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Auteur Sujet :

[Topic écriture alternatif n° 4 ] Nouvelle de Noël - VOTEZ§§§

n°10185789
In Ze Navy​ II
Obsédée textuelle
Posté le 19-12-2006 à 11:06:13  profilanswer
 

Reprise du message précédent :
vaut mieut que deux tuent l'aura [:claire_redfield]


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n° 11 * RED * Tiens, voilà ton thé, c'est du café.
mood
Publicité
Posté le 19-12-2006 à 11:06:13  profilanswer
 

n°10185932
Chaos Inte​stinal
Posté le 19-12-2006 à 11:26:10  profilanswer
 

Vaut mieux qu'eux deux tuent le rat [:cbrs]

n°10185955
stipey
you can't buy me on e-bay...
Posté le 19-12-2006 à 11:30:06  profilanswer
 

la bonne réponse était "vaut mieux que deux tu l'auras".
mais c'était facile, j'avoue :o


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Le scrabble ça existerait pas, je m'en serais même pas rendu compte
n°10185961
In Ze Navy​ II
Obsédée textuelle
Posté le 19-12-2006 à 11:31:09  profilanswer
 

OK Julien §§


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n° 11 * RED * Tiens, voilà ton thé, c'est du café.
n°10186006
Chaos Inte​stinal
Posté le 19-12-2006 à 11:36:53  profilanswer
 

Stipey est un scellé rat. Qu'ils vaut mieux qu'eux deux tuent, comme je le disais tout à l'heure. Qu'on fasse donc placer dans les caves et les sous-sols obscurs de cette vieille demeure ces granulés terribles qu'on nomme mort-au-stipeys.

n°10186043
stipey
you can't buy me on e-bay...
Posté le 19-12-2006 à 11:43:05  profilanswer
 
n°10195344
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 20-12-2006 à 14:37:04  profilanswer
 

Que (ues) d'oeufs, tu Laura Pausini.
 
je vais bientôt me lancer dans l'écriture d'un roman déamour.
Ca sera triste, pathétique, ignoble et bidonnant.
Avec des jupes noires et de nouvelles alternatives, à vos juments ! :non:

n°10196476
panchopa
le lama de Lima
Posté le 20-12-2006 à 16:56:50  profilanswer
 

C'est tout de même pas très facile de taper au clavier avec ses orteils, voilà pourquoi j'accorde mon vote à In Ze Navy  :o  
 

n°10197264
In Ze Navy​ II
Obsédée textuelle
Posté le 20-12-2006 à 18:45:18  profilanswer
 

Mais je n'ai pas fini, c'est très injuste :D


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n° 11 * RED * Tiens, voilà ton thé, c'est du café.
n°10197268
In Ze Navy​ II
Obsédée textuelle
Posté le 20-12-2006 à 18:45:48  profilanswer
 

Bon je vais éditer le premier post, allez, hop. J'ai oublié qui, dans les nouvelles à lire ? -tac- ?


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n° 11 * RED * Tiens, voilà ton thé, c'est du café.
mood
Publicité
Posté le 20-12-2006 à 18:45:48  profilanswer
 

n°10197307
Mario_
Vive le pingouiboulga !!
Posté le 20-12-2006 à 18:49:50  profilanswer
 

Moi [:thalis]


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Soyons ouverts d'esprit, mais pas au point de laisser notre cerveau s'enfuir.
n°10197318
In Ze Navy​ II
Obsédée textuelle
Posté le 20-12-2006 à 18:51:43  profilanswer
 

J'peux avoir le lien, mon cher Mario_ ? [:ma muse]


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n° 11 * RED * Tiens, voilà ton thé, c'est du café.
n°10197426
Mario_
Vive le pingouiboulga !!
Posté le 20-12-2006 à 19:03:05  profilanswer
 

In Ze Navy II a écrit :

J'peux avoir le lien, mon cher Mario_ ? [:ma muse]


http://forum.hardware.fr/forum2.ph [...] 2#t9220052 :)
(ou alors j'ai l'air con et vous avez changé de sujet mais dans ce cas, j'ai l'excuse de ne pas avoir trop suivi le topic :d )


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Soyons ouverts d'esprit, mais pas au point de laisser notre cerveau s'enfuir.
n°10197608
In Ze Navy​ II
Obsédée textuelle
Posté le 20-12-2006 à 19:24:53  profilanswer
 

C'est fait [:sib]


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n° 11 * RED * Tiens, voilà ton thé, c'est du café.
n°10197618
La Guepe1
Posté le 20-12-2006 à 19:26:19  profilanswer
 

Ben moi, je crois bien que je n'y suis pas.
 
