Je vous copie colle mon CR du Grand raid des pyrénées que j'ai posté sur Facebook, ça en intéressera peut être certains ;-).
(Vous me direz ce que vous en pensez
Comme promis, voilà le CR détaillé du 80 km ( qui faisait finalement plus de 88 km ) du Grand raid des Pyrénées.
Tout d'abord, à tout seigneur tout honneur, une petite pensée pour sebastien ****** qui n'a pu aller au bout suite à deux coups de moins bien. D'autant plus que c'est grace à lui que j'ai fait cette course car je voulais partir sur une course longue mais je ne savais pas laquelle ( mais je n'étais pas parti pour faire un truc aussi dur à la base!). Bref, ça sourira la prochaine fois, je n'en doute pas une seule seconde !
Pour remettre les choses dans leur contexte, je me présente au départ de ce 80 km totalement pessimiste. La faute à une entorse à la cheville qui m'a emmerdé plus longtemps que prévu ( elle ne m'a pas embêté depuis 2 mois mais en même temps je n'ai pas trop couru ces deux derniers mois) et surtout une douleur au tendon d'achille qui a pourri ma prépa tout le mois de juillet/août a tel point que je ne pouvais même plus marcher début août et que j'ai du faire une cure d'anti inflammatoire pdt une semaine ( Sandra ***** pourra confirmer …;-)
. Bref, entre tout ça, ça fait 2 mois et demi que je n'ai pas fait énorme. J'ai essayé de compenser par du vélo mais bon... la 1ere sortie un peu consistante que je fais ( 17km et 1600+), je suis bien cassé le lendemain alors que je suis descendu tranquille. Bref, mon corps s'est bien déshabitué à la descente...
Je me prépare donc à un abandon vu l'ampleur de la tâche et je suis déjà presque content de prendre le départ. Si je dois bâcher, je me dis que j'aurais quand même fait une belle balade !;-)
Donc, à la veille du départ, je ne me vois que moins de 5% de chances d'aller au bout.
Samedi 27/08 3h30 du matin
Le réveil sonne, je suis déboîté, je n'ai pas très bien dormi les 2 deux nuits précédentes. Je déjeune et je reçois un texto de Seb qui me dit qu'il est fracassé aussi et qui me demande pourquoi on s'inflige ça... Je me sens un peu moins seul;-). Direction le départ où je parviens un peu par chance à le croiser et où on se souhaite bonne course.
8h10, km 0-15, 1500d+ et 3h10 de course
Ca attaque direct dans le dur puisque c'est 1 500 de d+ qui nous attendent. Je n'ai pas de mauvaises sensations sans en avoir franchement des bonnes non plus. La montée est régulière jusqu'au moment où on prend la piste noire de ski vers la fin. Ca pique un peu mais ça réveille.
À quelques minutes près, je suis dans les temps prévus ( environ 3h) pour le premier ravito ( fallait se méfier sur la première barrière horaire qui était plus fine que les autres. Elles 'élargissaient ensuite )
Le Merlans-Tournaboup 8h-13h07, 22 km, 1000 d+ ( cumul :37km, 2500d+, 8h10 de course)
Aprés le premier ravito s'ensuit une descente à peu prés propre. Les choses se compliquent un peu par la suite : sentier monotrace peu marqué avec de la caillasse... Je ne le sais pas encore mais ce sentier un peu chiant n'est qu'un petit aperçu de ce qui nous attend par la suite. Je manque me faire éborgner plusieurs fois par une fille devant moi qui ne peut s’empêcher de laisser traîner ses bâtons derrière quand elle monte. Je régle le problème en profitant de la 1ere occasion pour la doubler.
Un petit ravito rapide en eau au 25eme et ça repart. Enfin, ca repart, façon de parler... Des passages dans des gros blocs ralentissent considérablement notre progression. Etre vigilant pour ne pas tomber, les batons qui glissent sur les blocs et qui sont plus un boulet qu'autre chose dans ce cas là etc. Bref, je regarde la montre et ça me désespère : on doit être sur des bases de 2km/h donc autant dire que ça ne défile pas bien vite. On passe prés de lacs superbes et je prends le temps de regarder car c'est quand même pour ça qu'on est là. Puis fini les gros blocs ( youhouuuuuu!) et … place à un sentier de merde plein de gros cailloux où les pieds sont dans toutes les positions sauf à plat … Du coup, les km sont toujours aussi lents à défiler et il ne sert à rien de courir.
