Je vous aurai prévenu, ça va être long…
Je sais que c’est un peu ridicule, mais je préfère rester évasif pour l’instant et ne pas révéler certains détails pour garder le plus d’anonymat possible, principalement les lieux et les études que j’ai faites. J’en dirai plus si c’est nécessaire à la discussion, et si j’en ai envie. Retenez juste que je vais avoir 25 ans cet été, et que c’est le moment de changer deux ou trois trucs dans ma vie.
Ces derniers mois ont été très difficiles. Je sors à peine d’un épisode dépressif assez intense. Je sens que ça va un peu mieux depuis trois semaines environ, je recommence à prendre du plaisir dans mes activités quotidiennes et j’ai plus trop envie de crever. Je prends de la fluoxétine (aka prozac) depuis fin décembre, d’abord à petite dose, puis on a monté progressivement et j’en suis à deux comprimés par jour depuis début février. Peut-être que ça commence à faire effet.
Pour comprendre ce qui va pas chez moi, il faut revenir à mon enfance et mon adolescence assez mouvementées. Pour faire court, j’étais un gamin atypique, intello, bon à l’école, chétif, nul en sport… Pour vous aider à situer, certains psys ont évoqué le syndrome d’Asperger à mon sujet. Je pense pas coller complètement à ce diagnostic (je suis trop sociable pour être un Aspie), mais certains aspects de ma personnalité collent bien avec ce syndrome. On pourrait dire que je suis un peu un semi-Asperger. Quoiqu’il en soit, j’étais une cible parfaite dans une cour de récré. J’ai été le bouc émissaire de service pendant une bonne partie de ma scolarité. J’ai subi beaucoup de brimades et de moqueries. Il y avait des périodes relativement calmes (j’ai passé une très bonne année de seconde, par exemple), mais à d’autres moments c’était tellement insoutenable que je faisais de la phobie scolaire et j’ai été déscolarisé à plusieurs reprises au collège. J’avais en plus beaucoup de mal à encaisser ces moqueries, je ne savais pas bien comment y réagir et je pleurais très facilement, ce qui n’arrangeait rien. Pour couronner le tout, j’avais une bande de « copains » toxiques, qui se retournaient fréquemment contre moi et se mettait à me rabaisser et à me ridiculiser. De parfaits petits connards. Mais comme un imbécile, je continuais de trainer avec eux, peut-être parce que j’avais nulle part où aller. Ou alors c’est le syndrome de Stockholm.
Ça a culminé quand je suis entré en première, en septembre 2005, et que je me suis retrouvé dans la classe d’un ancien « copain » de collège. C’était le seul qui me défendait à l’époque, mais ce coup-ci il s’est complètement retourné contre moi et m’en a mis plein la gueule. J’ai complètement craqué et j’ai plongé dans la dépression. Je n’en suis ressorti que deux ans plus tard, j’ai changé de lycée pour faire table rase. Un bon lycée, avec une bonne ambiance et où les élèves avaient mieux à faire que d’emmerder les plus faibles. Après ces deux ans de dépression et d’isolement social, j’étais devenu très sauvage mais aussi beaucoup plus résistant. Je sais pas comment, j’ai eu un déclic et j’en avais plus rien à foutre de ce que les autres pensaient de moi. J’avais développé une répartie cinglante et j’envoyais chier pas mal de monde sans forcément le vouloir. J’ai quand même pu me faire quelques copains, même si je les voyais quasiment jamais en dehors des cours et je n’allais pas à des soirées, là où un adolescent normal vivait ses premières cuites, ses premiers flirts, etc.
J’ai obtenu mon bac ES en juin 2009 et je suis parti à la fac (peu importe la filière donc, j’en dirai peut-être plus ensuite). J’y suis resté trois ans et j’ai obtenu une licence. Ce qui est bien, c’est que j’ai aussi rencontré plein de gens avec qui je me sentais bien, à l’aise, et avec qui j’ai tissé des liens d’amitié très forts. J’ai lentement appris à faire un peu confiance aux autres, à arrêter de me méfier de l’humanité entière et à ne plus stresser à cause des situations sociales (anxiété sociale, m’voyez). Je suis un immense passionné de musique, de rock et de metal en particulier. Vous voyez ces Aspergers qui sont obsédés par un centre d’intérêt très restreint, comme les locomotives ou les timbres ? Bah moi c’est un peu pareil avec des sous-genres obscurs de rock aux noms ridicules (shoegaze, slowcore, girafecore… celui-là je l’ai inventé). J’ai eu la chance de rencontrer des gens avec qui je partageais cette passion, des gros music nerds comme moi, et aussi d’autres gens pas autant calés en musique mais super sympas par ailleurs. On allait à tous les concerts de la ville. Bizarrement, j’ai jamais cherché à monter un groupe et à jouer avec ces potes (pendant ma dépression, j’ai appris à jouer de la guitare électrique. Je sais pas comment j’ai fait pour trouver la motivation pour ça !), mais j’y reviendrai plus tard.
