CR Grand Raid 73 / ultra des Bauges
Le contexte
Comme tous les ans, je me planifie un ultra par semestre.
Pour le S1, mon choix se tourne vers la première édition de l'ultra des bauges, j'arrive à choper un dossards quelques jours avant que ca ne soit complet
L'idée est de faire une course de préparation un peu costaud en vue du vrai objectif de l'année qui est l'UTMJ ou je vise un TOP 40 (il faut être ambitieux dans la vie).
Cet ultra coche toutes les cases: 110km pour 8000m de D+, c'est super roulant comme j'aime
Le bémol c'est qu'il s'agit d'une première édition donc ca va être compliqué d'estimer correctement les temps de passage (je ne connais pas les sentiers) et surtout nous allons servir de cobayes (j'y reviendrais)
Les barrières horaires sont hyper serrées (on n'est pas sur une course UTMB !
) 25h30 max pour franchir la ligne d'arrivée avec des barrières intermédiaires pas beaucoup plus larges
J'avais pas mal d'appréhension de passer les barrières en cas de mauvaises météo, mais la météo sera très bonne, donc sauf gros coup de mou ca devrait passer sans difficultés
La préparation
Rien a signaler de ce coté, la préparation hivernale a été orientée renfo et travail de vitesse avant de basculer sur la préparation spécifique ultra.
Le seul bémol aura été le week end choc que j'ai du avancer à S-4 car l'agenda familial du mois de mai était beaucoup trop chargé
Avant course
La bonne résolution 2025 est d'arrêter les organisations de fou et de mieux gérer l'avant course
j'étais arrivé à l'ultra01 à peine 30min avant le départ après une journée de travail/gestion d'enfant, en grillant tout le monde pour le dossard et en finissant de me préparer à l'arrache.
Du coup j'arrive à cruet 1h30 à l'avance, le départ est prévu à 23h je récupère mon dossard et la balise GPS puis fini de me préparer en toute sérénité
Contrairement aux autres courses du GR73, c'est plutôt intimiste, nous ne sommes que 139 cobayes au départ, je m'attend à me sentir seul dans la montagne au milieu de la nuit
Il fait bon mais les températures prévues pour la nuit sont plutôt fraîches (moins de 10°), j'opte donc pour du 2 couches + les gants dans le sac
Cruet / Lac de la Thuile (82eme km 12)
ca commence sur du plat / faux plat dans les vignes, parfait pour s'échauffer mais ca monte rapidement, il y a 700m de D+ à avaler
Vu ce qui nous attends derrière, mon objectif est de ma caler sur un bon rythme sans trop forcer.
mais punaise, on est encore bas dans la cuvette, donc j'ai vite chaud
La montée est un long single bien pentu qui serpente un peu. C'est galère pour dépasser, je n'hésite pas à m'écarter un peu quand c'est possible pour laisser passer un téméraire
mais il y a des bœufs qui veulent à tout prix passer quitte à te pousser même si le sentier fait 30cm de large.
Ca m'énerve, quel est l'intérêt de ne pas attendre 5 min le temps que le sentier s'élargisse alors qu'on est au km 6 d'une course qui en fait 110?
On passe le sommet pour basculer sur une descente tout aussi pentu et tout aussi caillouteuse (comme partout dans les Bauges en fait), je me fais quelques frayeurs sur des rochers glissants mais je trouve mon rythme
j'arrive au lac de la Thuile pour un point d'eau ou je refais le plein de mes flasques (comment font donc ceux qui ne s'arrêtent pas du tout ?) .
Je croise un concurrent qui abandonne son bâton au bénévole, il l'a cassé. j'ai de la peine pour lui, il reste plus de 100km, ca va être long
Lac de la Thuile / Les Gueulets (60eme km 26)
Un coucou aux vaches en faisant le tour du lac puis direction le pic de la sauge et la pointe de la Galoppaz (800m de D+) avant de descendre vers le premier ravito
le plus embêtant ici aura été la traversée de petit ruisseaux ou bien évidemment je réussi l'exploit de mettre le pieds dans l'eau malgré les rochers bien en place pour traverser
j'ai aussi les mains congelés, elles n'ont pas appréciées l'eau froide du point d'eau, je sors donc les gants mais ca va prendre du temps avant que l'engourdissement s'en aille
Les paysages étaient certainement très beaux, mais de nuit à la frontale j'en garde aucun souvenir si ce n'est d'avoir les pieds mouillés et les mains congelés
Les gueulets / Mermet (60eme km 42)
Je vous passe les détails du crapahutage dans la nuit à la frontale, ça n'a pas trop d'intérêt. La seule info est que je suis globalement à ma place, je ne dépasse pas ni ne suis dépassé.