C'est voulu ?
 
 :o

n°10197744
Profil sup​primé
Posté le 20-12-2006 à 19:43:09  answer
 

stipey a écrit :

disons qu'on a eu un été indien...


 
et de longues parties de scrabble  [:rhetorie du chaos]    

n°10197855
In Ze Navy​ II
Obsédée textuelle
Posté le 20-12-2006 à 19:57:45  profilanswer
 

Mais non. Dis-moi juste où est la tienne, et hop, je la colle.


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n° 11 * RED * Tiens, voilà ton thé, c'est du café.
n°10197863
La Guepe1
Posté le 20-12-2006 à 19:58:31  profilanswer
 

Je ne sais pas.
Par là...
 
 [:pingouino]

n°10197866
In Ze Navy​ II
Obsédée textuelle
Posté le 20-12-2006 à 19:58:43  profilanswer
 


In-ter-mi-nables  [:theepsilon]  
 
Où est donc la tienne, -tac- ?


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n° 11 * RED * Tiens, voilà ton thé, c'est du café.
n°10197970
Maldoror
Carpe diem, tu vas mourir
Posté le 20-12-2006 à 20:12:01  profilanswer
 

In Ze Navy II a écrit :

In-ter-mi-nables  [:theepsilon]  
 
Où est donc la tienne, -tac- ?


 
Si je peux me permettre, cette modeste mais sincère participation à cet ouvrage :
 

n°10197984
La Guepe1
Posté le 20-12-2006 à 20:13:26  profilanswer
 

Si tu pouvais retrouver la mienne tant que tu y es...
 
Je t'en serais infiniment reconnaissante.

n°10197990
Maldoror
Carpe diem, tu vas mourir
Posté le 20-12-2006 à 20:13:59  profilanswer
 

La Guepe1 a écrit :

Si tu pouvais retrouver la mienne tant que tu y es...
 
Je t'en serais infiniment reconnaissante.


 
Cherché, pas trouvé :/

n°10198001
Maldoror
Carpe diem, tu vas mourir
Posté le 20-12-2006 à 20:15:08  profilanswer
 

La Guepe1 a écrit :

Si tu pouvais retrouver la mienne tant que tu y es...
 
Je t'en serais infiniment reconnaissante.


 
Ah ben si, tiens, elle est :)

n°10198054
La Guepe1
Posté le 20-12-2006 à 20:21:01  profilanswer
 
n°10198150
Maldoror
Carpe diem, tu vas mourir
Posté le 20-12-2006 à 20:32:46  profilanswer
 


 
Je t'en prie. Quand on peut rendre service :)

n°10200989
panchopa
le lama de Lima
Posté le 21-12-2006 à 07:06:32  profilanswer
 

In Ze Navy II a écrit :

Mais je n'ai pas fini, c'est très injuste :D


Parce que tu as commencé ?  
Mais c'est merveilleux, aurai-je misé sur le bon cheval sans le savoir ?  :ange:  
Si j'ai joué gagnant, ça rattrape un peu la déception d'avoir loupé ma prédiction de fin de nouvelle  :cry:  

Citation :

La nuit de noce fut torride, ils niquèrent comme des lapins, ce qui paraît normal, ensuite ils eurent pleins de petits mioches, Lore gagna la compétition en décembre et tout le monde vécu heureux jusqu’à ce qu’ E-nyar locke le sujet.


n°10201050
Profil sup​primé
Posté le 21-12-2006 à 08:23:21  answer
 

panchopa a écrit :

Parce que tu as commencé ?  


 
comment osez vous douter, Monsieur Pancho ?  [:thalis]  
 

Citation :

Mais c'est merveilleux, aurai-je misé sur le bon cheval sans le savoir ?  :ange:


 
attention, le jockey est assez improbable  [:bibliophage]  
 

n°10201334
In Ze Navy​ II
Obsédée textuelle
Posté le 21-12-2006 à 10:02:31  profilanswer
 

Monsieur Chopa a l'habitude de ma procrastination, sans doute :o
 
Alors la partie de Scrabble étant arrivée à bon port, on peut raisonnablement imaginer que je vais écrire la suite et fin ce soir et demain. Voilà. Et relire samedi, et poster. Mais si.  
 
