la poutance a écrit :
Comme promis, mon CR du Trophée du Grand Vignemale 2013 (attention, c'est un peu long ) Intro: ------- Initialement, mon gros objectif de l'année était la maxi-race d'Annecy. Du coup, quand un collègue muté près de Toulouse mais connaissant les Pyrénées nous a proposé à G, P, B et moi de faire cette course, je me suis dit que ce serait l'occasion de faire un truc sympa entre potes/collègues, et serait l'occasion de monter sur le toit des Pyrénées françaises à 3298m, j'ai donc dit "banco" Malgré l'annulation de al maxi-race, je ne me suis pas mis de pression pour le Vignemale, que je voyais toujours comme une belle course sympa à faire. Mais à force de lire des infos sur la course, son exigence, ses barrières horaires, le terrain (ici: http://cauteretstrails.wordpress.com/ ou là: http://www.race-cauterets.fr/ ), ben la pression est montée toute seule, en me disant que ce petit trail que j'abordais un peu par dessus la jambe risquait d'offrir, en plus de paysages a priori somptueux, une sacré difficulté, entre glacier à monter, passage encordé et petite partie d'escalade. Les dernières semaines avant-course ont été pleines de rebondissements avec l'incertitude liée à la météo, et surtout aux inondations et désastres à Cauterets, village de départ coupé du monde suite à l'effondrement de la route d'accès. Heureusement pour les gens sur place, les secours et forces du BTP/Génie civil/armée..etc ont abattu un boulot monstre pour permettre l'accès aux véhicules afin de ravitailler le village, dont le centre a été entièrement préservé de la catastrophe. Donc le vendredi matin, avion Orly-Pau avec G, P et S, on prend la voiture de location, récupérons C à Tarbes, et direction Cauterets, non sans avoir fait une escale purement gastronomique par Hautacam dans une petite auberge (http://www.argeles-gazost.com/deguster/les-restaurants/terroir/entry-115693-auberge-l-arrioutou.html) pour déguster garbure, patates et confit...de l'énergie pour la course dans un cadre formidable, pour une somme dérisoire...le week-end commence bien Une fois à Cauterets, on s'installe, allons chercher nos dossards et ensemble "corde-mousquetons" de sécurité indispensables pour la course....1er indice sur la difficulté des passages qui nous attendront le lendemain. Une pasta party le soir, dodo à 23h pour essayer de se lever frais le lendemain à 6h, pour un départ de course à 8h. Détails de la course -------------------- La course (lire historique et détails ici: http://www.race-cauterets.fr/) part et revient à Cauterets, en passant par le Pont d'Espagne, le lac de Gaube, le refuge des Oulettes, la hourquette d'Ossoue, le refuge de Baysselance (18.5km, barrière à 3h30), le glacier d'Ossoue, la Pique Longue du Vignemale (point culminant à 3298m, 22km, barrière à 5h), pour ensuite redescendre (et remonter un peu) au même refuge de Baysselance, puis une petite descente et petite remontée vers le col du Labas, pour ne faire plus que descendre vers le lac d'Estom, puis la Fruitière, et enfin Cauterets. Annoncée pour 42km et 2800m D+, principalement condensé dans les 22km du début. Des ravitaillements en eau uniquement, mais assez fréquents (à 9km, 14.8km, 18.5km, 24.9km,30km et 35km )  Le profil  Le tracé Un roadbook détaillé est disponible ici: http://cauteretstrails.files.wordp [...] emale1.pdf De l'avis d'un pote de C, de la région, genre balèse en montagne, la première barrière à Baysselance est chaude et verra pas mal de monde sauter. Et ceux limites à Baysselance sauteront avec la 2eme...Cet avis nous mettra un peu la pression et conditionnera notre début de course. Entre C, hors de forme et sans entrainement, qui part déjà défait, B. qui court depuis assez peu mais avec une bonne base de randonneur/VVT-iste, G. coureur sur route aguerri et rapide mais dont c'est le 1er trail, et P., venu à bout de l'UTMB, GRP..etc à son petit rythme de sénateur, je me dis que nous allons devoir nous accrocher pour ne pas voir notre course écourtée. http://farm6.staticflickr.com/5509 [...] 