HumanRage a écrit :
"dono" : super respect, genre le truc juste en dessous de l'empereur (ske g retenu des explications en direct live ke me fait parfois mon pote )
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Ouais, enfin bon, -dono, dans la langue parlée courante, tu m'expliquera quand il est employé... C'est juste une forme ecrite de la correspondance commerciale de nos jours, non?
Bon, un dernier Hors-Sujet:
* Un premier point (je simplifie outrageusement la psychologie japonaise, et je m'en excuse a l'avance): Dans la psychologie japonaise, on fait normalement partie d'un groupe. On a pas une opposition moi//les autres, mais moi/mon groupe//les autres. Ce qui est oppose aux autres (la notion de soto en japonais) c'est moi+mon groupe (le notion de uchi en japonais). Ce groupe, selon les circonstances peut etre la famille, les amis, la classe, les collegues, les camarades de promotion d'une grande ecole... Ca explique en particulier la reticence des japonais a se mettre en avant: se mettre en avant, c'est sortir du groupe, et etre isole, ce qui pour un japonais est psychologiquement une des pires choses.
* Deuxieme point, la societe japonaise est hierarchisée, pour des raisons aussi bien historiques que religieuses (notion de karma bouddhique) ou philosophiques (confucianisme)... Ce sont des notions apprises des l'enfance (pratiquement en meme temps qu'un enfant apprend a communiquer IMHO) et qui sont naturelles pour un japonais. Savoir qu'il y a une hierarchie et qu'on y a une place est une notion relativement confortable [On s'eleve naturellement pour diverses causes: l'age, le changement de statut social (se marrier pour une femme) et d'ailleurs, il n'est pas totallement exclus de pouvoir s'élever, par ses merites, dans cette hierarchie]. C'est d'ailleurs d'apres les psychologues ce que font deux japonais ne se connaissant pas lorsqu'ils se rencontrent: evaluer leur statut hierarchique respectifs. A priori, un etranger a un statut tres bas, sauf lorsqu'il acquiert temporairement un statut autre: client, hôte...
* Troisieme point: il y a recopie du schéma parent-enfant dans d'autres contextes, c'est la notion sempai-kohai, qui consiste en une relation d'autorité entre une personne plus agée et une personne plus jeune dans un meme groupe psychologique (cf le point 1). Noter que cette relation n'est pas automatique (mais l'est quasiment dans certains contextes, comme les contextes scolaires entres les eleves de classes superieures et ceux de classe en dessous): il faut
a) que le plus jeune indique qu'il se soumet volontairement a cette autorité.
b) que le plus agé accepte cette responsabilité.
C'est une relation plutot paternalisante, ou le sempai accepte d'agir dans les interets du kohai si l'occasion se presente, et ou le kohai se met a la disposition du sempai afin de l'aider dans ses taches, sans (en principe) discuter les ordres qu'il recoit [ Le fait de declarer au sempai qu'on accomplira pas volontairement un ordre, provoque la coupure irremediable de la relation sempai-kohai, et une hostilite entre les deux, puisque le kohai manifeste qu'il estime le sempai incapable d'avoir la responsabilite necessaire pour etre un sempai. Noter que ce type de rupture est rare, car ca implique de se mettre en avant, se couper d'un groupe (le sempai et ses kohais) qui lui devient hostile...]
* Quatrieme point: Dans la psychologie japonaise (et d'autres populations asiatiques aussi) accepter l'aide de quelqu'un qui ne vous est pas psychologiquement lié vous rend son debiteur a vie. Accepter un cadeau ou meme de l'argent n'entre pas vraiment en ligne de compte ici, ni accepter l'aide de quelqu'un dont c'est le travail. Si le contexte fait qu'on ne reverra plus jamais a priori cette personne, il n'est pas trop genant non plus de d'accepter son aide (donc accepter l'aide d'un parfait inconnu pour mettre sa valise dans le porte bagage d'un train) quoique en general, un japonais refusera systematiquement a la premiere offre d'aide, meme si manifestement il en a besoin [et normalement, la personne qui lui offre son aide, lui propose a nouveau, et alors il accepte]. Ca explique aussi l'hostilite dans le cas d'une rupture sempai-kohai: le debiteur refuse de s'acquitter d'une dette qu'il a contractée. Dans le cas de relations a l'interieur d'un meme groupe, il y a souvent dettes reciproque, ce qui fait un lien renforcé. Mais il est pas rare de voir dans un anime la situation ou quelqu'un dit: "Je t'ai aide autrefois, tu ne peux pas refuser de m'aider maintenant", et effectivement, dans la psychologie japonaise, il ne peut pas refuser, sauf autres contraintes plus fortes d'obligations envers un superieur, un autre envers qui il est aussi debiteur...
