Gros Boulet a écrit :
Ayant terminé les deux séries animées The Clone Wars et Rebels, afin d'avoir les liens avec The Mandalorian que j'avais mis en pause à mi-saison, je poste ici mon ressenti/"analyse" (sans spoilers majeurs dans le corps de texte - les petits sont signalés, les gros sont sous balises).
Je commence par The Clone Wars, saisons 1 à 6 (c'est-à-dire dire la diffusion initiale) - la saison 7, produite plus tardivement, étant par certains aspects un peu à part.
La série a, d'un certain point de vue, un positionnement paradoxal. C'est d'abord une série d'animation "jeunesse" (Star Wars étant une saga tout public, plutôt orientée vers un public jeune, l'orientation jeunesse n'est pas nécessairement un défaut), donc un medium a priori d'une portée modérée: un public ciblé un peu restreint (qui peut omettre le "gros" des amoureux de la saga), pour le "petit" écran avec des episodes très courts et un budget forcément plus limité qu'un long-métrage (même d'animation).
Pourtant, l'objectif implicite est très ambitieux: il s'agit, d'une part, de montrer ce conflit majeur évoqué depuis longtemps, mais dont on n'aura vu que le tout début et la toute fin au cinéma. Et aussi, mieux montrer, décrire, le parcours d'Anakin vers sa chute. Autrement dit, corriger / améliorer la prélogie...
Le tout se faisant dans un cadre prédéfini puisque le point de départ comme celui d'arrivée sont bien connus... ce qui restreint forcément, a priori, les surprises.
Ces principes, d'ailleurs parfois contradictoires, définissent la série et expliquent pour moi son hétérogénéité, ainsi que ses échecs et réussites.
- La dimension spectaculaire
Le premier point qui m'a (agréablement) surpris est l'esthétique, et la volonté de "grand spectacle".
Le rendu des personnages et des décors est assez particulier, avec une approche de "textures peintes" au lieu d'un rendu "cartoonesque" comme on peut souvent le voir ailleurs sur ce créneau (ou un rendu "réaliste" impossible à obtenir sauf budgets monstrueux).
Cela est moins réussi sur les débuts, qui restent, relativement, assez laids et d'une animation médiocre - les modèles anguleux pouvant parfois donner un côté jeu vidéo. Mais cela s'améliore au fur et à mesure (en animation 3D, il faut forcément avoir produit les nombreux modèles avant de débuter... une fois qu'on a ces bases on peut affiner).
Ce choix illustre toutefois l'ambition derrière le projet... et aussi la volonté de ne pas toucher uniquement le public "jeunesse". Il est permis par un budget qui, même faible en comparaison d'un film ou d'une série "live", reste quand même conséquent pour de l'animation télé jeunesse. Une fois la maturité atteinte, TCW parvient à être beau (sans encore être somptueux, la saison 7 est passée par là et relativise la perception des saisons 4-6).
Par ailleurs, la série se positionne, dès le début, sur un créneau "action" - avec des scènes de bataille et des contenus se voulant spectaculaires. Hélas, je pense qu'au début, la série n'avait pas encore les moyens de cette ambition. Les combats, notamment Jedi contre droides, ont un côté à la fois répétitif et... "too much". Ça donne alors un aspect un peu pulp/série B... qui passe cependant pour ce qui me semblait un divertissement semi-comique, à consommer en plaisir coupable entre deux pauses.
Cependant, avec les saisons, la hausse de qualité graphique s'est aussi accompagnée d'une plus grande variété des terrains et champs de batailles. Et donc à la fois des scènes moins stéréotypées, et des ambiances plus variées découlant de ces décors multiples.
La mise en scène et le montage m'ont aussi semblés plus travaillés, et donc plus efficaces - proches de ceux des films d'actions. On nous sert d'ailleurs nombre de scènes spectaculaires (caméra virevoltante, survolant l'action entre les tirs et notamment sur les parties aériennes), assez typiques ce qu'il est maintenant possible de faire avec des CGI (ou, donc, de l'animation). En évitant, heureusement, les excès de shaky cam ou de montage ultra-rapide (tares de nombre de gros films récents)... ce qui permet de garder une bonne lisibilité de ces scènes d'action.
