Citation :
VINCENT EDIN, PANGRAM ET LA GAUCHE ARTIFICIELLE
(À celles et ceux qui, rejetant l'attrait et le confort du groupe, de la foule, de la masse, se soucient encore de la vérité. Les autres, vous pouvez continuer à bouffer du sable.)
Vincent Edin qui, pour celles et ceux qui ne le connaissent pas, est un « journaliste indépendant », ex prof à l’European Communication School (une école privée de formation de futurs bullshiters, pardon, de futurs publicitaires et autres « communicants »), s'est hier fendu d'une publication dans laquelle il prend résolument la défense de Thélyson Orélien, nie en bloc la moindre possibilité que le logiciel Pangram puisse être efficace et en profite pour me dénigrer au passage. (Ici : https://www.facebook.com/share/p/1CcT3mmoRS/)
Il me semble important d'examiner ce qu'il écrit et ainsi de saisir l'occasion de revenir sur beaucoup de choses que vous avez pu lire ou entendre ces derniers jours.
La majeure partie de ce qu'affirme Édin est faux. Il n'est pas vrai que seul le livre d'Orélien a été testé dans Pangram. Il n'est pas vrai que seuls des gens d'extrême droite se sont soucié de savoir si le livre était authentique ou pas. Il n'est pas vrai que Pangram détecte Frankenstein de Mary Shelley comme écrit par IA. Il n'est pas vrai que Pangram serait largement inefficace ou que ce qu'il indique ne vaut « rien de rien ».
Commençons par ce logiciel, Pangram. Moi aussi, jusqu’à très récemment, je pensais que les détecteurs d’IA ne marchaient pas du tout. J’en avais testé quelques-uns il y a quelques mois, dont GPTZero. C’était n’importe quoi. Il classait IA des choses authentiquement humaines et inversement. Et puis, à l’occasion de la présente affaire, j’ai découvert Pangram. J’ai effectué un certain nombre de tests et dans l’ensemble, j’ai pu constater que ça fonctionnait très bien. Plusieurs études en témoignent. Même les médias de la gauche bourgeoise (la gauche de Vincent Edin) le reconnaissent. « Les faux positifs, c'est-à-dire les textes qui seraient à tort indiqués comme de l'IA alors qu'ils n'en sont pas, sont extrêmement rares », indique par exemple Vincent Coquaz, journaliste à Libération. Qui ajoute – précision importante – que Pangram n’est « véritablement performant » que depuis fin juillet 2026. Pareil du côté du Nouvel Obs : « Spécialiste en intelligence artificielle, Benoît Raphaël avait lu “C'était ça ou mourir” de Thélyson Orélien (Grasset) avant la polémique sur l'éventuel recours à l'IA par son auteur. Il dit y avoir alors décelé la marque de l'IA. » Benoît Raphaël explique : « les papiers scientifiques que j'ai pu lire montrent que le taux d'erreur est plutôt faible aujourd'hui. Je pense qu'il faut prendre Pangram au sérieux. » Il faut lire aussi l’article publié hier par Jeff Yates, Fanny Tan et Nicholas De Rosa sur Radio-Canada International (RCI).
Les auteurs interrogent une chercheuse qui « souligne que le taux de faux positifs de l’outil sur des textes en français est aujourd’hui de 0,0026 %. Pour des textes littéraires en anglais, le taux de faux positifs est pour ainsi dire de 0 %, selon elle. » Ils expliquent avoir soumis à Pangram « les seuls autres romans nommés au prix Goncourt qui étaient disponibles en version numérique au Québec, soit six œuvres au total. Tous ont obtenu la cote 100 % humain de Pangram. » (Oui, parce que Vincent Edin mentait aussi grossièrement en affirmant que seul le livre de Thélyson Orélien avait été soumis à Pangram, j’ai moi-même testé plusieurs longs passages du livre à succès de l’infâme Sarah Knafo ; son introduction est classée 92 % humaine et son premier chapitre 86% humain, on peut donc soupçonner un usage, léger mais réel, de l’IA).
Thélyson Orélien a entre-temps affirmé que son style haïtien et caribéen aurait pu fausser les résultats de Pangram. « C’est difficile à croire, juge la chercheuse questionnée par RCI. Elle fait remarquer que, même lorsqu’on traduit le texte en anglais, Pangram détermine qu’il a été écrit par l’IA. Or, ce n’est pas le cas pour des textes écrits par des humains qu’on traduit de la même façon, selon ses recherches. Même son de cloche du côté de Filip van Droogenbroeck, dans Libération : Pangram a délibérément entraîné son détecteur sur des données multilingues, y compris des langues sous-représentées, a-t-il expliqué au journal »
Les journalistes de RCI ont d’ailleurs soumis huit livres écrits par des auteurs d’origine haïtienne (Lyonel Trouillot, Marie-Célie Agnant et Jacques Roumain, entre autres) et par un auteur canadien d’origine africaine (Blaise Ndala), au détecteur Pangram. « Toutes ces œuvres ont été détectées comme 100 % humaines. » J'ai moi-même testé l'intégralité du Cahier d'un retour au pays natal de Césaire, dont Orélien s'est réclamé, et Pangram l'a correctement jugé 100% humain.