J’ai donc commencé à me sentir de mieux en mieux et à reprendre confiance en moi. Si on me demandait aujourd’hui quel était le moment de ma vie où j’étais le plus heureux, je répondrais été 2012, quand je venais de finir ma licence et que je passais un max de temps avec mes potes. C’était pas parfait, c’était le néant sur le plan sentimental (ça aussi, j’y reviendrai plus tard), mais j’ai pas atteint un tel niveau de bonheur depuis.
La seule ombre au tableau, c’est que j’en avais plus grand-chose à foutre de mes études, même si j’avais de bons résultats. Ma licence toute seule ne valait rien (fac littéraire) et les poursuites logiques d’études en master ne m’enchantaient pas plus que ça. J’adorais les maths au lycée, ça me manquait, et j’ai décidé de bifurquer vers une formation complètement différente : un DUT dans un domaine plutôt mathématique et informatique (des maths assez gentilles pour qu’un bac ES puisse les comprendre, hein). Ces études et les jobs auxquels elles me destinaient ne me branchaient pas à 100%, loin de là. Mais j’en avais marre de la fac et j’avais envie de changer d’air. Ça tombe bien, pour faire ce DUT, il fallait que je déménage. En août 2012, je me suis donc installé dans une ville très grande et très cool, à deux heures de route de la ville où j’avais grandi et où j’avais fait mes études, à laquelle j’avais fini par m’attacher malgré sa taille un peu limite à mon goût. J’y avais rencontré mes meilleurs potes, faut dire, ce qui rend la vie un peu plus facile dans n’importe quelle ville.
J’ai donc commencé ma formation. La première chose que j’ai constatée, c’est qu’il y avait beaucoup de boulot. Je m’y suis habitué et j’avais toujours de bons résultats, mais j’ai eu des moments de craquage au début. Comme je l’ai dit plus haut, cette formation ne me bottait pas plus que ça, en fait, tout comme ce que je faisais à la fac. L’avantage de la fac, c’est que j’avais deux fois moins d’heures de cours et que je m’en sortais très bien avec les doigts de pieds en éventail (ou presque, je travaillais un peu quand même, hein). Là, j’ai eu un peu plus de mal à accepter le fait que je devais autant bosser pour une finalité/un job au bout des études qui ne me réjouissait pas tant que ça. Mais ça aussi, je m’y suis fait.
La deuxième chose que j’ai constatée, c’est que la mentalité des gens en DUT est très différente qu’à la fac. Je trouvais la plupart des gens moins intéressants, moins matures (faut dire qu’ils étaient plus jeunes et qu’ils sortaient du lycée pour la plupart), et j’ai eu du mal à trouver ma place. Il y a des exceptions, heureusement, et je me suis quand même fait quelques amis. Mais je me sentais beaucoup moins à l’aise qu’à la fac. Je venais de débarquer dans une nouvelle ville où je ne connaissais personne, et j’ai eu beaucoup de mal à accepter le fait que je n’avais pas un réseau d’amis et de connaissances aussi fourni que celui que j’avais dans ma ville d’origine (alors que c’est quelque chose de complètement normal). Ça m’a rappelé mes années lycées où je ne sortais jamais, où je n’avais pas de vrais amis, et où je souffrais énormément de la solitude. J’ai un peu paniqué. Le pire c’est que j’avais quand même des amis dans cette nouvelle ville, des potes de l’IUT avec qui j’avais sympathisé. Mais j’étais un peu moins à l’aise avec eux, parce que je les connaissais depuis moins longtemps, parce qu’il me faut un max de temps pour être à l’aise avec les gens que je ne connais pas depuis longtemps, parce qu’il me faut un max de temps pour que l’anxiété sociale s’estompe, parce qu’il faut d’abord que j’arrive à oublier que je suis une sous-merde, que tout le monde me déteste, que je suis chiant et inintéressant (objectivement, c’est sûrement faux, mais j’en suis persuadé). Des années de brimades, ça laisse des traces, voyez-vous. Comme vous pouvez le constater, mon estime de moi (de soi ?) en a pris un sacré coup. Ca a cicatrisé avec le temps et mes expériences positives à la fac, mais la plaie a tendance à se rouvrir très facilement.
