sèche en journée. Ça tourne par petits volumes, ça sèche en petits volumes, et au fond avec une poignée de vêtements on peut tenir très longtemps.