Allez CR rapidos de la TDS
Donc pour donner un peu de contexte. C'est une course de 145km et 9100m de D+.
1500 participants.

Départ théoriquement à 15h de Courmayer en Italie (de l'autre coté du tunnel du mont blanc)
Je dis théoriquement parce que ça partira avec 30min de retard à cause d'un bouchon justement au tunnel qui a fait que les navettes chamonix->Courmayer avaient du retard.
De mon côté je ne part pas super confiant ... Je me traîne des douleurs au tendon d’Achille ainsi qu'à la malléole... Du coup je ne peux pas vraiment courir vite sur le plat ou les descentes peu techniques.
Mais au vu des barrières horaires même en mode rando ça passe relativement large pour moi ... Donc je partirais là dessus.
Je prendrai la navette à 12h à Chamonix. Donc même avec le bouchon au tunnel je suis large.
A Courmayeur je mange un sandwich jambon beurre en attendant le départ...
Un peu de pluie à ce moment-là mais rien de bien méchant.
Je retrouve Chou qui campait a coté des chiottes.
Départ tranquille sous le soleil et la poussière.
Avec Chou ... Que j'essaierais même pas de suivre 
Une bonne montée jusqu'à L'arête du Mont Favre.
Suivi d'une descente un peu technique qui me rassurera un peu sur ma condition.
Et ravito au Lac Combal dans un décor de rêve !

Passage ensuite au Col Chavannes. Montée bien raide.
Ensuite la descente est très roulante et agréable (de la belle piste pas trop caillouteuse). Je me ferais rouler dessus mais au moins je ne me serais pas entamé !
A la toute fin de la descente PAF l'orage ! (au niveau de la fleche)
Ça commence avec de la grêle et vire à la pluie.
J'ai eu de la chance j'étais pile à côté d'une ferme quand ça a commencé et j'ai pu m'abriter pour me changer (veste et pantalon de pluie)
J'ai du bon matos du coup je suis resté sec ... Mais d'autres ont insistés ... Ou n'ont pas voulu mettre le pantalon ..
La pluie a duré une bonne heure et demie. Donc les sentiers s'étaient transformés en rivière, beaucoup de boue et très glissants.
La pluie s'arrête alors que le jour tombe.
Passage au col du Petit St-Bernard où nous attend un ravito
Pour rejoindre le ravito il y a une montée courte mais bien raide rendue hyper glissante par la boue... J'aurais pas pu monter sans les bâtons ... Ça s'est fait à la force des bras (je crois que 25% de l'énergie que j'aurais passé sur la course ça aura été sur ces 300m de montée
)
Le ravito en haut était devenu une piscine ... Avec du monde entassé a grelotté et a essayé de se changer ...
... J'ai aidé un peu un Italien vraiment mal en point ... Il était plus capable de parler ... Je suis allé lui chercher une soupe chaude ... Pas sur qu'il ai pu utiliser ses doigts pour la boire ceci dit.
Perso comme dit plus haut a part les pieds trempés et des difficultés à utiliser mes mains ça allait plutôt bien.
J'ai pris deux soupes au vermicelle. Viré mon pantalon de pluie (j'ai galéré sur les zips avec mes mains ...) mis la frontale et zou !

Direction la longue descente jusqu'à Bourg St Maurice !
Descente relativement roulante ... Humide forcément. J'ai fait ça tranquille histoire de pas taper dans les cuisses.
Arrivé à Bourg St Maurice j'ai pris mon temps au ravito.

