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Les arguments géographiques (la Turquie nest pas en Europe) et linguistiques (la langue turque est totalement différente des langues indo-européennes) sont importants mais finalement secondaires face à dautres arguments plus politiques et culturels.
La Turquie et lEurope appartiennent à des univers différents à tous égards. Au delà du retard démocratique de la Turquie, ce seul argument suffit pour repousser lidée de ladhésion de la Turquie à lEurope, si nous voulons quelle soit forte, unie, cohérente et efficace.
A la lumière de tous ces arguments, ladhésion de la Turquie apparaît au mieux comme une idée saugrenue, au pire comme une pure folie.
Tout d'abord, force est de constater que la Turquie , malgré quelques avancées avant tout symboliques, ne respecte aujourd'hui aucune des quatre conditions fixées à son adhésion.
1. Le respect des droits des minorités et l'égalité des citoyens, quelle que soit leur origine ou leur religion
2. La résolution pacifique de la question chypriote
3. Le respect des droits de lhomme
4. La reconnaissance du génocide arménien
Seuls 5 % du territoire turc ( la Thrace orientale ou Turquie d'Europe) sont situés en Europe, les 95 % restants, essentiellement situés en Anatolie (ou Turquie d'Asie), se trouvant sur le continent asiatique.
Des effets économiques considérables
Le PIB moyen de l'Europe est de 21.000 euros / habitant. Celui de la Turquie est de 6.500. Si la Turquie entre dans l'union, on peut donc s'attendre à une immigration accrue et à des aides financières de rattrapage considérables.
Enfin, Le monde turc, « rempart contre lIslamisme » ou pièce maîtresse dAl Qaïda ?
LEurope ne peut accepter en son sein un pays dirigé par des islamistes, fussent-ils «modérés», ne faisant pas de distinction entre la sphère politique et religieuse, et prônant à demi-mot lapplication de la charià (projets de lois sur ladultère ou le flirt, voile islamique, etc).
Curieusement, la réislamisation politique progressive de la Turquie et la dékémalisation amorcée du pays nempêche pas les partisans de la candidature dAnkara de continuer de présenter le pays dAtätürk comme « un rempart contre lislamisme ». Il vaudrait mieux avoir la Turquie « avec soi que contre soi »
Outre que cet argument participe du chantage à la peur, il est dautant moins convainquant que la seule garantie de lexception laïque en Turquie réside dans les pouvoirs civilo-politiques de larmée turque, dont Bruxelles exige labolition progressive, comme nous lavons vu. Certes, le Gouvernement turc et ses institutions militaires sont à distinguer des mouvements islamistes radicaux et nul ne peut nier quils sont dans la première ligne de mire des terroristes.
A linstar de nombreux pays victimes dattentats islamistes, la Turquie (et surtout larmée), alliée dIsraël et des Etats-Unis, peut apparaître à certains égards comme un partenaire essentiel dans la lutte contre Al Qaeda. Et il est vrai quOussama Ben Laden, héritier dAbdallah Azzam, un membre éminent des Frères musulmans, a hérité du créateur de la confrérie, Hassan Al Banna, une haine viscérale et pathologique envers le kémalisme et Atatürk, « lapostat » franc-maçon et « ennemi de lislam » devenu « le laquais servile des Occidentaux » en ayant transformé le dernier Califat turc-ottoman islamique en un Etat laïc et pro-occidental, après avoir fait la guerre au Sultanat.
Cette haine anti-turque dAl Qaïda sest bien entendu accrue en 1990, lorsque Ankara donna ses bases au service de lopération américaine contre le régime de Saddam Hussein, puis lorsque la Turquie officialisa ses accords militaro-stratégiques avec Israël en 1996, accords renouvelés par le Premier Ministre Erdogan en mai 2005, pêché impardonnable de la part dun leader issu de lislamisme politique. Sans parler des bases américaines sur le sol turc, équivalent en termes de trahison à celles du Golfe qui « souillent les Lieux saints (Haramein) de lIslam ».