Autre chose. On a vu, ces derniers jours, des milliers de personnes tester quelques lignes écrites par leur arrière grand-oncle ou quelques vers de Victor Hugo (Demain dès l’aube) dans Pangram. Et quelque fois, le logiciel les a classés comme 100% IA. Nos fiers détectives ont alors pu asséner partout que Pangram, vraiment, c’est de la merde ! Et certes, ce genre de choses peut arriver (même si, de mon côté, Demain dès l’aube a été classé 100% humain). Mais ce qui échappe à tous ces fins limiers, c’est que Pangram stipule bien que sur les textes trop courts (moins de 500 ou 1000 mots), ses capacités ne sont pas fiables. C’était à chaque fois indiqué sur l’image brandie par nos scientifiques en herbe, « confidence limited – short text », soit « confiance limitée – texte court ». Autrement dit, ce genre de test ne prouve pas grand-chose. Essayez le logiciel avec des textes de plusieurs milliers de mots (disponibles pour être évalués par d’autres) et faites-nous part des résultats. On attend.
Ah et, le texte de Shelley, Frankenstein, dans Pangram : 100% humain. Et la Bible ? On en a vu affirmer qu’elle était classée IA par Pangram. C’est encore faux. Les journalistes de RCI ont fait le test « en soumettant des chapitres entiers de la Bible à Pangram. Résultat : 100 % humain. Nous avons aussi soumis une sélection de neuf titres classiques de la littérature française à Pangram, de Maupassant à Baudelaire, en passant par Boris Vian et Michel Foucault. Là encore, 100 % humain, dans tous les cas. »
Mais ne les et ne me croyez pas sur parole. Faites-le test.
Et donc, il y a quelques jours, sur X/Twitter, un compte anonyme affirme que d'après Pangram, le livre que toute la presse encense depuis des semaines est largement écrit par une IA. Or il se trouve que son auteur est noir. Alors, mue par un automatisme sectaire, une grande partie de la gauche qui a voix au chapitre, de la gauche bourgeoise, celle-là même qui célébrait chaudement le livre en question, s’est immédiatement employée à rejeter l'accusation et à la discréditer au moyen des sophismes habituels – sans l’avoir examinée honnêtement ne serait-ce qu’un bref instant.
Puisque l'auteur est noir, toute critique de son œuvre ne saurait émaner que de l'extrême droite. Et puisque l'auteur est noir, tout ce qu'il pense, écrit, fait ou affirme est formidable, juste et bon. C'est-à-dire que ces andouilles adoptent des comportements parfaitement symétriques à ceux des couillons d'extrême droite. Aux chiottes le discernement.
C'est-à-dire que ces gens ne voulaient pas savoir. Ils se sont empressés de décourager ou de discréditer toute tentative d'en savoir plus, en suggérant voire en affirmant qu’une telle attitude relèverait forcément d'une forme de racisme. Vouloir connaître le fin mot de l'histoire était donc raciste. La vérité importait moins que d'empêcher l’extrême droite d’avoir raison. (J’allais ajouter « ou que d'empêcher une personne noire de subir le moindre préjudice », mais un fraudeur dont on dévoile la fraude ne subit aucun « préjudice ».) D'où, ensuite, les innombrables tentatives de discréditer Pangram, etc.
Entre-temps, on a appris qu'Orélien avait beaucoup plagié par le passé, ce qui fragilise encore les pathétiques plaidoyers en sa faveur.
Et la question demeure : en quoi est-ce que la négation du réel, le refus de regarder la réalité en face, le recours machinal et franchement débile à l’accusation de racisme qu'on observe chez beaucoup trop de gens de gauche, en quoi tout ça sert-il le combat contre l’extrême droite ? A cause de vous, les c*nards de droite comme Paul Sugy ne font que railler davantage l’antiracisme.
Une dernière chose. Vincent Édin a tout intérêt à nier l'efficacité de Pangram. En janvier de cette année, j'avais en effet moi-même avancé qu'un livre de Samah Karaki qu'il venait de publier dans une collection qu'il gère aux éditions Rue de l'Échiquier avait possiblement été en (bonne) partie écrit par une IA. Vincent Édin le nie encore aujourd'hui. C’est moi l’« obscur rageux » dont il parle dans sa publication. Je suis en train de rassembler de nouveaux éléments qui, combinés à ceux que j’avais déjà produits, suggèrent une très importante utilisation de l’IA. Et ça sortira en temps voulu. Et Edin et ses collègues nous devront des explications.
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