BoraBora Dilettante | Edmund White : Fanny. La 4ème de couv', qui ne spoile rien :
Citation :
Au début des années 1820, une digne dame anglaise nommée Frances Trollope rencontre l'aventurière Fanny Wright. Celle-ci, toute vibrante d'idées utopistes, entraîne Frances et sa famille aux États-Unis, sur la trace du marquis de La Fayette, héros vénérable de l'histoire américaine. Frances, la narratrice, découvre une Amérique à peine civilisée où l'esclavage fait rage, où les hommes crachent du tabac sur les robes des femmes et où les idées socialistes côtoient un puritanisme naissant. Après un passage en Haïti, le voyage se termine en Italie.
Fanny Wright et Frances Trollope ont bien existé, la seconde a écrit de nombreux récits et romans, mais la femme truculente et attachante que l'on découvre dans ces pages est une pure invention d'Edmund White. Le romancier décrit les contrastes d'une Angleterre usée, corsetée, et d'une Amérique toute jeune dont certains excès ne surprendront pas le lecteur du XXIe siècle...
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C'est donc un pastiche de journal victorien, et j'ai vraiment bien aimé. Je ne suis pas assez connaisseur dans la littérature anglaise de cette époque pour juger de la crédibilité du pastiche mais la biblio à la fin est conséquente et l'auteur a été entre autres nommé pour un Pulitzer dans la cat' biographie pour un livre sur Genêt donc il semble être capable d'aller aux sources pour écrire un livre.
Il y a beaucoup d'humour, le plus souvent volontaire parce que Frances Trollope a de l'esprit, et parfois involontaire parce que le lecteur comprend à la lecture de son journal des choses à côté desquelles elle-même est passée.
Spoiler :
Un Français ami de la famille qui squatte en permanence chez eux et qu'elle croit amoureux d'elle alors qu'il est l'amant de son fils. |
Pas un grand livre mais très sympa.
Pierre Desproges : Des femmes tombent. Un court polar SF passablement brindezingue. Un village, des femmes assassinées, un coupable inattendu et le style Desproges sans lequel il faut bien dire que ce roman ne vaudrait pas tripette. Le début :
Citation :
Adeline Serpillon appartenait à cette écrasante majorité des mortels qu’on n’assassine pratiquement pas.
Elle n’avait pas d’argent, pas d’amour, pas de haine, pas d’attraits. Ses convictions politiques l’amenaient à conspuer doucement les augmentations du prix du gaz, rarement au-delà. Elle était moyenne avec intensité, plus commune qu’une fosse, et d’une banalité de nougat en plein Montélimar. Hormis le chat gris mou qui dormait sur son lit, personne ne se retournait sur elle, et encore moins dessous. Depuis quarante ans, elle rapetissait à petits pas derrière le comptoir de bois ciré de sa mercerie qui sentait le miel et la sciure fraîche, sans qu’on la prît jamais en flagrant délit de bonne ou de mauvaise humeur.
À la Libération, elle avait un peu tressailli dans les bras durs d’un SS en déroute qui remontait d’Oradour et bandait ferme encore. Il l’avait écartelée contre le grand chêne torturé qui glande toujours par-delà son jardin, entre la Dordogne et la Haute-Vienne. Parfois, en suçant sa tisane au crépuscule, elle regardait cet arbre immuable et revoyait les yeux battus aux cils brûlés de son bourreau vaincu qui sentait la fumée froide, la poudre et la mort, et l’alcool à cochons.
On ne lui connut jamais d’autre liaison, pour la bonne raison qu’elle n’en eut point ; sa fadeur naturelle l’abritait puissamment de l’amour autant que des mépris.
Ainsi paraissait-il improbable à chacun qu’Adeline Serpillon mourût un jour assassinée.
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Plus loin :
Citation :
Le lendemain matin, alors que les journaux commençaient à titrer sur « le tueur de femmes de Cérillac », le cheminot Maluzier, qui s’occupait à serrer les boulons de la voie ferrée au niveau du passage du même nom sis à la sortie du bourg sur la route de Dournizac, découvrit sur les rails un horrible mélange d’os et de chairs meurtries et traînées dans la fange, des lambeaux déchirés et des membres affreux qu’un soleil estival cuisait à petit feu, alors qu’on n’était qu’en mai, mais ça arrive, dans le Massif central.
Vérification faite, c’est-à-dire après un tri minutieux entre ces viandes et les atours bon marché qui en cachaient la veille encore le modelage originel, on constata qu’il s’agissait de Monique Poinsard, première secrétaire de la mairie de Cérillac. Bonne pondeuse, épouse modèle, cette prolétaire d’élite militait ardemment au parti communiste depuis que l’entrée des troupes soviétiques à Prague en 1968 avait émoustillé ce goût pour l’ordre et le travail bien fait qu’elle mettait quotidiennement en pratique en renvoyant dans leurs foyers les administrés nécessiteux fantaisistes qui faisaient preuve d’individualisme déviationniste dans le remplissage de ses formulaires. Elle aurait pu aussi bien virer catholique en hommage à Philippe Pétain, mais sa naissance prématurée en 1944 avait évidemment contrarié ce généreux projet
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Message édité par BoraBora le 25-03-2026 à 11:22:56 ---------------
Qui peut le moins peut le moins.
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