Le jour commence à se lever dans la descente, je peux enfin éteindre la frontale, la température monte aussi, je me sens beaucoup mieux.
Direction le premier des 3 KV de la course: la montée du mont Margeriaz via le golet de l'agneau (très poétique comme nom
)
Ça commence à monter pas trop dur, jusqu'au ravito, mais c'est cool de voir un peu de paysage
Après le ravito, j'ai de nouveau les mains congelés, leur eau qui est resté toute la nuit dehors est vraiment glacé
La suite de la montée fais peur, on devine vers le haut quelques silhouettes qui avancent doucement dans des pentes de dingues (40%), au moins je sais ce qui m'attends, et franchement ca fait peur au point de me demander si je vais y arriver.
Je débranche le cerveau et j'avance en mettant un pied devant l'autre, je pense à celui qui n'avait plus de bâton, ça doit être bien galère pour lui. On passe du sous-bois au minéral et ça devient encore plus pentu et surtout impossible de voir où cela mène, ça semble interminable, et parfois glissant avec tous ces petits cailloux partout. Heureusement, sur ce versant, on est à l'ombre, on ne souffre pas de la chaleur. Enfin, j'aperçois les bénévoles près d'un escalier métallique, il est temps de ranger les bâtons et de terminer l'ascension à la main en grimpant les rochers. Je passe l'escalier, il y a des cordes en place pour la sécurité. En fait on passe entre 2 sortes de falaises, c'est magnifique et on sort par un trou sombre pour déboucher par miracle dans la lumière du soleil, sur un plateau avec des pistes de ski. Ce passage est juste dingue, je comprends tout l'intérêt d'y passer en course.
Une fois sur le plateau, au soleil, la descente vers Aillon commence très vite. Et toute la difficulté de la course est là, il n'y a aucun temps mort. Il faut enchaîner tout de suite avec une descente raide et technique où les quadris prennent chers, pas le droit à l'erreur vu le nombre de cailloux au km
Aillon / Ecole ( 63eme km 52)
on rejoint le ravito à la fin de la longue descente technique de 7km. J'ai quasi 2h de retard par rapport à plan de finir en 20h, j'ai clairement sous estimé la difficulté du début de course. Je retrouve un collègue du boulot que j'ai réussi à embrigader pour me porter un sac de délestage (car il n'y a aucune gestion de sac de délestage par l'organisation, donc si tu n'as pas d'assistance, ça complexifie beaucoup les choses). je prend mon temps pour passer au teeshirt manche courte pour le reste de la journée, mettre de la NOK et changer de chaussette, manger mes 2 brioches garnies au caramel beurre salé, un orangina, remplissage des flasques et du sac de course et c'est reparti, bob blanc fétiche sur la tete.
je perds des places au ravito, mais c'était prévu. Je n'aurai aucune autre aide jusqu'à l'arrivée, je compte reprendre du temps d'ici la
Un grand merci à mon collègue pour le coup de main, de son côté il va finir sa journée en rando
J'apprend aussi que l'orga a supprimé la montée vers les crêtes du Colombier (environ 2km et 300m de D+). Vu les temps de passage des premiers et les barrières horaires, Ils se sont rendu compte que cela éliminerait beaucoup trop de monde, et qu'il y aurait vraiment peu de finishers. Quand je disais qu'on servirait de Cobayes pour cette première édition
Du coup, le deuxième KV ne fera plus que 800m de D+ environ. Et il est clairement plus facile que le précédent, même si la fatigue commence à se faire sentir après 60km d'effort
Vu la tete de la montée vers la crête, je suis quand même bien content de l'éviter finalement. Comme toujours pas de pause, bascule vers la descente technique jusqu'au chalet de la Fullie avec une barrière de 14h de course et que je franchis au bout de 12h30 d'effort.
La bonne nouvelle est que je connais les 30 prochains km que j'ai pu faire lors de mon week-end choc.
Une dernière descente vers le ravito d'École ou je prend le temps de bien m'alimenter et m'hydrater car il fait chaud. Et surtout le prochain ravito se situe 28km plus loin, avec 2500m de D+ faire (oui, on sert toujours de cobayes).
Ecole/Epernay (km 91)
Montée désagréable car pleines de bouses de vaches, puis on commence le 3eme KV vers la fameuse dent d'Arclusaz. Le début est très difficile car de nouveau des pentes à 25% puis ça se calme en déboulant dans une combe en plein soleil. je me retrouve avec 2 hommes sur cette partie, je ne suis pas en grande, mélange de fatigue, d'hypo et d'appréhension car je sais ce qui m'attend. On rattrape la 2eme féminine qui se cale à notre rythme. Puis on arrive à un point d'eau ajouté à la dernière minute. Heureusement, il y a du coca. Je prends le temps de refaire mon stock de sucre, puis c'est reparti. J'avais galéré en reco à trouver la trace car il y avait encore de la neige. C'est beaucoup simple sans neige et avec des balises. Par contre ça monte droit dans le pentu, en levant la tête je vois de nouveau des silhouettes tout en haut en me demandant si je vais y arriver.
