Gros Boulet Born to troll | Paul le Poulpe a écrit :
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Ouais, c'est un peu comme les gens qui te sortent "c'est un film prétentieux " en ayant l'air de t'expliquer la vie. J'ai jamais vraiment compris comment un film était "prétentieux" m'enfin bon...
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"Prétentieux", c'est certes très subjectif, mais ça a un sens.... j'ai la flemme de développer.
blastm a écrit :
t'achèterais une bagnole neuve qui a la carrosserie de la mythique 604 aujourd'hui toi?
ben le cinoche c'est pareil...
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Non, ce n'est pas pareil - à moins d'être sacrément cinéphobe.
Déjà, si on ne parle que de design, il y a plein de contre-exemples. A ma connaissance les meubles en style ancien se vendent sans mal, hein, y compris ceux tous frais sortis des ateliers. Etc...
Et le cinéma, désolé, ce n'est pas comparable à l'industrie automobile ou à l'ameublement.
blastm a écrit :
on peut être amateur d'hitchkock et être réaliste, un film avec le même genre de réalisation aurait pas sa place dans les salles aujourd'hui. p'tet dans un film hommage ou revisité, comme c'est la mode pour les grindhouses ces derniers temps, et encore...
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Bah, j'arrive après la bataille. Tant pis.
Pour Hitchcock, ça a déjà été expliqué en long et en large. Et, AMHA, c'est un réalisateur qui recherchait avant tout l'efficacité, et chez qui aucun plan, aucun angle, aucun choix d'effet n'est gratuit. Et donc, son language est peu sensible aux modes. Franchement, dans ses meilleurs films, je ne vois pas comment d'autres options de mise en scène auraient vraiment pu améliorer le résultat. D'autant plus que dans ces genres, il n'y a pas eu beaucoup de nouveautés techniques depuis la fin de sa carrière...
Pour le vieillissement du langage en général, citons un réalisateur de notre époque: "Before I go off and direct a movie I always look at 4 films. They tend to be: Seven Samurai, Lawrence of Arabia, It's A Wonderful Life, and The Searchers." Si le langage de ces films était obsolète, je ne vois pas pourquoi ce gars aurait cette démarche.
blastm a écrit :
dans le même genre, un autre truc qui passe pas, c'est les réalisateurs de théâtre qui passent derrière la caméra, et intègrent pas les techniques et codes du film et conservent celles de la scène... Un grand classique des comédies francaises... les mecs qui veulent faire du théâtre, qu'ils aillent monter leur production sur les planches, pas dans les salles obscures 
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Ce n'est pas "dans le même genre". Là, on parle de lacunes de langage, de défaut de maîtrise. Pas du langage cinématographique utilisé il y a quelques décennies. C'est un peu comme si tu comparais la technique de Rembrandt à celle d'un ouvrier-peintre actuel (et notons que la peinture est un domaine artistique où le langage a beaucoup évolué dans le temps... mais, cela dit, les oeuvres contemporaines ont un succès assez modéré au sein du grand public).
A contrario, tous les metteurs en scène de théâtre ne sont pas des tanches derrière une caméra, hein.
moonboots a écrit :
Une réalisation à la mode a priori ça veut dire branchouille à une époque et hyper datée quelques années après, qui use et abuse de tics cinématographiques dont on risque de vite se lasser, or je pense qu'aujourd'hui on accumule ce genre de tics : caméra épileptique, étalonnage monochromes, montage hyper cut, flashs au blanc, multiplication des angles de caméras...
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C'est typique de la réalisation actuelle, qui subit l'influence du clip, du reportage et de la retransmission d'événements sportifs ou de concerts, qui eux-même abusent du tournage frénétique, comme si créer ce zapping artificiel pouvait nous dissuader de zapper vers d'autres chaînes, en ignorant complètement que ce qui nous fait zapper c'est le vide d'un contenu, voire justement une réalisation médiocre. Bref en général c'est plus pour dissimuler un manque d'idées et de parti-pris qu'autre chose.