Le choix de l'animation s'avère payant: il permet d'atteindre des dimensions épiques sans demander des coûts également épiques, donne aux personnages la possibilité de mouvements surhumains (ce qui est quand même utile pour des Jedi & co) tout en gardant une fluidité exemplaire (et c'est peut-être cela, aussi, qui aura évité la tentation de shaky cam et de montage épileptique, car l'animation permet déjà une vitesse et un dynamisme que de vrais mouvements humains n'auraient pas atteints).
Le format court, que j'aurais pu croire limitant, est également un point positif: il impose de se concentrer sur l'intrigue et l'action principale, et empêche les excès du montage alterné (qui dilue l'intérêt quand LA scène marquante est entrecoupée par des actions secondaires voire ennuyantes - cas hélas fréquent notamment au sein de la franchise Star Wars).
Enfin, le format cinemascope, peut-être sélectionné à cause de la sortie du film-pilote en salle, est en soi un des paradoxes de la série. Sur une télé, qui plus est à une époque de sortie où les très gros écrans ne courraient pas autant les rues, il induit une taille d'image encore plus petite qu'on ne l'aurait eue avec le classique 16/9ème...
À mesure que le spectacle a pris de l'ampleur (et donc qu'on avance dans les saisons... non-destinées à la salle contrairement au pilote!), j'ai fini par me dire que The Clone Wars bénéficierait de conditions de visionnage plus optimales... Par exemple un projecteur. Sur grand écran, le format cinemascope se justifie enfin. Mais combien l'auront visionnée ainsi?
- Les intrigues et les thèmes abordés
Au fur et à mesure des saisons, j'ai constaté une ambition croissante, et une plus grande variété thématique.
La première difficulté était que, au fond, il ne pouvait guère y avoir d'enjeux majeurs pour les personnages principaux et connus de la saga. On savait déjà quelle serait leur situation finale, puisqu'il y a l'episode III... Impossible, donc, de s'inquiéter vraiment pour Anakin, Obi-Wan ou Padmé par exemple. Ou s'attendre à ce qu'on attrape vraiment Dooku ou Grievous pour de bon. Ou craindre que les Séparatistes puissent prendre un avantage décisif. Ou espérer que le plan de Palpatine puisse être vraiment éventé. Etc... Même si l'univers Star Wars ne brille pas toujours par sa cohérence, certaines choses ne peuvent se défaire.
Pour éviter complètement l'apathie, la série choisit, à bon escient, d'individualiser les clones, et d'introduire un nouveau personnage : Ahsoka. Au moins les clones ont, eux, un gros risque d'y rester... mais avant de les avoir vus revenir dans de nombreux épisodes, il est plus difficile de s'y être déjà attachés.
Quant à Ahsoka, on se dit quand même, assez rapidement,
Spoiler :
qu'elle va bénéficier d'un plot armor plus solide que du beskar pur... au moins pour un certain temps (et pour le spectateur tardif qui a déjà entendu parler de son sort dans d'autres supports... on en revient au parcours déjà tout tracé). |
Du coup, les débuts m'ont semblés un peu poussifs - les intrigues choisies m'ont semblé avoir du mal à se libérer de ce carcan, leur enjeu majeur ne laissant souvent que peu de doutes. C'est plutôt l'interaction entre les personnages qui m'a fait continuer... même parfois un peu caricaturale (mais ça donne un côté buddy movie - cf. le plaisir coupable).
C'est en variant davantage les situations et les thèmes que la série m'a semblé vraiment prendre son envol - tout en restant fidèle à un cadre aventure-action. On se met à explorer les nombreuses facettes de l'univers Star Wars, ce que les films de la prélogie n'ont pu aborder qu'avec une réussite à mon sens médiocre. Car le format série permet d'avoir du temps - les arcs tendent aussi à s'allonger, on passe d'histoires assez courtes (aux débuts de la série) à des arcs s'étendant souvent sur 4 épisodes - soit l'équivalent d'un petit film.
