Petit CR de mes 5j dans les Calanques :
05/03 : je retrouve François, l’autre client, à la gare de Marseille. On fait un peu connaissance autours d’une pizza en attendant que Bastien arrive au volant d’un des vans aménagés qu’il propose en location. Il récupère l’ensemble de notre petit monde et on va récupérer le logement sur Cassis. Petite discussion sur le programme du lendemain, et tout le monde au lit.
06/03 : au réveil, Bastien est livide. Une sale otite l’a empeché de dormir la moitié de la nuit, il se sent pas au top de sa forme. On prend le petit-dej, et direction la pharmacie pour le mettre sous antibio et le doper au Doliprane. On prend ensuite la direction de la calanque de Sormiou avec pour projet de débuter gentiment sur Melody, une GV en 6 longueurs dans le secteur du dièdre Guem.
L’avantage de Sormiou, c’est que rien que l’approche est déjà une aventure en soi : on prend un sentier qui remonte un éboulis jusqu’à arriver au sommet où une petite chattière nous permet de passer coté mer. Il faut ensuite redescendre par toute une série de cordes fixes dans des passages un peu casse gueules mais rigolo, et avec toujours une vue canon. On arrive sur une vire où un dernier rappel nous permet de descendre au ras de l’eau. Ambiance, ambiance, c’est sublime.
La voie est sympa, le calcaire pas patiné pour un sou (ça confirme les souvenirs que j’avais d’Action ant-calcaire que j’avais faite avec l’UCPA dans un secteur juste à gauche). L1 en 5c, mais franchement je vois aucune difficulté, L2 en 5b+ idem, très agréable. L3 en 5a, les 3 dernières longueurs sont dans le 4.
La vue est toujours très jolie, on est au soleil, pas de vent, c’est parfait pour se mettre en jambe.
La redescente sur la plage est aussi un gros morceau avec pas mal de passage en desescalade. On s’arrête à Lou Spigaou, secteur de couennes pour faire une petite 4+ en tête et pour me tester sur une 6a+ (Le VI au bout des doigts, jolie voie dans un style old school à petites réglettes) que me montera Bastien. Je m’en sors pas trop mal en comptant l’onglée que je me suis choppée, parce que ce bout de falaise est complètement à l’ombre.
Petit détour par le supermarché pour faire le plein de vivres pour la semaine, et retour à l’appart pour une bière bien méritée.
07/03 : direction cap Canaille aujourd’hui. J’avais fait en 2019 la voie la plus connue et simple du coin, « Ouvreur de bouse » qui était bien sympa. Bastien décide de nous amener aujourd’hui dans une voie juste à coté, un cran au dessus niveau difficulté, « Bourreur de Rousse ».
L’accès est parfait : le relai est à 10m du parking, et permet de descendre en 2 rappels en fil d’araignée jusqu’au départ d’Ouvreur de bouse. On descend ensuite un petit talus pour longer la falaise vers la fauche et trouver le départ de Bourreur de Rousse.
L1 (6a+/6b) est un peu physique, avec un départ un peu deversant mais bien prisu, qui contourne ensuite un toit pour finir dans un dièdre. J’adore la longueur et je m’en sors haut la main, malgré mes bouts de doigt tout froid parce qu’on est encore à l’ombre (la falaise prend le soleil à partir de 13h). Mon compagnon de cordée galère un peu et manque d’abandonner, mais après un peu de remotivation, ca suit. L2 (6a+) est toute aussi belle avec un joli dièdre à remonter, puis un décalage à gauche qui permet de rejoindre une vire. De là, L3 (3) offre une traversée toute à droite rigolote avant de remonter un pilier de strates rocheuses original à défaut d’être difficile. On doublera L4 et L5, 2 longueurs en 6a dans un mur légèrement deversant et très prisu. Pour le coup, ca entame bien physiquement tout ce devers, on sortira au sommet avec un soulagement bien mérité. Vraiment une voie sympa dans l’ambiance, le style, le rocher, tout y est ! Petit casse croute au soleil sur les terrasses du cap canaille avant de retourner à l’appart prendre une bonne douche.
On descend? Mais faut remonter après!
Le départ de L1
Les 2 dernières longueurs
08/03 :
Départ un peu plus matinal ce matin, pour la « grosse journée » du séjour.