4676_z.jpg Les 580 coureurs au départ Le départ est donné à 8h pétante, avec les dernières mises en garde du directeur de course "C'est une vraie course de montagne, le Vignemale ne se livre pas, il se gagne, cela va être exigeant" histoire de bien mettre tout le monde en garde sur ce qui nous attendra. Nous prenons le départ en queue de peloton. Le début n'est pas très ragoutant, puisque 6km de bitume "relativement plat" comme ils disent, qui nous feront prendre 500m de D+ nous attendent. on part tous groupé, mais rapidement nous nous détachons du groupe avec G., avançant au train sur cette portion goudronnée afin de perdre un minimum de temps tout en gérant notre effort. Nous ne reverrons jamais les autres, en dehors de P. par un hasard du tracé qui boucle un peu à mi-parcours. Cette partie se passe sans soucis, je sens que j'ai le coeur un peu haut, mais c'est toujours le cas quand je commence à froid. Pas d'inquiétude donc. Nous remontons des grappes de coureurs qui marchent au moindre faux-plat. On quitte le goudron et commençons à monter dans la nature, c'est assez raide par certains endroits. Je sens un signe de crampe dans le mollet droit quand je tends trop la jambe, et idem cuisse gauche sur une extension un peu optimiste. Après 10km de course, je me dis que ça pue, mais pas grave, je suis là pour aller au bout. Finalement, plus ça allait et moins j'ai senti ces douleurs que je mettrai sur le compte du départ à froid. Cette partie là se fait bien, mais je sens que je suis lent en montée. En gars des plaines, je m'y attendais un peu, ne panique pas et déroule tranquillement dès que c'est plus roulant pour arriver au 1er ravito que l'on avait décidé de faire sauter avec G. J'y prendrai tout de même un verre d'eau. http://farm4.staticflickr.com/3671 [...] 0473_z.jpg Le lac de Gaube - Lac de Gaube (km9)- refuge des Oulettes(km 14.8)
On file du ravito assez rapidement avec G., tout se passe bien, je suis bien, on it de caillou en caillou en faisant le tour du lac avant d'attaquer la montée sèche vers le refuge. Rien de spécial sur cette partie là, les paysages sont beaux, il fait soleil, pas trop chaud, pas de bobos, ça déroule et on profite. - Refuge des Oulettes (km 14.8) - Refuge Baysselance (km 18.5)
Alors là ça grimpe sévère, on se prend 600m D+ en 3km, avec des chemins qui ne font pas trop de lacets, autant dire que ça chauffe! J'essaie de monter à mon rythme, de bien gérer l'hydratation et l'alimentation, et de ne surtout pas me mettre dans le rouge, il reste encore de quoi faire. Je sens bien sur ces parties là que je monte vraiment lentement...va falloir travailler l'endurance de force, que mes gros cuissots me servent à quelquechose. G. grimpe mieux que moi, il est une petite minute devant, et m'attend tranquillement à Baysselance, où nous arrivons environ en 3h05, avec 25mn d'avance sur la barrière. Nous n'avons pas eu l'impression de nous trainer, et nous mesurons alors l'exigence de cette limite horaire. On s'alimente, profitons de l'eau fraiche du ravitaillement. G. se rend compte que sa poche à eau est encore bien pleine, il ne la rempli pas. De mon côté, j'ai une flask de 500ml de remplie au tiers de boisson, je rempli un peu la deuxième avec de l'eau claire...Une erreur de ne pas avoir tout rempli, heureusement cela ne me coutera pas trop cher. - Baysselance (km 18.5) - Pied du Vignemale (km21.6)
On repart du refuge avec devant nous une énorme descente dans la neige. Je cavale dedans comme un gamin de 10 ans, riant à voix haute "hi hihihi" tellement je m'éclate. Les pieds glissent ou s'enfoncent selon la dureté de la neige, mais j'avoine comme un âne, je suis en confiance, et j'en profite sachant très bien que nous attendent 700m de D+ sur les 2,5km suivant, sur le glacier. D'autant que la descente, si elle fut marrante, n'en restait pas moins une descente...et si on descend...il faut remonter! http://farm4.staticflickr.com/3830 [...] 597f_z.jpg Les parties de plaisir dans la neige Comme prévu, la rigolade s'arrête assez rapidement, et on attaque le gros monument de la course, l'ascension du glacier d'Ossoue, qui doit se terminer par l'escalade du Vignemale. Ce passage fut vraiment difficile. On commence par des passages mousquetonnés sur les lignes de vie installées pour l'occasion le long des traces à flanc de montagne, les pieds dans la neige tantôt glissante, tassée, tantôt molle dans laquelle les appuis s'enfoncent. La progression n'est donc pas très rapide, mais ça avance. Une fois rendu sur le glacier à proprement parler, plus de corde pour se sécuriser (il n'y en avait pas besoin), et les choses sérieuses commencent. Le soleil donne toujours, j'avance au rythme de l'escargot asthmatique fatigué. G. part un peu devant, il aura au maximum 2 min d'avance sur moi. Je souffre un peu, mais ni mentalement, ni au niveau des quads. Juste que je n'arrive pas à augmenter le rythme. Chaque effort supplémentaire me coute énormément, chaque gorgée d'eau m'asphyxie. Ca tombe bien, ayant géré le ravito précédent comme un neuneu, je n'ai plus d'eau. http://farm3.staticflickr.com/2852 [...] 