CR Ultra Trail Des Paiens 114km / 4400 d+
En 2023, j'ai envie de monter en distance mais je prends pas mal de temps pour choisir ma course. Au début je pensais partir sur du 10/12h d'effort sur des parcours à couper le souffle (STL, Ecotrail, Diagonale des Yvelines
). Finalement, soucieux de mon empreinte carbone, attiré par les sirènes des running stones, mon choix se portera sur l'UTDP, pas très loin de chez moi. Ça sera un peu plus long que prévu, mais c’est roulant donc facile, non ?
C’est parti pour 4/5 mois de prépa avec environ 70km hebdo en moyenne (91k/3000d+ pour la semaine pic), suivi par un célèbre coach du forum histoire de pas se prendre la tête et de faire les choses bien. Je commence à pas trop mal gérer et encaisser les formats 50k, à voir maintenant ce que j’arrive à faire sur le format supérieur.
Prépa sous la pluie, ça fait 6 mois qu’on a un temps tout pourri, à quelques rares journées près. A l’image de la météo de la semaine de la course. Pluie ou orage ou averses de grêles, ça promet d’être gras et une météo bien pourrie le jour même. Mais gros coup de chance, on aura du soleil, à l’inverse de ceux sur le 170k qui se prendront de belles douches, en particulier vers 18h juste après avoir récupérer mon dossard. En parlant du dossard, je demande au bénévole s’il compte me contrôler mon sac pour le matériel obligatoire que j’ai soigneusement préparé, mais il est pas vraiment enclin à se prendre la tête avec ça « c’est pas nous qui courrons », ça me fait bien marrer après tous les mails et rappels de l’orga sur ce point
Je dors à l’hôtel à 25min à pied du départ dans le village voisin, petit plan sympa qui me permettra de me lever et déjeuner tranquillement avec un départ à 10h. Ça m’évite de prendre le bus de l’orga à l’aube qui part depuis l’arrivée à Obernai. La petite marche d’approche à travers vigne est bien sympa pour se mettre en route.
Dépôt du sac d’allègement et direction le départ. Il y a 3 départs, je fais partie de la 1ère vague (dossard 1000 à 1699 donc environ 700 partants si mes maths sont bonnes). Je suis complètement dans ma bulle, pas trop le genre à taper la discute avec un voisin inconnu, placé au 2/3 du sas environ. Discours de Mme Poletti je crois bien, petite musique pas terrible et paf c’est le départ.
Le départ est en côte, je pars tranquillement et je me fais rouler dessus. En haut de la côte du village (300m) je suis avant dernier
, le dernier ayant marché dés le départ. Le peloton s’éloigne. Perso j’ai décidé de gérer l’effort au cardio et de pas dépasser 135bpm au moins jusqu’au 1er sommet. Malgré la fraicheur apparente, il fait super lourd et je peine déjà à rester sous les 140, tant pis. Le tracé passe devant mon hôtel, encore un peu de petites routes puis on attaque la montée vers le Haut Koenigsbourg. Le gros du peloton a disparu, mais je commence à grappiller des places au compte-goutte.
Avant l’arrivée au château, une poignée de coureurs me doublent à vive allure, sans doute les 1ers du second sas ! Même si ce n’est pas très logique puisqu’en théorie, les vagues étaient attribuées suivant l’index utmb du coureur. Peu importe, on arrive au ravito (878ème / 1h21), j’ai étudié le plan en amont, j’ai prévu de remplir une flasque ici.
On attaque la descente en file indienne au début, puis ça devient plus large par la suite pour 8km et une mini bosse jusqu’à Chatenois. Remplissage d’une nouvelle flasque sans trainer et c’est reparti (730ème / 2h12).
Un long passage inintéressant pour traverser la vallée et on attaque la seconde bosse, assez tranquille où je n’ai pas encore trop de mal à relancer dans les faux plats. A ce stade, j’avais prévu de ne pas dépasser 140bpm, mais la chaleur remplace la lourdeur, c’est dur à tenir, ça sera plutôt 145/150 bpm. On arrive à Dambach 31km / 1100d+, j’ai un petit peu d’avance sur mon plan de route (prévu 4h / 3h44 / 538ème). Je remplis mes 2 dernières flasques. J’avais 6 flasques remplis de poudre (75g de sucre et une pincée de sel) – une par heure à boire, facile à calculer. Je bois un peu d’eau en rab au ravito car il faut tenir 20km sur le prochain segment. Je n’ai rien mangé aux ravitos, juste consommé 2 gels que j’avais sur moi et avec le 3ème qui va venir sur le prochain segment, ça me fait à la louche 100g de glucide par heure sur les 6 premières heures. Bref je surveille mon hydratation et mes métriques
Le prochain segment nous emmène donc à Andlau, avec un enchainement de bosses. Ce n’est jamais très dur, mais il y a quand même quelques beaux coups de cul à passer, jamais très long. Le petit jeu pour occuper l’esprit, c’est de passer le 38ème km, qui représente le premier tier du parcours. Il fait chaud, je profite de chaque occasion pour mouiller ma casquette pour me rafraichir. A ce stage, la fatigue commence à s’installer, les muscles à durcir légèrement. J’espérais retarder cet état de fatigue plutôt vers la base vie au 64ème, mais ça en sera ainsi pour aujourd’hui, 20km plus tôt. La faute à la chaleur sans doute et peu d’occasion de s’y acclimater. Le moral est bon, c’est ce qui compte et je double régulièrement (j’ai aucune idée de mon classement durant toute la course).