Ce que tu as fait à [:pingouino], -tac-, me semble tellement contre nature que ç'en est troublant, presque.


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n° 11 * RED * Tiens, voilà ton thé, c'est du café.
n°10207193
Profil sup​primé
Posté le 22-12-2006 à 00:31:42  answer
 

In Ze Navy II a écrit :

Ce que tu as fait à [:pingouino], -tac-, me semble tellement contre nature que ç'en est troublant, presque.


 
 
tu n'es pas une blonde poulpeuse ?  [:bibliophage]

n°10207206
In Ze Navy​ II
Obsédée textuelle
Posté le 22-12-2006 à 00:33:32  profilanswer
 

Je me demande si je vais oser me poser la question [:mullet]


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n° 11 * RED * Tiens, voilà ton thé, c'est du café.
n°10215682
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 23-12-2006 à 10:45:32  profilanswer
 

La pieuvre en est !

n°10226424
In Ze Navy​ II
Obsédée textuelle
Posté le 25-12-2006 à 17:35:50  profilanswer
 

tic-tac tic-tac :o


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n° 11 * RED * Tiens, voilà ton thé, c'est du café.
n°10227936
Profil sup​primé
Posté le 25-12-2006 à 23:41:50  answer
 


cela s'annonce très inconvenant :o

n°10227974
In Ze Navy​ II
Obsédée textuelle
Posté le 25-12-2006 à 23:48:25  profilanswer
 

Indubitablement :o


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n° 11 * RED * Tiens, voilà ton thé, c'est du café.
n°10228130
In Ze Navy​ II
Obsédée textuelle
Posté le 26-12-2006 à 00:28:45  profilanswer
 

La bêtise consiste à vouloir conclure :o
 
Putain ce truc fait 16 430 signes [:kbchris]


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n° 11 * RED * Tiens, voilà ton thé, c'est du café.
n°10228444
In Ze Navy​ II
Obsédée textuelle
Posté le 26-12-2006 à 02:17:55  profilanswer
 

19 074  [:in ze navy ii]  
 
Alors je n'ai pas tout écrit, on m'a prêté main-forte :o
Vous saurez bien reconnaître les deux aimables plumes en question, qui ont depuis longtemps terminé leur nouvelle, pas comme moi, voilà, enfin j'offre un café à qui me trie ça sans encombre :o
 
Et je relirai demain matin, édifiée  [:pingouino]  
 

Spoiler :