J'opte pour la technique du planté de bâton puis 3 petits pas avec ce pourcentage de dingue. Ça fonctionne plutot bien pour garder la cadence. Puis on passe au minéral, je range les bâtons, ça ne sert plus à rien et je m'aide plutôt des mains pour grimper. La fin est encore pire, c'est presque de l'escalade. Je rattrape la première féminine qui n'est pas au mieux car elle a le vertige. Impossible de dépasser, je la suis, les bénévoles vont descendre pour l'aider à terminer la montée. Photo rapide à la croix, histoire de ne pas avoir souffert pour rien: 40min pour faire ce dernier km de montée ( on est partie de la combe puis droit dans le pentu jusqu'a la croix)
La suite est d'abord ultra technique, il y a des cordes pour sécuriser, je descends sur les fesses, puis on entame la descente tout aussi technique et parfois sur les fesses, puis ca se calme avec un long single ou je peux enfin envoyer un peu, pas de boue à outrance comme lors de la reco. Ça fait du bien.
Malheureusement, juste avant Epernay, on passe par un sentier ravagé par des travaux forestiers, pas de solution, il faut baigner dans la boue pendant 1km, sans perdre de chaussure.
Je ne comprends toujours pas l'absence de ravito à Epernay, c'est vraiment un point à améliorer pour l'année prochaine.
Epernay / Mont Pelat (km 98)
Il reste environ 7km et 700m de D+ jusqu'au ravito, qui est connu pour ses Diot, poulets grillés et frites.
je sais que ca part plutôt tranquille avant de devenir hyper pentu, je garde mon rythme. Un des compagnons de la combe d'arclusaz que j'avais dépassé dans la descente est en train de revenir derrière, ça m'embête vu que je suis déja mal classé par rapport à mes prévisions, j'accélère donc. Il ne reviendra pas. j'en profite pour rattraper encore 2 hommes qui sont au bout de leur vie dans le pentu,
ca me fait un bien fou de rattraper des cadavres. je garde le rythme. La pente s'assagit mais c'est difficilement courable puis on rejoint la trace de la course historique de 73km.
Un d'entre eux me dépasse en m'encourageant en disant qu'on peut encore arriver avant la barrière horaire. Il me fait flipper car dans mes calculs, j'étais très large par rapport aux barrières. Du coup je m'accroche, je donne tout ce que j'ai. J'arrive un peu après 19h, je pense être hors délais. Mais en fait non, 19h c'était uniquement pour ceux du 73
. C'est 20h30 pour le 110km.
Je fête ça avec quelques morceaux de Diots (il n'y a plus de poulet), je ne tenterais pas les frites.
A partir d'ici, je sais que je finirais ma course, les 15 derniers km sont en descente essentiellement.
Mont Pelat/Cruet (km 110)
Evidemment, c'est les Bauges, Donc les descentes, c'est pas des pistes forestières à descendre à toute balle. Et surtout, les sentiers sont hypers boueux. Moi qui était resté au sec et propre depuis 40km, je me vautre comme un bleu dans une flaque de boue
. Tant pis pour la photo finish, je serais crade.
Je double pas mal de coureurs du 73km mais plus personne du 110 malheureusement. Mais ça me fait des points de repère et des personnes à aller chasser, je me fais donc plaisir. Comme souvent, je continue à courir en fin d'ultra pour amasser les zombies, et je pique même un dernier sprint sur les derniers 500m au cas ou le dernier coureur que je vois fasse le 110. Je le double 50 m avant la ligne
mais il faisait le 73
.
Je termine en 23h à la 46eme place, seulement 67 finishers pour cette première édition.
Je suis déçu du temps et de la place, j'aurais peut-être dû jouer plus la bagarre en début de course, mais cette première partie est quand même plus costaud que je le pensais.
C'est un parcours à réserver aux initiés et à ne pas tenter pour une première expérience d'ultra, c'est costaud et on n'a pas le temps pour admirer le paysage car les barrières sont ultra serrés
excellente course de préparation pour l'UTMJ, il ne reste plus qu'à améliorer certains détails comme le maintien de la vitesse ascensionnel (et de la vitesse tout court peut être aussi). Et si je veux faire Top 30 ou Top 40, il faudra que j'y aille beaucoup plus avec les crocs.