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Quels sont pour vous les trois livres de philo à lire pour un honnête homme ?


 
15.4 %
 273 votes
1.  "La république" de Platon
 
 
6.7 %
 119 votes
2.  "La métaphysique" d'Aristote
 
 
15.7 %
 279 votes
3.  "l'Ethique" de Spinoza
 
 
1.5 %
    27 votes
4.  "Essai de théodicée" de Leibniz
 
 
15.0 %
 266 votes
5.  "Critique de la raison pure" de Kant
 
 
17.8 %
 315 votes
6.  "Par delà le bien et le mal" de Nietzsche
 
 
5.9 %
 105 votes
7.  "L'évolution créatrice" de Bergson
 
 
6.4 %
 113 votes
8.  "Etre et temps" d'Heidegger
 
 
7.5 %
 133 votes
9.  "Qu'est-ce que la philosophie" de Gilles Deleuze
 
 
8.1 %
 144 votes
10.  "Moi, ma vie, mon oeuvre" de obiwan-kenobi
 

Total : 2656 votes (882 votes blancs)
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Auteur Sujet :

Philo @ HFR

n°34753333
pulpy000
Posté le 23-06-2013 à 15:44:14  profilanswer
 

Reprise du message précédent :
Hello!
Quelqu'un aurait des infos sur les sujets tombés au CAPES?
Merci d'avance!

mood
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Posté le 23-06-2013 à 15:44:14  profilanswer
 

n°34753401
Tietie006
Dieu ne joue pas aux dés.
Posté le 23-06-2013 à 15:57:31  profilanswer
 

pulpy000 a écrit :

Hello!
Quelqu'un aurait des infos sur les sujets tombés au CAPES?
Merci d'avance!


 
Non, mais une amie vient de planter l'agrégation et le capes pour la troisième fois, fin de l'aventure philosophique officielle. Toute une génération d'apprentis philosophes est sacrifiée, à cause du trop peu nombre de postes. Deux connaissances qui ont passé 4 fois le Capes et qui ont arrêté.


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L'arrière-train sifflera trois fois.
n°34753787
rahsaan
Posté le 23-06-2013 à 17:11:22  profilanswer
 

Tietie006 a écrit :


 
Non, mais une amie vient de planter l'agrégation et le capes pour la troisième fois, fin de l'aventure philosophique officielle. Toute une génération d'apprentis philosophes est sacrifiée, à cause du trop peu nombre de postes. Deux connaissances qui ont passé 4 fois le Capes et qui ont arrêté.


 
Je suis bien placé pour le savoir, pour avoir passé les concours (capes et agreg) un certain nombre de fois...  [:prodigy]
 
Ceci dit, cette année, ils ont intercalé un capes de philo (et dans les autres matières ?) avec inscriptions en février, écrits en juin 2013 et oraux en juin 2014. 140 places tout de même (contre 30-40 les années passées).  
On peut aussi s'attendre à une augmentation du nombre de places dans les années à venir.

Message cité 1 fois
Message édité par rahsaan le 23-06-2013 à 17:11:39

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Mon roman d'anticipation, L'I.A. qui m'aimait : https://tinyurl.com/mtz2p872 | Blog ciné/JV : http://cinecourt.over-blog.com
n°34753809
Tietie006
Dieu ne joue pas aux dés.
Posté le 23-06-2013 à 17:15:55  profilanswer
 

rahsaan a écrit :


 
Je suis bien placé pour le savoir, pour avoir passé les concours (capes et agreg) un certain nombre de fois...  [:prodigy]
 
Ceci dit, cette année, ils ont intercalé un capes de philo (et dans les autres matières ?) avec inscriptions en février, écrits en juin 2013 et oraux en juin 2014. 140 places tout de même (contre 30-40 les années passées).  
On peut aussi s'attendre à une augmentation du nombre de places dans les années à venir.


 
Le nombre de places ne peut qu'augmenter. Mais ça fait 15 ans qu'il n'y a quasiment plus de places et que les étudiants en philo se cassent les dents contre le peu de postes, surtout avec la concurrence des normaliens. Ca va créer toute une génération d'étudiants frustrés qui vont finir responsable du rayon culture à la FNAC !


