Citation :
...
L'uranium, c'est vrai, est un élément omniprésent dans notre environnement : où que l'on se trouve sur notre planète, le sol contient de l'uranium. Les teneurs varient légèrement, mais, la moyenne mondiale se situe autour de 40 Bq/kg (becquerels par kilogramme) pour l'uranium 238 et de 2 Bq/kg pour l'uranium 235. Ces niveaux ne sont pas totalement inoffensifs, mais ils restent relativement faibles.
Dans l'uranium appauvri, l'activité de l'uranium 238 n'est plus de 40 Bq/kg mais de 12 400 000 Bq/kg, c'est-à-dire 300 000 fois plus ; l'activité de l'uranium 235 n'est plus de 2 Bq/kg mais de 160 000 Bq/kg, c'est-à-dire 80 000 fois plus !
S'il y a une telle différence, c'est que l'uranium appauvri n'a rien d'une substance naturelle : c'est un produit élaboré à l'issu de tout un processus industriel.
2. L'UA n'est pas un produit naturel, mais un sous-produit de l'industrie nucléaire.
L'uranium est le combustible qui alimente les réacteurs nucléaires à neutrons thermiques. Pour le fabriquer, les étapes sont nombreuses. Il faut d'abord trouver des filons uranifères : dans un sol standard, il y a entre 2 et 4 grammes d'uranium par tonne. C'est très peu ; ce n'est pas là que l'on va rechercher l'uranium mais dans des gisements où la teneur du minerai est de l'ordre de 0,5 à 10 kg par tonne. Une fois le minerai extrait, on va lui faire subir différents traitements destinés à concentrer l'uranium : concassage, broyage, extraction de l'uranium par attaques chimiques, raffinage de la solution obtenue (le yellow cake) pour éliminer les impuretés. On parvient ainsi à un concentré contenant 100 % d'uranium naturel.
Cet uranium est dit naturel car il ne contient que des isotopes qui existent dans la nature et dans des proportions elles aussi naturelles (cf. tableau ci-après).
Des 3 uraniums présents (U238, U235 et U234), seul l'uranium 235 est fissile, c'est-à-dire capable d'alimenter la réaction en chaîne et de produire de l'énergie. Comme il ne constitue que 0,72 % de l'uranium naturel, il est nécessaire d'augmenter sa concentration afin de l'utiliser comme combustible nucléaire. On dit qu'on enrichit l'uranium naturel en uranium 235. Le procédé le plus utilisé est celui de la diffusion gazeuse, basé sur la légère différence de masse entre l'U235 et l'U238. Ce traitement génère très logiquement deux produits : environ 14 % d'uranium enrichi (qui contient désormais 3,5 % d'uranium 235 pour un réacteur français classique) et 86 % d'uranium appauvri (dont la teneur en uranium 235 n'est plus que de 0,2 à 0,3 %). Un réacteur nucléaire de 900 MWe contient environ 73 tonnes d'uranium enrichi. Pour fabriquer ce combustible on a donc produit près de 450 tonnes d'uranium appauvri. Cette production continue explique l'importance des stocks : de l'ordre de 160 000 tonnes pour la France.
3. APPAUVRI ne signifie pas inoffensif.
Au journal de 20h, sur TF1, le 4/1/2001, le commentateur était affirmatif : " Voici un obus-flèche. Sa pointe est en uranium appauvri. Comme son nom l'indique, c'est un métal dont la radioactivité est devenue négligeable (...)".