Et ce nest point un hasard si Oussama Ben Laden glisse presque systématiquement dans toutes ses déclarations lidée selon laquelle « la Oumma islamique est humiliée depuis 80 ans », allusion directe à la date de labolition du Califat par Mustapha Kémal Atatürk.
Mais tout cela nempêche pas Al Qaïda est présent en Turquie, en Azerbaïdjan, via la liaison avec la Tchétchénie, qui est aujourdhui un des points névralgiques de cette organisation, ainsi que dans tout le monde turcophone (Vallée de la Ferghana, Ouzbékistan, Turkménistan, etc). Bien au contraire, car la Turquie est à la fois une cible et une terre de recrutement et de mobilisation pour les Salafistes-jihadistes du monde entier. Plus dune cinquantaine dorganisations ou groupes activistes liés à Al Qaïda sont en effet actuellement présents en Turquie, en relation avec les structures jihadistes du Kurdistan irakien et du monde turcophone et du complexe terroriste-salafiste Arabie saoudite-Afghanistan-Pakistan.
Noublions pas que la Turquie nest pas nimporte quel Etat du monde musulman : Parce quelle est la nation qui a porté le Califat pendant cinq siècles et parce que nombre de Salafistes pleurent encore labolition du Califat dIstanbul en 1924 (par Atätürk, bête noire des Islamistes) et escomptent le rétablir au plus vite, la Turquie demeure lune des zones du Dar-al-Islam les plus symboliques pour Al Qaïda et les islamistes en général, en particulier tous ceux qui ont été formés par les Frères musulmans ou des mouvements takfiristes et djihadistes issus de cette nébuleuse.
En termes clairs, en intégrant la Turquie dans lEurope, lUE endossera de facto les responsabilités de la Turquie moderne et son opprobe en tant qu« Etat apostat » majeur. De simple ennemi extérieur « infidèle », lEurope judéo-croisé passera dans la catégorie des pires et premiers ennemis directs du salafisme jihadiste : elle sera en première ligne puisquelle se mêle des « affaires internes » du Dar al-Islam
(cf dernier livre dAlexandre del Valle et dEmmanuel Razavi, Le dilemme turc, ou les vrais enjeux de la candidature dAnkara, Les Syrtes, septembre 2005).
Ainsi, ce nest pas un hasard si, parmi le staff des dirigeants du « Conseil dAdministration dAl Qaïda », figure en très bonne place - en tant que responsable Grand Orient (Turquie, Syrie, Liban Jordanie) -, un salafiste turc, Habib Akdash. Directement mis, aux côtés de Abou Moussab Zarqaoui pour lIrak et du saoudien Saoud al-Aoutaybi pour la Région du Golfe, sous la responsabilité du Saoudien Salah al Awadi, en charge de toute la région Moyen-Orient, qui englobe les sous-régions précédentes, Habib Akdash détient lun « postes-clés » de lorganisation islamo-terroriste et est déjà parvenu, grâce à la frontière poreuse qui relie la Turquie et le Kurdistan turc aux montagnes kurdes dIrak et au Jihad irakien de Zarkaoui et de Al Ansar al Islam, à implanter de nombreuses cellules dormantes (une cinquantaine) en Turquie, elles-mêmes liées aux groupes salafistes de la Vallée de la Ferghana en Asie centrale.
Un pays en proie au Jihad et en première ligne dAl Qaïda
Si laccession des « islamistes modérés » de lAKP sétait réellement traduit par un apaisement de lopposition islamique turque ainsi que par une neutralisation de lislamisme international, jadis ennemi juré de la Turquie laïque, largument pourrait satisfaire. En réalité, parce que des dirigeants issus dun courant historiquement inspiré de lislam politique est aujourdhui au pouvoir, les islamistes radicaux turcs en veulent encore plus quauparavant aux leaders de lAKP dentretenir des liens stratégiques avec les Satans israélien et américain.
