Chronique d'une petite ballade dans une ville de X00.000 habitants, ville à dimension humaine, une ville plus ou moins sans histoire...
L'entame de la soirée est tout à fait réjouissante, pression atmosphérique idéale, temps plus ou moins frais qui garantissent une respiration optimale de l'engine gazooté, c'est le bonheur.
Coup d'obole providentielle venant s'ajouter au reste qui s'annonce grandiose, ils passent Tones on Tail à la radio, je monte le son, pas de bol, la chanson se termine déjà, puis de nouveau le feu sacré qui se pointe, je réalise que c'est un CD, mon CD, je vais pouvoir la réécouter dans la foulée, je jubile...
L'arrivée en ville se fait sans trop d'encombre, en cette veille de 1er mai, les gens doivent tous être devant leur télé, c'est l'évidence même, il n'y a pas un chat, ou plutôt si, un noir et blanc, qui, tel un félin achuré de yin et de yang, m'annonce avant tout le monde une soirée en demi teinte, j'hésite à faire demi tour, je persiste, heureusement pour vous, ça veut dire qu'il y aura une suite...
Mais faut pas s'attendre à un truc génial, non, l'interêt de cette histoire vient de son objet premier: celui de ne rien raconter, tout en restant dans le sujet, pas de ban svp...
Premier feu, c'est vert, je passe. Deuxième feu, toujours vert, je passe, troisième feu, chuis vert, je passe puis un quatrième, et là...Une voiture me klaxone...je passe...
Inutile de rappeller qu'il est fortement déconseillé de faire usage de son avertisseur sonore en pleine nuit, je ne prends pas la peine de relever sa plaque d'immatriculation, c'est son jour de chance, je le laisse filer.
Et au détour de ce rond point, que vois-je sugir au dernier moment face à moi ? Une large avenue, que les gens utilisent pour aller au bowling, le sport des gens au niveau culturel supérieur à la moyenne d'un pool de majorettes... Sur la droite, les james bond patrouillent devant la porte, il y a de la lumière, il y a des djeuns devant qui glandent aussi, et il y a Jean Jacques... Nous l'appellerons Jean Jacques par commodité et dans le but de conserver son anonymat. Jean Jacques fait du cross en ville, JJ est à moto. Elle est superbe, sans plaque, sans phare, taillée pour la ville et pour le droit, sans phare, enfin presque, puisqu'elle s'offre le luxe de fièrement arborer deux sublimes néons, juste au dessus du pneu arrière, et ce dans le but de ne pas gêner le pilote, probablement. Jean Jacques a décidé d'épater la galerie, allez, hop, il débouche sur l'avenue, sans casque, juste devant cette audi A4 qui elle même est devant moi, pas de soucis, on anticipe sereinement l'entrée en piste du champion, deux freinages d'urgence propres et discrets, Jean Jacques est verni d'être tombé chez VAG...
Puis la ballade continue, il accélère, l'audi garde ses distances, JJ enroule, puis il pile, l'audi déboite pour le doubler, et c'est juste à ce moment là que JJ entreprend de faire demi tour à l'aveugle, avec une confiance en lui impressionnante à voir. Bien entendu l'audi est déjà sur lui, pas de soucis, en un éclair de seconde, il a le génie de vouloir braquer plus large, ce qui dans l'instant ne s'accorde pas vraiment avec la décision du seigneur des anneaux, qui lui élargit aussi sa manoeuvre d'évitement, on a comme l'impression que les deux veulent passer au même endroit.
Une seconde se passe, assez longue pour les supporters présents sur place, on se demande si Jean Jacques va pouvoir regarder téléfoot le lendemain, la vitesse est nulle part, l'accident plane pourtant au dessus des têtes, allez, je donne la réponse: l'audi s'est arrêté quasiment sur JJ, qui lui même à été désiquilibré, mais il est agile, et a de l'énergie à revendre, voilà qu'il est plein colère à présent, et oui, il se met à courser l'audi qui lui en veut à mort, c'est évident, je bifurque volontairement pour ne pas assister à la fin de l'histoire...