Van garé sur le parking de la calanque d’Eissadon, nous voila en route pour les 2h de marche d’approche. C’est valloné, ça monte, parfois raide, ca descend, parfois casse gueule, jusqu’à nous retrouver au fn fond de la calanque. Ambiance « seuls au bout du monde ».
On laisse les sac en bas du rappel, et nous voilà parti sur « Les traces de Gaston », un voie mythique des Calanuqes qui fait le tour de l’aiguille d’Eissadon, avec apparemment un cadre formidable.
Ca débute par une petite traversée en 5b qui déjà pose l’ambiance : on est au ras de l’eau, les vagues nous éclaboussent un peu, et il faut passer un chenal au milieu de l’aiguille avec un petit grand écart qui déjà donne le ton.
L2, 5c, toujours en traversée : Bastien débute et nous sort « ah le rocher glisse pas mal ici ». Ca passe, il contourne l’aiguille et disparait de la vue. Je pars en second, et je confirme : quand quelqu'un qui grimpe dans le 8 dit "ça glisse un peu", pour quelqu'un dans le 5 ben ca glisse beaucoup. Je finis dans l’eau
. Je tente tant bien que mal de rejoindre le relai, je finis par y arriver avec l’aide de Francois, et là on tente de communiquer avec Bastien qui ne nous entend pas du tout. On se demande bien comment on va faire : on essaye de tirer sur les cordes pour qu’il comprenne, on s’époumone, mais que dalle, les cordes ne bougent pas, on entend rien… jusqu’à ce qu’on voit apparaitre sa tête à l’angle du rocher. On explique la situation, on se marre (non, la boule de pof qui flotte dans l’eau ce n’est pas une boule de mozzarella), et je repars en tirant au clou (je ne comprends pas pourquoi j’ai pas fait ça dès le début en fait, ca ne m’a même pas traversé l’esprit). La suite est beaucoup plus simple, et j’avoue que je ne comprends pas la cotation car c’est le pas le plus dur de la voie selon moi.
L3 5c est assez rigolote, avec un début en traversée pour finir par remonter au milieu d’une cheminée.
L4 5a est une desescalade qui nous amène au ras de l’eau : ambiance toujours avec les vagues qui nous éclaboussent, le relai est sur une sorte de presqu’ile hyper confort, c’est chouette
L5 (5c) débute avec un pas un peu « engageant » mentalement : il faut à nouveau traverser un chenal en se « jetant » les mains en avant sur la paroi en face. Pas difficile au final, mais toujours un peu d’appréhension en y allant. Le relai se fait au milieu d’une arche magnifique avec vue sur les 2 cotés
L6 (6a) est à nouveau une traversée à l’intérieur du chenal.
L7 (6a+) propose des prises un peu moins franches, avec une montée en oblique en dièdre intéressante. Le relai est situé au fond du chenal, plein gaz, avec une vue parfaite sur les vagues qui s’écrasent en bas
L8 (5c) grimpe un mur raide mais prisu, de même que L9 qui amène au sommet
Descente en 2 rappel de 40m
Au final, la plus belle GV que j’ai jamais faite je pense. Ambiance du bout du monde (2h d’approche, pas de réseau, le fond de la calanque), une escalade hyper variée (chaque longueur propose vraiment un style différent, mais toujours très plaisant), un niveau relativement homogène tout le long, et un petit je-ne-sais-quoi apporté par l’ambiance marine.
Vraiment une voie majeure.
On mange un morceau après avoir récupéré les sac, et c’est reparti pour les 2h de marche du retour. On sera bien contents d’arriver au van et de reprendre la route pour une bière vraiment bien méritée.
Et tout part de là...
La fin de L3
L7 en cours...
On est pas bien là?
09/03 :
Je pensais qu’on partait sur une journée un peu tranquille aujourd’hui suite à la grosse journée d’hier (que tout mon corps essaye de me faire payer), mais c’est sans compter l’énergie communicative inépuisable de Bastien, qui nous a prévu un beau programme.
On se gare sur le parking de la fac de Lumigny pour rejoindre les falaises de la grande Candelle, pour enchaîner 2 GV.
On part du secteur du Temple pour partir sur Gutenberg, 4 longueurs + 1 une de transition qui nous amène sur le socle, pour enchainer ensuite avec la fameuse arête de Marseille et son pas de Rebuffat.