* Cinquieme point: en japonais, il est impensable de dire a la place de quelqu'un ce qu'il ressent (physiquement ou psychologiquement) on ne peut pas dire: il a froid, ou il a mal, mais on dira: il a l'air d'avoir froid, ou il dit qu'il a mal...
Bon retour a la langue.
En japonais, il y a grosso modo 3 choses:
- La maniere dont on parle de soi ("tournures de depreciation" )
- La maniere dont on s'adresse a son interlocuteur ("tournures de politesse et de respect" )
- La maniere dont on montre du respect envers la personne dont on parle ("tournures de respect" )
[ il peut y avoir un melange des deux dernieres si la personne dont on parle et la personne a qui l'on parle sont la meme ].
Ca se traduit au niveau du vocabulaire employé (les celebres prefixes de politesse o- et go- en particulier) et surtout, au niveau du verbe final (ou de la tournure verbale finale) de la phrase.
- La maniere dont on parle de soi (et des personnes du meme groupe psychologique): Afin de ne pas se mettre en avant, il y a tendance a parler de soi de maniere depreciative. Bien sur, on ne parlera pas de maniere depreciative de soi envers un inferieur, mais on l'emploiera lorsqu'on s'adresse a un superieur.
Autrefois, il y avait des mots speciaux avec les suffixes gu- (stupide [gu-sai = ma femme]) ton- (porc [ton-ji = mon fils]) hei- (plein de defauts [hei-sha = notre entreprise]) setsu- (maladroit [sek-ko = mon manuscript]) mais ils ont disparu de la langue parlée (on en trouve certains dans la langue ecrite). Il ne reste de plus ou moins courant que shujin et teishu pour "mon mari" et kanai et nyoubou pour "mon epouse". Il y a par contre des verbes et des tournures verbales spécifiques (gozaru est le verbe depreciatif pour aru, oru celui pour iru, o-Verbe a la forme conjonctive + suru ou itasu...)
- La maniere dont on parle a son interlocuteur:
On va mettre plus ou moins de politesse pour mettre plus ou moins de distance (hierarchique, psychologique) entre elle et la personne qui parle. L'emploi de la politesse temoigne aussi du fait qu'on s'adresse directement a une personne: on n'en trouve normalement pas en style ecrit lorsque l'ecrit ne s'adresse pas a une personne particuliere. On peut tres bien utiliser de la politesse envers un inferieur a priori, sauf dans certains contextes. Il est normal d'en employer envers un supérieur. En fait, lorsqu'il n'y a pas d'emploi de tournure de politesse entre deux interlocuteurs, cela connote une complicité, intimité plus ou moins forte.
Dans la langue, la politesse se traduit par des mots speciaux (les prefixes o- et go- tellement employés, que pour certains mots comme o-cha, le thé, et beaucoup d'autres, les mots ne sont plus associés a la notion de politesse. Dans nombre de cas, ces prefixes ne marquent pas la politesse, mais le respect [cf plus loin]) et des tournures verbales specifiques (en particulier, le celebre suffixe -masu)
Lorsqu'on parle a un superieur, on marque aussi le fait que la personne a qui l'on s'addresse vous est superieure par des tournures specifiques, dites honorifiques.
Dans la langue, cela se traduit par des mots speciaux (les prefixes o- et go- sont aussi employes dans ces contextes, tels otoosan, okaasan) et des verbes ou des tournures verbales specifiques (kudasaru est la forme honorifiques pour kureru [donner], ossharu pour iu [dire], o+verbe a la forme conjonctive+ni+naru...)