Les arcs sont en partie reliés entre eux dans une continuité globale, mais chacun constitue une histoire indépendante. En combinaison avec le format court de chaque épisode individuel (qui impose une avancée de l'intrigue - sans oublier qu' un public jeune ne supporterait pas 20 minutes de pure contemplation), cela évite la dispersion et favorise l'efficacité. Et on ne montrera donc pas où en sont les autres personnages qui ne seraient pas au cœur de l'intrigue (contrairement à beaucoup de grandes séries narratives chorales). Au fur et à mesure, le casting de personnages s'étend, et certains arcs vont d'ailleurs se centrer sur des personnages initialement "non principaux". Chacun d'entre eux représentant des facettes thématiques différentes, les sujets varient tout autant.
[DÉBUT DES SPOILERS TRÈS LÉGERS]
La "politique", avec les enjeux du blocus de Naboo et les tribulations séparatistes, pouvait sembler assez floue dans la trilogie... TCW se permet d'évoquer la dérégulation bancaire, le complexe militaro-industriel, les différentes factions au sein de chaque camp, les relations entre les organes... de façon finalement très limpide - s'agissant d'une série jeune public, il faut tout de même s'assurer qu'ils ne soient pas largués. Bien sûr, il ne faut pas non plus s'attendre à de la grande série politique réaliste... mais ce n'est pas le but, et au final on touche à des dimensions plutôt mal traitées dans la prélogie. En filigrane apparaît ainsi la dictature à venir de l'Empire, déjà préparée par les lois de la République.
La série aborde aussi la mythologie de la Force et des Jedi. On y voit (enfin) la construction d'un sabre laser et la recherche du cristal nécessaire (et comme ce sont des younglings, c'est mignon tout plein, idéal à regarder avec ses gosses), on y a des nourrissons à potentiel être repérés et transférés, on a aussi un arc expliquant pourquoi certains Jedi pourront réapparaître en fantômes alors que beaucoup d'autres non. Et une aventure quasi allégorique qui n'aura pas manqué de surprendre.
L'exploration des mondes n'est pas en reste: on peut ainsi y découvrir Mandalore, Mon Cala, Dathomir dont la place dans l'univers Star Wars était établie, mais aussi de nombreux lieux comme Umbarra, Felucia, Zygerria, Onderon, Ilum, Wasskah... la liste est longue. Chacun avec son écosystème, sa structure sociétale (si c'est un monde peuplé et qu'on n'en a pas fait uniquement un théâtre de guerre), et donc ses particularités. On voyage et ça fait du bien! Il y a certes aussi des lieux connus (Coruscant bien sûr, Kamino, Geonosis et Naboo également...) mais on évite d'y retourner plus que de raison (sauf Coruscant bien sûr, mais c'est tout de même justifié).
La série présente par ailleurs droit des références et hommages divers (Godzilla, The Most Dangerous Game, Shichinin no samurai, Hitchcock...), plus ou moins appuyés, qui relèvent bien de ce grand mélange de culture populaire qu'a toujours été Star Wars. Même attendus, ils apportent un regard sympathique, flattent la culture du spectateur adulte, tout en restant accessibles à tous.
Bref, ce qui fait l'ADN Star Wars est à mon avis bien là et respecté.
La série se permet en prime d'aborder, parfois, des sujets pas forcément très joyeux: esclavage, génocide, chasse à l'homme, terrorisme-déstabilisation, justice truquée, enfants soldats... Elle le fait cependant en n'oubliant pas son public nominal: en plaçant, le plus souvent, de jeunes héros au centre, en particulier Ahsoka (on a ainsi droit, par exemple, à un petit hommage à The Most Dangerous Game avec des younglings/padawans comme héros - à voir donc avec ses enfants, l'identification fonctionnant à fond).