 
Elle s’ennuyait, à crier. Elle haletait presque. Elle frissonnait. Cette pitoyable de partie de Scrabble n’en finissait pas. Comme la pluie sur le toit de la villa, l’eau ruisselant le long des vitres blêmes, derrière les rideaux gris, amidonnés de désolation.
Serrée dans sa petite jupe noire, elle sentait sa culotte, noire, agrémentée de dentelle rose, lui rentrer légèrement dans les fesses. C’était presque aussi désagréable que de faire semblant de s’intéresser à ces lettres ridicules, que les deux autres imbéciles s’évertuaient à placer le plus judicieusement possible, sur les cases colorées, « Mot compte triple ». Elle pensait à lui.  
Il allait revenir. Elle tendait l’oreille. Les talons aiguilles de ses sandales dorées s’accrochaient dans les poils synthétiques de la carpette orange.  
Voilà ce que c’était que d’avoir une sœur abusivement sentimentale. Enfin, tomber amoureuse d’un ostréiculteur, soit. Se laisser conter fleurette les pieds dans un parc à huîtres, passe encore. A force de volonté, on peut toujours trouver du chic à une belle paire de bottes en caoutchouc. Mais que Rita, la chérie de la famille, ait définitivement jeté son dévolu sur Steve Pélussin, un trublion nostalgique qui collectionnait les tabourets de vinyle orange et les tasses Mobil en Arcopal à fleurs, ça lui fichait un coup.  
Elle avala sa salive. Battit des paupières, se força à regarder le chevalet. U, U, U, E, E, S, B.  
Elle se surprit à chercher ce qu’elle pourrait bien composer avec ces pauvres lettres. Cinq voyelles, deux consonnes, elle ne l’aurait pas écrit ainsi. Elle jeta un coup d’oeil à Pirate. Lové sur son foulard de velours rouge, le bel angora observait la scène de son oeil unique, vert profond. Sa pupille hermétique était fendue, filtrant la lumière crue qui émanait de la lampe halogène. L’autre paupière avait été cousue. Il était altier, fier, et borgne. Abîmé, voilà, comme sa vie à elle.  
U, U, U, E, E, S, B. Les lettres dansaient dans son esprit, comme pour l’occuper à penser à autre chose qu’à lui. Foutue moquette.  
SUEE. BUEE. Evidemment, c’était nul. Ce jeu était nul.  
– Ce jeu est nul.  
Les deux autres la regardèrent. Elle frissonna à nouveau. L’avait-elle dit à voix haute ? Oui, sans doute. Elle se sentit obligée de dire autre chose, comme pour atténuer la portée de sa phrase incongrue :  
– J’ai soif. Mon royaume pour un Subway ! s’exclama-t-elle.  
Peine perdue. Ici, on buvait de la gentiane. Les bons jours, avec un doigt de cassis et deux glaçons. Ça lui rappelait sa tante Berthe, ça lui rappelait les jours étranges de son enfance avec Rita, quand leurs parents les laissaient toutes les deux dans le Loiret, aux grandes vacances, et que Berthe les traînait, sauterelles boudeuses exaspérées de déplaisir, à ses tournois de pétanque quotidiens devant la grande salle des fêtes de Pithiviers. Les pépés en short blanc, l’odeur des gitanes maïs, les leçons de politique internationale, servies à grands renforts de « Ça ne mange pas de pain ! » des virtuoses du cochonnet, l’atroce lenteur des après-midi, le temps qui s’arrêtait, là, sur le boulodrome écrasé de poussière jaune. Un truc à rendre gérontophobe la plus naïve des Agnès. Le petit chat mourait chaque jour à cinq heures, quand tout ce monde caquetant s’agglomérait au comptoir en noyer du Tohu-Bohu. Là, il y avait la patronne, Marcelle, drapée fermement dans sa dignité et son tailleur marron, qui vous mesurait l’Avèze en essuyant la dernière goutte avec le petit doigt, son chihuahua poitrinaire coincé sous l’aisselle gauche. Elle régnait, véloce et impitoyable, sur ses fidèles paroissiens chancelants, rajustait son indéfrisable d’un doigt dodu, et se remettait quatre fois par heure du Rouge Baiser fraise avancée en minaudant devant la pompe à bière.
Sacrées façons de grande dame, oui : Rita et Rose, le soir, dans leur chambre derrière la cuisine, passaient des heures à imiter Marcelle, son chien, son maquillage et le fameux coup de la petite goutte. Elles riaient aux larmes : il faut bien ça, quand on s’emmerde ; c’était sensationnel.  
Et puis, sagement, parce qu’elles étaient gentilles, au fond, elles allaient faire la vaisselle et puis descendre la poubelle. Après tout, elles étaient bien mieux là, au bon air, qu’à Paris 11e, rue des Boulets. Surtout que, de Notre-Dame à Saint-Eustache, de Saint-Julien-le-Pauvre à Saint-Germain-des-Prés, elles avaient arpenté, chaque dimanche, les travées de tout ce que la capitale comptait d’édifices gothiques, sous la houlette opiniâtre de leur mère, qui, quand elle ne tenait pas la caisse du commerce familial, se muait en inflexible égérie de Viollet-le-Duc : chapelle, cloître, église, cathédrale, tout était bon pour l’élévation de l’âme pieuse de sa progéniture. Au moins, à la campagne, on leur foutait presque la paix.  
 