Arrivé au ravito d’Andlau (337ème / 51km), j’ai épuisé mes poudres, ça va être l’occasion de tester Naak. Le dosage indique 250kcal sur le bidon (pour 1L ??). J’ai aucune idée de ce que ça représente, mais c’est bien moins sucré que ma mixture ça c’est sûr. Assez poudreux / granuleux, malgré les efforts des bénévoles pour bien mélanger. Je remplis 2 flasques, je mange un quart d’orange qui me rafraichit bien après tout ce sucre et repart sans trainer. Ça attaque par un raidard assez terrible en plein soleil à travers vignes, heureusement ce n’est pas long. Niveau papotage, ça s’est bien calmé également, on sent que la course se durcit pour tout le monde. On passe la mi-course lors de ce segment au 57ème, et ma plus longue distance à ce jour (58km). La descente vers Barr, où se trouve la base vie est interminable, j’ai l’impression qu’on fait le tour de la ville. D’après la trace, c’est effectivement le cas. J’ai les quadris qui deviennent douloureux dans le faux plat descendant, vivement que je me pose un coup.
On arrive enfin à la base vie (262ème / 64km / 8h), où il y a beaucoup de public et j’entre dans le gymnase pour récupérer mon sac d’allègement. Je prends le temps de remplir toutes mes flasques avec ma mixture soigneusement stockée dans un doseur de lait pour bébé, ce qui me permet de repartir pour 6H de boisson maison et 4 gels. Le plan alimentation se déroule sans accroc. Je repars au bout de 7min, une longue pause qui a bien rechargée les batteries ! J’ai dit à mes proches que je pensais faire autour de 16h, pour le moment je suis sur des bases de sub 15h, mais je sais que cette seconde partie de course est assez difficile avec la fatigue. J’ai regardé la veille la fiche de Sebastien Spehler et il a bien ralenti sur la fin tout en tapant le record de l’épreuve donc prudence.
On entame la longue montée vers le Mont Saint Odile où se trouvera le ravito suivant. Mentalement je ne me préoccupe que du prochain ravito à tout moment de la course, jamais plus loin. La chaleur commence doucement à retomber, je bois rapidement une flasque et un gel et je monte à un bon rythme, avec une allure d’effort similaire à la montée du Haut Koenigsbourg, c’est parfait, limite euphorique malgré la fatigue bien marquée. Chaque coureur est une cible à doubler. Je bois une nouvelle gorgée et relance. Et là c’est le drame, gros haut le cœur, grosse envie de vomir. Je suis calmé direct, je ralenti, à l’arrêt même. Mais ça ne veut pas sortir. Je me rends compte que je viens d’ingérer 100g de glucide en 30min plutôt qu’une heure et mon corps me fait très clairement savoir que c’est trop. C’est un tournant dans la course, je passe en mode économie et ne me préoccupe plus de chasser le coureur précédent. A quoi bon ? En partant prudemment dés le départ, il était assez logique que je remonte progressivement quelques places. Mais là l’envie n’y est plus, je veux juste en terminer désormais et la route est encore longue. Je ne boirais presque plus rien jusqu’au ravito.
Enfin on arrive au Mont Saint Odile (172ème / 9h31). Un quart d’orange pour le jus, je charge une flasque et c’est reparti illico. Descente un peu technique, ça devient vraiment dur désormais, j’ai mal partout. Nouvel objectif pour s’occuper l’esprit : atteindre le 76ème km, synonyme des 2/3 du parcours. On croise moins de monde, le terrain est particulièrement boueux dans ces secteurs, les kilomètres passent lentement. A ce stade, je suis persuadé d’aller au bout, je commence le décompte des kms restants. J’arrive de nouveau à m’alimenter correctement et j’ai même un regain d’énergie vers le 80ème dans une descente roulante. Je suis remotivé, le ravito suivant n’est plus qu’à 3/4km maxi, en bas de la descente. La chasse aux coureurs recommence, j’en double pas mal malgré la douleur. Ça remonte, 84ème, 85ème kms.. Toujours pas de ravito. Merde, j’ai dû me planter dans ma mémorisation des ravitos et je finis par demander à un coureur à quel kilomètre il se trouve. « Nonante et un » Pardon ? je finis par comprendre. Coup au moral, à ce stade, 6km c’est une éternité. Je repasse en mode économie. Je vais être à sec, j’aurais dû charger 2 flasques pas 1 au Mont Saint Odile. La nuit s’installe, les frontales s’illuminent.
