Citation :
Je précise qu'en ces temps-là, la cocaïne était en vente libre. Et j'ajoute que il y a une raison si le dopage fut lié au cyclisme et pas aux autres sports à l'époque. La raison, très simple, est que là ou le tennis était un aimable jeu, le foot une chose dans l'enfance, le vélo, lui était effroyablement douloureux, voilà pourquoi s'il y avait un tennis amateur, un foot amateur, il n'y avait pas de cyclisme amateur (je crois). Songez que Paris-Brest-Paris signifiait concretement passer 60heures en selle, sur des vélos sans dérailleurs, sur des routes caillouteuses, à lutter contre le sommeil.
Charles Terront fit Paris- St-Pétersbourg en vélo. Bon, pas une vraie course, il pouvait dormir, mais les courses de 400, 500, voir 1000 km n'étaient pas rares. Personne, absolument personne ne considérait le dopage (amphétamines, cocaîne, autres trucs) comme de la triche.
La triche et le dopage étaient deux notions différentes.
Au fil du temps, le matériel, les routes furent améliorés, et les courses raccourcies, mais la tradition du dopant subsista. Anquetil dit qu'un jour il avait essayé de faire une course à l'eau claire, et que la souffrance était trop forte. (aujourd'hui je pense que c'est possible, routes lisses, vitesses, matos, entrainement, etc.). Le film Ghislain Lambert montre bien ce qu'était "la préparation".
Mais à la fin des années 80 est arrivé un produit qui a tout changé. là ou le dopage à l'ancienne ne trahissait pas la hiérarchie, l'EPO allait brusquement permettre à un peloton entier ou presque, de faire comme les grands de la période précédente (Fignon, Lemond, Mottet, Kelly). Cela dit, certes, il y a eu des Riis et des Berzine, mais ceux qui auraient été champions avant epo, le furent après. Simplement, le niveau s'était tellement élevé que il n'était plus guère possible de faire du mars-octobre. D'ou le spécialisme.
Armstrong, c'est différent : lui il avait une combine avec l'UCI qui lui permettait un open bar là ou ses adversaires étaient plus controlés, post-98. (c'est pourquoi j'estime honteux que ses tours littéralement volés n'aient pas été attribués aux dauphins du Texan. Les tour 99-2005 devraient, en toute justice, revenir à Zulle, Ullrich, Ullrich, Beloki, Ullrich, Kloden, Basso. OSEF ce qu'ils prenaient.
A la fin des années 2000, je pense que le gros du nettoyage avait été fait. Un Evans n'aurait jamais gagné le tour à l'ère précédente, ni un Voeckler terminé 4e. On a tous pensé que Froome était une escroquerie, mais avec le recul, c'était simplement le champion d'une weak era (la pierre saint-martin; il repousse Tony Gallopin à 2'20'' houaw, "hallucinant". La weak era explique avec le recul les "cartouches", les attaques à 5km, les écarts en seconde.
La réalité de la domination d'un champion ne rend pas les tours passionnants, mais elle a toujours existé : Coppi 1952, Merckx 1969, les tours ennuyeux de Hinault face à la vieille garde des années 70... Les jeunes, qui n'ont pas connu ces époques (ou qui ne se sont pas intéressés à l'histoire longue de ce sport), croient à l'arnaque parce que Pogi fout 6mn à Vingegaard, ou qu'il développe jenesaicombien de "watts", mais quand le watt a-t-il été une limite ? Si on construit un avion de chasse, qui s'étonnera que l'avion 2026 aille plus vite que celui de 2006 ou 1986 ? Le matos joue. L'entrainement aussi. Avant 2020, les moins de 21 ans étaient inexistants au niveau pro. Si tant de U21 se montrent aujourd'hui, ce n'est pas parce qu'un mystérieux labo serait allé voir monsieur Seixas tel Nathan dans South Park, c'est lié à l'entrainement, aux programmes. (ajoutons que c'est à l'ère de l'EPO que les cadors étaient des vioques de 31 ans en moyenne, regardez les âges des top 10).
|