MantaFahrer a écrit :
Bonjour, on vous a déjà fait le coup de la BM qui n'est pas une BM ?
Nous sommes en Bavière, au milieu du XIXe siècle. Dans un petit patelin entre Munich et Ingolstadt. Le nom du patelin, chiure de mouche sur les cartes d'état-major®, est Allershausen. Dans ce patelin vit un certain Johannes Glas. Il est, comme tous les bavarois qui ne sont pas maquignons, paysan. Et près de ses sous. Il est aussi intelligent, ce qui, dans le coin, n'est pas si courant. Le travail de la terre se fait encore en utilisant l'énergie animale, mais le brave Johannes entreprend de se mécaniser.
Il s'y prend si bien que son fils Maurus, à sa suite, fonde en 1860 à Freising la première fabrique de machines agricoles de Bavière. Des machines simples et fonctionnelles qui feront le succès de l'entreprise, qui emploie 300 personnes: l'hiver en production, l'été en entretien/dépannage chez les clients.
La 3e génération de Glas, en la personne d'Andreas, fonde en 1883 une seconde fabrique dans un proche village du nom de Pilsing. Cette société est elle aussi prospère. Le rapport avec un futur constructeur automobile est toujours nébuleux ? Et si je vous dis que l'entreprise déménage en 1908 dans la ville de Dingolfing pour d'obscures raisons protectionnistes (seules les entreprises locales avaient le droit de vendre leurs produits dans le "département" ) ? Non ? Alors continuons. Andreas a 18 (!) enfants. L'un d'entre eux, Hans, étudie la mécanique aux stazunis avant de devenir gérant en 1931 d'Isaria, nouveau nom de la firme intégrée entre temps au groupe Stumm (qui veut dire muet, sombre présage). Quand Stumm fait faillite en 1937, Hans rachète Isaria. En 1949, après avoir tué le temps en construisant des armes (surtout des Glas-nons), comme tout le monde, la Hans Glas GmbH se lance dans la construction d'un deux roues, le Goggo-Roller. Pour ceux qui voudraient savoir d'où vient ce nom si tarte, c'est le babillage préféré du fils d'Andreas. Non, pas le mec né en 1860, son petit fils, revenu d'Italie convaincu que le scoot', c'est l'avenir.
En 1951, le Goggo-Roller est commercialisé. En 5 ans, il s'en vendra quelques 60.000 exemplaires.
Le Goggoroller est mû par un 200cm³ 2 temps à la mélodie très reconnaissable: le fameux Glas-son. Haha. Pardon.
Dès 1952, les bureaux d'étude se concentrent sur le seul marché automobile, et un premier projet qui est la Goggomobil (ils y tenaient, à ce nom...).
La Goggomobil, c'est une micro-voiture de la classe des Isetta et autre Messerschmitt: moins de 3 mètres de long, un moteur 2 temps de 250cm³ qui tente de déplacer les 400kg à vide d'une auto qui accueille 4 personnes mi-contorsionnistes mi-masochistes:
Le lancement se fait en 1954.
Le succès aidant, les versions se multiplient (coupé, berline, fourgon, pick-up), le moteur grossit, Glas aussi: 280.000 Goggomobil sont produites sur une ligne de production où s'affairent 4000 employés. Des licences de production sont vendues jusqu'en Australie, certes sans commune mesure avec la multiplication des licences Iso (Velam, Romi, BMW...).
Mais quel est le putain de rapport avec BMW, me direz vous ? D'abord, je vous demanderai un peu de respect: comme disent les anglais, c'est la première car glas, que rien ne remplace. Muahahah. Pardon.
Ensuite, sachez que le premier lien arrive en 1959: le Ministerpräsident du Land de Bavière, Alfons Goppel, espère combiner les forces de trois constructeurs locaux: Glas, BMW alors dans le rouge et Audi Auto Union qui se faisait mettre le grappin dessus par Merco. Des souabes, acheter une entreprise bavaroise, y a plus de respect! Glas, qui n'entend rien sonner, décline l'offre. BMW se redressera seule, et Auto Union est acheté à 100% par Daimler-Benz.
Il est vrai que Glas ne s'endort pas sur ses lauriers: l'Isar a été lancée en 1957:
Isar, vous avez dit Isar ? La rivière Isar traversait Freising et fournissait l'usine de Maurus en énergie, ce qui avait déjà valu le nom d'Isaria.
