Mozz_ a écrit :
Hydrelisk >
Citation :
Mais j'ai dis 3000000 fois que je ne substancialisait pas le libre-arbitre, je prouve justement que toute séparation du libre-arbitre de son sujet est absurde.
Mais du coup je te pose la question, car si tu exclues le cerveau physique de l'extérieur tu te retrouves avec une unité mise à part qui agit autant sur le monde 'extérieur' que le monde n'agit dessus, ce qui est précisément le minimum syndical d'une entité libre. C'est toi qui dépouilles l'homme de toutes ses composantes pour finir de conclure: regardez, y a pas de liberté.
|
J'ai l'impression qu'on n'est même pas capable de définir de manière rigoureuse les "symptômes" du libre-arbitre. L'autre jour, tu disais que si on faisait des choix, alors on était libre. Or, la plupart des programmes informatiques font des choix. Là, tu dis que ce serait (entre autre) agir autant sur le monde extérieur que le monde extérieur n'agit dessus. Je trouve ça toujours aussi moyen comme définition, mais de toute façon tu as l'air de dire que c'est une condition nécessaire, mas pas forcément suffisante.
Bref... Si on réduit l'homme à son cerveau, alors on revient à ma "démonstration" : le cerveau a été créé PAR l'extérieur indépendamment de sa volonté, et se construit itérativement suite à des interactions avec l'extérieur. Si on trace l'historique de chaque décision du cerveau (qu'est ce qui fait qu'on choisit A plutôt que B), on en arrive toujours à une cause originelle venant de l'extérieur. Pour moi, c'est la définition de la non-liberté. La liberté, c'est le fait que nos décisions viennent de soi, et non pas d'un algorithme qu'on nous a "implanté" à notre insu.
Il y a effectivement un problème de croyance en la liberté d'autrui. Puisque la liberté est primordialement une relation du pour-soi à l'en-soi, il serait nécessaire de connaître le pour-soi pour décider de la liberté d'autrui. On raisonne par relativisme des pour-soi pour objectiviser la question, mais cela pose alors la question de la crédibilité. Déjà entre un "humain comme moi" et un "automate-humain" je ne sais pas distinguer, donc je suis obligé d'être pragmatique et de dire que tout ceux qui dans leur comportement semblent avoir des notions de liberté/amour/etc. dans leur chaîne décisionnelle les ont, même si je ne peux vérifier que leur pour-soi est de même nature que le mien.
D'où un bug: il faudra une marionnette de très grande complexité pour que, même si elle est doté de bcp de pouvoirs décisionnels, je reconnaisse en elle des décisions libres. Il lui faudra prouver une capacité de néantiser les influences extérieures, mettre tout à plat et répondre de son propre avis. Par exemple des algos génétiques sont innovants, choisis par rapport à d'autres avec même de l'alea à beaucoup de niveau et pourtant notre anthropocentrisme biaise l'acceptation de la liberté pour ces programmes, qu'on jugera trop influencés par la logique d'optimisation. Puisque personne ne nous observe et qu'on est libre de philosopher sur nos notions, on peut assumer leur biais anthropocentrique et même on n'a pas trop meilleure solution, faute d'absolu auquel se référer. Du coup on peut reconnaître une forme d'intelligence aux algos génétiques (dans l'innovation supérieure aux ingénieurs humains) tout en considérant qu'il faudrait pas déconner avec des mouvements "Free The Computers" et que la place des algos sont au fond de leur pc en "esclavage". Les seuls juges, c'est nous-mêmes.
