the_Prodigy a écrit :
combien de fois la(les) bible(s) a été remanié ?? d'ailleurs les théologiens sont incapables de dénombrer le nombre de fois que les textes ont été changer, et déjà a l'époque de jésus "évangiles selon ..." (matthieu, marc, luc, jean ...). Jésus vint, ou plutot Dieu le fit venir sur terre pour apporter la bonne nouvelle, ce que les musulmans appellent Injil (évangile). Ce qui montre encore une fois que les textes sont des supports, indispensables à l'homme afin d'interpreter ces messages.
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Pardonnez l'intervention en mode "pieds dans le plat" d'un nouveau participant à ce fil.
Je me pose sincèrement des questions... Bible remaniée, textes changés, interprétation des messages. Textes écrits (pour certains) postérieurement aux faits. Rajoutons à cela les changements de langue (dont si j'ai bien compris des traductions depuis des langues mortes), des changements importants de contextes (sociaux, philosophiques, scientifiques,...). Tout cela mélangé pour arriver aux textes que nous pouvons actuellement tenir dans nos mains, qu'il s'agisse de la Bible, du Coran, ou de n'importe quoi d'autre. Et quoi ? On doit prendre ça pour argent comptant ?
Un exemple. Supposons un fait divers relaté en latin. Présentons-le à une personne maîtrisant le latin. Demandons-lui de relater ce fait divers oralement à quelqu'un d'autre toujours en latin. Et faisons passer de bouche à oreille. A la dixième paire d'oreilles, traduisons-le en grec. Et c'est reparti pour une séance de transmission orale. A la 20è fois, le message n'aura plus rien avoir avec le message original. Et ce sur quelques jours. Dans le domaine qui nous occupe, on parle en siècles ! Comment espérer une transmission sans biais ?
Autre exemple, à propos de l'idée d'interprétation des textes. Sommes-nous bien tous d'accord pour reconnaître que l'interprétation d'un texte n'a aucun rapport avec la "vérité" ? Il me semble qu'interpréter, ça revient à faire passer une information par les filtres de la perception humaine. Filtres propres à chaque individu. Le résultat est donc _forcément_ biaisé. _Forcément_ subjectif. Prenez 10 personnes, faites-leur lire un texte (un truc scolaire classique, genre Lamartine ou Chateaubrian) et demandez-leur une interprétation, vous allez en avoir au moins 6 ou 7 différentes. Certes, peut-être que les grandes lignes seront les mêmes, mais avec de fameuses différences sur certains détails.
Dernier exemple, la relation d'un grand conflit, comme par exemple la première guerre mondiale (je ne prends pas la seconde, car les enregistrements étaient déjà relativement courants et ça fausse tout). C'était y a "même pas" cent ans. Alors bien sûr, on peut trouver facilement les grandes lignes de ce qui s'est passé. Les grands mouvements de troupes, les grands affrontements,... De là à retrouver ce qui s'est passé en détail, ce que machin à dit à truc-muche, et ce que bidule à compris quand bazar lui a dit telle chose, y a franchement une marge. Tout ça est en grande partie oublié, perdu à jamais.
Sachant tout ça, quelqu'un pourra-t-il m'expliquer simplement comment en 2004, on trouve toujours autant de gens (des millions de personnes, pour ne pas dire des milliards) qui calquent leur mode de vie sur ces textes qui n'ont plus le moindre rapport avec les textes originaux ? Parce que c'est bien ça qui se passe : que ce soit à propos de la nourriture (ne pas manger de porc, ne pas manger de viande le vendredi saint,...), de l'habillement (les femmes qui se voilent le visage en public,...), le mode de vie (découpage en temps de prière),... tout ça semble provenir de l'interprétation des textes. Comment croire qu'actuellement, on possède un compte rendu fidèle de ce qui s'est passé à telles noces, ou ce qui s'est exactement dit à telle dernière cène ? (Je parle de la Bible que je connais pourtant à peine, parce qu'au niveau du Coran, j'avoue ne pas en toucher une). Comment penser qu'à la toute première diffusion du contenu du texte (autrement dit l'édition originale, si on veut), les références à la nourriture par exemple sont telles qu'elles le sont actuellement ? La question est sincère, c'est quelque chose que je ne comprends réellement pas.
D'autant que ça ne remet aucunement la foi en cause. On peut très bien croire en une divinité, croire à la Création, tout en émettant de sérieux doutes sur les textes que nous avons devant les yeux. Voire même en les considérant ni plus ni moins comme des romans. Ou des légendes.