[FIN DES SPOILERS TRÈS LÉGERS]
Bien entendu, la cautérisation instantanée des plaies (sabres lasers et blasters), les nombreux droides en face, l'armure des clones... permettent facilement d'éviter des excès de gore (on est bien dans Star Wars). Les images les plus dures se retrouvent hors-champ (pour qu'on visionne avec ses enfants), et certains aspects ne seront donc qu'implicites (par exemple l'esclavage sexuel, évoqué uniquement par des costumes suggestifs et un suicide). Ça reste une émission jeunesse.
Cette variété, au global plutôt un point fort, est aussi parfois une faiblesse. Cela permet d'intéresser un public plus large, mais il est difficile d'être intéressé par la totalité. Certains épisodes "comiques" continuent ainsi à coexister, même dans les saisons tardives, avec du changement de ton d'un arc à l'autre qui peut frustrer.
Ça a déjà été dit à plein d'endroits, la série The Clone Wars réussit là où la prélogie se plante: elle parvient à faire vivre ses personnages, à creuser leurs relations, et même parfois à les faire évoluer.
La prélogie nous montrait un Anakin mono-dimensionnel, au fond peu crédible (à part si le but était d'en faire une tête à claques) par rapport au héros qu'il était supposé être. À mon sens, parce que sur ces courts moments qu'ont été les films, on ne pouvait montrer de lui que peu de facettes... et donc seules les plus simplistes sont restées, afin que sa bascule soit suffisamment crédible (quoique, on se demande parfois pourquoi il n'a pas été viré).
La série TCW lui rend enfin justice. Anakin n'est pas juste un ado/jeune adulte arrogant et rebelle aux ordres, mais un combattant passionné, un peu trop sans-doute, un peu trop impatient aussi. "Pour la bonne cause" le plus souvent. Il est (enfin) ce héros positif, charismatique, qu'on peut sincèrement soutenir (et c'est bien pour ça qu'il est tant apprécié de ses clones). La relation avec Obi-Wan, mélange de rivalité, de complicité et d'amitié, est (enfin) à l'écran. On comprend maintenant Obi-Wan quand, dans le III, il évoquait un frère : ça sonnait alors faux tant ils étaient surtout opposés dans les films, c'est devenu crédible grâce à la série.
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Sa bascule vers le côté obscur est ici plus progressive. Anakin se met, de plus en plus, à user de méthodes discutables. Par exemple pour extraire des informations afin de sauver Ahsoka (avec le thème musical qui va bien). Bon, il y a aussi des accès de jalousie, des excès moins "justifiables"... mais Anakin reste terriblement humain.
L'arc final de la saison 5 consacre sa désillusion envers l'ordre. Il ne suffira plus que de quelques étincelles pour que l'explosion arrive. |
Les deuxièmes grand gagnants sont bien sûr les clones. Les films les montraient uniformes, anonymes, interchangeables. Et donc jetables, ce qui correspondait bien au plan initial...
Mais on ne peut guère faire un film de guerre, si on ne s'identifie pas un minimum aux différents soldats. Il était donc nécessaire des les individualiser, d'en faire des personnes à part entière. Comme le sont des jumeaux homozygotes... ce qu'ils sont d'ailleurs.
Au début, ce choix surprend (il est à l'opposé des films). Il faut par ailleurs mémoriser nombre de personnages supplémentaires quoique tout de même assez similaires - dont certains reviendront dans des épisodes ultérieurs (et parfois distants), d'autres non.
C'est donc à terme que le choix s'avère payant, et qu'on en récolte les fruits. Un arc comme celui d'Umbara n'aurait par exemple pas été possible sans cette construction. Ni celui ouvrant la sixième saison. Et le grand final y aurait d'ailleurs aussi perdu en émotion.
Bien entendu, ce sont eux qui paient le plus lourd tribut... ce qui fait que le casting tend à se dépeupler. Je me demande ce que ça aurait donné si on avait eu les huit saisons complètes: aurait-on introduit d'autres clones charismatiques pour remplacer ceux disparus, ou aurait-on fini avec un casting encore plus étiolé?
