Profil supprimé | Klian a écrit :
l'Europe telle qu'elle s'est construite a servit a faire passer des mesures qui ne seraient pas passées au niveau national (libéralisation obligée de la Poste, du Gaz,..et bien d'autres types de mesures, c'est loin de se réduire à cela). Elle a entretenu la précarité et l'aggrandissement de la fracture sociale en induisant une dynamique de libéralisation globale, contre laquelle je me bat et a laquelle tu sembles adhérer. Comment alors ne pas être pour ce traité de ton point de vue ?
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Là où l'Europe nous a forcé à bouger, ce sont des sujets sur lesquels les hommes politiques, de gauche comme de droite, avaient reculé, par lâcheté souvent, par électoralisme : système de retraite, assurance maladie, monopoles publics.
Ce sont thèmes majeurs de notre modèle de société, mais qui ont besoin d'être réformés parce que reposant sur des a priori fixes alors que le monde évolue : fixer en 1946 la durée de cotisation à 40 ans, décréter ensuite la retraite à 60 ans pour tous (merci Miterrand) sans tenir compte de l'évolution démographique française et de la structure du monde du travail, c'est une véritable hérésie.
Gérer tous les services publics via une fonction publique encadenassée dans un fonctionnement rigidifié et vertical, sans donner la possibilité à ceux-là même qui l'assurent d'améliorer de l'intérieur le système, c'est tout aussi absurde.
Sur ces sujets majeurs, l'Europe a servi de prétexte à la classe politique pour impulser des réformes nécessaires.
Les libéraux dont je fais partie n'ont absolument pas pour ambition de casser le service public, mais de le rendre plus efficace et moins coûteux. Oui, on peut améliorer le service postal en transformant un bureau de poste ouvert 4 heures par jour en un point poste accessible 8 heures par jour. Oui, un hôpital de campagne ne peut pas être spécialisé dans la chirurgie : le coût d'un plateau moderne, et les normes de sécurité, exigent de les installer dans les centres urbains, afin d'atteindre le seuil d'acitivité nécessaire à l'exercice régulier du chirurgien, donc à son efficacité. Les moyens de transport modernes permettant à tous d'y accéder rapidement.
Sur toutes ces questions, il ne s'agit pas de mondialisation, mais de gestion efficiente et efficace de l'argent public, pour que la couverture soit la plus large possible. Ce qui n'est envisageable que si l'argent public est bien utilisé.
Au-delà de ce rôle, l'Europe est un tampon entre nous et la mondialisation : si la PAC n'existait pas, les 2/3 de la céréaliculture française auraient disparu depuis longtemps, par exemple. L'UE a mis en place des prix agricoles garantis, en contrepartie de respect de normes environnementales et sanitaires. Ces règles, qui s'imposent à tous les pays de l'UE, leur permettent également de vendre leur production sur le marché mondial. Sans l'UE, ils ne pourraient pas.
L'Europe que je veux construire, c'est une Europe dynamique, donc fondée sur le libéralisme ; mais une Europe responsable, donc une Europe qui régule ce même libéralisme. L'UE n'est pas un accélérateur de mondialisation : c'est un tampon. Un échelon intermédiaire qui nous permet de faire valoir nos positions et nos exigences sur la scène mondiale. Jamais la France n'aurait pu imposer la PAC au reste du monde ; l'UE le peut.
L'exemple de la PAC illustre bien en quoi l'UE est porteuse d'espoir pour nos pays.
Klian a écrit :
Je cite: " Car ce qui fonde notre modèle de société, cest la capacité collective que nous avons construite, par les luttes, par le droit, par la politique, à maîtriser notre destin collectif. Le « modèle social européen » est avant tout politique. Il affirme le droit et la volonté des hommes à ne pas être soumis aux aléas du marché. Il organise les relations des hommes entre eux par des lois, des règles, et des conventions collectives qui empêchent que la recherche de lintérêt de lun ne signifie la perte de lautre. Il garantit aux perdants de la lutte économique des moyens de survie, et parfois un peu plus. Il évite les trop grandes distorsions de revenus, et limite laccumulation des richesses aux mains de quelques uns au fil des générations. Il offre à tous des services collectifs qui doivent permettre à chacun dêtre éduqué, soigné, cultivé. Il nous offre du temps libre, pour nous reposer, passer du temps avec nos proches.
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La phrase que j'ai mise en gras en excessive : elle nie le marché, elle le rejette comme consubstantiellement opposé à l'humain. Or, le marché, c'est l'addition de nos désirs particuliers et les solutions que d'autres peuvent y apporter pour les combler. Parce qu'il est cette addition de désirs particuliers, le marché se distingue de l'intérêt général. Mais dire que le marché s'oppose à l'homme, c'est dire que les désirs de l'homme s'opposent à l'homme. C'est nier que l'homme est un être de désirs.
La position acceptable et nuancée, c'est de dire que le droit et la volonté des hommes à ne pas être soumis aux seuls aléas du marché.
cf. l'impératif catégorique kantien : "agis toujours de façon à considérer autrui non pas seulement comme un moyen, mais toujours aussi comme une fin"
Il ne s'agit pas de nier les besoins, il ne s'agit pas de nier qu'autrui est souvent un moyen ; mais il s'agit de compléter cette dimension par une autre.