Rose repensait à ce dernier été à Pithiviers, celui de leurs 15 ans. Prise d’une de ces inexplicables passions juvéniles, elle s’était offert tous les disques des Aphrodite’s Child et apprenait fiévreusement le grec ancien ; sa sœur avait embrassé la cause végétarienne avec un enthousiasme inusité dans cette famille de bouchers-charcutiers de père en fils depuis quatre générations.
Il fallait la voir, Rita, pinailler dans sa salade Stromboli, écartant du bout de la fourchette, l’oeil abattu, les petits dés de jambon cru comme autant de mines anti-personnel. Alors elle la harcelait, pour jouer : « Allez, je te le mange, ton jambon, mais file-moi donc les bouts d’avocat, aussi. Et puis la tomate, là. Et puis le maïs, tiens ! Allez, Rita, donne-moi ton coeur de palmier !  
Elle l’avait même torturée, ce jour d’année bissextile où la famille pouvait fêter l’anniversaire du père, le premier 29 février de leur adolescence, elle avait proposé de préparer le repas dominical avec sa sœur. Pendant que Rita lavait la salade, épluchait les navets et furetait dans le buffet aux battants en Formica à la recherche du paprika, elle avait couru à la chambre froide de l’officine familiale, et emporté la pièce sombre qui se cachait dans un tiroir tubulaire. Les couteaux et la ficelle à sa droite, elle avait posé le râble de lièvre sur la toile cirée puis l’avait fouillé, désossé et habillé en noircissant ses mains d’une chair luisante de la chaleur retrouvée. Elle changeait d’instrument plus que nécessaire, et multipliait les bruits de mort assourdie en portant le fer dans la venaison. Rita s’efforçait, autant que faire se peut, de paraître hermétique à cette fureur d’estoc et de taille, mais Rose avait aperçu ces larmes qui roulèrent et arrosèrent avec l’huile les pommes rissolant dans la friteuse. Au dehors, la langueur sèche de ce début d’année 1976 avait chassé le ciel humide de son enfance, et emporterait, quelques mois plus tard, les iris et renoncules qui saluaient au garde-à-vous les grands-parents remontant chaque dimanche l’allée à pas lents.  
Plus tard dans la soirée, il avait fallu consoler le terrible chagrin de la tante Berthe. La vielle dame, en effet, s’était toquée, depuis son veuvage, de cuniculture duveteuse en même temps que de tricot. Chaque printemps, elle tondait tendrement ses pensionnaires aux longues oreilles soyeuses. Sur son rocking-chair, dans la véranda, sous la treille, elle filait avec agilité la laine admirablement poilue, qu’elle allait teindre, à la veillée, de couleurs acidulées qui ravissaient ses yeux fatigués. Et, tout au long de ses soirées solitaires, elle s’ingéniait à confectionner aux deux sœurs d’adorables petits paletots, des écharpes frangées, de délicats bonnets, de coquettes mitaines. Aussi, quand, à l’issue d’une carrière lainière bien remplie, l’un des rongeurs molletonnés passait l’arme à gauche, de lassitude, d’épuisement ou d’embolie pulmonaire, c’était justice d’ornementer son trépas d’une marinade respectueuse des us, aux petits oignons.
Pourtant, le soir du civet et de l’acharnement aiguisé et dans doute héréditaire de Rose, Rita, prise d’une colère justicière et rendue ivre par  la soudaine tempête de neige qui pulvérisait la nuit glaciale, avait ouvert les portes des clapiers, derrière la grange, et rendu leur liberté à tous les petits lapins angora amoureusement élevés par Berthe. Grand bien leur fasse, elles n’avaient plus jamais remis les pieds à Pithiviers.  
Elles avaient fini de grandir rive droite, au lycée Hélène-Boucher et puis entre Jussieu et la Sorbonne, commentant, le soir, fort sérieusement, les cours qu’on leur dispensait, les films qu’elles avaient vus, recroquevillées sur les sièges défoncés de l’Action Christine, puis, à voix plus basse, les empressements furtifs de leurs soupirants qui certes bandaient réglementairement, oui, comme des pendus quoique plus gaiement, mais parvenaient rarement à leurs fins, avec l’une comme avec l’autre.  
Il faut dire que les étreintes clandestines sous les portes cochères, le long des quais pas si déserts que ça de la Seine, dans l’ombre des mâchicoulis de Saint-Médard ou même, comme il arrivait souvent à Rita, qui fréquentait beaucoup l’irascible ligne 10, à la faveur d’une station prolongée d’une rame bondée plongée dans l’obscurité d’un tunnel entre Cluny et Odéon, étaient peu propices à l’éclosion une vie sexuelle épanouie.  
La location d’une chambre de bonne commune dotée d’un lit deux places mit un terme définitif à leurs soupçons. Non, la turgescence estudiantine ne souffrait nullement de malfaçon, elle avait simplement besoin, comme toutes les autres, d’un peu d’abandon voire de tranquillité pour s’épanouir gracieusement. Et c’était si doux, finalement, de tout partager.  
 