Spoiler :
Il y a assez peu de clones sur lesquels on construit vraiment une évolution - Rex, après tout, reste grosso modo le même du début à la fin. Les seuls pour lequel c'est vraiment montré sont ceux de la Domino Squad... dont trois sont tués dès la saison 1, mais Echo sera jusqu'en fin de saison 3... et réapparaît en 7, et Fives continuera jusqu'à la saison 6 - tous deux passant de cadets à la limite de l'échec, à des soldats expérimentés, puis des ARC troopers. |
Pour Obi-Wan, le gain est moins fort. Incarné dans les films par Ewan McGregor, il était déjà une des rares satisfactions de la prélogie. TCW se place donc plutôt dans la continuité. C'est par sa relation plus complice avec Anakin, que leurs aventures communes gagnent en agrément... et aussi qu'un fossé apparaît, Obi-Wan devant aussi suivre ce que lui impose l'ordre (avant-dernier arc de la saison 4... et arc final de la saison 5).
La série introduit ceci dit un élément inattendu:
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Obi-Wan a été amoureux (et l'est visiblement encore...), et n'est pas passé loin de tout quitter pour la femme de sa vie. Mais, contrairement à Anakin, il a laissé sa passion de côté.
On souligne ainsi le contraste avec Anakin, qui, lui, veut combiner les deux... avec le résultat qu'on connaît. Si Obi-Wan avait suivi Satine, il aurait démissioné.
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Les autres Jedi du conseil ont aussi droit à leurs aventures. Ils étaient pour la plupart passifs voire muets dans les films, la série leur permet, selon les arcs, d'accompagner les héros.
Par contre, tous ne sont pas égaux. Plo Koon, présence passive dans la prélogie, est sans-doute celui qui bénéficie le plus de la série. On le montre en maître bienveillant, proche et respectueux de ses clones, et figure paternelle pour Ahsoka (et c'est sans-doute pour ça qu'il a droit à ce traitement).
De nombreux autres "peu connus" ont aussi un arc ou un épisode où ils accompagnent les personnages principaux - ce qui leur permet, dans la plupart des cas, de briller. J'ai bien apprécié de voir ce casting enfin à l'oeuvre, avec également leurs différences d'approche et leurs spécificités.
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Mais même si certains de ces Jedi meurent au champ d'honneur dans TCW, on ne les aura pas assez connus pour s'attacher vraiment à eux, et faire de leur sacrifice une scène marquante. Si je repense à la série, le moment le plus émouvant relatif à un Jedi serait... le refus d'Ahsoka de réintégrer l'ordre. Et ça dit bien ce qui "manque" un peu ici.
Peut-être aurait-il fallu par exemple inverser une partie des rôles de Plo Koon et d'Adi Gallia? Avoir eu d'autres arcs avec Even Piell avant la fin de saison 3? La mort de Plo dans ROTS pèse désormais... mais a posteriori. |
Mace et Yoda, eux, sont assez fidèles à ce qu'on avait déjà vu dans les films (où ils étaient bien en vue). Chacun a également droit à quelques aventures de plus (Yoda concluant même la saison 6, fin non prévue mais initiale de la série, dans un arc à la fois un peu dissocié du reste de TCW mais majeur par rapport aux films et au "lore" plus généralement).
Notons cependant que l'expositon des personnages est à séparer du point de vue de la série sur le Jedi Order.
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La série choisit d'adopter une vue particulièrement critique et cruelle sur le conseil, montré comme déconnecté de ce que devraient être ses priorités et aveuglé par la guerre et la politique. Ce choix est plutôt en cohérence avec ce qu'essayait déjà de montrer la prélogie - pour ma part, je ne crierai donc pas au scandale.
De ce fait, si ces personnages du Jedi Order gagnent par leur exposition plus importante, beaucoup perdent par contre l'aura qu'on aurait pu leur donner... |
Mention particulière à Barriss Offee, la padawan de Luminara, qui offre un point de contraste avec Ahsoka.