Un peu plus loin, quelques neuneux habituels qui veulent faire la course, rien de grave, moi aussi j'ai beaucoup écouté simple minds dans ma jeunesse, je leur pardonne volontier. Un collègue léoniste s'arrête à mon niveau, ils sont quatre, deux couples, des jeunes, probablement une 1.6 signo, mais j'y connais rien de toute façon. LE conducteur me regarde méchant, je le regarde en souriant, il me crie: "C'est le TDI 150 ???" je réponds "Oui" je me dis dans la foulée qu'il faut vraiment que je nettoie l'immense crème noire d'1 mètre carré autour de la sortie d'échappement... Et là il me souri, sa copine aussi, son pote à l'arrière est tout sourire, limite euphorique, c'est vraiment pas compliqué de faire plaisir aux gens. Puis me fait: "Et ça marche bien ? " Je lui fais: "Ca marche un peu" Et là sa copine éclate de rire en répétant hypnotiquement ma phrase " Ca marche un peu" puis rit de nouveau. Là le conducteur commence à s'affaler sur le volant, je constate que la BA risque de durer plus longtemps que prévu, d'autant plus que le feu est au vert depuis quelques secondes déjà, 2800 tours à vide, puis on lâche tout, bye bye les djeuns, c'est un 0 à 50 en 3 secondes tout à fait dans les règles de l'art, propre et efficace, les F1 eagle ont laissé quelque gomme sur le bitude, mais il y avait vraiment urgence.
La ballade continue, je suis ce motard, un vrai motard, déguisé en motard, avec un 600 et une copine blonde à l'arrière, ça roule gentilment, et là, en un éclair, un coupé 406 leur coupe la route d'une manière totalement grandiose, c'est à dire en frontal, le genre de truc désopilant, surtout que le motard était en train d'accélérer gentilment... On pense tout de suite à un pijoïde pas totalement terminé, à croire qu'il a attendu le dernier moment pour tenter un strike d'anthologie, là encore, rien de grave, même si la fin de l'histoire sera une fois de plus absente, car le motard ayant eu sa frousse du mois, voire de l'année, voire de sa vie(c'est que ça plombe les G d'une blonde sur les avants bras) décide de prendre en chasse le valeureux coupé national dans le but d'aller boire une verre pour décompresser après la cascade, probablement...
Plus loin, encore un motard, très gros bruit, le bolide a très probablement bénéficié d'un allègement conséquent du poids du pot d'échappement, il nous gratifie en prime d'un sublime wheeling d'une bonne cinquantaire de mètre, les rares passant apprécient, et n'applaudissent pour autant, il est bloqué plus loin dans une rue étroite en travaux, un break garé en plein milieu, le conducteur sort, péniblement, à côté un grand benêt en tee shirt vert avec un texte humoristique, puis deux, puis 5, puis 8, visiblement, on a affaire à tout en CE en déroute, celui d'un grand groupe d'assurance ? Difficile à dire, mais ils en ont le profil, il est 23 heures, certains donnent l'impression d'avoir commencé leur soirée à huit heures du mat, plus j'avance sur ce joyeux rassemblement, plus on découvre des tee shirt verts disséminés un peu partout par terre, il est évident que le conducteur du break est le capitaine de soirée, le moral des troupes n'est pas au beau fixe, celà klaxonne déjà, il se fige, et braille contre l'impatient, il ralenti encore ses mouvements, celà dure, notre amis motard commence à faire parler la poudre grâce à quelques accélérations bien senties, le chef scout réalise alors qu'il fait chier tout le monde, il embarque 3/4 tee shirt verts et déguerpie.
La soirée est vraiment paisible, les rues désertes, ce pont d'époque a formidablement été refait, tiens, ils ont garé une fourgonette de police au bout du pont, je me dis chouette, je vais avoir droit à mon contrôle hebdomadaire, même pas, il vient d'y avoir une sortie de route, cette ZX préparée, fleuron de l'industrie automobile française, vient de prendre un virage tellement serré pour changer de rue, que le dessous de la voiture a salement accroché avec ce satané mur de droite, reconstituer la trajectoire semble être mission impossible, toujours est il que la ZX, tel un modèle d'exposition, est éclatée à 45° sur l'angle de rue, elle sèche... Forcément, elle va beaucoup moins bien marcher maintenant...
Quartier des bars, je viens de me faire une guiness dans ce pub à la jolie serveuse aux yeux noirs, je poireaute à un feu, deux couples traversent, et croisent un punkoïde en treilli passablement éméché, il leur chante une chanson de johnny, pas Rotten mais hallyday, les jeunes sourient, c'est plutôt mignon, les 4 djeuns continuent leur route, l'écorché vif improvise alors une chorégraphie évoquant un acte sexuel tout à fait classieuse, heureusement, les demoiselles ont le dos tourné et passent à côté de la performance scénique, elles ne conserveront que le côté chansonnier du bonhomme.
Puis je sors enfin de cette ville où il ne se passe jamais rien, je dépasse un fourgon dans cette longue cuvette sans route secondaire, j'entame la remontée lorsque qu'une étoile filante surgi à une vitesse totalement délirante, c'est une voiture, qui doit être à 190/200 kilomètres heures sur nationale, il y a vraiment des gens pressés le samedi soir...