Vendredi matin,
Nous nous levons à 9h20, le proprio de la chambre d’hôte me fait comprendre que nous sommes en retard, puisqu’on avait dit petit déj à 9h.
Entre ça et le repas de la veille où monsieur avait une opinion péremptoire (par rapport au sol
) concernant grosso modo tous les sujets abordés, il commence à me gaver un poil. Je réponds sur le même registre et on file, pas que ça à foutre aujourd’hui.
Comme la veille, la matinée ne fait que commencer, nous sommes à 1000m d’altitude mais on commence déjà à fondre.
Ma copine n’ayant jamais visité toute la partie sud-est de la France et m’étant spécialement régalé la semaine précédente lors de la moant, je programme beaucoup d’itinéraires proches, sinon identiques.
Mais étant au milieu de nulle part, sans réseau et n’ayant embarqué de carte du coin, on fait une dizaine de km pour regarder l’itinéraire. Je suis parti à l’opposé des gorges du verdon, notre première étape. Qu’importe, je continue dans le sens opposé, la route a l’air cool.
Retour à Saint André les Alpes d’où nous venons pour reprendre précisément une route faite le lundi de la moant, direction Point Sublime. Un espèce de circuit sur route ouverte avec un revêtement globalement pas dégueu et une bonne visibilité.
On passe à côté du Lac de Castillon, la vue est sympathique :
Quelques km après Castellane, la route devient plus étroite et on rend compte à quel point on est dans un coin touristique. Les baristes sont ailleurs, à regarder le paysage. Du coup beaucoup coupent les virages, roulent au milieu de la voie, empêchant les dépassements.
Arrivés à point sublime où nous avions déjà fait une pause lors de la moant :
Je me dis qu’il va falloir commencer à se bouger parce qu’il est déjà 11h30, nous sommes en direction du sud alors que nous devons remonter en Savoie d’ici le soir.
J’achète une carte sur place vu que je n’ai toujours pas de réseau et puis ça fait classe de préparer son roadbook à l’ancienne.
La liaison entre les alpes du sud et Grenoble étant impraticable à cause d’un éboulement, la route passant par Gap étant chiante et l’Italie nous rallongeant un peu trop la sauce, je commence à comprendre qu’il va falloir repasser par Saint Paul sur Ubaye.
Continuer les gorges du Verdon demandant trop de temps, nous rebroussons chemin pour aller en direction des gorges de Dalui.
Dans la région d’Annot :
La jauge du FJR commence à être assez basse. L’enroulage sur le couple de la veille m’assurait une conso de +/- 6L/100 et donc une autonomie très honorable avec 21l de réservoir. Sauf que le rythme du jour étant plus soutenu, je tourne plus autour de 9L / 100. Pas grave, j’ai repéré Guillaumes sur la route qui a l’air d’être assez grand pour y trouver une station essence.
Juste avant Guillaumes justement, nous traversons les gorges de Dalui :
La mauvaise qualité de l’appareil photo ne le montre pas bien, mais les roches sont très rouges/marrons. Paysage surréaliste faisant oublier qu’on est toujours en France
Arrivé à Guillaumes nous faisons une pause déjeuner dans un snack.
La bouffe est de bonne qualité, le service parfait, les gens rigolent, tout le monde à l’air de se connaitre. Le postier s’arrête, boit un canon, repart. Putain on sent qu’on est pas à Marseille ou Montpellier
A partir de là, et n’ayant toujours pas trouvé de station, nous partons en direction du col de Cayolles, j’y trouverai bien une pompe
Sur la route, un petit arrêt baignade après avoir descendu le FJR dans la forêt mais de manière plus gentille que la veille.
On repart, passe un village, deux, trois, toujours pas de station essence.
La réserve clignote déjà depuis 30 ou 40km, et le col situé à 2400m est encore à quelques dizaines de bornes.
Je vois bien qu’il reste quelques litres dans le réservoir, mais ne voulant pas prendre de risque je demande à un autochtone s’il peut nous dépanner de quelques litres.