On peut montrer dans la langue qu'on parle a un superieur (emploi de tournures de respect) avec qui on a un certain degre d'intimité (pas ou peu d'emploi de tournure de politesse)
- La maniere dont on montre du respect envers la personne dont on parle
Voir ce que j'ai dit precedemment au sujet des tournures de respect. A priori, on ne peut les employer que si la personne dont on parle est hierarchiquement superieure a l'interlocuteur (et bien sur soi meme) lorsque ce n'est pas l'interlocuteur.
Bon, je n'ai fait qu'effleurer le sujet (j'ai des bouquins de plus de 100 pages sur les diverses tournures verbales et nominales pour marquer la dépreciation, la politesse, le respect...), et avec l'evolution de la langue, certaines formes qui marquaient le respect ou la politesse se sont figées et sont utilisées assez mécaniquement (itadakimasu par exemple). Toutes ces formes (et en particulier dans les cas complexes des verbes pour donner et ou recevoir, qui changent selon les niveaux de hierarchie respectifs de qui donne et qui recoit [et qui en parle]) forment un des 3 ou 4 points difficiles de la grammaire (et de l'apprentissage) du japonais.
Un dernier petit exemple: comment dire Stop! Arretes toi! arretez vous! Veuillez vous arreter! Veuillez me faire le plaisir de vous arreter! Voudriez vous bien vous arreter! Pourriez vous vous arreter! (la meme notion, avec des degres divers de politesse, comme quoi il n'y a pas qu'en japonais...):
Le verbe de base est tomaru, il signifie arreter de se deplacer, de bouger...
tomare /tomar-e imperatif de tomar-u/ ordre militaire, officiel ou par qq'un en colere. Figure sur les panneaux routiers de stop.
tomatte kure /tomar-te ku-re imperatif de la forme en -te kuru de tomaru, qui indique une action faite en direction de celui qui parle/ ordre assez fort, plutot du langage masculin
tomari-nasai /tomar-i-nasa-i imperatif du verbe compose avec le verbe de respect nasaru/ forme d'imperatif employe par les meres envers leur enfant, les profs envers leurs eleves...
tomatte /tomar-te/forme abbreviee de tomatte kure, ordre un peu moins fort.
tomatte kudasai /tomar-te kudasa-i forme imperative de tomatte kudasaru, kudasaru etant un verbe de respect correspondant a kureru verbe qui indique que le locuteur beneficie de l'action du verbe effectuée par l'interlocuteur/ la forme d'imperatif la plus neutre
tomatte choudai forme d'imperatif entre personnes d'un meme groupe psychologique, pas envers des superieurs, assez courant dans un usage familial, car a une connotation d'intimite assez forte
o-tomari-kudasai, o-tomari-ni natte kudasai, formes plutot feminines, caracteristiques de la politesse employée dans les hotels, magasins...
tomatte kurenai? tomatte kurenai ka. tomatte kuremasen ka. tomatte kudasaranai? tomatte kudasaimasen ka. Ici, les formes de commandes sont mises sous formes interrogatives avec l'idée que l'interlocuteur est la volonté d'effectuer l'action, afin de les rendre plus polies ("Vous ne voudriez pas vous arreter?" )
tomatte moraenai? tomatte moraenai ka. tomatte moraemasen ka. tomatte itadakenai? tomatte itadakenai ka. tomatte itadakenai? Ici, les formes de commandes sont mises sous formes interrogatives avec l'idée que l'interlocuteur a la capacité d'effectuer l'action, afin de les rendre plus polies ("Vous ne pourriez pas vous arreter?" ) Ces formes sont plus polies que les precedentes, car elles ne font pas explicitement reference a la volonte de l'interlocuteur.
tomatte hoshii, tomatte hoshii-ndesu ka. tomatte moraitai-nda kedo. tomatte moraitai-ndesu ka. moratte itadakitai-ndesu ka. Ici, les formes de commandes sont mises sous formes de requetes de la part de l'interlocuteur ("Je desirerais que vous vous arretiez" ). Ce sont des commandes suffisament attenuées afin que si l'interlocuteur ne s'arrete pas, cela ne prete pas a consequence
......
Bon j'arrete là le hors sujet, mais le sujet est loin d'être epuisé.
A+,
Message édité par gilou le 21-12-2004 à 17:11:14