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L'arrière-train sifflera trois fois.
n°34753843
pulpy000
Posté le 23-06-2013 à 17:21:20  profilanswer
 

Dur, dur...
Si d'aventure vous arrivez à avoir l'info pour la session de juin je suis preneur;)

Message cité 1 fois
Message édité par pulpy000 le 23-06-2013 à 17:21:39
n°34753847
rahsaan
Posté le 23-06-2013 à 17:21:45  profilanswer
 

Tietie006 a écrit :


 
Le nombre de places ne peut qu'augmenter. Mais ça fait 15 ans qu'il n'y a quasiment plus de places et que les étudiants en philo se cassent les dents contre le peu de postes, surtout avec la concurrence des normaliens. Ca va créer toute une génération d'étudiants frustrés qui vont finir responsable du rayon culture à la FNAC !


 
Oui, il y a 15 ans, il y avait énormément de places. Puis ça a été la période de vaches maigres et de nouveau, ils ouvrent les vannes en grand.  
Bref, aucune gestion à long terme, un jeu de montagnes russes au lieu de mettre un nombre à peu près stable de places.


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Mon roman d'anticipation, L'I.A. qui m'aimait : https://tinyurl.com/mtz2p872 | Blog ciné/JV : http://cinecourt.over-blog.com
n°34753865
rahsaan
Posté le 23-06-2013 à 17:26:19  profilanswer
 

pulpy000 a écrit :

Dur, dur...
Si d'aventure vous arrivez à avoir l'info pour la session de juin je suis preneur;)


 
Rien de sorti encore... Il va falloir attendre le rapport du jury. Qui, philosophie oblige, sort toujours le dernier, bien longtemps après les autres disciplines, chez qui les jurés se sentent bêtement obligés de respecter des délais convenables...


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Mon roman d'anticipation, L'I.A. qui m'aimait : https://tinyurl.com/mtz2p872 | Blog ciné/JV : http://cinecourt.over-blog.com
n°34756496
LeBouchero​nd
Ça bouche quand c'est rond
Posté le 23-06-2013 à 23:38:05  profilanswer
 

Est-ce qu'il y a des amateurs de Wittgenstein par ici?
J'ai lu le Tractatus (en fermant les yeux sur les pavés de logique symbolique). N'y comprenant pas grand chose, j'ai lu les pages de Wittgenstein, une introduction consacrées au Tractatus J'ai été très agréablement surpris par la clarté et la pédagogie dont fait preuve l'auteure, Chiara Pastorini, et je garde le livre sous la main au cas où j'attaque le "second Wittgenstein". J'ai complété ça avec un "dictionnaire Wittgenstein" écrit par un allemand, je crois, et un vieil ouvrage de Christiane Chauviré où j'ai pioché deux trois passages.
Avant de me consacrer aux Recherches Philosophiques, je compte lire une biographie du personnage en question. La plus en vogue semble être celle de Ray Monk. Si quelqu'un l'a lue, est-ce qu'il peut en dire quelques mots (accessibilité, ratio biographie/explication etc.)?


Message édité par LeBoucherond le 23-06-2013 à 23:40:11

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"Donkeys might maintain that a good bray is more exquisite than the music of Bach" (Bertrand Russell)
n°34757720
rahsaan
Posté le 24-06-2013 à 09:40:10  profilanswer
 

Ch. Chauviré est une bonne spécialiste de Wittgenstein, oui.  
 
Plonge-toi dans les Recherches philosophiques :)  
Tu peux aussi lire son dernier opuscule, De la certitude, très accessible.