Et je commence à me dire que ça me ferait chier d'abandonner malgré ce que je me disais la veille…
On passe le col de Madamete pour redescendre les 11 km jusqu'à Tourneboup. Ah, on va un peu courir pour avancer un peu … Non plus, puisque la descente est pourrie aussi du moins jusqu'au petit barrage du Lac de Tracens. Je vois aussi les premiers coureurs qui vomissent sur le bord du sentier....Je cours enfin et arrive à Tournaboup où mes parents me font l'assistance. J'avais un peu préparé ma mère à un éventuel abandon à Tournaboup à cause d'une prépa aux trois quarts flinguées , Du coup, elle me demande « tu continues ? -Oui.- T'es sur ?- Oui, oui, sur ». Car étonnamment, je ne me sens quasiment pas entamé et limite en pleine forme malgré les plus de 8h depuis le départ. Probablement du au fait que le parcours difficile m'a obligé à plus marcher et donc à m'économiser malgré moi...
Tournaboup-Pic du midi-La Mongie 13h-18h30, 22 km, 1 700 d+ (cumul 58 km,4 200 d+ et 13h30 de course)
Bon, je me sens bien, c'est positif, mais l'arrivée est encore très loin ( 50km et 3000d+). Commence donc la très longue ascension des 1 700 d+ jusqu'àu pic du midi. La montée est régulière et pas désagréable sous une grosse chaleur. Jen profite d'ailleurs pour tremper buff et casquette dans les torrents que je vois. Par contre, pas un arbre... Ils ont pensé aux blocs et à la caillasse içi mais pas aux arbres...Bon, pas grave car ça ne me dérange pas trop finalement contrairement à d'autres qui sautent à cause de la chaleur. Au bout de deux heures arrivent le col de Sencours et son ravito qui s'avère plus consistant que prévu sur le roadbook. Tant mieux ! Je commence à grimper vers l'aiguille du midi et croise les coureurs qui en redescendent ( on fait un aller retour sur le même chemin pour monter là haut ). Un gars me dit qu'il faut une heure et demi pour faire l'A/R si tout se passe bein... effectivement je mettrais bien 1h30 tout rond. Je mets une heure pile pour faire les 500d+ jusqu'au pic ce qui est correct vu les 12 h de course derrière moi et l'altitude ( prés de 3000 m). Mais je me dis aussi que j'aurais pu avaler ces 1 700d+ jusqu'au pic bien plus vite si ma prépa s'était déroulé comme prévue. Mais pas de pensée négative, puisque je suis encore là ce qui est déjà pas mal. J'ai quand même un petit coup de moins bien sur les derniers 30 m de l'ascension qui sont très raides et font monter le cœur. Je m’arrête là haut 5 mn, prend qq photos, regarde mes sms et me demande si je vais arriver à repartir correctement... J'entame la descente avec pas mal d'appréhension et finalement les sensations reviennent bien et je peux descendre en courant jusqu'au ravito de tout à l'heure. Ces 5 km de descente en une demi heure sont cadeau car la descente n'est pas technique et ca permet d'avancer un peu ! ( enfin!). Mais ce sera le seul moment de la course où ce sera vraiment facile...
Direction La mongie pour une descente technique dans un premier temps ( ben ouais,il ne pouvait en être autrement...) puis un peu moins chiante. Je fais un check up urine : ca sort bien clair, limite on pourrait la mettre en bouteille;-). C'est un bon point, ça veut dire que j'ai très bien géré l'hydratation sous la chaleur. 1H30 après arrive La mongie et selon mon état, ce sera le dernier moment pour savoir si je continue ou pas. Après, le retour en arrière est beaucoup plus difficile...
La Mongie-Refuge de Campana-Vielle Aure 19h30-4h00, 30 km, 1 500d+, ( cumul : 88 km, 5 500 d+, 23h de course)
En vue de La mongie où mes parents m'attendent pour la deuxième et dernière fois ( vous allez penser que je viens de les quitter mais ca fait dèja 5h30 que je les ai quittés à Tournaboup). Ma mère un peu anxieuse me demande si ça va et de manière extrêmement surprenante, je ne suis pas plus entamé que 5h30 auparavant … Incompréhensible ! Je m'arrête une heure, soigne quelques ampoules, change les chaussettes, refais le plein, etc. Je rentre dans la salle du ravito et vais vers le fond où se trouve le Poste de secours et les pompiers. Et là, c'est la cour des miracles : des coureurs allongés dans des brancards branchés à un electrocardiogramme, des bénévoles qui viennent demander aux pompiers des contrôles de glycémie, etc
Bon, on va pas trop regarder parce que c'est pas super positif.