Gutenberg débute par un 5c que je trouve un poil exigeant surtout au début. Je ne sais pas si c’est la fatigue de la veille, mais je me dis que je n’arriverai jamais à enchainer la suite (en 6a/+). Heureusement, la longueur se termine dans un joli dièdre où je recupère un peu de bonnes sensations. L2 (6a) et L3 (6a+) se poursuivent dans le dièdre et offrent une belle escalade, sur un rocher agréable. Je les enchaîne sans problème et je me sens vraiment mieux. L4 est une petite transition au milieu des cailloux et des herbes pour rejoindre la dernière longueur en 6a+ qui pour le coup est un cran au dessus en terme de physique, avec une fin dans un dièdre un peu deversant. Très jolie aussi, mais fatigante. Je suis quand même assez fière de moi, je n’aurai fait qu’une pause dans toute la GV à 1m du relai final, alors que j’étais physiquement bien entamée.
On rejoint ensuite le départ de l’Arête de Marseille. Elle débute par un 5c/6a ultra patiné où même notre guide (qui grimpe pourtant dans le 8) n’en mène pas large. En second ca se fait à peu près, même si mon compagnon de cordée n’y est plus. Arrivé en haut, il est prêt à redescendre. Bastien essaye de le remotiver, il a déjà du renoncer 1x à cet endroit pour cause de vent trop violent, je crois pas qu’il ait envie de revenir une 3ème fois. Francois arrive à se remotiver, et Bastien part donc sur le fameux pas de Rebuffat : un passage d’une paroi à l’autre au dessus du vide, vraiment impressionnant. En second c’est vraiment flippant, et ca fait vraiment partie des mouvements dans lesquels j’ai du mal à m’engager. Je dois mettre 15mn à passer, j’en mène vraiment pas large, même si au final ce n’est pas « si » difficile.
La suite déroule sur l’arête, dans des longueurs en III/IV, mais ca reste du III/IV montagne, faut vraiment se méfier. Y a du gaz à droite, à gauche, derrière, la vue est sublime, c’est assez impressionnant. Ce n’est pas ce que je préfère en terme de type d’escalade, mais l’ensemble vaut quand même le coup.
On prend un petit gouter avec le soleil couchant au sommet de la grande Candelle avant de redescendre sur le chemin de randonnée en rappel.
On aperçoit la barre rocheuse du temple avec ses coulées noires qui arrive juste en dessous de l'arête de Marseille
La vue est pas dégueue...
Toujours une ambiance particulière, les arêtes...
Du chemin du retour on aperçoit mieux le relief de l'arête et surtout le passage de l'aiguille à l'arête avec le pas de Rebuffat
10/03 :
Ce matin, mon corps a capitulé, il a compris que ca ne servait plus à rien de m’envoyer des messages de douleurs parce que je n’en tenais pas compte. Je me sens plutôt en forme. On a cependant peu de temps, le temps de rendre l’appart, de faire quelques couennes avant de rejoindre la gare.
Sur les vieux conseils de Simiou (je crois ?) on choisit la calanque de Morgiou et le secteur Abricotier. Le vent souffle pas mal aujourd’hui, et même si on est un peu protegés par la paroi, ca pose quand même l’ambiance. Le secteur est à 10mn à pied, avec une jolie vue sur la calanque de Morgiou (qu’on a heureusement pu rejoindre en voiture vue la période de l’année). On aura juste le temps de faire 3 longueurs (5c-5b et une magnifique 6a nommée « Voie des fées » qui vaut vraiment le détour) avant de reprendre le van pour retourner à la gare.
Conclusion : à nouveau un super séjour dans les Calanques marseillaises. C’est vraiment un endroit impressionnant par le nombre et la variété de l’escalade que ce coin propose, ainsi que pour la beauté des voies et des paysages.
Je suis assez contente de moi parce que pour une « reprise » je me suis sentie vraiment bien, j’ai quand même grimpé un cran au dessus de ce que je fais habituellement en falaise, avec de bonnes sensations. Bastien a bien su gérer notre cordée, sachant nous pousser un peu quand il fallait sans non plus nous mettre dans le rouge. Il a vraiment été parfait du début à la fin. Superbe sélection de voies, variées, mythiques et avec de superbes paysages. Si vous cherchez un guide, n'hésitez pas c'est vraiment une excellente option, je repartirai avec lui avec grand plaisir.
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« Moi, je suis un désespéré joyeux. J'ai cette mélancolie slave collée à l'âme. J'aime boire et pleurer. »