Bref, ces contrariétés ne m’ont pas empêché de progresser dans ma formation. Je suis passé en deuxième année sans problèmes (on est en septembre 2013, pour vous aider à situer), et j’ai continué d’approfondir les relations que j’avais établies l’année précédente. Malgré tout, toutes les ombres au tableau que je viens d’évoquer m’avaient beaucoup fragilisé, et je sentais que j’étais au bord de la rupture.
Et là, le coup de grâce est arrivé.
Mon connard de cerveau a jugé que c’était le moment idéal pour que je tombe amoureux d’une fille. Une fille de l’IUT, une première année (qui est donc arrivée alors que je commençais ma deuxième année, moi), qui connaissait un peu un de mes potes. On a sympathisé, et j’ai pas pu m’empêcher de faire ce que je fais tout le temps avec les filles, et c’est ce qui me fait foirer à chaque fois : les prendre pour des putain de déesses ! Je me monte la tête, je me fais des films, je cristallise. C’est pas la première fois que je fais cette connerie, et c’est malheureusement sûrement pas la dernière.
Au fil des années, j’ai pu établir une échelle de cristallisation, graduée de 1 à 10, qui définit à quel point je deviens gaga d’une fille. Je réserve la note ultime pour Ellen Page, donc cette demoiselle a récolté un 9 bien mérité. C’est seulement la deuxième dans ma vie qui a le droit à cet insigne honneur.
Début décembre, elle s’est rabibochée avec son ex. Une histoire compliquée, pleine de rebondissements.
Voilà…
Manquait plus que ça pour me faire basculer pour de bon, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.
Peu de temps après, j’ai commencé à plonger. La dépression. Plus le goût à rien, aucun espoir. Je me suis absenté de l’IUT/du boulot (formation en alternance : 2 semaines à l’IUT, 2 semaines en entreprise) pendant quelques semaines, tout en sachant pertinemment que ça me mettrait encore plus de pression parce qu’il faudrait ensuite rattraper le boulot et les exams manqués. J’ai trouvé un psychiatre (je suis déjà suivi par une psychologue depuis longtemps) pour voir s’il pouvait me réparer un peu, et surtout pour qu’il me prescrive des médocs. J’ai parlé de ma dépression à l’équipe pédagogique de l’IUT. Ils ont été très compréhensifs et ont donc accepté de repousser les exams à plus tard pour moi, et ils m’ont autorisé à m’absenter des cours quand je le voulais (normalement, on peut pas du tout faire ça, c’est pas la fac !). J’espérais me remettre assez rapidement. Bah en fait non.
Je me suis rappelé que ces études me plaisaient pas trop, et quand on est dépressif et que rien ne nous motive dans la vie, faire des études balèzes qui en plus ne vous plaisent pas, c’est pas tenable. J’ai essayé d’aller à l’IUT autant que je le pouvais pendant les deux premières semaines de janvier. Mes amis me soutenaient, mais c’était pas suffisant. Je croisais souvent la fille dans les couloirs, on papotait, ça se passait très bien (normalement, elle est pas au courant, hein). Une heure après, j’éclatais en sanglots en plein cours et je rentrais chez moi.
J’ai dû m’absenter un peu plus longtemps. Je suis techniquement en arrêt de travail depuis mi-janvier. J’ai pas eu beaucoup de contacts avec les responsables de l’IUT, je vais voir ce qu’ils me proposent et ce qu’on peut négocier quand je me sentirai mieux, mais c’est évident que c’est foutu pour cette année, je pourrai pas rattraper et je devrai forcément redoubler. Et puis j’ai plus vraiment envie de finir cette formation de toute façon (oui, c’est dommage de s’arrêter aux trois quarts).
J’ai touché le fond pendant quelques semaines. Je restais cloitré chez moi, je rentrais de temps en temps voir mes potes dans ma ville de naissance mais le cœur n’y était pas (certains me disaient de me remuer un peu et d’arrêter de bouder, en gros, et c’est pas vraiment malin de dire ça à un dépressif). J’ai coupé les ponts avec mes amis de l’IUT pour mettre tout ça à distance. J’ai peu mangé et j’ai peu dormi. J’ai passé beaucoup trop de temps à comater devant Youtube. J’ai sérieusement envisagé le suicide. J’étais surpris de me réveiller chaque matin et de constater que je n’étais pas mort, que j’avais tenu un jour de plus. Mais bon… c’est difficile de se suicider efficacement dans un pays où les armes à feu ne sont pas en vente libre (et c’est tant mieux). J’avais peur de me rater, et j’avais un fond d’espoir. J’avais le cœur brisé, j’étais seul et je n’avais pas la moindre idée de ce que je voulais faire dans la vie, mais il y avait quand même quelques petites choses qui me faisaient dire que ça vaut quand même le coup de vivre. Ces choses qui me passionnent : la musique, les séries, les jeux vidéo, Internet, les chats… Ça serait dommage de se foutre en l’air et de manquer la prochaine saison de Game of Thrones, quand même !
