Bravo pour tes derniers textes plus nuancés, Gilga. C’est plus agréable à lire. Super ta réponse à Senide, tu as très bien ajouté les quelques artefacts invitant à comprendre que c'est vachety théorique.
1. Avec moi, très bien mais j'aurais dû parier un sandwich que tu rebondirais ainsi: tu reprends ma mini phrase sur la théorie scientif et tu commences par dire qu'expliquer un fait observé est une "postdiction qui n'a rien de suspect".
Ça, c'est confondre une explication causale universelle et un bricolage ad hoc.
Quand la RG d’Einstein explique après coup l’anomalie de l’orbite de Mercure, c’est une postdiction, oui.
Mais l'équation est si féconde qu'elle permet de prédire de manière exclusive des phénomènes alors totalement inconnus: la déviation de la lumière par les astres, les trous noirs, les ondes gravitationnelles... même si elles ont été observées bien plus tard.
Sa théorie s'est confrontée au réel sur des dizaines de terrains indépendants.
L’inflation, elle, a été inventée sur le papier uniquement pour régler le bug de la platitude et de l'horizon. L'inflation ne sert à rien d'autre dans toute la physique, n'interagit avec aucune autre particule connue du "Modèle Standard".
Inventer une entité magique invisible pour expliquer un seul et unique problème isolé, sans que cette entité ne puisse jamais être validée de manière indépendante, ce n'est pas de la "postdiction classique". C'est une hypothèse de sauvetage ; l'équivalent de dire : "L'Univers est plat parce qu'un champ invisible l'a étiré, et la preuve que ce champ existe, c'est que l'Univers est plat". La circularité logique est totale ici.
2. Ta reconstruction de la "glorieuse prédiction" de Ω = 1 en 1998 souffre du même biais romancé.
L’inflation n’a pas prédit l'Énergie noire ; historiquement l’inflation exigeait géométriquement la densité critique Omega = 1 pour ne pas être falsifiée d'office. Et lorsque la découverte de l'expansion accélérée en 1998 a révélé qu'il manquerait je crois entre 60 et 80 % de la masse-énergie de l'Univers pour atteindre ce chiffre, la cosmologie standard a réintroduit la vieille constante cosmologique Lambda de manière totalement ad hoc.
Inventer une entité invisible et inexpliquée (l'Énergie Noire) avec un écart de magnitude de 10^120 entre la théorie et la mesure pour combler le trou béant et forcer l'Univers à atteindre la valeur requise par tel modèle, ce n'est pas une "prédiction au sens fort". C'est un ajustement comptable.
J'ajoute ce complément pour souligner que ton paragraphe à ce sujet est une mignonne filouterie, sans doute inintentionnelle. Ta mémoire te joue des tours, car ce n'est pas la première fois que tu inverses la chronologie et le sens de divers machins.
Ce n'est pas un sujet incompréhensible du tout:
Citation :
Gilga: La platitude de l'univers est un phénomène inexplicable (i.e. qui demande un fine tuning déraisonnable) dans le cadre d'un Big Bang classique. Et c'est ce qui motive l'inflation. Mais surtout ce que tu ignores je pense c'est que quand la théorie est née au début des années 80, le bilan énergétique de l'univers (matière + rayonnement) était largement sous-critique Ω ~ 0.3, ce qui falsifiait l'inflation. Donc la théorie a fait la bonne prédiction Ω = 1 avant que les observations le confirment, en 1998. C'est une prédiction de l'inflation, au sens fort du terme.
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Si Alan Guth, père de l'inflation, avait dit en 1981 : "L'Univers est plat, la matière compte pour 0,3 et je prédis qu'il existe une Énergie Noire invisible qui compte pour 0,7."...
Là ce serait une prédiction telle que tu la proposes. Mais c'est pas ça !
Je te récapitule: L'inflation ne prédisait pas cela vers 1980. Dans les années 80, le modèle standard de l'inflation (appelé SCDM) prédisait que l'Univers était plat uniquement grâce à la matière (Ω matière = 1). Et quand des observateurs ont prouvé que la matière ne dépassait pas 0,3, le modèle initial de l'inflation était bel et bien mort et falsifié...
Mais en 1998, les astronomes découvrent l'accélération de l'Univers.
Pour l'expliquer, on ressuscite alors cette constante cosmologique d'Einstein (l'Énergie Noire), le calcul sur les supernovas trop lointaines avait donné une valeur d'environ 0,7 (soit 70 % de l'énergie totale de l'Univers)... et c'est seulement à ce moment-là, que les partisans de l'inflation ont sauté sur l'occasion et ont proposé : "Regardez ! 0,3 de matière + 0,7 d'énergie noire, ça fait 1 ! Notre prédiction d'un univers plat est sauvée !"