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Et sera d'une importance capitale dans l'arc conclusif de la saison 5. |
Ainsi qu'aux autres sympathiques younglings qu'on croise dans quelques épisodes. Certains tendent un peu à la caricature, mais dans le contexte de cette série de divertissement grand public, ça ne m'a pas vraiment gêné ni nui à mon agrément (et je suppose que les enfants ont adoré ces épisodes).
Padmé a aussi droit à ses arcs, et joue pleinement son rôle de sénatrice et diplomate - là où les films la montraient davantage en guerrière. Là aussi, le personnage gagne en profondeur, et en crédibilité - dans TCW, on la voit forte de part son poids politique, sa force de conviction, ses réseaux... là où les films la rendaient forte surtout en lui faisant manier du blaster. Ceci dit, la Padmé animée ne peut égaler l'attractivité de Natalie Portman, c'est là un point où le format animation est pour moi en retrait par rapport à un format live (Lucasfilm, vu que les séries sont à la mode, ça vous dirait de faire une série Padmé centrée sur son travail de sénatrice?).
Jar-Jar me laisse par contre beaucoup plus partagé. Le personnage suscite une forme de rejet allergique chez moi, ça n'aide pas, et la série continue de jouer sur son potentiel comique lié à sa naïveté (ça n'aide pas non plus). Heureusement (pour moi), il reste assez peu présent. Cependant, la caractérisation insiste quand même sur sa sincérité, sa simplicité et son coeur d'or - elle ne parviendra pas à me faire aimer le personnage, mais elle le réhabilite quand même un peu. Son meilleur arc est le dernier,
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où son duo avec Windu, alliage improbable, donne de l'action-comédie assez potable (par rapport aux peu d'attentes que j'ai quand Jar-Jar débarque). |
Du côté des antagonistes connus et prévus, Palpatine, Dooku et Grievous ne m'ont pas paru ni plus ni moins convaincants que dans les films. Leur parcours était déjà tracé, les manipulations de Palpy sont du même ordre, le Dooku de TCW a une forme de majesté (mieux "dirigé" que dans les films) mais n'est pas si proche de Christopher Lee, et Grievous fait plutôt un méchant caricatural et dont l'intérêt m'est resté médiocre.
On voit aussi beaucoup d'autres personnages récurrents, certains complètement nouveaux (Cad Bane, Hondo, Satine, Pre Vizsla, Bo-Katan, Lux Bonteri, Talzin, Savage... c'est non-exhaustif), d'autres issus de la série 2D Clone Wars (comme Ventress) ou au second plan dans les films (par exemple Boba). La plupart sont bien travaillés, crédibles dans leurs rôles, et apportent à l'univers Star Wars plus de variété.
Je préfère d'ailleurs certains des "nouveaux" antagonistes à ceux pré-établis par les films II et III. Cad Bane et son charisme, Talzin et le "lore" des Nightsisters avec leur magie, la brutalité pure de Savage (qui, pourtant, est aussi, à la base... une victime)... En particulier car eux ont un parcours inattendu, dont le futur n'était pas déjà contraint, ce qui laissait aussi plus de liberté aux créateurs de la série. Star Wars peut avoir bien d'autres "méchants" à affronter que l'éternel Sidious!
Mais c'est Ventress qui a, à mon sens, a parmi eux le plus beau rôle.
Spoiler :
On la fait passer d'une antagoniste de plus, assassin-apprentie de Dooku un peu caricaturale de part ses échecs répétés, à une renégate trahie par son maître, au passé tragique révélé, et qui se montre capable de défendre une opprimée (épisode Bounty de la saison 4 et d'agir quasiment en "Jedi gris". Son parcours est une rédemption progrssive (et non brutale), qui obéit entièrement à une logique dans son récit et son déroulement. Star Wars n'a pas si souvent montré des personnages en réelle évolution - le format série s'y prête plus facilement, j'ai donc bien apprécié qu'on l'ait fait (ça préfigure en partie Kylo Ren, de mon point de vue un des rares éléments potables de la postlogie, même si Kylo reste parfois une énigme et que sa construction est plus chaotique).