Contre toute attente, j’ai survécu. J’ai quelques petites idées pour une éventuelle reprise d’études l’année prochaine, qui me redirigerait dans le domaine plus littéraire par où j’avais commencé. J’ai revu quelques potes de l’IUT la semaine dernière, on a bien rigolé et bien bu. Dimanche il faisait beau, je me suis posé sur mon balcon, j’ai mis mes lunettes de soleil pour la première fois de l’année, et j’ai bouquiné quelques instants. J’ai trouvé ça franchement agréable, et on peut pas trouver ça agréable quand on est au fond du trou (je le sais, j’ai déjà eu des périodes de dépression en plein cœur de l’été, et le soleil ne réglait rien).
J’ai un peu réfléchi, et je crois que ce qui va pas chez moi s’articule autour de deux grands axes : ne pas savoir ce que je vais faire de ma vie, et les filles. Intéressons-nous d’abord au premier axe.
Je pense que notre objectif à tous est de trouver une activité professionnelle épanouissante, quelque chose qui occupe une bonne partie de notre vie et qu’on aime tellement qu’on se dit que c’est la raison pour laquelle on a été parachuté sur cette foutue planète vide de sens. C’est mon objectif, en tout cas. Il faut que j’occupe un maximum ma vie avec ces choses qui lui donnent un sens. Si en plus je peux en faire mon activité professionnelle, c’est encore mieux. Là où ça se complique pour moi, c’est que ces choses qui m’épanouissent sont presque uniquement de nature artistique. Je suis vraiment un gros dingue de musique, et je veux que ma vie tourne autour de cette activité. Je ne supporterais pas de faire tourner ma vie autour d’un job « normal » qui m’empêche de consacrer le temps nécessaire à la musique. Je ne me fais pas non plus d’illusions et je compte pas trop sur la possibilité de vivre de la musique. Je trouve même pas de métier à peu près stable qui tourne autour de ce domaine. J’ai longtemps évité de réfléchir à ce problème, et j’ai foncé tête baissée dans des études tout en sachant très bien au fond de moi qu’elles ne me rapprocheraient pas forcément de la musique et qu’elles ne me satisferaient pas complètement. Sauf que là j’en ai un peu marre de faire comme ça. J’en suis venu à la conclusion que je dois me trouver un métier que je pourrais éventuellement exercer en libéral, en indépendant, et qui pourrait me permettre de m’organiser comme je le voudrais pour me consacrer pleinement à la musique à certaines périodes. C’est casse-gueule, mais il faut au moins que j’essaye ça. J’ai pas envie de faire quoi que ce soit d’autre dans la vie que de la musique, de toute façon (enfin si, j’adorerais être météorologue mais avec un bac ES ça va être chaud). Même si ça reste un hobby, même si je dois aussi consacrer une partie de mon temps à un job « alimentaire », je serai satisfait. J’ai pas l’ambition de remplir le stade de France, et je me contenterai parfaitement de jouer de la violence dans des squats miteux devant une douzaine de clodos (j’ai vécu plein de super concerts dans ce genre de lieux). Faudrait que j’enquête, mais je pense que beaucoup de mes musiciens préférés fonctionnent comme ça, ceux qui ne sont pas méga connus. Ils se libèrent de temps en temps de leur job normal pour partir en tournée.
Il y a deux choses que je veux faire dans ma vie, et ça fait vraiment des années que je le sais. Je le sens au fond de moi. Je veux faire de la musique, donc, mais je veux aussi quitter ce foutu pays. Depuis que je suis tout petit, j’ai toujours voulu vivre à l’étranger. J’ai plein de raisons pour ça, et je vais pas m’étendre dessus parce que ça prendrait des plombes. Pour résumer, une des choses principales qui me motive à quitter la France, c’est qu’être un fan de rock et de metal dans ce pays, c’est aussi pratique et agréable qu’être un fan de ski aux Seychelles, ou un fan de beach volley en Norvège. D’une manière générale, il y a un truc dans l’ambiance et l’environnement culturel de ce pays qui m’a toujours dérangé.
Ce qui est bien, c’est que j’ai un plan : des études qui m’envoient au Canada, et un métier que je pourrai exercer en indépendant. Faut encore que je fasse des recherches pour être sûr, mais ça me semble pas trop mal parti. Encore une fois, je donnerai plus de détails plus tard si j’en ai envie (je vais aussi aller trainer sur le topic orientation du forum), mais on dirait que j’ai presque réussi à résoudre le premier gros problème tout seul, c’est cool.