6e62_z.jpg Le lent pèlerinage des coureurs Je laisse quelques grimpeurs me passer (4 ou 5), rattrape un ou deux mecs vraiment mal en point...je lève les yeux pour voir la file de coureur s'étirer jusqu'à perte de vue..Ok c'est loin, mais pas de panique, tu mets un pied devant l'autre, t'arriveras bien haut à un moment. Je n'arrive toujours pas à avoir un rythme régulier, j'ai les pieds qui chassent dans la neige ou s'enfoncent, ce qui bouffe pas mal de jus. J'ai les pieds mouillés et froid, mais le froid ne se propage pas au reste du corps. Toujours pas de bobo, tout va bien, on est là pour en chier et profiter du paysage, ce que je fais pour me "détacher" de la grimpette. Je serre un peu les fesses pour la barrière horaire, mais me dit que ça devrait passer. De toutes façons, une fois rendu ici, autant avancer et voir. Le mental est OK, donc tout va bien. Je n'ai pas d'eau, mais c'est pas grave, y'a de le neige partout autour, donc j'ai de quoi faire  Sentant la soif toujours présente, je prends de petites poignées de neige que je laisse fondre en bouche, et ça me fait un bien fou. http://farm8.staticflickr.com/7292 [...] a0a8_z.jpg le but est en haut du rocher, on grimpe par la gauche J'arrive enfin à choper un rythme régulier, et en relevant la tête, je vois que je suis remonté à hauteur de G., qui lui est en train de se prendre un gros coup de moins bien. Je lui dit de s'accrocher, que l'on voit le bout de la grimpette, de ne pas paniquer. Enfin, la délivrance, je vois au loin la Pique Longue du Vignemale, 4h40 de course à la montre, les silhouettes des coureurs en train de grimper....et la file d'attente au pied pour l'ascension! http://farm3.staticflickr.com/2806 [...] 2941_z.jpg Un vrai parc d'attraction! On sait que l'on ne nous virera pas maintenant que nous sommes dans la file d'attente pour grimper, donc tout va bien! Mine de rien, nous attendrons près de 20min dans cette file avant d'entamer la grimpette. Ca permet de se remettre de l'ascension du glacier, G. reprend un peu de jus, et moi je continue à manger de la neige Je fais un état des lieux: mental OK, jambes OK, coeur OK, pas de sensation d'épuisement ou autre, tous les voyants sont au vert, en dehors du manque d'eau dans les gourdes (et de l'ascension qui m'attend moi et mon vertige...). - Ascension du Vignemale - 3298m
On attaque l'ascension, mousquetonné à la corde, en faisant gaffe aux chutes de cailloux annoncées par les gens au dessus: "Caillouuuuuux". Mine de rien, certains gros pavés sont tombés, heureusement sans heurts, car l'issue d'une rencontre tête-caillou aurait très certainement été en faveur du caillou. un petit caillou non annoncé viendra percuté mes lunettes (fraîchement achetées la veille au soir, résultat une belle marque sur le verre droit)…Je m'en sors bien, sans lunette, je serai reparti avec un oeil au beurre noir. Le mec derrière moi prendra un tout petit caillou sur la tête, et décidera finalement de rebrousser chemin après la chute d'un gros pavé. Soit. 20 bonnes minutes d'ascension nous emmèneront sur le toit des Pyrénées françaises, à 329m d'altitude, pour un panorama magnifique: http://farm3.staticflickr.com/2826 [...] 7e53_z.jpg La vue d'en haut http://farm3.staticflickr.com/2876 [...] c3e5_c.jpg En kinopanorama http://farm4.staticflickr.com/3797 [...] c4ff_z.jpg Sur le toit des Pyrénées françaises mec! Là on profite un peu, séance photos, échange de bons procédés avec les autres trailers…Merde, on est venu pour voir ça, on en profite!! Je pique 2 bonnes gorgées de boisson à G., et on attaque la descente, toujours accroché à la corde, en essayant de ne pas déverser des kilos de cailloux sur ceux du dessous. Arrivé en bas, on croise P. qui va tout juste commencer l'ascension, soit environ 45min derrière nous. Nous ne l'attendrons donc pas, mais il a l'air bien! Je rempli une de mes gourdes avec un peu neige, car il y'a encore quelques kilomètres à faire pour retourner au refuge Baysselance. Mais ces kilomètres seront un pur bonheur! - Vignemale (km22)- Baysselance(km24.9)