A l'inverse on peut prendre un humain, le priver de toute mobilité et cacher son visage pour oter toute interaction, on sait que tant qu'il sera en vie il sera libre. Même s'il ne peut pas le prouver. Il ne pourra rien faire, rien dire, mais n'en pensera pas moins (avec un brin de folie assez vite, mais toujours une certaine forme d'intelligence. Notamment une certaine pertinence sur le fait que le mec qui lui fait expérimenter ça est un connard). Et dans ce genre de situation personne ne peut complètement se prévaloir de l'autorité de l'humain à proprement parler: s'il s'agit d'une séquestration à proprement parler, quelle serait la réaction? Le pardon est-il complètement impossible?? La résilience est difficile et pour la confiance il faut pas rêver, la proximité physique des personnes après crime suffira à mettre mal à l'aise; mais le pardon est différent selon chaque personne et reste possible même pour une personne ayant vécu l'enfer si elle -peu importe ce que dit le psychiatre- [b]juge que c'est une issue pour la reconstruction. Les personnes ne feront rien ensemble, mais le "pardon" consiste en une réalité suffisante (ce n'est pas un mot, sinon c'est un mensonge) pour avoir des conséquences très claires (judiciaires par exemple). Et on serait mal venus de juger des "syndrômes" de Stockholm etc. AMHA. S'il s'agit d'une incapacité physique totale, on connait le cas du Locked-In-Syndrom : la personne ne peut plus s'exprimer que par des gestes de l'oeil par exemple, on constate sa pleine capacité de décision et lucidité. En général on remettra alors le choix -officieusement, mais ça doit se faire couramment- de la mort à la personne concernée, conscients de sa liberté et de sa seule légitimité sur ce sujet-là. Dans un monde où on ne croit pas en la liberté du fond de ses tripes, on déciderait pour la personne (ou on serait lâches, mais cela revient à une prise de conscience de sa liberté de céder à la lâcheté). La personne est libre de sa mort ici, en partie car on lui laisse cette liberté.
Bref il y a un biais anthropocentrique, ça ne ridiculise pas la notion pour autant, ça rappelle juste qu'elle correspond aux décisions des humains. Des extraterrestres pourraient être différents et décider dans leur monde de la non-liberté des humains et agir en conséquence: ils auraient de notre point de vue tort, et nos souffrances seraient réelles, mais ils l'ignoreraient et notre jugement d'eux serait biaisé anthropocentriquement. Bref faut assumer le biais. Et pour reconnaître une forme de liberté aux ordinateurs, je pense que tant que ce n'est qu'en les confrontant à des tests qui nous paraitront probants et relevant de la liberté (avec les hommes ça va être des histoires de reproduction, de guerre, et de sacrifice de soi, forcément) qu'on se convaincra ou non de leur liberté. Les problèmes d'optimisations n'ont rien à voir avec la liberté dans notre esprit.
Mais au final ces problèmes de marionnette crédible ou d'homme privé totalement d'expression de sa liberté sont plutôt des cas extrêmes, normal qu'ils soient flous. En pratique la liberté "intrinsèque" se révèle dans les actes quotidiens, et donc on assimile les deux. Il est important de noter qu'on n'a pas du tout accès à l'intrinsèque d'autrui, n'est objectif que ce qu'il laisse transparaître. Bref une liberté non exercée sera bafouée, mais faut pas juger celui qui la bafoue accidentellement pour autant. Tout est affaire de bon sens: si demain je croise Pinocchio, être de bois manifestement sensible et conscient de lui-même, je suis prudent et le considère a priori comme authentiquement libre. Car il dira l'être. Ceux qui disent qui ne le sont pas, c'est moi qui corrige leur bêtise avant de me dire que non il n'y a aucune raison de les mettre en ferme. Mais du coup, sur le droit de vote -sujet moins extrême- on peut se poser la question. Un Pinocchio a finalement plus de voix.[/b]
Citation :
La réponse est plus triviale qu'il n'y parait (puisqu'il y a question, il y a cogito. Une fois le cogito admis -précise ta position dessus s'il te plait- le libre-arbitre se constate facilement, il suffit d'attendre un moment de choix, c'est à dire tout le temps.) Elle est extraordinairement difficile à admettre sincèrement car elle est désespérante paradoxalement (ça correspond à un vide métaphysique, alors que quand on parle d'âme, de Dieu etc. c'est justement pour se dédouaner de sa liberté)
|
Comme je te disais, je n'ai pas tes connaissances en philosophie. A vrai dire, je trouve la plupart du temps que la philosophie est juste du bavardage jargonneux inutile, et nous éloigne de la vérité plutôt que de nous en rapprocher. En ce qui concerne le "cogito", de ce que j'en connais ("je doute, donc quelque chose doute, donc j'existe" ), je trouve l'argument spécieux et facile.
