On compte bien y aller quand même, mais ç'aurait été cool de la faire ce soir en même temps que nos deux autres visites tout à côté. Tant pis.
Ce soir, donc : à Cernuschi, thème coréen avec une expo temporaire de Shin Sung-hy (1948-2009) qu'on a assez apprécié, tout un travail sur les matières et pour une partie de son oeuvre inspiré par le maedup, l'art coréen du noeud. Il y avait des médiations qu'ils ont appelé "prises de parole", 1 autour de l'expo temporaire et 4 autour à chaque fois d'une oeuvre coréenne représentative de la collection permanente. A chaque médiation on pouvait tamponner le marque-page vierge détachable d'un petit livret papier pour former avec les 5 tampons un motif inspiré des plafonds à caissons colorés d'un temple près de Séoul. J'avoue que les marque-pages ne sont pas ce qui manque le plus mais c'était amusant. Il y avait aussi un atelier maedup pour apprendre l'art ancestral du noeud coréen mais madame préfère défaire les noeuds que les faire et je préfère les fermetures-éclair.
Devant le musée, il y avait des démos et formations à la danse K-pop (3 jeunes filles, pas très convaincantes pour qui a vu les chorés réglées au cordeau des bands coréens) et un truck food où l'on s'est pris un fried chicken à partager que l'on est allés manger dans le parc. C'était très bon et complètement différent du fried chicken de la soul food US (et a fortiori des saloperies de KFC).
Ensuite, direction la Cité de l'économie, à 5 minutes de Cernuschi. La belle surprise. On ne savait même pas que ça existait avant que je me renseigne sur la Nuit des musées de cette année. Il est vrai que ça n'a ouvert qu'en 2019 et une médiatrice nous a dit que même des gens du quartier les découvrent encore aujourd'hui.
C'est un hôtel particulier façon petit château qu'un banquier dingue du Moyen-âge et de la Renaissance a fait construire à la fin des années 1870. A l'intérieur, on est à la fois chez Disney pour le mélange des deux époques et la fausse pierre en vrai métal recouvert de stuc (c'est l'époque où l'on construit un peu tout en métal) et les Cloisters de New York parce qu'à côté du pastiche gothique ou Renaissance c'est blindé d'authentiques portes et boiseries de ces époques, pillées on ne sait où puisque les cartels n'en précisent pas la provenance. Il faut ajouter à ça des meubles et de la déco typiques de la fin du XIXe siècle, comme les lustres ou l'ameublement du bureau de monsieur-qui-ne-se-refuse-rien, ce qui forme un joyeux mélange WTF.
A la mort du banquier en 1902, qui était ruiné à la fois par de mauvais investissements tant en art qu'en placements, et par les dettes de jeu de son fils (tant qu'à flamber, autant le faire avec l'argent de papa), l'hôtel va péricliter, servir d'hôpital pendant la guerre, pour enfin être acheté en 1919 par la Banque de France qui en fait une succursale. La bourgeoisie s'enrichit tant et plus et le besoin se fait de plus en plus pressant de mettre ses valeurs à l'abri, les matelas devenant de plus en plus inconfortables avec l'amas d'actions, bijoux, documents confidentiels etc. La BdF transforme une cour intérieure du château en salle des coffres hyper-moderne. Porte blindée de 40 cm protégée par des grilles etc. A l'intérieur de l'immense et superbe salle des coffres, toujours aussi WTF mais cette fois avec des frises néo-gothiques datant du 1er proprio et le reste art déco puisqu'on est dans les années 20 et qu'il faut impressionner le bourgeois avec la dernière mode architecturale. Les murs sont tapissés d'armoires blindées qui ouvertes révèlent des rangées de petits casiers à combinaison. Le bourgeois venu prélever ou déposer quelque chose allait ensuite dans l'un des nombreux boxes qui sont aujourd'hui conservés mais reconvertis en postes interactifs. C'est aussi dans cette salle que se trouve un petit musée des monnaies et l'on peut même imprimer un billet de 20 € à son effigie, une forme originale de photomaton.
La Banque de France ferme la succursale en 2006 et c'est en 2011 qu'elle annonce la création d'une Cité de l'économie qui ouvrira en 2019.
Pour la Nuit des musées, il y avait des médiations à plusieurs endroits du bâtiment par des élèves de l'Ecole du Louvre et il y a en permanence des dispositifs partout, des jeux, des écrans, du multimédia interactif, toussa... Une médiatrice nous a dit qu'il fallait environ 12 heures pour faire le tour du musée en consultant tous les dispositifs et en jouant à tous les jeux. C'était supaÿr et ça m'a même donné envie d'y retourner pour apprendre des trucs sur l'économie, ce qu'était pas gagné du tout, vu l'ennui mortel que cette discipline m'inspire. Dans tous les cas, à voir pour le lieu étonnant, même sans intérêt particulier pour le thème du musée.
Encore une chouette Nuit des musées, en somme. 
Message édité par BoraBora le 23-05-2026 à 23:25:54
---------------
Qui peut le moins peut le moins.