Ainsi, le marché ne s'oppose pas à l'homme ; l'humain ne se réduit pas au marché ; mais le marché fait partie de l'homme et de l'humain, en ce qu'il est une réponse efficace à ses désirs, qui ne sont pas des vices. Le tout est de mettre en oeuvre des régulations qui rendent l'accomplissement de ces désirs compatibles avec la vie en collectivité, donc avec l'intérêt général.
Klian a écrit :
Ce modèle est aujourdhui critiqué de toutes parts et la qualité de vie, qui caractérise nos pays développés, remise en cause par la construction européenne. Car, au-delà des faux semblants, la construction européenne réellement existante ne correspond à aucun des éléments qui ont fondé la réussite des Etats européens, grâce à un subtil équilibre entre lEtat et le marché. Car au niveau européen, seul le marché existe.
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L'UE n'a pas fait disparaître les Etats. Sur un tas de sujets, ceux-ci ont préféré jusqu'à présent garder les rênes. Néanmoins, ils se rendent compte aujourd'hui que ce modèle n'est plus efficace, car la mondialisation touche désormais tous les secteurs d'activité. Et tant mieux pour les pays qui se développent rapidement grâce à ça. Mais pour les pays les plus avancés comme nous, il y a également des pièges et des défis à relever : conserver le haut niveau de vie qui est le nôtre, alors que d'autres font désormais aussi bien que nous tout ce que nous leur vendions hier. D'où la nécessité d'investir de nouveaux secteurs de l'économie, d'où la Recherche (qui ne sera efficace qu'au niveau européen, ne serait-ce que pour disposer des masses financières nécessaires). D'où la formation continue. D'où une assurance chômage qui doit être efficace et donc pousser les gens à se former et à retrouver du travail. Il n'y a pas d'acquis sociaux qui ne doivent être financés chaque année. Si on ne fait pas d'efforts, si on ne s'améliore pas constamment, on n'a aucune chance de les conserver. Alors que c'est un but que je partage : le libéralisme ne s'oppose pas aux avantages sociaux ; mais il est conscient qu'ils n'ont d'acquis que le nom.
Klian a écrit :
Au total, dire Non, cest remettre en cause la construction européenne telle quelle sest développée depuis deux décennies, avec sa politique économique « stupide » et son mépris des conditions de vie des individus. Cest soffrir une respiration pour prendre la mesure de la catastrophe en cours et tenter de renouer avec notre rêve dune Europe terre de solidarité et de justice en son sein comme en-dehors, cest-à-dire lEurope pour laquelle nous avions voté en 1992."
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Dire Non, c'est retarder la construction d'une UE forte, alors que celle-ci demeure à bien des égards la meilleure réponse possible face à la mondialisation. C'est à plusieurs que nous serons forts, pas en étant isolés. Le TCE introduit des objectifs sociaux à côtés des objectifs économiques traditionnels de l'UE (anciennement CEE, communauté économique). Oui, nous devons faire opérer à l'UE le tournant politique que propose le TCE. Dire Non au TCE, c'est marquer son désarroi face au monde d'aujourd'hui, mais c'est aussi dire Non à la solution européenne. Parce que concrètement, ça la retardera beaucoup. Ce sont les plus faibles qui en souffriront le plus. Comme toujours.
Klian a écrit :
C'est un mélange de texte qui résume assez bien ma position. Tu ne vois pas le danger dans le texte. J'ai assez démontré ou je le voyais. On ne sera jamais d'accord, ce qui ne nous empêchera pas de militer chacun de notre côté.
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Le TCE ne résoud rien : ce n'est pas une recette magique. Mais il permettra à l'UE d'être forte et de défendre nos intérêts européens. Intérêts qui, pour la première fois avec le TCE, mettent en avant notre modèle de société, nos systèmes sociaux, le plein emploi.
Le TCE est appelé à évoluer. Mais c'est une bonne base de départ, qui comporte de nombreuse avancées par rapport à l'existant. Oui, de nombreux espoirs nous portent. Mais qu'ils ne nous aveuglent pas : vouloir aller loin ne doit pas conduire à refuser de faire les premiers pas.
Oui, nous avons des propositions à faire pour améliorer encore l'UE, pour améliorer encore le TCE. Mais ayons conscience de là où nous en sommes, et que l'on ne fera rien seuls : c'est avec nos partenaires que nous avons une chance, pas contre eux. C'est sur la scène européenne que nous devons convaincre. Se défier de l'UE, ne pas vouloir la renforcer tout de suite là où c'est possible, c'est dangereux. Parce que le monde n'attend pas. Et que là où l'Europe sera faible, la France sera faible également.
C'est pour cela que, faisant fi de mes propres critiques à l'égard du TCE, conscient des avancées et des chances qu'il offre, je voterai Oui, un Oui constructif, un Oui pour aller encore plus loin. Message édité par Profil supprimé le 19-04-2005 à 13:39:42
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