Les attentats anti-juifs, anti-britanniques et anti-maçonniques survenus depuis novembre 2003 illustrent ce risque de déstabilisation. Rappelons quen novembre 2003, les attentats-suicides revendiqués par le groupe islamiste anti-kémaliste IBDA-C (Front du Grand Orient Islamique), dont les auteurs présumés auraient été liés à Al-Qaida, avaient fait 61 morts et plus de 600 blessés. Ils avaient pris pour cibles deux synagogues, le consulat de Grande-Bretagne et le siège de la filiale turque du groupe bancaire international HSBC. En mars 2004, une loge maçonnique a été cette fois-ci visée par un attentat-suicide. Les deux auteurs de l'explosion avaient péri ainsi qu'un serveur de restaurant. Le 29 avril 2004, 16 personnes soupçonnées de préparer un attentat contre le sommet de l'OTAN étaient arrêtées à Bursa, à 250 kilomètres au sud d'Istanbul.
En avril 2004, encore, dautres attentats islamistes ont visé à nouveau quatre succursales de la banque HSBC et, le 20 mai, un restaurant McDonald's d'Istanbul. Les 25-29 juin 2004, lors de la venue de Georges Bush en Turquie à loccasion du sommet de lOtan, de nouveaux attentats avaient visé lhôtel de la délégation américaine et dautres places symboliques. Plus récemment, dautres attentats islamistes ont été perpétrés en Turquie, notamment celui du 10 juillet 2005 à Cesme (20 blessés), puis le 16 juillet 2005 dans la station balnéaire de Kusadasi (5 morts, dont un irlandais et un anglais, puis 13 blessés, dont cinq britanniques), ce dernier attentat étant directement tourné contre des touristes européens et perpétré par une jeune kamikaze turque de 17 ans, appartenant à un mouvement terroriste islamiste-séparatiste kurde, nommé les Faucon de libération Kurdistan.
Du panturquisme Au delà de la Turquie, lespace turcophone (Turkmenistan, Ouzbekistan, Kirghizistan, Xinjang chinois, etc...) représente aujourdhui plus de 200 millions de Musulmans turcophones.
La politique panturque, qui sappuie sur la notion de peuple turc, de préférence à une nation turque, est soutenue par toutes les forces politiques turques. Elle conduit Ankara à faciliter autant que possible les échanges avec les différentes « républiques » turcophones, dont lOuzbékistan, dont le mouvement islamiste de lOuzbékistan (MIO) est réputé comme le plus proche dAl Qaïda. Il le revendique quasi-officiellement et a effectué ces cinq dernières années une véritable percée en Turquie et en Azerbaïdjan.
Il y a dans ce contexte un risque deffet domino venu dAsie centrale et du Caucase qui pourrait être considérable et terriblement problématique pour lEurope.
Loin de séloigner du monde turcophone ou de sen différencier, Ankara na cessé ces dernières années de renforcer sa présence en Asie centrale et dans le Caucase. Elle est à lorigine de nombreux projets de coopération entre États islamiques et pays de lespace turcophone et ex-ottoman : 200 millions de « frères » turcophones du Caucase et dAsie centrale se rapprochent de la « mère-patrie » et vice versa depuis la chute de lex-URSS.
Sous linfluence du Parti de la Mère Patrie de Turgut Ozal (adepte dun panturquisme réislamisé que lon a baptisé « synthèse islamo-nationaliste »). Ankara a scellé, entre 1990 et 1995, toute une série daccords visant à réunir sous son égide les Républiques turcophones surs de lex-Union soviétique : Azerbaïdjan, Ouzbékistan, Turkménistan, Kazakhstan et Kirghizistan. Cest ainsi quAnkara a créé, en 1992, la TICA (Agence Turque de Coopération Internationale), rattachée au Ministère turc des Affaires Etrangères, ainsi que, en juin, 1993, le Turskoÿ, Administration Commune des Cultures et Arts Turcs, équivalent du Haut Conseil de la Francophonie.