Tu vois la différence entre les 2 versions ? Mais si.
Ce n'est pas une prédiction réussie, c'est un sauvetage de dernière minute par un élément extérieur que l'inflation n'avait pas du tout anticipé. L'inflation a bénéficié d'une heureuse coïncidence mathématique globale ultérieure, Ω = 1, mais le contenu physique qui permet d'y arriver était totalement faux dans sa version d'origine.
Alan Guth lui-même le raconte: "If Ω_tot were 0.3, as was widely believed in the 1990s [...]"
Tu peux vérifier ici comme ailleurs, c'est de l'histoire des sciences :
https://arxiv.org/html/astro-ph/0306275v1 (Alain Guth)
https://bigthink.com/starts-with-a- [...] m-success/
et
https://physics.stackexchange.com/q [...] ark-energy
Et pour ceux qui suivent ces machins, l'énergie noire (constante cosmologique) bien calculée et ajoutée après 1998 pour expliquer l'accélération de l'expansion, un fait observé, est à son tour
l'interprétation théorique qu'on lui donne.. L'accélération est mesurée, mais sa cause reste le plus grand mystère de la physique moderne.
Donc ce n'est pas seulement la conséquence multivers invérifiable qui pose problème à cette inflation-multivers, c'est un ensemble de machins indémontrés sur lesquels elle repose, qui recouvrent > 90% de la théorie (je ne l'ai pas inventé, j'ai lu 95 % de la plume d'un de ses inventeurs), allant de la racine-motrice inflaton hypothétique, passant par l'énergie noire, concept hypothétique dérivé de la constante cosmologique d'Einstein (un levier théorique de compensation qu'il avait abandonné), jusqu'à ses conséquences en multivers etc.
3. Tu dis que l’inflation fait partie du Modèle Standard, "ne m’en déplaise".
Et bien grand bien lui fasse, je n'ai pas dit qu'elle fasse partie d'autre chose. Le machin le plus accepté ou consensuel. "Modèle standard", sachant un peu mieux ce qu'il contient, les 2 mots ne m'impressionnent pas plus que flou éternel ou théorie des pop-corns. La théorie des cordes a saturé des universités depuis quarante ans et elle n’en reste pas moins une magnifique cathédrale mathématique sans la moindre preuve expérimentale.
Je rappelle que l'inflaton, le moteur de l'inflation, n'est pas un machin anticipé par la théorie ou par des calculs, comme ça a été le cas pour d'autres machins, ni similaire à une orbite bizarre observée ou calculée qui permettra de découvrir l'astre qui la modifie. Non. J'ai lu et relu l'historique de Guth et de son idée : L'inflaton est un machin désigné pour qu'il colle mathématiquement à l'idée princeps d'inflation - quelle qu'elle soit - qui elle, permettait à Guth de résoudre très simplement (un étirement brutal du tissu E-T) les 2 problématiques citées. Pas pareil du tout. Et en toute apparence, selon pas mal de critiques, ce ne serait qu'un déplacement de problèmes ou un générateur de problèmes supplémentaires irrésolus.
4. Par le hasard des liens sur ce sujet, je suis tombé sur les cours de physique de l'inflation de Daniel Baumann (comme ses conférences au TASI), le chapitre 2.4 montre la circularité du modèle: où Baumann rappelle explicitement +/- que "dans un espace de De Sitter parfait, les fluctuations de courbure (zeta) sont mathématiquement mal définies car le paramètre de slow-roll (epsilon) s'annule, ce qui revient à diviser par zéro. Pour s'en sortir et obtenir un indice spectral (ns - 1) qui ne soit pas vide de sens, les cosmologistes sont obligés d'introduire une déviation artificielle (epsilon petit mais fini), d'inventer une forme de potentiel V(phi) sur mesure, puis la valeur "se fige" précisément à la sortie de l'horizon (k = aH).
Ils choisissent la forme et la vitesse de descente de l'inflaton pour obtenir le résultat observé déjà dans le ciel."
Ce serait de la rétro-ingénierie mathématique.
5. Une coquille à corriger, de physique pure... bah, disons plutôt de cosmologie aussi : dans un scénario de rebond (LQG), on ne passerait pas "quand même par une phase inflationnaire".
L'intérêt majeur des modèles cosmologiques de rebond (comme l'univers ekpyrotique de Steinhardt et Turok) "serait (note bien le conditionnel) plutôt de démontrer que la platitude et l'homogénéité s'acquièrent pendant la phase de contraction lente avant le rebond. "
Ils se passeraient (note mon conditionnel, encore) donc d'inflation exponentielle après le rebond.