Et encore, ça, c'est en supposant que les textes originaux aient bien recelé un message divin. Et pas les élucubrations d'on-ne-sait quel rigolo de l'époque. Or, y a un truc que je n'ai pas vu abordé dans ce fil, c'est la question de l'origine des religions. Pourquoi un tel avènement. D'après ce que j'en ai lu, et d'après mon cours sur le sujet (dispensé par un abbé, je tiens à le préciser), tout est venu d'un besoin primaire de l'Homme. Un besoin de sécurité. Et ça se tient. Dans l'évolution de l'homme, il y a eu un moment ou devenant de plus en plus homme (ou de moins en moins animal selon le point de vue), notre ancêtre a commencé à flipper. Et c'est bien compréhensible : quand on n'a pour ainsi dire aucune compréhension du monde qui nous entoure, quand on évolue dans une situation de survie plutôt que de vie, il est facile d'imaginer que la vue d'un congénère qui s'effondre instantanément (rupture d'anévrisme par exemple) et qui tombe inanimé soit particulièrement traumatisante. Que faire pour appaiser les craintes ? Faire intervenir tout un système qui adoucit les angles, qui répond aux questions. "Pourquoi on est là ?" -> "Parce qu'IL nous y a mis". "Pourquoi on meurt ?" -> "Parce qu'il l'a décidé". Et ainsi de suite. Ca résoud le problème. Chaque question trouve ainsi une réponse. La peur s'envole.
Sauf que même si on arrive à rassembler de la sorte 99% d'une population, il reste toujours le petit pourcent d'irréductibles pour venir semer la zizanie. Comprendre : "pour venir poser les questions qui dérangent et mettre le doigt sur ce qui ne va pas". Ce pourcent est très gênant, car il met en cause la sécurité de 99% rassemblés. Que fait-on ? Au choix, et suivant l'époque, on brûle, on excommunie, on exécute, on nie,... Avec le temps qui passe, on revoit certaines choses, pour être sûr que les 99% restent bien groupés, et ne perdent pas quelques pourcents en cours de route, qui iraient alimenter les irréductibles du début. Parce qu'avec notre compréhension du monde qui augmente exponentiellement, avec notre sécurité qui fait pareil (même si on peut avoir l'impression d'une certaine précarité en ce domaine à l'heure actuelle, force est de constater que la durée de vie moyenne d'un être humain a triplé ces quelques derniers milliers d'années), de plus en plus de "99%" risquent de se dire qu'ils n'ont plus besoin de tout ça pour vivre heureux. Car la question "qu'est-ce que je fais ici ?" fait beaucoup moins peur qu'avant quand elle reste sans réponse.
Mais quand bien même. On dit souvent que Dieu est bon, Dieu est amour, Dieu est pardon. Que doit-on considérer comme important ? Le fait d'avoir vénéré un Dieu toute sa vie, ou bien le fait d'avoir vécu sa vie dans le respect du Monde et de l'Autre. Je pose la question pour les amateurs de l'image de la balance : "à la fin, qu'est-ce qui penchera le plus dans la balance ?". Personnellement, je vais même plus loin. J'imagine que Dieu est (=existe) et que truc-muche, jeune défunt, se présente à lui. Je vois Truc-muche comme ayant vécu toute sa vie non-croyant profond mais respectueux de la Création dans son ensemble (alors même qu'il a toujours nié toute intervention créatrice divine). Et bien je me dis que s'il est pénalisé (puni) d'une quelconque manière, alors Dieu n'est pas si bon, si juste. Et donc Dieu bon, amour, pardon n'est pas. Et dans ce cas, je préfère d'autant plus ne pas passer ma vie à le vénérer. Par conséquent, si Dieu bon, amour, pardon est, alors je n'ai pas besoin de le vénérer au quotidien. J'ai juste à essayer de vivre du mieux que je peux, en harmonie et respect avec sa création.
Une dernière analogie, pour la route. Quand ma copine me prépare un repas, j'aime bien qu'elle me le prépare _pour elle_. Autrement dit, je préfère qu'elle prépare un truc que j'aime bien et qu'elle adore, plutôt qu'un truc que j'adore et qu'elle aime bien. La nuance est là. J'ai le plaisir de son plaisir. Je me dis que si Dieu est amour, alors il voit les choses pareillement. Il préfère de loin les gens intrinsèquement bons (= bons pour eux, pour le simple "plaisir" d'être bons, parce qu'ils se sont "cultivés" comme ça) aux gens bons par intérêt (ceux qui le vénèrent plus en espérant le paradis, la vie éternelle ou que sais-je encore, que pour le plaisir profond de le vénérer).
Car oui, je trouve que la seule évocation d'un pardon éternel, ou d'une récompense quelconque envers nous lorsque nous paraîtrons devant l'éternel est terriblement choquante. Si nous sommes vraiment en relation avec Dieu, on devrait avoir la décence de ne même pas en parler. Ca ne devrait absolument pas intervenir à notre niveau, dans nos choix, nos actes,... On ne devrait pas non plus le remercier à l'avance pour ce qu'il fera. On le remerciera après. L'image à laquelle je pense, c'est Jacquouille la Fripouille devant Godefroid de Montmirail (dans les visiteurs). Ce personnage empreint de dévotion pour son "maître" qui ne lui reconnaît à la limite pas le droit d'exister, simplement parce qu'il sait que dans quelques heures, il pourra manger les restes du repas. C'est un peu à ça que je pense quand j'entends parler du pardon divin.
Message édité par BigJoke le 01-06-2004 à 22:55:42