perrout a écrit :
Ce n'est pas du sadisme mais tu aurais un CR de cet abandon? Ou bien peux-tu brievement le raconter? Ca m'interesse toujours de voir le pourquoi du comment. C'est surtout super enrichissant (autant ne pas comettre les memes erreurs) et je pense que la CCC traine dans la tete de certains d'entre nous. Le sujet de l'abandon m'a l'air plus pertinent en (ultra)trail qu'en course sur route classique (je parle pas de 100k).
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Pas de soucis, je vie bien cet abandon maintenant
C'était ma première course longue (j'avais 2 fois la corrida d'Issy les Moulineaux avant, donc 10k déguisé en père noel
), et je crois avoir fait en tout et pour tout 1 sortie genre rando-course de 4h en prépa. Le reste, c'était des sorties de 1h30-45 maxi, avec un peu de seuil. Et je ne courrai pas aussi bien que maintenant à l'époque. Bref, autant dire que la prépa était légère (je m'en suis rendu compte après
).
Peu de test du matos, 0 expérience sur la gestion d'une course longue, l'utilisation de mon sac à dos, la gestion des ravitaillements et de l'alimentation. J'y suis peut-être allé la fleur au fusil. Avec un pote qui ne courrait pas du tout et qui avait décidé de s'inscrire (y'avait pas de prérequis avant
)
Par contre, j'étais motivé pour en venir à bout.
Départ de course depuis Courmayeur assez tranquille, bonne ambiance, météo excellente (en 2008, gros soleil mais pas étouffant). Bonne sensations jusqu'à la première montée, où même mon pote encore moins entrainé que moi me lâche dans l'ascension. Et là, premier coup au moral: "Merde, c'est que ça va être difficile quand même". Impression de ne pas avancer...Bon, je ne panique pas, un pied devant l'autre, et ça grimpe. Je crois des coureurs assis sur le côté et super mal, je me dis que finalement, je suis encore bien loti.
On arrive au premier ravito (après 15 min cul à cul en fil indienne...), mon pote se sent un peu en vacances, il prend son temps, genre "on est bien là, on resterait pas un peu??". Je lui rappelle la petite contrainte des barrières horaires sur lesquelles nous n'aurons jamais beaucoup de marge.
Remplissage super laborieux de ma poche à eau avec la poudre (alors que j'étais encore relativement frais...ce qui me laissait présager de grosses difficultés pour la suite
), et on redémarre.
Tout le passage suivant se passe vraiment pas trop mal, je me reprend un peu dans la partie roulante après ce premier ravito, la descente se passe bien, mon pote commence à en chier dans ces parties roulantes.
On arrive au pied du grand col Ferret, on se ravitaille bien, pause pipi, et on attaque l'ascension. Là, j'étais super bien, je reprenais du monde, mon pote explose sur la fin, je l'attendrai 10 min en haut. Une fois là, il me dit de continuer et de le laisser, il est cramoisi.
J'attaque la descente dans laquelle je dois doubler une vingtaine de personnes. J'étais super bien, super lucide, je sentais que je reprenais de l'avance sur la barrière. Tellement bien que je néglige complètement l'alimentation/hydratation. J'avais en tête que le ravito de la Fouly était au pied de la descente, alors qu'il restait encore bien 3 ou 4 bornes (de mémoire) à faire dans des petits chemins/rues. Là encore, le manque d'expérience: je n'avais pas le profil de la course avec moi...
Arrivé à la Fouly vers la tombée de la nuit, je n'ai qu'un chose en tête: continuer à bien avancer pour reprendre du temps sur les barrières horaires. J'enfile une 2eme couche, le corsaire, je rempli à peine ma poche à eau (malin hein
), Je mange 1 TUC et je démarre, les jambes en bois, mais en me disant que ça va pas si mal. Pas de bobo au ventre, pas d'ampoules, pas de douleur aux tendons ni rien.