Mais lévénement le plus caractéristique du « redéploiement » en Eurasie fut le Sommet dIstanbul du 19 octobre 1994, annonçant la naissance du groupe « T6 » (T pour Turc, et 6 pour les 6 Etats turcophones, ou « Türk 6 ») : Turquie, Azerbaïdjan, Kazakhstan, Kirghizistan, Ouzbékistan et Turkménistan), dont les visées étaient de créer un ensemble turcophone solidaire sur les plans culturel, politique et économique (tracés doléoducs) et même touristique.
Depuis, la Turquie consacre tous ses efforts pour réorganiser et réorienter les voies de communication dAsie centrale : transports routiers, ferroviaires et aériens ; réseaux téléphoniques et télématiques qui passaient auparavant par Moscou. Lénergie quelle déploie pour former des élites locales est tout autant significative : chaque année, plus de 10 200 étudiants dAsie centrale intègrent les universités turques. La mise sur pied du satellite Türksat a par ailleurs permis délargir le champ de captation des chaînes de télévision turques. Le premier grand quotidien islamiste turc, Zaman, est diffusé dans toute lAsie centrale, ladoption progressive de lalphabet latin au lieu de lalphabet cyrillique, facilitant ainsi la diffusion du turc officiel.
A la Turquie, « Nation-phare » du monde musulman
A part le Maroc et lAfghanistan, presque aucun pays dIslam néchappa à la tutelle directe ou indirecte de la Sublime Porte pendant près de cinq siècles. Cela ne sest arrêté quavec la défaite de lEmpire ottoman face aux Européens, puis avec la révolution anti-islamique et autoritaire dAtatürk, plus que largement remise en questions de nos jours, alors que des best-sellers et des programmes politiques réclament le rétablissement de la charià et du Califat en Turquie, pour la plus grande gloire du monde islamique. Que cet état de fait contredise nos représentations et nos préférences, que nous le voulions ou non, les islamistes turcs ont vocation à prendre le pouvoir à Ankara, si larmée cesse un jour dêtre contrôlée par la minorité laïque et kémaliste de moins en moins populaire en Turquie.
Car le régime original instauré par Atätürk réunit toutes les conditions potentielles pour être un jour renversé, comme le Pakistan, la Tunisie ou lArabie saoudite, et redevenir « lEtat-phare de lIslam » quétait la Turquie au temps de la Sublime Porte et dont rêvent encore des millions de Musulmans dans le monde, nostalgiques du Califat et décidés à en découdre un jour avec lanomalie de « lapostasie » kémaliste, régime tyrannique et impie par excellence (taghout).
Et même si larmée turque peut à tout moment reprendre les choses en main et faire interdire un gouvernement islamiste, le risque est trop gros pour lUnion européenne davoir en son sein un jour lun des plus puissants détonateurs symboliques et historiques dAl Qaïda. Dautant que les militaires kémalistes eux-mêmes ne sont pas parvenus à conserver lexception laïque instaurée par Kémal de façon intacte et nont pas réussi, malgré leurs réels efforts, à enrayer, depuis les années 50, linexorable réislamisation progressive du pays et lascension politique et sociale des mouvements islamistes.
La conflictualité turque
Une bombe géopolitique à retardement, ou la fin de « lEurope, zone de paix »
Les géopolitologues utilisent dailleurs souvent lexpression explicite de « zone des tempêtes » afin de caractériser lère géopolitique gravitant autour de la Turquie, des Balkans et du monde turcophone, cet « immense arc de crises endogènes incessantes », allant de la Bosnie à lOuest jusqu'à la muraille de Chine à lEst : Balkans, Caucase (Tchétchénie, Abkhazie, Azerbaïdjan, etc), Kurdistan (turc ou iranien), Afghanistan, Tadjikistan, jusquau Turkestan chinois.
La « zone des tempêtes » correspond en effet exactement à la sphère dinfluence géopolitique de la Turquie, adversaire traditionnel de la Russie, de la Grèce, de Chypre, de lArménie, de la Serbie, de la Roumanie, de la Bulgarie, pour ne citer que les pays européens dont les contentieux sont actuels ou récents, puis de la Syrie, de lIrak, en ce qui concerne les pays musulmans et si lon met de côté lIran. Noublions pas par ailleurs que l'Azerbaïdjan, ennemi de lArménie et protégé dAnkara, a 11 kilomètres de frontière en commun avec la Turquie, grâce au Nakhitchevan.