Le mec, ultra sympathique, va de suite chercher un jerrican dans son 4x4 remplit de tous les outils du monde. Il me met quelques litres, je lui tends 10€. Il me dit que ça fait trop, je lui répond que la galère qu’il vient de m’éviter vaut bien ça au minimum
Du coup, comme il tient une boulangerie on ne peut plus artisanale, il insiste à nous filer plein de trucs, et je repars le topcase blindé de pains, brioches et autres hots dogs
Photos à mi-chemin dans le col :
Arrivés au sommet du col, le ciel est couvert et je vois au loin un orage en direction de Barcelonnette où nous descendons
En plus, et si certains se posent la question, nous sommes toujours dégoulinants de sueur, avec le petit vent d’altitude c’est vite très désagréable.
Alors on déguste vite fait le hot dog de notre sauveur
et on reprend la route.
Des marmottes pointent le bout de leur nez, c’est mignon.
Coup de chance, la route est détrempée mais on semble avoir échappé de peu à la pluie.
J’ai l’impression de rouler sur des œufs, la route est constituée en de nombreux endroits de patchs de goudron lisses très glissants, le tout agrémenté de quelques graviers.
Arrivés sur Barcelonnette on passe devant le garage où l’hypermotard de Julien a fini, devant les pompes à essence où l’on faisait les pleins une semaine plus tôt, devant la gendarmerie où xdc, cosmo et moi-même avons passé deux heures à faire nos dépositions.
L’atmosphère commence à se faire très lourde, aussi bien figurativement que météorologiquement.
J’ai l’impression de me souvenir de chaque mètre des 15 kms qui nous séparent du lieu de l’accident. Je passe dans le tunnel à vitesse très réduite, pas complètement maitre de mes moyens
.
Drôle de sensation que de passer en quelques secondes là où nous avons passé des heures, complètement dépourvus.
Les quelques kilomètres suivants correspondent au trajet qui nous menait au gîte, plein d’images et de souvenir en tête.
Une fois Saint Paul sur Ubaye passé, je tâche de mettre tout ça derrière moi. Sortie d’épingle, je manque de me manger une porsche qui double un cycliste en plein virage.
Je poursuis la montée du col, pas de photos, je n’ai pas envie de traîner dans le coin.
On attaque la descente, je ne roule pas excessivement vite mais je rentre fort sur les freins (série bleue yam’, très efficace à mon gout, soit dit en passant).
Au bout de quelques bornes, la poignée devient spongieuse. J’hésite à continuer au frein arrière le temps que les freins refroidissent mais je préfère finalement faire une pause. Le temps de m’arrêter, la poignée est totalement libre, plus du tout de frein. Le liquide venait pourtant d’être remplacé. Bien fait de ne pas continuer.
Nous reprenons la route en direction de Briançon, la météo se dégage, il fait toujours aussi chaud et lourd.
La nationale est roulante, je soude un peu.
18h. Nous arrivons sur Briançon. Je sors la carte, ne sachant pas trop par où passer, la route jusqu’à Grenoble étant coupée depuis mai. Un type du coin m’indique le lieu de l’éboulement. Le col du Lautaret et du Galibier sont ouverts, feu !
Redescente par le col du télégraphe, route pas spécialement piégeuse mais franchement dangereuse, tellement à flanc de coteau. Je n’arrêterai pas de me faire dépasser par un groupe de moards Italiens en mode cool cool que je redoublerai aussi tôt mes photos prises
Fun fact, on a croisé une marmotte de très très près puisque complètement figée au milieu de la route, puis un lièvre qui manqua de se faire couper en deux par ma roue avant
Après presque 500km sur une journée dans des routes très exigeantes avec une moto chargée ultra lourde et des températures insupportables, j’ai expédié le reste jusqu’à chez mes parents par autoroute et je suis allé prendre un bon bain froid
En tout cas ça faisait quelques années que j’avais pas bouffé un aussi gros RB, c’est vraiment un épopée à vivre 