En effet, nous parcourons à grandes enjambées le glacier qui nous a tant fait souffrir auparavant. Après avoir dis, non sans malice, à G. que "eh, plus que 20 bornes!!", je dévale le glacier comme un gamin, sourire aux lèvres, une impression de liberté incroyable m'envahit et me fait littéralement voler! Derrière, G. pioche un peu plus est moins à l'aise dans la descente avec ses grands compas…Tant pis, j'avance et l'attend régulièrement au gré des parties descendantes ou carrément faite les fesses sur la neige, en luge! En cumulé, je pense que nous aurons fait près de 1km sur les fesses. C'est marrant, ça va moins vite qu'en courant dans la neige, mais c'est pas grave. La rigolade termine un peu avant le refuge Baysselance vers lequel il faudra se retaper environ 200M de D+ pour atteindre un ravit bienvenu. Je bois goulument, ingurgite un gel, mage un morceau de barre, refais les niveaux afin d'attaquer la longue descente qui nous attend (et le petit coup de cul vers le col du Labas) en pleine forme. G. se rend compte qu'il n'a bu qu'1L depuis le début de course, soit près de 6h! A mon avis, c'est ce qui lui causera son coup de moins bien qui va suivre… On repart du refuge, je me sens toujours bien, toujours pas de douleurs, et cette petite pause pour faire le plein m'a remplie d'énergie. En route donc pour passer le coup de cul vers le col du Labas, toujours à coup de ligne de vie auxquelles nous lus attachons. - Col du Labas(km 26.5) - Lac d'Estom (km30)
On attaque la descente, d'abord assez cassante dans les pierriers, puis un peu moins pente. G. sent qu'il en plus trop trop sous le pied, et me dis de pas hésiter à y aller si je suis bien. Sans trop réfléchir à cela, j'attaque la descente en sautant de caillou, à mon rythme, manifestement plus élevé que le sien, puisque il me perdra rapidement de vue, malgré des pauses photos du point de vue encore une fois magnifique qui nous est proposé: http://farm4.staticflickr.com/3735 [...] 388c_z.jpg Le lac d'Estom...la fin approche Je commence à remonter pas mal de coureurs dans cette portion, je suis étonné de mon aisance sur les pierriers, je saute, cours, bondit, les pieds répondent bien, ça glisse pas, et les endorphines finissent de lever les barrières psychologiques à l'attaque en descente: j'avoine, ça passe, je me régale! J'arrive donc rapidement au ravito du lac d'Estom, où je prends le temps de manger un bon morceau de barre, de bien boire. Je recharge en eau, et jette un oeil à la recherche de G. Je ne le vois pas, même au loin, et décide donc de profiter de ma gouache du moment et repartir pied au plancher (enfin, avec une cale en dessous, pour éviter d'exploser en vol ) Je continue sur ma lancée, déroule, remonte les coureurs par grappe, "à gauche", "à droite", tout le monde est attentif et laisse passer les plus frais. Les nombreux randonneurs font de même, avec un mot d'encouragement à chaque fois. Tout cela mis bout à bout, en plus de mes excellentes sensations après 8h30 de course continuent de me booster, et je relance donc, jamais dans le rouge, sur cette portion finale de la course, bien décidé à en terminer en moins de 9h. J'arrive à la Fruitière (km36) bien frais, mais il fait chaud: en redescendant dans la vallée, c'est normal. Je bois bien, échange quelque sbons mots avec les toujours sympathiques bénévoles, souvent des personnes âgées du cru, m'enfile un gel et repars bille en tête pour en finir. La descente douce vers Cauterets se déroulera comme les 1à derniers km: j'envoie gentiment, sans me cramer, toujours rempli de plaisir, sans aucun bobo aux jambes ni rien. L'arrivée au village me booster encore plus avec les gens surplace qui nous encouragent. Je termine à grande enjambées, sourire aux lèvres, en 8h57, sous les 9h comme visé sur la fin de course, super frais. Je l'ai fait, le Vignemale ne s'est pas livré, je l'ai gagné, pris un pied monstre, m'en suis pris plein les mirettes. Je suis à peine arrivé, et j'en veux encore. G., que j'ai lâché un peu après la mi-course, arrivera 34min après moi, ayant marché dans la dernière portion. P. arrivera en 10h27. C. se sera fait jeter à Baysselance, qu'il a rejoint en 3h45 S. l'y attendait, arrivé là bas en 3h29 mais épuisé et tremblotant, ayant mal géré son alimentation (et manquant peut-être un peu d'habitude) Une eau gazeuse, une bonne douche, et direction le repas du soir, avec raclette ou fondue selon les affinités! Pour les détails cartes...etc: Garmin: http://connect.garmin.com/activity/338947916 Strava: http://app.strava.com/activities/65491639 Je tacherai de faire un post "Matos" pour donner mon avis sur ce que j'ai utilisé.
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