Il reste le second axe : les filles. Et là, j’ai vraiment l’impression que c’est irréparable sans faire un reformatage complet.
Il y a déjà longtemps, probablement quand j’étais au collège, que j’étais seul, rejeté et malheureux, j’ai fait une grosse connerie : je me suis mis dans la tête l’idée que je ne pourrais jamais être heureux tant que je n’aurais pas trouvé une fille. Ça me semble assez naturel de faire cette erreur quand on est dans un tel merdier. Je commence à me dire que me trouver une copine serait la preuve ultime que je suis pas une merde humaine, que je mérite d’être aimé, et les autres stopperaient leurs moqueries en me voyant rouler des pelles à une meuf. C’est une erreur classique, celle que font probablement tous les gros nerds qui restent célibataires toute leur vie. Toutes les brimades que j’ai subies ont fini par me persuader que je suis un pestiféré, un paria, quelqu’un de fondamentalement différent qui n’a pas sa place sur cette planète et dans cette société. Avoir une Dulcinée serait pour moi le signe ultime que je suis un être humain et pas un sac à merde, que j’ai ma place sur Terre, que j’ai enfin rejoint la normalité, que j’ai surmonté tous les obstacles. Autrement dit, avoir une copine est le truc le plus important de ma vie, et mon bonheur personnel dépend entièrement de ça. Mais le truc qui devrait être le plus important dans ma vie, c’est mes passions, pas l’attente d’une infirmière céleste qui se pointera jamais !
Il m’a fallu des années de psychothérapie pour mettre à jour cette croyance et me rendre compte à quel point c’est stupide de penser ça. Mais pourtant, même si j’ai parfaitement conscience de mon erreur, je n’arrive pas à m’en détacher complètement, à relâcher la pression, à ne pas accorder autant d’importance à cette quête stupide de la fille qui me réparera complètement, qui résoudra tous mes problèmes et qui me rendra enfin heureux. Et je sais très bien ce que je devrais faire pour être heureux (ou au moins tendre vers le bonheur) : me consacrer autant que possible aux choses qui m’épanouissent dans la vie que j’ai évoquées plus haut. C’était difficile de faire ça quand j’étais à l’IUT car je manquais de temps pour me consacrer à la musique. Mais putain, j’avais plein de temps libre pour ça à la fac, et j’en ai même pas profité pour jouer un max de guitare et monter un groupe avec mes potes ! Et vous savez pourquoi ? Parce que j’avais pas confiance en moi, parce qu’il me manquait quelque chose, parce que j’attendais un petit boost pour me lancer pleinement dans mes passions. Et ce que j’attendais, c’était une fille. La pièce manquante du puzzle, celle qui me donnerait la motivation nécessaire pour enfin entreprendre tout ce qu’il me reste à faire : jouer dans un groupe, apprendre à m’enregistrer, m’améliorer à la guitare, oser quitter le pays (si elle me suit, c’est encore mieux), et faire tout ce que je peux pour réaliser mes rêves. Je suis pas sûr à 100% que c’est ça qui se passe au fond de ma tête, si c’est bien ce mécanisme cognitif foireux qui me retient depuis si longtemps, mais je suis bien assez con pour y croire. Je m’en suis pris plein la gueule pendant des années, des années où j’ai dû en plus construire mon identité. Cette phrase est complètement emo, mais le seul matériau que j’avais à disposition pour me construire, c’est la boue qu’on me balançait à la gueule. Je suis complètement cassé, aussi fragile que du cristal, et il y a aussi toutes ces choses que je voudrais réaliser (un peu par esprit de revanche, probablement), toutes ces grandes espérances que j’ai de la vie. Je peux pas m’empêcher de mettre la barre bien haut, je suis exigeant avec moi-même. Et j’ai peur, putain ! Je doute de moi, j’ai pas confiance en moi, je me demande si je suis assez fort pour tout ça ! Et la peur me paralyse.
Bon, comme je m’y attendais, c’est devenu un peu mélodramatique et gerbant sur la fin. J’espère quand même que c’était pas trop désagréable à lire. Alors, est-ce que vous connaissez quelqu’un qui pourrait me reprogrammer le cerveau ? Faudrait surtout enlever cette ligne de code à la con qui m’empêche d’être heureux tant que j’aurai pas de copine.
PS : le choix de smileys sur ce forum est juste magique ! ![[:lezioul:3] [:lezioul:3]](https://forum-images.hardware.fr/images/perso/3/lezioul.gif)