Et je regrette donc que la série n'ait pu conclure son parcours - y compris par la sortie ultérieure de la saison 7. TCW n'est certes pas l'histoire d'Asajj Ventress, mais elle méritait mieux qu'une conclusion hors-écrans... |
Enfin, deux personnages sont un peu à part - inattendus au vu des films, ils occupent une place importante notamment en quatrième et cinquième saison (la sixième, à part, n'étant pas représentative de ce qu'aurait dû être la série - la septième (dont je parlerai à part) confirmant leur importance).
Spoiler :
Le cas de Maul était, à la base, particulièrement risqué et casse-gueule. En général, ressusciter un personnage normalement décédé fait, pour moi, partie des choses à éviter. Et l'avoir vu réapparaître dans Solo, sans justification, a surtout été un point négatif sur ce film qu'autre chose... sauf qu'en fait, on était supposé voir TCW avant je suppose (ce qui n'était pas le cas d'une majorité de spectateurs a priori). Il me semble d'ailleurs que Filoni n'y croyait pas non plus, mais Lucas ne lui aurait pas laissé le choix (et lui aurait demandé d'imaginer ce qu'il voudrait, pour que ça colle).
La seule raison valable de ressortir un personnage, ça serait que ce retour fasse sens, qu'il apporte quelque chose à l'intrigue (et à l'univers de la franchise). Faire de Maul un simple antagoniste de plus, un manieur de sabre supplémentaire en plus de Dooku et Grievous, n'aurait servi à rien.
Opposé à la fois aux Jedi et à Sidious/Dooku, voulant conquérir les réseaux criminels et les mondes indépendants, afin de se venger de Sidious (en plus de l'attrait du pouvoir) et aussi d'Obi-Wan, planificateur supplémentaire, Maul apporte un autre angle à la saga et constitue plutôt une bonne surprise (je n'en attendais pas grand chose au début). Au lieu de la présence physique imposante mais muette du I, Maul ici devient un personnage bavard, à la fois clairvoyant mais complètement obsédé, psychologiquement instable tout en étant manipulateur et calculateur, puissant (par sa maîtrise de la force, une fois remis d'aplomb) et vulnérable (par son lien avec son frère Savage notamment)... Peut-être aurait-on même préféré voir ce Maul-là en film?
Le "drame" de Maul est qu'il a été mis de côté par Sidious, et se retrouve depuis ignoré, en marge. L'ironie est que, même revenu, il reste un second couteau: Sidious daigne l'affronter lui-même mais l'humilie, la République et le Jedi Order le considèrent comme secondaire car Mandalore était indépendant et il n'y aurait donc pas de raison d'intervenir dans un conflit interne. Les actions de Maul peuvent ainsi se voir comme une quête de reconnaissance, cependant vouée à l'échec.
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Ahsoka, enfin, pourrait être vue comme le personnage principal de la série. Elle est clairement introduite pour représenter le jeune spectateur, en tant qu'ado immature... arrogante et insupportable comme nombre d'ados de son âge - de ce point de vue là, elle est sans-doute plus "réaliste" que nombre de héros idéaux, qui arrivent sans aucun défaut sous nos yeux. Cela n'en ferait pas pour autant un personnage intéressant ou même souhaitable (sauf en plaisir coupable pour de la comédie d'action), si le but n'avait pas été de la faire évoluer (de même que le jeune spectateur, lui aussi, va évoluer) - et c'est bien le cas. Par sa durée, la série peut permettre à Ahsoka de se tromper, d'apprendre de ses erreurs, pour gagner lentement ses galons de Jedi. Elle est, de tout cet univers fictif, un des rares personnages auxquels on aura donné une telle chance - les films, souvent concentrés sur des événements regroupés sur une courte fenêtre temporelle, donnaient surtout des "photos" des personnages à un instant de leur parcours, et non un suivi (c'est ce qui aura nui à Anakin notamment).