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Je sais ce que c'est, hein. C'était juste que je ne vois pas du tout en quoi ce genre de réalisation pourrait être préférable à une réalisation plus classique, pardon, "obsolète".
Prodigy a écrit :
Et pourquoi je te prie J'ai l'impression qu'il y a un gros mélange dans "réalisation" entre ce qu'est réellement la réalisation (choix des angles, des cadrages, des mouvements de caméra, de la profondeur de champ, des échelles & valeurs de plans, voire du découpage en amont du montage) et tout le reste (les décors, les effets spéciaux ou incrustations qui vieillissent, la photographie qui peut être datée, etc).
En terme de langage pur, on n'a pas inventé grand chose depuis Hitchcock. On n'a même pas inventé grand chose tout court, suffit de (re)voir des films comme le Silence de Bergman, les Eisenstein, l'Aurore de Murnau, Citizen Kane ou même la Nuit du Chasseur dont on parlait il y a peu ici pour se dire que non, retouches numériques, effets spéciaux en CGI et travail sur la photo assisté par ordinateur mis à part, on n'a pas inventé grand chose en termes de "réalisation".
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Sur les débuts du cinoche, on a quand même eu des avancées techniques importantes, qui ont permis de concevoir des plans auparavant impossibles - Griffith n'aurait jamais pu réaliser le plan-séquence d'ouverture de Touch of Evil en 1915, d'un point de vue bêtement technique. Après, sur le fond, je suis bien d'accord, les avancées ont très vite été limitées, et les exemples que tu cites montrent bien à quel point ces réalisateurs ont, très ou assez tôt, tout compris et appliqué.
Prodigy a écrit :
On filme toujours des gens dans un cadre, avec des plans américains, larges, serrés, gros plans, travellings, panoramiques, et toute la gamme du vocabulaire classique du cinéma (qui aboutit donc sur une grammaire ).
Que le montage se soit accéléré (génération post MTV à déficience d'attention chronique), que la photo se soit saturée pour cause de choix de mode, que l'aspect "caméra porté à l'épaule" né de la démocratisation de la/du steadycam ait remplacé les plans fixes et le champ/contre champ, que les ralentis se soient multipliés comme effet de style parce que les américains ont 20 ans de retard sur le cinéma de Honk Kong, c'est une chose. Mais la réalisation d'un Hitchcock passerait tout à fait aujourd'hui, "modernisée" avec une photo plus réaliste et un montage moins dépendant de la technique qu'à l'époque, on n'y verrait que du feu.
D'ailleurs il y a tout un tas de films qui sont d'une réalisation tout à fait "classique" et n'ont pas besoin d'artifices, il faut arrêter de juger le cinéma à l'aune de 4/5 blockbusters bruyants 
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Même sans changer le montage, ça passe, hein.
Pour ce qui est de la photo, le technicolor et autres procédés de ces époques ont un rendu assez reconnaissable, c'est sûr... Mais si je prends un film comme Days of Heaven (âge: un tiers de siècle), en copie restaurée, je me dis que ce genre de photo pourrait passer sans mal aujourd'hui. La seule grosse différence, c'est qu'à l'époque, il fallait un chef opérateur talentueux, aujourd'hui il suffit d'y mettre les moyens (merci aux filtres numériques).
blastm a écrit :
Je savais qu'on allais me tomber dessus quand j'ai dit Hitchcock; j'aurais peut être du prendre kurosawa comme exemple 
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Mauvais choix. D'ailleurs, quand je vois des films comme Kagemusha et Ran, je me dis que c'est plutôt dommage que les blockbusters actuels (du film à costume guerrier et de l'heroic fantasy) ne s'en soient pas plus inspirés. Et j'ai cité plus haut un réalisateur qui déclare (re)visionner Les sept samurais avant d'aller tourner.
blastm a écrit :
après je m'attends pas a ce que tout le monde le comprenne.
je sais que certains regardent ces filsm en se disant en se disant "ben tiens, on a rien inventé depuis" ou encore "ca a pas pris une ride" et "tout le reste, c'est de la fioriture"..
c'est pas ma sensibilité. les positions de caméra, les cadres, le jeux d'acteur, l'utilisation de l'espace, le montage global.. Tout ca crée une dynamique qui ancrent définitivement ces films dans leur époque.
vous pouvez coloriser, cleaner, HDifier tout ca... ca n'y change rien
et si au contraire on retournait une œuvre originale de la même manière, avec les codes de l'époque, en visant le même résultat, on comprendra directement la référence, ou l'hommage.