Une giclée frappa les portes-fenêtres. Les branches d’un rhododendron fouettèrent la vitre. Le vent d’ouest se levait et détacha Rose des péripéties familiales.
– Je n’ai pas de vodka pour le Subway, mais j’ai du xérès, sourit Rita.
 
Sur le plateau, on lisait :
 
   D
   A
   R U T  
   D      C A S T O R  
E S S O R
           A
           C  
 
Ce faisant elle glissa deux E et un S, accompagnés d’une lettre blanche, vers la queue du CASTOR.
 
– Pour le X, j’utilise un joker, précisa-t-elle.
 
Steve faisait la moue.
 
– Moi, j’dis ça, j’dis rien, mais si tu places tes lettres différemment, tu doubles tes points, dit-il en essayant de prendre un ton mi-gouailleur mi-évasif qui lui allait mal.
Elle l’admirait, interrogative. Il composa un SEXE multiplié par sa rencontre avec le CASTOR et doublé par la case adéquate :
 
                 S
   D            E
   A            X
   R U T       E
   D      C A S T O R  
E S S O R
           A
           C  
 
– Steve ! s’exclama Rita, qui avait déjà pouffé lorsqu’il avait débuté la partie en RUT, suivi par le DARD de Rose qui avait fait un effort pour son premier tour, amusée par celui de Steve pour s’éloigner des habituelles constructions bourgeoises en six lettres.
Ce jeu était toujours aussi nul, mais la partie prenait vraiment une tournure moins monotone qu’à l’habitude. Elle regarda ses lettres et chercha comment les placer : CUBES. SUEES. BRUES. BUEES. BUSES. BOUSE.  
Non. Elle avait tort de s’emballer et elle enviait le pacha fourré qui avait quitté le foulard pour s’étirer sur le canapé de velours brun, une patte griffant un coussin replet comme une mimolette.
Steve, triomphant, posa sur le rebord supérieur du jeu deux U qui encadraient un E, le tout précédé d’un joker.  
– C’est un Q, les informa-t-il.
Il poussa sa QUEU amputée jusqu’au RUT :  
 
                 S
   D            E
   A Q U E U X
   R U T       E
   D      C A S T O R  
E S S O R
           A
           C  
 
– « QU », c’est avec une apostrophe, et c’est admis, se justifia Steve d’emblée.
La QUEU était bien placée, mais peu rémunératrice. Elle fit semblant de s’y intéresser :  
– Pourquoi utiliser des jokers qui ne rapportent pas de points pour créer des lettres comme Q et X ?
Rita parut surprise.  
– Voyons, Rose, c’est le Scrabble donné par tante Alice !
Non, elle ne connaissait pas le Scrabble de Tante Alice, ou l’avait oublié, comme elle avait presque effacé tante Alice de sa mémoire, la pauvre, qui devait leur offrir bon an mal an une dizaine de sacs de fraises Tagada, lorsqu’elle venait déjeuner le samedi. Enfin, elle avait aussi fait cadeau d’un jeu de Scrabble, et pas n’importe quel Scrabble…
– Oh mais oui, le Scrabble en espéranto ?
– oui, Rose, en espéranto, sans Q ni X donc, appuya Rita.  
Tante Alice et son Scrabble victorien sans Q ni X, ces lettres qui la scrutaient depuis le chevalet, U, U, U, E, E, S, B, la fourrure qui gémissait maintenant en se frottant contre les pieds de Steve, ce jeu qui sentait la lavande poussiéreuse, cette bruine qui n’en finissait plus, cette attente, tout ceci était absurde. Insupportable et absurde. Elle approcha la main de son chevalet pour poser une lettre et en finir, elle, la reine de la proscratination, puis sortir fumer une cigarette dans le crachin et l’y attendre, lui, qu’il la retrouve pleine de reproches mouillés et la sèche de sa voix et de ses bras. Absurde.
Un éclair.  
Elle vida le porte-lettres. Seul rescapé, un U contemplait le jeu depuis le bord de la table :
 
      U
      B
      U
      E          S
   D S          E
   A Q U E U X
   R U T       E
   D E    C A S T O R  
E S S O R
           A
           C  
 
– DS, on peut, ce ne sont ni des initiales, ni un nom propre, ni un nom commun, c’est la DS, prévint-elle.  
 