L'Isar est une berline compacte (3m40) prévue pour être une traction, mais reconvertie en propulsion à la dernière minute à cause d'un détail technique: le moteur boxer est en porte à faux avant, et très haut, ce qui rend l'auto instable. Le déplacement du moteur entre les roues avant oblige à une architecture plus classique... Avec un petit bicylindre à plat de 600cm³ développant 20 chevaux, les performances ne sont pas ébouriffantes: le 0-100 est abattu en 61 secondes. Non, aucune virgule n'a été oubliée: 100km/h est la vitesse de pointe de l'Isar. Une version 700cm³ de 30ch sera proposée: 110km/h en pointe et seulement 40 secondes pour le 0-100.
En 1961, ayant mis la main sur un ancien de chez BM, Glas dispose d'un L4 à arbre à came en tête entraîné par une courroie, une innovation à l'époque. Ce moteur aux gènes munichois est implanté dans un coupé 2 portes basé sur une plateforme rallongée d'Isar. Ce sera la série 04 (1004, 1204, 1304, les 2 premiers chiffres indiquant la cylindrée), qui s'étoffera jusqu'à compter 16 modèles (quatre carrosseries: coupé, berline, cabrio, break, trois cylindrées, deux puissances par cylindrée) :
En 1963, toujours plus gros, toujours plus haut en gamme, la Glas 1700:
Le moteur est le 1300cm³ porté à 1500cm³ sur les exemplaires de présérie, et qui passera à 1700cm³ lors de la commercialisation.
Glas disposant maintenant de deux moteurs performants (1300cm³ de 75ch dans la 1304, 1700cm³ de 85 puis 100ch dans la... 1700), il est temps de présenter un nouveau modèle qui chapeautera la gamme: un coupé sportif portant le très original nom de GT :
Présenté en 1964 et, comme la 1700, dessiné par Frua, auquel on doit aussi la Vespa, la Floride, et un certain nombre de Maserati, dont l'A6 et la Quattroporte.
Le lien avec Maserati se retrouvera lorsque la Glas V8 est présentée en 1966: du fait de sa parenté avec la ligne de la Quattroporte, la V8 est surnommée "Glaserati". "Ce sont des voitures de bon goût", gueule Glas. Huhu. Pardon.
Le V8 est constitué de deux L4 1300cm³, et développe 150ch. En 1967, le V8 passera à 3L pour 160ch, l'accent étant mis sur le couple: 240Nm@3500tr contre 203Nm@4500tr. Les 200kmh sont atteints, le 0-100 est abattu en 10 secondes. Si la ligne est italienne, un certain nombre de pièces est acheté chez Mercedes: phares du bus (!) O-302, essuie-glaces de 220S, lève-vitres de Pagode...
Et le rapport avec BM, à la fin !!?? On y vient: le 10 novembre 1966, pour la modique somme de 9,1 millions de marks, BMW achète Glas. En liquide. C'est le fameux essuie-Glas. Mouahah. Pardon.
Le premier intérêt de l'acquisition est l'outil de production: Dingolfing deviendra le plus gros site de production BMW: il emploie près de 20.000 personnes qui construisent les séries 5, 6 et 7 depuis 40 ans (la première série 5 tombera de chaîne en 1973, près de 350.000 autos y ont été construites en 2013).
Le second est une gamme saine et un outillage (presque) amorti. Les autos seront rebadgées et commercialisées en Europe ou à l'export selon le modèle et les opportunités.
La Glas 1700 deviendra sud-africaine sous le nom de 2000 SA (ou GL). En 1973, elle sera modifiée sous le nom de BMW 2004 (tiens, un code en -04...), toujours en Afrique du Sud, en attendant l'E12:
La Glas 1700GT troquera son moteur maison pour le 1,6L de la 1600ti, plus léger et plus puissant (105ch), son essieu arrière rigide pour une suspension à bras tirés, et deviendra la BMW 1600GT, pour un an seulement:
La V8 3000 sera elle aussi déguisée en munichoise, le moteur 2600 étant une option:
(ceci est une BMW. Si!)
La série 04 ne survivra que sous la forme d'un break 3 portes qui sera l'inspiration de la 02 Touring, et le cauchemar de l'équipe commerciale: ceci est une BMW qui est une Glas, mais en fait c’est une BM. Ou alors...
("les autos Glas viennent maintenant de chez BMW", 1er prix du slogan bancal 1967)
En avril 1968, les modèles Glas ne sont plus vendus en Europe, seule la 2000 survivra jusque 1974.
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