Sans doute d'autres auteurs ont des variantes. Je crois que Loeb en a une à lui, je n'ai pas vérifié ça. En toute apparence, toi non plus.
6. Je salue ton honnêteté d'admettre que la séquence classique (Singularité => Ère de Planck => Inflation) est un artefact de vulgarisation sans fondement physique consistant.
Mais si tu retires la singularité et l'ère de Planck, tu confirmes mon point initial : l'inflaton n'est plus une particule née d'un cadre physique unifié, c'est un curseur mathématique flottant au milieu de nulle part.
7. Quand la réponse à l'absence de falsifiabilité d'une théorie (le fait que l'inflation mène à un multivers éternel où tout se produit une infinité de fois, détruisant toute prédictivité) consiste à dire "c'est le modèle dominant", on sort de la méthode scientifique pour entrer dans le dogme de chapelle.
Je ne connais aucun modèle dit "standard ni dominant" en génétique ni en biologie ni en hérédité moderne ; rien qui ressemble aux modèles concurrents en kosmologie pour expliquer un même événement. Je n'en connais que des machins qui fonctionnent et/ou s'expérimentent, sont vérifiables et pour des sujets différents. L'hérédité liée au X p.e. n'est pas un modèle concurrent à l'hérédité mendélienne, c'est une autre modalité d'hérédité liée à des locus et chromosomes.
Pas des modèles standard ni en concurrence. La génétique est l'ensemble de connaissances sur tels processus, pas un modèle. Il y a des inconnues en toute discipline et des discussions, of course, mais ce qui fonctionne est intégré et ce qui n'est vérifiable que dans un monde inaccessible, ça va direct à la poubelle sans regrets.
Ils n'attendent pas 40 ans : Les machins invisibles car inatteignables donc indémontrables, n'existent plus en biologie. Leurs fossiles non plus.
Et quand des hypothèses sont sauvées des oubliettes par un coup de bol opportuniste, tant mieux pour elles, on évite de romancer leur historique.
Parmi ces disciplines citées, aucune de leurs sous-disciplines ne s'accole au complément "[zozologie] théorique" ni "Biologie théorique", rien de ça. Pourtant elles jonglent toutes sans problème entre théorie, empirique, observation, expérimentation. Normal.
En somme, elles semblent toutes être des disciplines scientifiques avec délimitations Popper-like, et surtout semblent suivre la célèbre maxime de Feynman : "Peu importe la beauté de votre théorie, peu importe votre intelligence, ou le nom de celui qui l'a trouvée : si elle ne s'accorde pas avec l'expérience, elle est fausse ." (ou à rejeter du champ des sciences (ndBibi)
Pas vraiment pareil que les inflation=>multivers. Très différent de la manière floue et confusionnelle où sont mélangés l'indémontré et l'avéré dans les explications pages précédentes.
Si on ne percute pas sur les diffs entre ces disciplines et l'exception cosmologique, peut-être qu'on souffre d'un peu de mauvaise foi.
Est-ce la Kosmologie qui s'arroge des privilèges ou est-ce ses experts qui le font ? Va savoir.
Ceci dit, je n'ai aucun titre en bourse sur le big rebond et je suis en phase avec toi sur d'autres points que tu avais suggérés, sur le hasard p.e. et sur l'absurdité des singularités comprenant un infini inside. Paraît que l'infini en physique c'est le red flag des red flags... Je le signale aux multivers maniaques ou tu t'en charges ?
Bref, mon point n'étant pas de discuter ni de vanter le big rebond dont je me contrefous - mais de rappeler que la couleur rouge sous chaque point spéculatif ou non démontré de ces théories, ça donnerait un joli rose à ce topic. Donc je te laisse le mot de la fin pour ce qui me concerne.
Pour les courageux vraiment intéressés, ceux qui aiment les critiques constructives fatigantes pour la cervelle, surtout pour des sujets 6/9 trop compliqués : Peter Woit propose ici une quantité très riche de critiques sur les théories des cordes ainsi que l'inflation-multimess :
https://www.math.columbia.edu/~woit/wordpress/
Pour trouver ses 163 articles courts, mais percutants : à droite de la home page dans catégories => sous répertoire "Multiverse mania".
lien direct : https://www.math.columbia.edu/~woit/wordpress/?cat=10
Message édité par Zorglub2016 le 16-09-2026 à 05:43:07
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"Le zigzag est le plus court chemin entre un bar et un autre: J'y ai vomi mon Cognac, j'ai vomi l'Homme, j'ai vomi sa bêtise, je vomis sa prétention."