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Après nous avoir fait parvenir son droit de réponse envoyé ce matin à La Provence, le professeur d'histoire-géographie du lycée "Les Iscles" à Manosque, accusé d'avoir projeté à ses élèves un film montrant la réalité de l'avortement, a choisi les Nouvelles de France pour se défendre d'accusations relayées par certains grands médias peu scrupuleux.
Bonjour ******, merci d'avoir accepté de répondre en exclusivité à nos questions. Pourquoi une réaction si tardive de votre part ?
Je n'ai appris que mercredi soir, contacté par téléphone par une journaliste travaillant pour Canal Plus, ce qui se passait. Je me trouvais au chevet de l'un de mes enfants à l'hôpital à Marseille, mon enfant ayant été très gravement blessé vendredi. J'avais prévenu mon établissement et le Rectorat de cette situation dramatique, ce qui ne les a même pas conduit à reporter leur décision de suspension. M. Chatel n'a sûrement jamais eu d'enfant gravement blessé et cloué sur un lit d'hôpital...
Comment expliquer cette polémique ?
Bien sûr, je n'ai jamais dit publiquement que j'étais catholique, sauf à mes amis. Et je suis très ouvert. Certes, des professeurs réagissent parfois avec haine et intolérance, mais je veille et j'essaye de rester charitable envers tous. Ce sont évidemment mes convictions religieuses présumées qui font que l'on s'en prend à moi. Je passe sur les vexations au quotidien (préservatif déposés dans mon casier, insultes anti catholiques haineuses, contre Benoît XVI en particulier, etc...). Hélas, dans l'Education nationale, s'agissant de l'avortement, on a l'obligation d'être pour. C'est précisement ma neutralité qui pose problème, car j'ai utilisé des documents pro-avortement, en complément du Planning familial qui est intervenu massivement dans mes classes. J'ai notamment utilisé le discours de Mme Veil et le texte de la loi de 1975. Par contre, je ne pouvais obéir à l'ordre sectaire de l'administration de ne faire que l'apologie de l'avortement et de n'utiliser que des documents pro-avortement. Mon proviseur m'avait ordonné de ne pas faire ce débat, sauf pour moi à faire l'apologie de la loi Veil. Je ne pouvais obéir à un ordre manifestement immoral, et contraire au devoir de pluralité, donc de neutralité, qui m'incombe dans l'organisation de ces débats.
Vous m'avez dit avoir vu à la télévision le témoignage à charge d'une élève que vous n'avez jamais eu... Quelles précautions allez-vous prendre avec les grands médias ?
Les grands médias (presse, radios, télévisions) sont massivement subventionnés et contrôlés par l'Etat. Je vais donc tâcher d'être prudent. Mais je veux croire que dans ce pays, il subsiste des gens -et des journalistes- attachés aux idéaux de liberté et de tolérance. Le Planning familial n'est pas poursuivi pour avoir fait l'apologie de l'avortement dans mes classes, ni aucun de mes collègues qui sont en faveur de l'avortement et en font état dans les classes. Ce qui est en jeu dans ce lynchage, c'est l'existence même de notre démocratie. Les chrétiens et les musulmans, eux aussi (entre autres religions) payent des impôts et ont le droit au respect de leurs enfants. Je demande que cesse le matraquage des esprits des jeunes par le lobby de l'avortement. Que s'est-il passé ce jour-là ? Avez-vous comme certains parents d'élèves le prétendent, distribué des tracts contre la loi Veil ?
Les jeunes du lycée se sont vu distribuer par le Planning et l'infirmière des prospectus faisant la propagande de l'avortement. Ces prospectus présentaient d'ailleurs le stérilet comme un moyen de contraception alors qu'il s'agit d'un moyen également abortif. Le mensonge, c'est toujours l'arme des régimes totalitaires. Mais les élèves avaient aussi le droit de connaitre sur le sujet la position de l'islam ou de la religion catholique par exemble, pour ne citer que les deux principales religions du pays, et également de savoir comment a été perçu, dans l'histoire et dans presque toutes les civilisations, l'avortement.
Des élèves vous soutiennent-ils ? Des professeurs ? Officiellement/officieusement ?
Des élèves me soutiennent, et je suis admiratif pour leur courage, notamment pour ceux qui n'ont pas la même confession que moi... Une classe m'a même remis une pétition de soutien, signée par tous les élèves de la classe accompagnée d'une lettre émouvante, que je ne montrerai qu'avec leur accord cependant. Et puis des professeurs, non chrétiens d'ailleurs, m'ont témoigné leur soutien, discrètement bien sûr, vu le climat totalitaire et de délation qui s'est instauré au lycée... Ils ne peuvent le faire qu'officieusement.
Comment jugez-vous l'attitude du Rectorat et de Luc Chatel à votre égard ?
L'attitude de M. Chatel me semble empreinte de haine et d'intolérance, à moins qu'il n'ait pas bien été informé, par exemple du fait que bien des élèves ont été heureux que ce débat ait pu avoir lieu ? Mais rassurez vous, malgré tout, je lui pardonne et ne demanderai donc pas sa suspension pour 4 mois !!
Que répondez-vous à ceux, même parmi les pro-vie, qui jugent le film no need to argue trop violent/gore pour être montré à des élèves de seconde ?
Le cours parfait n'existe pas, j'ai aussi utilisé d'autres documents dans ma carrière et cette année dont un film tourné à Grenoble intitulé Sois un homme, ou aussi une photo d'un foetus de 12 semaines, car le vidéo projecteur réservé aux profs d'histoire a mystérieusement disparu au lycée!! Sur le fond, il serait préférable bien sûr que les adolescents soient préservés, mais comme l'Education nationale leur fait la propagande en faveur de l'avortement, et que les adolescents peuvent utiliser la procédure d'avortement, il me parait normal qu'ils soient informés de sa dure -et certes insoutenable- réalité. Je ne suis pas choqué pour ma part que l'on fasse voir aux élèves de troisième, plus jeunes que les miens, des images des camps de concentration nazis, malgré leur caractère insoutenable. S'il s'agit de sauver des vies humaines, toute vérité est bonne à montrer. Et ce n'est pas le film qui est violent, mais les avortements qui y sont décrits.
Comment vous sentez-vous aujourd'hui ?
Je suis très inquiet et fatigué. J'ai peur pour mes enfants, car ils sont dans des écoles publiques et j'aimerai pouvoir m'occuper plus de mon fils blessé. C'est vers lui que vont surtout mes prières et mes pensées en ce moment... Mais je prie aussi pour toutes ces mamans victimes de ce drame de l'avortement. J'avoue que j'ai aussi peur pour moi, j'espère que la prière des catholiques, qui vont prier samedi soir dans le monde entier pour toute vie naissante et la préservation de toute vie humaine dès sa conception, en union avec le pape, me donnera force et courage.
Le mérite de cette polémique n'est-il pas de réouvrir le débat sur l'avortement et de faire connaître aux gens des films qui disent ce qu'est vraiment un avortement ?
Dire qu'au départ je ne comptais faire ce débat cette année qu'avec une classe car j'avais peur!! Sans l'intolérance de ma hiérarchie, rien de tout ça ne serait arrivé!!! Enfin, si cette épreuve que je traverse permet aux libertés de progresser dans ce pays, et surtout la première des libertés, celle d'avoir droit à la vie, j'en serai heureux!
Propos recueillis par Eric Martin
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