La différence entre l'uranium naturel et l'uranium appauvri (cf. tableau ci-contre) provient essentiellement d'une légère modification dans la proportion d'uranium 238 (augmentée de 99,2 % à 99,8 %) et d'uranium 235 (diminuée de 0,7 à 0,2 %). Comme l'activité spécifique de l'uranium 238 est inférieure à celle de l'uranium 235, la radioactivité de l'uranium appauvri est légèrement inférieure à celle de l'uranium naturel (d'environ 23 %) : 51 500 000 Bq/kg pour l'uranium naturel et 39 900 000 Bq/kg pour l'uranium appauvri. Ce taux de radioactivité n'a rien de négligeable. Il est très supérieur (4 000 fois) au seuil réglementaire qui impose l'application des règles de radioprotection : confinement en conteneurs étanches et résistants au feu, surveillance dosimétrique du personnel, inspections, etc..
...
4. L'uranium appauvri émet des rayonnements alpha très irradiants.
Le 30 août 2000 (Le Figaro), M. Alain RICHARD, ministre de la Défense a tenu à rassurer ceux qui s'inquiètent : " Sur l'uranium appauvri, qui est un composant de métal pour durcir les obus de blindés, je rappelle qu'il ne s'agit aucunement d'un élément provoquant des radiations. "
Il est difficile d'imaginer déclaration plus erronée : l'UA est composé à 100 % d'atomes radioactifs. Un kilogramme d'UA émet en permanence, et pour des milliards d'années, plus de 40 millions de " radiations " par seconde. Ces " radiations " sont des rayonnements très énergétiques capables d'irradier la matière qu'ils traversent. Trois types de rayonnements sont émis par l'UA : gamma (rayonnements électromagnétiques très pénétrants), bêta (particules formées d'1 électron) et alpha (particules peu pénétrantes mais très énergétiques formées de 2 neutrons et de 2 protons).
Les particules alpha émises par les uraniums ont des énergies moyennes comprises entre 4 100 000 et 4 800 000 électrons-volts (eV). Sachant que quelques dizaines d'eV suffisent à casser une molécule (15 eV pour une molécule d'eau), cela signifie que la désintégration d'un seul atome d'uranium est capable de créer plus de 100 000 lésions dans la cellule où il s'est fixé. Le système de réparation cellulaire est très efficace, mais pas à 100 % : une cellule mal réparée peut être transformée en cellule mutée qui peut être à l'origine d'un processus de cancérisation.
5. Manipuler de l'uranium appauvri à mains nues n'est pas sans risque.
Sur France Inter, le 8/1/2001, Dominique Bromberger affirmait : " Il y a un accord général de la communauté scientifique sur le fait que la manipulation de l'uranium appauvri ne représente aucun danger ".
De nombreux " experts " affirment en effet que l'uranium appauvri n'est pas dangereux tant qu'il n'est pas inhalé ou ingéré, tant qu'il reste à l'extérieur de l'organisme.
C'est malheureusement inexact : manipuler des objets en UA ou rester à leur proximité immédiate n'est pas sans risque (*). L'erreur vient de ce que ces " experts " ne considèrent que les particules alpha émises par les uraniums : ces rayonnements sont en effet arrêtés par la couche de cellules mortes de la peau. Sauf lésions particulières, les risques sont donc négligeables, mais il faut aussi tenir compte du rayonnement gamma (assez faible) et, surtout, du rayonnement bêta émis par 3 autres produits radioactifs présents dans l'UA : le thorium 234, le protactinium 234m et le thorium 231. Les particules bêta ont un parcours plus long que les alpha et peuvent irradier les couches basales de la peau, c'est-à-dire les cellules sensibles qui assurent le renouvellement de l'épithélium.
Si l'on se réfère aux résultats publiés par les autorités militaires américaines, le débit de dose au contact de l'UA serait de 2 millisieverts par heure (mSv/h). Sachant que la limite de dose à la peau est de 50 mSv par an (pour 1 cm2 de peau), on peut aisément concevoir des situations conduisant au dépassement de la limite réglementaire : c'est le cas, par exemple, d'un enfant qui récupèrerait une balle de 30 mm qui n'a pas explosé (munition en forme de cigare, donc assez attractive) et qui jouerait avec une demi-heure par semaine.