Je sais ce qui nous attend ensuite ... Une montée très dure de quasiment 2000m de D+ (avec une petite descente technique avant d'attaquer le passeur)
donc je fais le plein sandwich saucisson fromage soupe gâteau en dessert et un petit café pour faire passer le tout !
Je perdrais une bonne 60aine de place mais je reprendrais le tout (voir mieux) dans la montée.
La montée est interminable. En gros c'était à la queue leu leu et dès que j'avais la possibilité dans les singles, je pétais une petite accélération pour doubler mon groupe.
Il y a un replat sur la fin et une courte descente bien technique et une remontée bien raide pour atteindre ce fameux passeur de Pralognan.
Pour info je connaissais bien ce passage j'y été déjà passé 3 fois (c'était ma quatrième) ... Donc je savais ce à quoi m'attendre...
J'ai entendu l'hélico. Mais dès que je suis arrivé au Passeur il était déjà parti.
Et il y avait déjà beaucoup de monde entassé dans leur couverture de survie ... Et ils avaient allumé un feu pour tenter de se réchauffer (je sais pas où ils ont trouvé le bois ...).
Un article sur l'incident pour se donner une idée de ce qui s'est passé avec des photos :
https://france3-regions.francetvinf [...] 23940.html
Je vais quand même apporter quelques précisions.
Le coureur qui s'est tué était dans les premiers (entre 30 et 40ième place)
L'intervention de l'hélico a pris du temps. C'est une zone très raide et c'était de nuit.
Pendant l'intervention tous les coureurs sont restés bloqués.
Et évidemment ça a commencé à s'empiler. (pas très COVID tout ça...)
En fait c'est le pire endroit pour que ce genre d'accident arrive. Pas de repli possible ... Difficile d'accès ... A plus de 2500m d'altitude ... Et passage de nuit.
Bon c'est aussi l'endroit où ça a le plus de chance d'arriver ...
Donc on est à 2500m trempé (de sueur suite à la montée ou le reste de la pluie précédente) et forcément le froid s'installe.
De mon côté, très franchement, je frissonnais un peu mais ça aller ... Je n'ai pas ressenti le besoin de sortir la couverture de survie ... Merci le matériel obligatoire !
Dès que je suis arrivé le coureur avait déjà été évacué.
Comme dit précédemment j'ai grugé un peu.
J'avais la fumée du feu dans la gueule ... Du coup j'ai contourné et j'ai joué les interprètes parce que les bénévoles donnaient des infos en français mais je voyais bien que pas mal de monde comprenait que dalle ... Et c'est un peu compliqué quand tu es bloqué ... Transi de froid et que tu sais pas ce qui se passe ... 
Après une heure d'attente (pour moi mais d'autres étaient là depuis plus longtemps) ils ont commencé à faire passer.
Mais la descente (ou le coureur s'est tué) est très dangereuse (la pluie n'a pas aidé) et c'était plus ou moins sécurisé avec des cordes.
Du coup ça passait un à un très lentement ... Et pendant ce temps ça s'empilait derrière...
Et la direction de course a pris la décision de faire redescendre tout le monde à Bourg St Maurice.
Sans cette décision le temps que les derniers passent il y avait de bons gros risques de se chopper une hypothermie.
De ce que j'ai compris seuls 293 coureurs ont pu passer. Et j'en faisais partie.
Je suis passé à 3h30 du matin.
Direction Cormet de Roselend pour le prochain ravito.
Pas mal de monde sur des lits de camp enroulés dans des couvertures.
Moi je me sers 2 cafés et mange un peu.
Et ça repart !

Montée au col de la Sauce et le soleil se lève dans la descente qui mène à la Gittaz pour le ravito.
Un rapide café saucisson et on part direction col de la Gittaz.

Il fait beau, on a une belle vue de là haut !
Un peu de montagnes russes avant de vraiment embarquer pour la descente vers Beaufort.
La descente est interminable et bien casse patte.
La fin est tracée n'importe comment... juste pour l'occasion.... en plein dans la pente. Avec des passages dans l'herbe humide ou c'était impossible de rester sur ses pattes.
Mais ça se passe plutôt bien pour moi ... Pas de soucis de jambes !
Ravito de Beaufort !
Je récupère mon sac d'allègement.
C'est le gros ravito ou il y a des couchettes ... J'avais prévu de peut-être piquer un petit roupillon mais au final je n'en ai pas ressenti le besoin.
Je retrouve là Chou.
Je dois dire que j'ai été hyper rassuré de le voir vu qu'à ce moment de la course je savais juste qu'un coureur devant s'était planté et qu'il était dans un état critique, mais j'avais pas plus d'infos ... Et j'avais peur que ce soit lui...
Mais au final c'était un tchèque que je connaissais pas ... Donc rien a foutre !
Pasta party ! Avec du fromage dessus.
Je change de chaussettes ... J'hésite à changer de chaussures (j'en avais pris une paire au cas ou dans le sac) vu que je ressens une petite douleur ... Mais rien de gênant a ce moment là.
Et mes chaussures actuelles sont parfaites, bon grip et bonne protection... J'aurais perdu à ce niveau en en changeant.
Et j'avais fait un bricolage honteux pour épargner mes malléoles qui semblait fonctionner a merveille ! (ça faisait longtemps que j'avais pas courru sans douleurs a ce niveau là
)
Mais avec le recul c'était sans doute une erreur.
Café et caca !
Et c'est reparti !