Steve ne disait rien. Il se pencha, laissant glisser vers le tapis sa manche en popeline potiron, fermée par un bouton trapézoïdal en bakélite havane sur lequel, s’il eût oublié s’appeler Steve Pélussin, il pouvait lire S.P. en lettres mordorées.
Le traître angora quitta les mollets, sauta sur la table et entreprit de mordiller l’extrémité de la chemise. Steve l’écarta maladroitement, la manchette s’ouvrit et la fermeture brune et or roula sur les sandales de Rose, suivie d’une dizaine de petits carrés blancs. Des jokers de Scrabble.
 
Rita rougit et Steve pâlit. A peine. Elle les revit le jour de leur mariage, à la sortie de l’église, et les coquilles d’huîtres décochées aux mariés par les ostréiculteurs aux cris de :  
« Pélussin !
Tes oursins !
Ton bernique !  
Qui rebique !
Et ton flion !
Ta Madelon !
Doit les voir !
Ce soir ! »

Le grand parapluie noir déployé par Steve avait protégé Rita du traditionnel lancer de bivalves, mais pas Rose, dont le chapeau au décor rose froufrouteux s’était paré de quelques coques grises et nacrées, comme des chaloupes émergeants d’un feu de Bengale.
C’était un symbole important pour Steve et ses collègues, cette pluie et ce riflard, celui de la mer qui apporte richesse et danger, et dont il devait la protéger.
La famille avait trouvé formidable la joyeuse sarabande des collègues de Steve, et son père avait promis à Rose que, le jour de son mariage, il veillerait à la couvrir pareillement d’os à moelle. La scène avait même déridé son grand père maternel, dont la face glacée par une récente congestion cérébrale avait été prise brusquement d’une hilarité gazeuse, comme une sublimation. Sa vieille bruyère de Saint-Claude, cadeau de ses camarades de régiment, lui en avait même échappé des mains pour rouler au pied des marches, où elle s’était indubitablement brisée en mille éclats désolés. Si Rose y avait vu un signe funeste, le reste de la famille avait feint courtoisement d’ignorer les conséquences fâcheuses d’un cassage de pipe inopiné un jour de noces.
 
Elle se remémorait maintenant Tante Alice, qui avait tant aimé la harangue de monsieur le curé. La vieille dame s’était empressée, alors qu’il évoluait au milieu des enfants d’honneur au sortir de la messe, de lui faire remarquer son « regard si bon au porteur de la traîne », un freluquet aux boucles noirs et à l’air renfrogné. Peut-être l’air qu’arborait Rose elle-même lorsque, avec ce même curé plus jeune de nombreux printemps, elle apprenait le catéchisme, et qu’il lui avait fait mimer l’entrée de Jésus dans Jérusalem, elle à califourchon sur sa cuisse gauche qu’il agitait rythmiquement pour figurer le dandinement de l’âne divin.
 
Steve se racla violemment la gorge, enchaîna sur une longue éructation, puis un gargouillis siphonnant. Ces borborygmes incongrus tirèrent Rose de sa torpeur.  
Mais le ronflement persistait. Non, ce n’était pas Steve, il était occupé à ranger les lettres du Scrabble sous les yeux gentiment réprobateurs de son épouse, et le bruit provenait de l’extérieur – d’ailleurs la respiration sifflante et sourde que l’on percevait maintenant était bien trop puissante pour provenir des bronches corrodées par l’iode de ce pauvre Pélussin.  
 
C’était lui. Lui, avec elle. A travers les arabesques dessinées par les gouttes, elle distingua enfin les contours de la Corvette et la silhouette qui s’en extrayait, dans le silence minéral revenu.
 