Je repars donc au bout d'une heure et craint d'avoir du mal à repartir... Et bien non ! Je me sens toujours très bien, les petites douleurs qui étaient apparu avant la Mongie ont disparu... Je me demande un peu ce qu'il se passe mais bon, profitons-en !
Enfin un chemin correct qui nous mène jusqu'au Pont Barassé mais ça ne dure pas. L'ascension jusqu'au lac de Greziolles se fait dans du très pentu et du technique : des marches d'un mètre qui vous défoncent les quadri, des blocs ( encore ), et vigilance où on pose les pieds mais les sensations sont correctes. Un gars nous dit » on doit aller là bas en nous montrant un pic au loin ».. Putain mais c'est immensément loin !!! Bon, j'évite de trop gamberger, de toute façon, ça ne sert pas à grand chose.
Arrivé au lac de Grézioles, il fait quasiment nuit, j'ai attendu le dernier moment pour allumer ma frontale histoire de pas avoir à en changer lors de la fin du parcours ( sachant que je m'en suis éja servi deux heures ce matin ).
Une nouvelle course commence, sous les étoiles cette fois...
Image saisissante de cette chenille de frontales au milieu de nulle part qui nous permet de voir devant le chemin à parcourir et derrière le chemin parcouru ...
Le chemin est de nouveau totalement chaotique, des blocs en pagaille ( ils doivent les larguer en hélicoptère, c'est pas possible autrement d'en avoir autant!), et quand ce n'est pas des blocs piégeux où on risque la chute, c'est un sentier enchâssé de grosses pierres ( et là, qu'on ne vienne pas me dire qu'il n'y a pas un mec qui est payé pour sceller des pierres sur ces put*** de sentiers qui n'en sont pas. Pareil, c'est pas possible autrement!). Bref, progression lente, pénible, énervante, où on tape dans les pierres à cause de la fatigue.
Une heure après avoir allumé ma frontale environ, je sens les premièrs signes de faiblesse arriver. Annonciateur de quelque chose de plus sérieux plus tard...
En attendant, nous arrivons au refuge de Campana où l'accueil est très sympa mais je n'ai pas très faim, je me force un peu à manger, prend un peu de soupe ( le sucré, je sature!). Les bénévoles nous disent de nous couvrir car on s'arrête ( effectivement tout le monde est bras nus car il fait quand même bon mais à l'arrêt aprés un effort aussi long, ça peut être super mauvais d'autant plus qu'on est tout de même à 2 200 mètres d'altitude ).
Du coup, j'hésite mais je sors quand même le coupe vent et je pense que j'ai bien fait.
J'entends un râle prés d'où je me suis mis pour boire ma soupe. Je me tourne et voit un coureur allongé dans une couverture de survie qui n'est pas bien du tout. Le gars du refuge lui dit « t'en fais pas, on va te requinquer et tu vas pouvoir finir ». Je ne saurais pas s'il a fini mais c'était mal barré en tout cas.
Je ne traîne pas trop et repart. Et je vois de plus en plus de gens arrêter sur le coté du sentier, soit épuisés, soit en train de vomir tripes et boyaux...
Chemin encore difficile où je peine de plus en plus sans compter que le chemin s'élève fortement avant d'arriver au col de Bastanet. C'est très raide et c'est technique, comme d'hab quoi … et là, je suis collé. Je n'avance plus, pas malde gens me double, je ne mets un pied devant l'autre ( ou plutot par dessus l'autre vu que c'est raide à mort ) qu'au prix de terribles efforts. Je n'étais déjà pas terrible la demi heure précédente mais je gérais un peu le truc car le sentier était pas trop raide. Mais dans des pentes comme ça, on ne gère pas, on subit même si on est pas mal. Quand on est mal, c'est le calvaire, je ne peux pas aller plus doucement sinon je m'arrête. Je prends sur moi de ne pas m'arrêter et continue. J'ai un peu envie de vomir et envie de dormir. Je me dis que je serais si bien si je m'arrêtais là dormir un peu … je m'accroche comme un damné, j'ai plus rien dans les jambes et au bout d'une éternité ( alors qu'il n'a pas du se passer plus de 20 ou 30 mn depuis mon gros coup de moins bien mais je ne sais pas vraiment ) ou du moins ce qu'il me semble être une éternité, j'entends un mec qui crie « col ! Col ! » et je me dis que ça y est je vais pouvoir m'arrêter un peu ( je ne m'arrête pas trop en général mais là c'est vital ). je m’arrête donc, voit qq textos qui me donne un peu de courage et me réconforte. Je me force un peu à manger car je suis toujours nauséeux.