Du point de vue de la sécurité, en intégrant lUE, la Turquie, plaque tournante des trafics de drogue et de clandestins, transférerait inévitablement à lUnion européenne ses conflits frontaliers (voir CARTES) déclarés ou larvés qui lopposent à des voisins que « lEtat profond » turc juge globalement hostiles.
Un véritable réservoir de bombes géopolitiques dont de nombreux contentieux auxquels lEurope aurait dû demeurer étrangère, si ses frontières étaient fixées de façon cohérente: le séparatisme adjar entretenu par Ankara au sud de la Géorgie et dont elle conteste les frontières ; le contentieux territorial turco-syrien (sanjak dAlexandrette); celui non moins grave qui oppose Turquie, Irak et Syrie à propos du partage des eaux de l'Euphrate; sans oublier la guerre turco-kurde.
Que se passera-t-il si lEuphrate et le Tigre, qui ont des sources en Turquie mais qui arrosent aussi plusieurs pays voisins, sont accaparés par la Turquie au moyen de barrages de retenue en amont ? Or, la région présente un intérêt dautant plus stratégique quelle détient elle aussi dimportantes réserves deau provenant du massif du Taurus.
Par ailleurs, Ankara convoite depuis toujours le pétrole des régions irakiennes du Mossoul et de Kirkouk.
Ainsi, la nouvelle frontière extérieure commune de l'Union européenne, instaurée à la suite de la suppression des frontières internes de lUnion, traverserait les zones kurdes imbriquées entre lIran, la Turquie, la Syrie et l'Irak en épousant des tracés non seulement contestés mais sources de conflits armés graves.
En termes clairs, en sélargissant à la Turquie, lUE devrait renoncer à sa doctrine pacifiste et se préparer à faire la guerre, car elle cesserait fort probablement dêtre la zone de paix et de confort quelle est globalement. Elle devrait pour être conséquente payer le prix de sa volonté de puissance : augmenter sensiblement ses budgets militaires et mettre sur pied une véritable défense européenne et une vision géopolitique unifiée. Ce dont elle est encore loin aujourdhui.
Quatre frontières directes avec le Jihad international et le terrorisme
Après les « 11 septembre » espagnol, anglais et égyptien (attentats de Madrid du 11 mars 2004, et de Londres du 7 juillet 2005) et au moment où lEurope est plus que jamais menacée par le terrorisme islamiste, la suppression des frontières entre lEurope et la Turquie impliquerait que lUnion ait comme voisins directs lIran des Mollahs, la Syrie co-parraine du Hezbollah occupant le Liban, la Géorgie et lAzerbaïdjan - doù partent les volontaires du Jihad tchétchène -, puis lIrak, nouveau foyer islamo-terroriste anti-occidental dAl Qaïda. Bref, quatre pays parmi les principales zones du Jihad ou de transit des réseaux islamo-terroristes.
Le recrutement, la formation et lexfiltration des moudjahidines en partance pour le front tchétchène (ou vers dautres contrées) seraient alors inévitablement facilités à lintérieur de lespace Schengen européen.
Noublions pas, ainsi que le rappellent des spécialistes du terrorisme, que la Turquie, où sévissent non moins dune cinquantaine de groupes djihadistes, figure aujourdhui parmi les trois principales filières des volontaires européens dAl Qaïda : la première, par la voie syrienne, la deuxième par la Turquie et le Kurdistan, la troisième vers les régions sud de lIrak, à partir du Koweït et de lArabie saoudite.