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Pour ce qui est des positions de caméra, des cadres, de l'utilisation de l'espace scénique et du montage, désolé, mais ce qui se faisait il y a quelques décennies peut encore se pratiquer aujourd'hui. AMHA, il n'y a par exemple pas quarante mille façons de filmer un dialogue entre deux personnages. Toutes les options ont été explorées il y a déjà belle lurette... on peut certes choisir de faire différemment, hein, mais ça sera très souvent un gros plantage. Et des réalisateurs "classiques", il y en a un bon paquet, hein... certes, ça ne fera pas djeunz', mais ça marche.
En fait, c'est surtout dans les films "d'action" que la débauche d'effets s'observe et donne lieu à une réalisation épileptique... Et aussi avec quelques cas de quelques films pseudo-arty-branchouille qui veulent marquer leur différence et font n'importe quoi. Pour le reste, non, franchement, ya pas eu grand chose de "neuf".
Ce qui marque réellement l'époque, ça sera d'abord les décors et costumes, ensuite la photo et le jeu d'acteurs. Qui ne sont pas du ressort du langage du cinoche...
blastm a écrit :
bon, heureusement que j'ai mis des smiley..
voilà, pour moi, le boulot du réalisateur, c'est pas juste choisir les éléments de langages qu'il va utiliser; puisque c'est ton propos.
quand je faisait mon commentaire de départ sur la réalisation obsolète, je parlais de ce que tu appelles la "datation", du film en tant qu'oeuvre complète, le boulot que le réa livre au final au public.
voilà, c'est clair, no hard feeling 
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Le réalisateur n'a souvent qu'un rôle limité sur le jeu des acteurs adopté à son époque, sur les décors, et même sur la photo - surtout dans le système hollywoodien, où il n'a presque jamais le contrôle final de l'oeuvre (le montage n'est même pas sous son contrôle). Et, de toute façon, je ne vois pas comment on pourrait anticiper sur le futur, et adopter la photo, le jeu d'acteurs et les décors/costumes qu'on aura dans cinquante ans. On n'a de connaissance que sur le passé... mais alors, adopter de tels codes, ça relève d'un choix conscient.
Le fait est que la datation d'une oeuvre relève, pour une bonne part, d'aspects que le réalisateur ne peut pas décider. Et en conséquence, le terme "réalisation obsolète" me semble difficile à comprendre, à part prendre des choix de plans etc... très marqués par une époque (y compris contemporaine: effet de mode) et qui ne sont de ce fait pas les plus efficaces, dans l'absolu. Là, oui, je veux bien: toutes les réalisations "à la mode" sont des réalisations obsolètes en puissance.
Si c'est Vertigo, et modulo une adaptation de costumes/décors et une photo léchée comme aujourd'hui, je crierais au chef-d'oeuvre.
blastm a écrit :
la direction d'acteur vieillis aussi carrément.
reprends la même qu'on demandais aux acteurs a l'epoque de cleopatre ou quo vadis pour la mettre dans un film aujourd'hui, tu te fera lancer des tomates.
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Ce n'est pas tant la "direction" d'acteurs qui vieillit, que leur jeu (et la prononciation, etc...). Ce jeu dépend des acteurs, et donc du contexte (école, carrière, etc...) dans lequel ils l'ont acquis. A propos, c'est également assez facile de voir des différences de jeu entre des pays différents, y compris aujourd'hui. Et ça, ça ne relève pas vraiment de la réalisation stricto sensu.
(PS: merci Prod') |