Il faut préciser que l'UA est parfois protégé par un revêtement qui atténue les rayonnements qu'il émet : c'est le cas du blindage à l'UA du char Abrams. Dans ces conditions, les risques sont fortement diminués : une couche de peinture arrête les rayonnements alpha, une feuille d'aluminium arrête les rayonnements bêta, le rayonnement gamma est d'autant plus atténué que l'épaisseur de blindage augmente.
(*) même si la toxicité de l'UA est nettement plus importante en cas de contamination interne, surtout par inhalation.
6. L'uranium est cancérigène et peut être à l'origine de leucémies.
Alors qu'on annonce des taux de cancers et de leucémies anormalement élevés chez les soldats qui ont servi dans les Balkans, les responsables français sont catégoriques :
Jean-François BUREAU, porte-parole du Ministre de la Défense déclare ainsi sur LCI (le 4/1/2001) : " Aucune étude pour l'instant ne prouve que l'uranium appauvri peut provoquer des maladies de type cancéreux ou leucémique. " ; " L'uranium appauvri présente un risque en tant que métal lourd, c'est un peu comme le plomb. Il peut y avoir des risques sur le foie, des risques sur les reins ... donc ce n'est pas la leucémie ".
Des propos confirmés par M. METIVIER (Institut de Protection et de Sûreté Nucléaire) : " Ce que je mets en doute c'est un lien avec l'uranium appauvri. Ça ne correspond pas du tout avec les connaissances que nous avons depuis 50 ans sur la toxicité de l'uranium. "
Ces affirmations sont stupéfiantes. L'uranium appauvri est toxique tant sur le plan chimique que radiologique. En cas d'inhalation de microparticules d'oxydes insolubles (comme c'est souvent le cas après l'explosion de munitions à l'UA), c'est d'ailleurs le risque radiologique qui est le plus important. Quand l'UA est incorporé sous forme soluble, c'est la toxicité chimique qui prévaut : le rein, et secondairement le foie, sont les organes les plus exposés. De toutes façons, les deux toxicités s'additionnent.
Lorsque de l'UA a été incorporé (par inhalation, ingestion ou blessure), l'irradiation des cellules se poursuit aussi longtemps que les particules radioactives séjournent dans l'organisme (de quelques heures... à plusieurs années selon les formes chimiques et les organes de dépôt ). Les organes les plus exposés sont ceux où l'uranium va se fixer en plus grande quantité et où il restera le plus longtemps.
Les modèles dosimétriques établis au niveau international indiquent qu'en cas d'inhalation d'oxydes d'uranium, les organes les plus irradiés sont les poumons, les ganglions lymphatiques, les reins et les os. En conséquence, les risques associés sont les cancers du poumon, des reins, des os (du fait de l'irradiation des surfaces osseuses) et la leucémie (du fait de l'irradiation de la moelle osseuse et des tissus lymphatiques où se trouvent les cellules souches qui fabriquent les globules blancs, rouges et les thrombocytes).* Les risques cancérigènes concernent d'autres organes (foie, muscles, cerveau... : même si le risque est plus faible, il n'est pas nul. L'atteinte de la moelle osseuse peut aussi entraîner l'altération des défenses immunitaires (monocytopénie).
L'uranium se retrouve également dans les gonades (spermatozoïdes, ovaires) d'où le risque de transmission d'anomalies génétiques à la descendance. Des analyses effectuées sur des vétérans de la guerre du Golfe blessés par des munitions à l'UA ont montré que leur sperme était contaminé.
Une contamination ne provoque pas nécessairement un cancer : la dose de rayonnement reçue ne fait qu'augmenter la probabilité de déclencher ultérieurement un cancer. Le risque est fonction de la dose reçue. D'après les modèles réglementaires, le risque augmente avec la dose (relation linéaire sans seuil). A faible niveau de contamination, la probabilité de développer un cancer radioinduit est extrêmement faible. Plus la dose augmente plus le risque augmente.
|