J’arrive au ravito du 91ème.(129ème / 12h) Un mec est dans le dur, il veut abandonner, sa femme essaie tant bien que mal de le remotiver. De mon côté, je ne réfléchis pas, je recharge 2 flasques, un quart d’orange et ça repart, rien d’autre me fait envie. Ha si, 1 heure avant j’avais envie de soupe mais l’envie est passée et de toute façon je ne crois pas qu’il y en avait. Enfin je n’en sais rien, je ne regarde pas vraiment. Je m’arrose un peu pour me rafraichir au robinet, comme à chaque fois. Mais quel con, il fait froid désormais et donc ben j’ai froid. J’essaie de me sécher dans bien que mal. On attaque la dernière grosse bosse du parcours. C’est très très dur, même à l’économie. Je regarde ma montre tous les 200m, ça n’avance pas. Je me fais même un peu doubler, parfois je recolle, souvent non. Sur le conseil avisé de Pulpipi, je n’ai pas pris les bâtons. Contrairement à la grande majorité des coureurs. Je ne regrette pas, il y a quelques coups de culs bien raide certes et pas mal de boue, mais ils ne sont pas indispensables. Mais je comprends que beaucoup les prennent. J’ai les mains libres, c’est bien aussi. Je vous ai dit que c’était très très dur ? Parce que ça l’est. J’avance car il le faut bien, mais ça n’avance pas. C’est long, j’ai mal partout, mon corps n’est qu’une courbature géante, pourquoi je m’inflige ça ? L’allure d’effort s’est bien sûr effondrée, le cardio aussi, je peinais à le maintenir bas jusqu’alors, maintenant c’est l’inverse, il ne monte presque plus au-dessus de 135. On ne m’y reprendra pas !
Il reste un ravito à aller chercher, mais je n’ai aucune idée d’où. 101ème km je crois non ? Ben non raté. Je demande à un coureur, il me dit vers le 104/105ème. Difficile de décrire à quel point c’est long d’y parvenir ! Et ce n’est toujours pas bon, ça sera au 107.5ème km (106ème) après une interminable piste cyclable. Quelle joie d’y arriver, enfin du repos, et il ne reste que 7km. En rétrospective, c’est incroyable que je gagne encore des places car j’ai vraiment l’impression d’avoir plus été doublé que d’avoir doublé sur ce segment. Ça doit beaucoup se jouer sur le ravito en eux même. J’en profite pour tester le Naak pastèque pour le dernier segment, c’est assez frais comme goût, ça passe bien.
Je repars, seulement 500m à faire pour le 108ème, chaque kilomètre est une victoire. La fin est proche. On sort du village, j’ai un vague souvenir d’une mini bosse à passer encore, je demande à un signaleur qui m’annonce 150d+. Ça pique, j’espérais beaucoup moins. Même si l’allure n’y est pas, je trouve encore les ressources mentales pour trottiner dans les faux plats. En haut de la bosse, je demande ce qu’il reste à un bénévole. Il m’annonce 3.5 / 4km « 20min en trottinant » ajoute-t-il avec une sincère bienveillance. Bonne blague
d’autant qu’il reste un ultime coup de cup très gras, seul endroit du parcours où j’aurais apprécié les bâtons. La descente vers Obernai tarde à arriver alors qu’il ne reste que 1.5km en théorie. On finit par arriver sur les hauteurs, assez tardivement, synonyme d’une dernière descente bien raide à ce stade. Ça fait mal, mais on y est ! La passerelle, les remparts et enfin la ligne d’arrivée (107ème – 15h20). Pas spécialement d’émotions autre que la joie simple d’en terminer.
Bon voilà, un gros pavé, une belle épreuve, le parcours est très bien à part les liaisons ravitos, pas mal de monde qui encourage dans les villages, des supers bénévoles qui s’attèlent à aider les coureurs au plus vite. Une belle épreuve d’humilité aussi, ça me rappelle que monter en distance n’est pas à prendre à la légère, quel que soit le chrono, sur le papier ça a toujours l’air plus simple.
Merci pour vos commentaires
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