Elle fila, sans rien dire. Elle attrapa son sac et puis sa cape, dans l’entrée, s’en drapa. C’était tout ce qui lui restait de tante Berthe, cet envol fuchsia et poilu, au point de riz, trois longs mois d’été et autant d’automne pour offrir à ses épaules encore fières cette chatterie moelleuse qui finissait toujours par venir chatouiller le nez de quelqu’un. Elle était pieds nus dans ses sandales, il pleuvait toujours, elle referma la porte de derrière, silencieusement.  
Quand on écrit des romans roses, comme Rose, on redoute toujours la fin des soirées, la fin de la nuit, quand l’aube marmonne encore, quand l’héroïne enfin sent son cœur battre contre la poitrine aimée. La fin des histoires.
Rose ne trébuchait pas, sur les pierres disjointes de l’allée. La Corvette luisait, aimable et silencieuse, enfin, comme un dauphin féroce caréné pour tourner dans Mad Max à Tahiti.  
Il fumait, il la regardait arriver, il souriait. Il tenait sa lettre à la main, celle qui disait : « J’ai envie de rouler en bagnole avec toi, fumer des clopes, chanter des trucs, toucher ta bite pendant que tu conduis, rire, te sucer un peu, juste un peu, sourire, me branler, te fourrer les doigts dans la bouche, te regarder conduire, caresser tes poignets, te montrer mes seins, trois secondes, s’arrêter dans un routier, faire des clins d’oeil à la patronne, manger des andouillettes grillées en souriant, les yeux plissés, finir le quincy, et monter à l’étage, te laisser me trousser, me bouffer le cul, me faire chanter la raie avec ta langue, et m’enculer, soyeusement, les hanches souples, huilées, comme un beau V8, sur un édredon à fleurs. »  
Il caressa sa joue, tout doucement. Elle murmura, dans son cou, qu’elle aimait l’attendre, mais peut-être pas à ce point. Il dit : « Encore le Scrabble, c’est ça ? » Elle baissa la tête, juste assez pour la poser sur son épaule. Pour regarder en douce la carrosserie argentée. Un caprice, une coquetterie. Il restait quelques heures avant le matin, la route qui les attendait, le café au comptoir, les cigarettes allumées de tout près, les yeux cernés, les lèvres gonflées, les joues râpeuses, et l’édredon du Gai Logis. Elle n’avait même pas froid, elle ouvrait sa chemise, il  respirait fort, le nez dans ses cheveux, avec ses doigts qui la conduisaient là où elle aimait, sans rien dire, en glissant beaucoup parce qu’on n’attendait qu’eux.
 
Juste avant de s’allonger sur le capot, elle vit Rita et Steve, leurs yeux écarquillés derrière les vitres du salon. Loin, tellement. Elle tourna la tête, l’accueillit entre ses bras, referma sur eux la cape veloutée, et ses dents sur son épaule.  


 
 
 
 


Message édité par In Ze Navy II le 26-12-2006 à 02:31:57

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n° 11 * RED * Tiens, voilà ton thé, c'est du café.
n°10229002
Profil sup​primé
Posté le 26-12-2006 à 10:07:58  answer
 


c'est édifiant  [:mullet]

n°10229235
In Ze Navy​ II
Obsédée textuelle
Posté le 26-12-2006 à 11:22:26  profilanswer
 

Gothique, tu veux dire ? [:pingouino]


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n° 11 * RED * Tiens, voilà ton thé, c'est du café.
n°10229861
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 26-12-2006 à 14:05:38  profilanswer
 

mazette, dans quelle perle se cachait jusqu'ici cette huître ?
 
:bug:    
       :bug:        :bug:
 
:bug:
 
joyeuse pâques à tous

n°10229964
Profil sup​primé
Posté le 26-12-2006 à 14:32:13  answer
 

In Ze Navy II a écrit :

Gothique, tu veux dire ? [:pingouino]


 
nouille :D

n°10231513
In Ze Navy​ II
Obsédée textuelle
Posté le 26-12-2006 à 18:54:17  profilanswer
 

Oh un peu de, je ne sais pas, moi, bon sens :D
 
Bon. Faut que je range le premier post :o


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n° 11 * RED * Tiens, voilà ton thé, c'est du café.
mood
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Posté le   profilanswer
 

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