Que notre existence soit rêvée par un géant, simulée par un ordinateur, ou simplement qu'on existe physiquement, ça n'implique pas les mêmes choses pour moi du point de vue de l'existence. Pourtant, le "cogito ergo sum" met tout dans le même sac et nous dit que dans tous les cas, on existe. Bref, je comprends quand même ce que tu veux dire quand tu dis que l'existence est une donnée qu'on accepte comme un axiome. Pourquoi pas. Mais je ne mets pas du tout le libre-arbitre dans le même sac. Il y a un gouffre abyssal entre : admettre qu'on existe d'une part, et admettre qu'on possède un libre-arbitre d'autre part.
Et encore une fois, choisir, ce n'est PAS synonyme de libre-arbitre. Un ordinateur fait des choix (et parfois beaucoup plus qu'un humain), et personne n'irait dire qu'il est libre pour autant. Parce que bizarrement, quand on parle d'un ordinateur, on retrouve notre lucidité et on reconnait que quand quelque chose a été construit par l'extérieur, et suit un algorithme, il n'est pas libre. Bizarre de ne pas appliquer ce raisonnement simple à nous-même...
Pour l'ordinateur je pense avoir répondu. Après parler de "lucidité" dans la négation du cogito est très dangereux. Car entre toutes les possibilités de monde, qu'on soit pensés au niveau d'un ordinateur centralisé ou "réellement" présent dans nos cerveaux, qu'un Dieu dicte les règles du monde ou que ce soit le bordel, on peut déjà quotientiser en des situations équivalentes les différentes possibilités (un monde où Dieu existe mais n'intervient pas est comme un monde on Dieu n'existe pas, un monde simulé sur ordinateur à partir des lois d'un univers est comme un monde dans un "vrai" univers -l'ordinateur est l'univers lui-même), la seule chose qui nous sert de base étant que nous sommes des sujets pensants. On le constate pour soi, on le croit sincèrement pour les autres. Enlève-ça, toutes les relations sociales s'effondrent.
Pour le gouffre entre l'acceptation du cogito et celle du libre-arbitre je renvois au post que j'avais fait page 42 je crois. Grossièrement si on veut faire de la description physiciste (perdant de fait le point de vue "pour-soi" ) des phénomènes sociologiques, le cogito est là pour nous rappeler que les "particules" sont à voir au niveau des "individus", échelle pertinente (mais les groupes d'individus les sont aussi, la physique c'est la physique statistique comme la physique élémentaire) pour se définir les axiomes de décision. Là se pose la question de la liberté: on introduira au moins de l'aléatoire en ersatz car en moyennant ça passe bien dans les comportements économiques etc., après se pose la question d'aller plus loin dans les modèles. Se posera en particulier dans les axiomes de décision une opposition entre référence à une morale absolue, éventuellement franchie de manière aléatoire, ou une individualisation plus forte encore du processus de choix avec une axiome de liberté qui fait que les limites morales sont en fait des guides très limités et non en diktat extérieur.
Citation :
Précise. Car n'importe quel nutritionniste est libre, et correspond à ta description sauf 'programme informatique', or ce n'est pas ça qui fondamentalement empêche le libre-arbitre je pense (car je ne crois pas à l'âme en son sens naïf de poudre de liberté).
|
Je ne vois pas ce que tu veux que je précise. Je prenais l'exemple d'un programme qui choisit les plats en fonction de différents paramètres. Si on est en été et qu'il fait chaud, il conseillera de mettre une salade dans le menu. Si on est en hiver et qu'il n'y a pas eu de couscous depuis plusieurs semaines, il proposera d'en mettre dans le menu.