C'est là que ça part en vrille. J'avais en tête un passage tranquillou entre la Fouly et Champex...J'ai explosé physiquement et moralement comme jamais
Le petit coup de mou après 10h de course, l'arrivée de la nuit, et surtout, très rapidement, plus rien à boire (poche et gourde vide), plus rien à manger...Donc zéro carburant. Le gros contre-coup de ma négligence depuis l'ascension du grand Col Ferret, et sa descente: peu d'alimentation, hydratation largement insuffisante... La montée vers Champex a été un calvaire, plus d'envie, super négatif ("mais putain de course de merde, qu'est ce que je fous là...et qu'est ce qu'ils me cassent les ***** les mecs sur le côté à nous encourager à nous dire qu'on est bientôt arrivé!!
), bref, le bon moment
Je n'avais envie que d'une chose, arrêter. Je savais que des bus nous attendaient à Champex pour redescendre à Chamonix, mon choix était donc fait.
J'arrive là bas tremblotant, complètement à la rue, je voyais même pas comment poser mon sac, mes batons...0 lucidité
Mais quand même, j'avais 1h (je crois) d'avance sur la barrière. Tant bien que mal, je me pose sur un coin de table, je vais boire 3 verres de coca, 2 verres de soupe, je me prends 2 grosses assiettes de pâtes pour essayer de me caler et de me réchauffer...mais ça marche pas des masses. Je prends mon téléphone pour appeler ma femme, j'ai les larmes aux yeux devant la photo de ma fille qui me sert de fond d'écran..."Chérie, je suis cramé, j'en peux plus, j'ai froid, j'en ai marre...je vais pas y arriver".
- " Ben arrête et rentre alors". \o/
Bon c'est peut-être pas ce que j'aurai voulu entendre à ce moment là, mais ça me conforte dans mon choix. Le speaker annonce un décalage de la barrière horaire, 30 min de rab'... J'hésite un instant, mais non, le mal était fait, la décision prise...ET j'ai toujours froid... J'hésitais à repartir dans la nuit, je savais qu'on attaquait une belle montée derrière..."Et si je craque après, au milieu de la nuit là, ça va être galère....".
Je vois des groupes de coureurs repartir, mais ne me met dans aucun d'eux.
Je vais voir le commissaire de course, merdeux comme tout...découpe du dossard, c'est fini. Je me sens merdeux, mais j'ai froid, je suis fatigué...puis je ne suis pas le seul...(on se ratrappe à ce que l'on peut). Voilà, ma course est terminée, je suis sorti par la toute petite porte comme une merde.
J'attends le départ du bus pendant une heure, et le temps d'arriver à Chamo, je suis bien, plus froid, j'ai de l'énergie, je rentre à l’hôtel en trottinant
C'est là que j'ai commencé à me bouffer les couilles d'avoir lâché.
Le midi qui suit, on va voir les finishers sur la ligne, avec la musique, les larmes me montent, je suis dégouté comme rarement. J'ai arrêté par manque de volonté, uniquement ça. Pas de bobo, pas de vomito, pas de caca mou, pas d'ampoule, rien, queudalle, nada. Je n'ai pas su gérer le passage à vide (lui même en grande partie du à une gestion de course et de l'alimentation complètement pourrie). Je me jure alors d'y retourner un jour.
Le lendemain, je reçois un mail de l'orga de l'Ecotrail. Je m'inscris sur le 80km de mars 2009
Après ça, j'ai arrêté de courir pendant plus de 2 ans
J'ai repris sérieusement en décembre 2011, plutôt en forme avec de l'envie, pour me niquer la cheville en janvier 2012
Et depuis, je cours régulièrement, j'ai de l'envie, objectif maxi-race cette année, et si ça se passe bien, l'idée est de retenter la CCC en 2014
Donc bon, au final cela aura été enrichissant comme expérience de l'échec
Ca m'a permis de voir qu'il ne faut pas négliger certaines parties de l’entrainement, que l'alimentation et l'hydratation demandent une concentration et une attention particulière, il faut que ce soit systématique, et surtout, surtout, cela m'a appris à quel point le mental est important
Je le savais pourtant à l'avance, je m'étais préparé, mais n'ayant jamais été confronté à ce genre de situation, j'ai mal géré. Je n'ai pas trouvé les ressources pour continuer "dans le dur" et laisser passer le mauvais moment. Je tacherai de m'en servir fin mai à Annecy 