Gros soleil et il commence à faire chaud ... C'est un peu pénible.
Rapide passage au ravito d'Hauteluce.

Et long passage sans ravito 15km et 1300m de D+ sous la chaleur.
Une petite descente sur la route à la sortie du ravito pour attaquer une longue montée.
Et je commence à bien ressentir la douleur au pied.
La montée se passe plutôt bien ... Même si c'est pénible sous la chaleur.
Arrivé en haut, c'est une série de montagnes russes et sur tous les bouts de descente, je ressens comme des coups de poignard à chaque pas...
La douleur est sur un des tendons du dessus du pied.
Je m'arrête tente de refaire les lacets ... Repart ... Ça ne change rien.
Je m'arrête encore en haut du mont de Vorès, inspecte la chaussure et je vois que la mousse sur la languette est peut-être un peu pliée ?
Je pense que c'est ça qui a force (après 24H) a causé le problème ...
J'essaie de bricoler un truc. Mais j'arrive pas à virer la mousse.
J'arrête une randonneuse qui passait par là ... J'ai besoin de quelque chose pour découper la languette ...
Elle me file un Opinel.
Je découpe la languette à l'endroit de la zone fautive.
Je re-lace les chaussures aussi et ne fait pas passer les lacets ou ça faisait pression....
Je repars ... Mais le mal est fait ... Je pense que j'ai viré la cause du problème mais la douleur est toujours là en descente ... La moindre pression, c'est la décharge ...
Je tenterais de refaire le laçage pour trouver une combinaison qui me soulage ... Mais rien à faire ...
... C'est con je pense que c'est rien au final ... Et là 2 jour après j'ai encore un peu mal mais ça ne m'handicape plus ...
Pour rejoindre le prochain ravito au Col du Joly ... Ce sera un calvaire. Sauf en montée ou je vole ! ... Enfin je vole sur les autres concurrents qui sont dans le dur quoi
(je suis au fin fond des gens qui restent encore sur la course)
Et je me déciderais à abandonner là... Je ne voyais pas comment ça aurait pu s'améliorer ... Et 30km comme ça, avec 2 grosses descentes encore au programme ... Aie ! (Dommage c'était la partie la plus simple de la course ...)
Ceci dit je n'étais pas sûr de pouvoir abandonner là ...
Il n'y a pas de routes bitumées qui passent là haut. Juste des pistes de ski.
L'autre solution c'était une longue descente de 9km jusqu'aux Contamines Montjoie. (Je m'étais préparé psychologiquement à ça ... Je pense que ça serait passé ... De toute façon ... Pas le choix..)
Mais au ravito la personne qui le tenait m'a dit qu' il y avait une navette de possible a cet endroit.
Il s'est quand même assuré que je souhaitais vraiment abandonner (parce qu'à part ça, ça allait plutôt super bien !)
Finalement, je suis arrivé exactement au même moment que la navette (un 4x4) ! Super timing !
Le temps de vous prévenir sur le téléphone et j'étais parti.
Et je suis descendu par les pistes de ski en 4x4 à fond ! Avec un conducteur australien qui ne parlait pas un mot de français. 
Il m'a ramené à Chamonix ... Et voilà l'aventure se termine là.
Je récupère mon sac d'allègement et retour Annecy.
Voilà, un peu déçu ... Mais une chouette aventure au final.
J'ai finalement très peu galéré mais tout compte finalement sur une épreuve aussi longue.
Mais j'ai pas souffert du froid, pas eu de soucis pour m'alimenter et aucun problème d'ampoules ou musculaires ... Ça reste positif et c'est plutôt instructif.
Maintenant je tue mon frigo !
https://www.strava.com/activities/5852518751
---------------
Mon photoBlog quilaibien -- Galerie HFR