Les arcs la mettent de plus en plus en avant, certains en faisant même la protagoniste principale (là où, à ses débuts, elle ne faisait qu'accompagner Anakin) - on ne se prive donc pas de l'envoyer partout, dans nombre de situations variées.. Le spectateur devra finir par aimer Ahsoka, la série semble d'ailleurs avoir été écrite et conçue dans cette optique... donc pour ceux qui resteront réfractaires au personnage, TCW risque bien de rester insupportable. En 2021, c'est sans-doute plus facile à percevoir qu'au moment où on l'a introduite (combien sont allés voir TCW à cause d'Ahsoka?).
Forcément, il y a bien un but derrière...
Spoiler :
Il me semble bien qu'introduire Ahsoka avait pour but d'enfoncer un peu plus Anakin vers le côté obscur. Mission accomplie: pour l'ordre, avoir un padawan devait rendre Anakin plus responsable (c'est le seul point réussi), voir les ratés et les risques de son approche rentre-dedans en ignorant les règles (c'est raté, le duo réussissant souvent à s'en sortir, l'improvisation devenant leur force), et surtout moins s'attacher à ceux qui lui sont chers et les laisser s'éloigner (échec monstrueux).
L'arc final de la cinquième saison, qui aurait peut-être même pu servir de conclusion à la série, scelle la rupture d'Ahsoka avec les Jedi, et par contrecoup également avec Anakin. En prime, en remplissant aussi l'objectif d'enfoncer le conseil Jedi... La scène est émouvante, pas seulement parce qu'on veut que le spectateur souffre avec Ahsoka, mais aussi parce qu'on y ressent la détresse d'Anakin... et sa chute à venir. Pourtant, je reste persuadé que ce départ n'y a rien changé - même si Ahsoka était restée, "on" se serait arrangé pour qu'elle soit loin d'Anakin au moment crucial, ou même pour l'avoir déjà éliminée auparavant.
Ahsoka est ainsi un personnage qui se réalise et acquiert sa spécificité... par ce refus et son départ de l'ordre. Là où, pour les Jedi de l'univers Star Wars, beaucoup auraient pressenti exactement le contraire. Ce départ devient ainsi une métaphore de la chute du Jedi Order. L'intrigue en elle-même a peut-être été un peu forcée, un peu simplifiée par les contraintes de durée d'épisode, elle n'en a pas moins été efficace et au fond inéluctable. |
Bien sûr, tous ces personnages ne seraient rien sans les acteurs qui les incarnent par la voix (et les graphistes et animateurs). Tous sont à saluer. Avec en particuler le travail de Dee Bradley Baker qui donne vie à tous ces clones, mulitpliant les personalités tout en les gardant liées au même moule génétique. Matt Lanter qui fait d'Anakin ce héros charismatique tant attendu, et nous permet enfin d'oublier Hayden Christensen. James Arnold Taylor qui se met à la hauteur d'Ewan McGregor (et ce n'est pas rien). Et surtout Sam Witwer et son Maul halluciné, torturé, viscéral, entre puissance et vulnérabilité. Et forcément Ashley Eckstein, qui aura accompagné tout le développement d'Ahsoka.
TL;DR : La série TCW démarre assez mal, et met du temps pour vraiment trouver ses marques. Mais une fois vraiment lancée, elle devient une fiction Star Wars tout à fait décente, et même plus. Elle explore le "lore", montre à l'écran une guerre qu'on ne voit quasiment pas dans les films, donne à Anakin la dimension qui lui manquait. On peut considérer qu'elle aura réussi à "corriger" la prélogie. Restant tout de même une série d'abord destinée au jeune public mais compatible avec un large éventail de spectateurs, elle crée aussi le personnage d'Ahsoka, qui grandit en même temps que la série.
J'en conseillerais le visionnage à tous les fans de Star Wars, du moins ceux assez ouverts pour ce format et qui n'ont pas oublié qu'il s'agissait, avant tout, d'une oeuvre familiale tous publics.
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