Tu me demande un jugement sur le responsable de la détermination des plats sur la base d'un cahier des charges. Si tu ne précises ni le responsable, ni le cahier des charges je ne te répondrai pas car la réponse est contingente ("indécidable" en terme de logique mathématique). Car là où tu vois une machine non libre répond, je remarque qu'un nutritionniste correspond aussi parfaitement à la description, or il est libre. Donc rien dans ton problème n'empêche la machine d'être libre. A l'inverse si tu contraint trop le cahier des charges alors certes tu n'auras pas tué la liberté de l'humain que serait le nutritionniste mais tu auras supprimé dans ce domaine l'expression de sa liberté en faisant un planning "lundi salade, mardi ravioli" etc. en amont, rendant tout simplement la liberté hors de propos (pas annihilée, hors de propos et contingente au point qu'on considérera qu'il n'y en a pas).
Citation :
Car un raisonnement par récurrence hors d'un ensemble dénombrable c'est juste casse-gueule. La rangée de domino ça va car elle est finie. (Fait une construction mathématique de zéro, avec juste les hypothèses suivantes: des "dominos" sont indexés de 0 à 1 par des réels et quand un domino tombe il fait tomber instantanément un domino suivant dans l'indexation. Fait tomber le domino 0, savoir si le domino 1 (le seul avec un critère d'arrêt) tombe est indécidable, et pour un cas donné faux de façon "certaine" si tu te donnes un éventail large de "monde" possibles pour ce problème).
|
Ton exemple des dominos est très convainquant. Cela dit, un être humain est composé d'un ensemble fini de cellules, avec un nombre fini d'interactions entre elles chaque seconde. Le fonctionnement d'un être humain est donc similaire à une rangée finie de dominos, et non pas infinie.
Rien ne le dis, ou alors tu simplifies beaucoup le système en faisant passer dans "interactions" un catalogue très large et des "dominos" pas si réguliers que ça (car étant déjà eux-mêmes des composés d'une infinité de sous-dominos élémentaires, et donc sont eux-mêmes indéterminés). Ca veut pas dire que la source des décisions est quantique (ce qu'on ne sait pas expliquer à l'échelle macro mettons le à l'échelle nano et déplaçons le problème youhou!), mais le côté "déterminé" de l'état du corps est un postulat très gonflé quand même de nos jours. Il ne me gène pas en soi de toutes façons, tant que je retombe sur les quelques propriétés attendues de la liberté - que tout soit déterminé certes mais que cette détermination ait besoin de m'attendre pour être révélée, c'est pas mal-.
Dans un post suivant, tu dis que c'est rassurant de se dédouaner de la liberté en croyant au déterminisme ou à l'inexistence du libre-arbitre. J'ai effectivement l'impression que certaines personnes utilisent l'argument "je suis comme ça, je ne peux pas changer" pour excuser tout et n'importe quoi. Mais au fond, elles croient fermement être libres.
Quant à moi, je préfèrerais justement qu'il y ait un libre-arbitre. Accepter la vérité demande du courage justement. C'est comme savoir reconnaître (pour reprendre des clichés de différentes époques) que l'Europe n'est pas au centre de la Terre, que la Terre n'est pas au centre de l'univers, que Dieu n'existe pas forcément, que l'homme descend du singe, etc... De la même façon, il faut avoir l'humilité d'admettre que l'homme n'a pas de libre-arbitre.
Par défaut, l'Homme se croit puissant. N'essaye pas de faire passer cette arrogance pour du courage. Il n'y a rien de courageux à se croire doté d'un libre-arbitre magique capable de nous faire prendre des décisions personnelles.
Oh mais justement il faut prendre conscience de cette saloperie pour être lucide dessus.
|