Selon un rapport dun service de renseignement occidental, ces trois filières fonctionnent comme un ensemble de réseaux en cascade dont les liens se font et se défont en fonction des relations personnelles entre leurs instigateurs, de leurs nationalités dorigine et de leurs affinités idéologiques. On pourrait également rajouter la « filière centre-asiatique », celle de la Vallée de la Ferghana, entre lOuzbékistan, le Kazakhstan et lOuzbékistan.
Cest en effet dans un de ces « Etats-frères », turcophone, de plus en plus lié à Ankara depuis la chute de lURSS, lOuzbékistan, puis en Asie centrale et dans le Caucase en général, que les mouvements islamistes violents les plus anti-occidentaux ont élu domicile : le Mouvement Islamique dOuzbékistan (MIO), le Mouvement Islamique du Turkestan, le Takfir wal Hijra et le Hizb ut Tahrir, proches dAl Qaïda, qui prônent le rétablissement du Califat islamique à Istanbul et la destruction de lOccident. Ces deux mouvements ont défrayé la chronique lorsquen mai 2005, ils ont tenté détablir un « califat » dans la vallée de la Ferghana et tenté de renverser le régime ouzbèke en place.
Déjà, le 11 novembre 2004, 19 membres du MIO avaient été appréhendés au Khazakstan. Ils étaient impliqués dans une attaque meurtrière contre la direction du président Islam Karimov. Lors de leur arrestation, des documents ont été saisis: fauux papiers, cassettes et vidéos contenant des messages dOussama Ben Laden.
Plus inquiétant, le MIO séduit de plus en plus une jeunesse en mal de repères, surfant sur la pauvreté qui règne dans cette partie du monde. Tout aussi démontré est le rôle joué, depuis les années 90, par lEtat turc et les organisations islamistes turques dans lactivation du jihad balkanique, sans oublier le soutien aux moujahidines anti-arméniens de lAzerbaïdjan et aux islamistes tchétchènes réfugiés en Géorgie (vallée de Pankissi).
Rappelons que cest grâce aux soutiens du mouvement islamiste et du président de lAzerbaïdjan allié indéfectible dAnkara Haydar Aliev, que lex premier ministre et chef jihadiste afghan, Gubuldin Hekmatyar, envoya combattre un millier de Moujahidines « afghans », entre 1993 et 1994, contre les forces arméniennes lors de la guerre Arménie-Azerbaïdjan pour le Haut-Karabagh.
Non négligeable a été également le rôle joué par lEtat turc et les organisations islamistes turques dans lactivation du jihad tchétchène ou balkanique. (voir livre dAlexandre del Valle et Emmanuel Razavi, Le dilemme turc, ou les vrais enjeux de la candidature dAnkara, les Syrtes, sortie en septembre 2005.)
La stratégie des Frères musulmans et dAl Qaïda, qui sinspire en grande partie de lorganisation dHassan Al Banna, ne redoute aucunement louverture des frontières ou lintégration de la Turquie ou de tout autre pays musulman à lUnion européenne. Bien au contraire.
Parfaitement transnational, prompt à utiliser les instruments de communication les plus modernes et les logiques communautaires inter-étatiques, la stratégie des Frères Musulmans qui prônent le retour du Califat -, dAl Qaïda et des mouvements islamistes révolutionnaires en général, consiste à établir des cellules « actives » ou « dormantes » dans les pays qui revêtent le plus un intérêt économique, géographique ou stratégique pour lorganisation, à commencer par lEurope.
En ce sens, la Turquie, à cheval sur lEurope et lOrient, dispose des trois critères requis. Imaginons que celle-ci devienne européenne, et les membres dAl Qaïda comme ceux dautres mouvements islamo-terroristes pourront évoluer encore plus facilement sur le territoire de lUnion européenne. La Turquie deviendra ainsi un véritable cheval de Troie pour les islamistes de tous bords qui ont pris lOccident pour cible. Cest en tous cas la stratégie affichée par la majeure partie de ces mouvements aujourdhui.
LEurope est-elle prête à prendre ce risque ?
sources : http://www.nonalaturquie.com/site/ [...] =argument&
Message édité par super_newbie_pro le 18-10-2005 à 23:27:36
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