Avec de l'appréhension, j'attaque la descente et c'est une nouvelle fois pourri : bloc, pierres de partout, j'entends même un gros bloc se détacher sur le versant en face. Comme si'il y en avait pas assez à éviter au niveau des pieds, il faut encore qu'ils nous tombent bientôt sur la gueule.
Du coup, ça va un peu mieux que tout à l'heure mais c'est pas super car ce n'est pas une descente qui permet de récupérer vraiment ( même si je prends cette descente comme du luxe vu la montée de tout à l'heure). Et en plus, j'ai super mal aux pieds, je dois avoir des ampoules monstrueuses et je me demande si ca va pas m'empêcher de finir.
Au bout d'un moment, cela s'arrête ( plus de cailloux à balancer des hélicos ? Suppression de poste du conn*** qui scelle les pierres sur les sentiers ? Les restrictions budgétaires ont du bon des fois alors …) et enfin un chemin super propre recouvert d'une fine poussière et où il n'y pas une seule pierre ! Et c'est là que je me refais la cerise. On marche ( le sentier serait idéal pour courir ) mais au 75 eme, on se contente de ce que l'on a;-). et les pieds me font moins mal car les appuis sont moins pourris...
On est à 3,5 4km/h c'est pas très vite mais on avance un minimum au moins. En tout cas, plus que les 10 km précédents où on devait être à 2 km/h et moins à certains endroits
pendant environ une petite heure, ce chemin nous mène au dernier ravito. Une dernière petite cote de 150 m se trouve juste après : j espère juste qu'elle n'est pas raide comme tout à l'heure ! Car même si je vais mieux, je ne sais pas encore comment mon corps va réagir …
Je prends 2 mn au ravito pour déconner avec des filles ( après 75 km, j'ai le droit, non ?;-), puis j'attaque la dernière cote … qui n'est pas trop raide et que je peux donc faire à ma main. J'atterris en haut des remontées du Pla d'adet où je croise un renard qui est venu voir le passage des coureurs... je passe ensuite à coté d'un troupeau de brebis totalement imperturbables au balai des coureurs avec leurs frontales sur la tête.
J'amorce la descente très raide ( c'est la piste noire qu'on a monté au début du parcours si vous avez bien suivi ) et je ne vais pas plus vite qu'en montée car j'ai les jambes détruites et le terrain est très glissant. Au bout de 20 mn, ca redescend normalement sur des pistes correctes. Il doit rester 10 km, je me dis que c'est rien... c'est rien en temps normal si on court. Mais vu notre progression actuelle en marche, je me dis qu'il faut encore deux bonnes heures ! ( je desespere pas, mais je commence à en avoir marre ). La descente jusqu'à quasiment l'entrée du village se fera en discutant avec pas mal de gens ce qui aidera à passer le temps.
A l'entrée du village, je suis seul, je suis un peu ragaillardi, et malgré l'heure tardive ( ou très tôt, ç dépend comment on voit les choses ), des gens nous encouragent. Je finirais même en courant les 500 derniers mètres, du moins ce qui se rapproche d'un trot après presque 24h d'efforts …
Je franchis la ligne d'arrivée, fatigué mais content. Je m'assois sur une chaise ( du moins, je tombe dessus, car la flexion des quadri me déboite ) et allume mon tel. Je vois alors tous les messages sur fb que seb **** m'a laissé au fur et à mesure de ma course et c'est excellent ! Je peux même un peu discuter en live avec lui car il est réveillé!j'hésite à aller manger au ravito mais ca me fait chier.
Depuis que j'a passé la ligne, mes jambes me font super mal en plus. Alors je décide de rentrer à l'appart' à 300 m de là. A pieds, comme depuis 24h ...