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Mon roman d'anticipation, L'I.A. qui m'aimait : https://tinyurl.com/mtz2p872 | Blog ciné/JV : http://cinecourt.over-blog.com
n°34771144
LeBouchero​nd
Ça bouche quand c'est rond
Posté le 25-06-2013 à 09:47:33  profilanswer
 

Je compte bien me noyer plonger dans les Recherches Philosophiques. Je voulais juste lire une petite biographie avant.
Pour Chauviré, de ce que j'ai lu, c'est relativement clair. Le plus accessible étant le livre que j'ai cité dans mon message précédant: http://www.amazon.fr/Ludwig-Wittge [...] ttgenstein.
 
HS: pas mal ton deuxième lien en signature, c'est ton blog?


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"Donkeys might maintain that a good bray is more exquisite than the music of Bach" (Bertrand Russell)
mood
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Posté le 25-06-2013 à 09:47:33  profilanswer
 

n°34771338
rahsaan
Posté le 25-06-2013 à 10:05:25  profilanswer
 

(Oui c'est un blog que j'ai tenu un moment :D
Je ne l'ai plus mis à jour depuis longtemps :o )


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Mon roman d'anticipation, L'I.A. qui m'aimait : https://tinyurl.com/mtz2p872 | Blog ciné/JV : http://cinecourt.over-blog.com
n°34771975
LeBouchero​nd
Ça bouche quand c'est rond
Posté le 25-06-2013 à 10:46:36  profilanswer
 

Un point de vue intéressant et mesuré pour Muray, Nolan, la Joconde et Zizek (qui a fait un très bon documentaire sur le cinéma au demeurant http://www.amazon.fr/Perverts-Guid [...] e+pervert)
Méchant mais parfaitement vrai sur la mozarella, Barcelone (Sagrada Familia [:everything4free]) et Drive (on dirait un clip musical qui s'étire trop en longueur).
Par contre, tu es injuste en ce qui concerne les chats [:noix-de-cachou].


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"Donkeys might maintain that a good bray is more exquisite than the music of Bach" (Bertrand Russell)
n°34772312
rahsaan
Posté le 25-06-2013 à 11:07:24  profilanswer
 

Encore que depuis, j'ai découvert de la mozarella qui a bon goût (mais c'est plus cher :o) et je garde tout de même une certaine sympathie pour Zizek, qui est un bon agitateur d'idées. Ses livres brassent énormément de thèmes. On est parfois étourdis, mais c'est très stimulant.  
Je ne lui donnerais pas tort de défendre le Sujet face aux diverses déconstructions contemporaines (structuralisme, sociologie, neurologie etc.)  
 
Ceci dit, il se répète souvent. Un spécialiste français du Slovène parle de "l’impression déroutante de « déjà lu » qui accompagne chaque nouvelle publication de l’auteur slovène" et sa tendance à "la reprise obsessionnelle de contenus déjà existants en vue de leur amélioration".  
http://actu-philosophia.com/spip.php?article372
 
Paraît-il qu'un livre récent est une somme totalement originale cette fois :  
" Less than Nothing : Hegel and the Shadow of Dialectical Materialism (London, Verso, 2012). Ce grand et fort épais livre – plus de mille pages – paraissant chez Verso en mai 2012, a été présenté à de nombreuses reprises par Žižek tout au long de ces cinq dernières années de préparation, comme représentant l’œuvre de sa vie. On reproche souvent au philosophe slovène le caractère brouillon de ses livres effectivement écrits la plupart du temps dans l’urgence. Bien souvent, comme Lacan naguère, il faut rapporter les développements de Žižek à l’aune de la perspective polémique et stratégique qu’il adopte vis-à-vis des lectures qui accaparent son attention du moment. Décidé à conjurer son penchant à l’empressement, Žižek a entrepris il y a cinq ans, de prendre le temps d’écrire un livre entièrement original, proposant une interprétation systématique de sa lecture de Hegel via Lacan."


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Mon roman d'anticipation, L'I.A. qui m'aimait : https://tinyurl.com/mtz2p872 | Blog ciné/JV : http://cinecourt.over-blog.com
n°34772896
LeBouchero​nd
Ça bouche quand c'est rond
Posté le 25-06-2013 à 11:40:22  profilanswer
 

rahsaan a écrit :

Encore que depuis, j'ai découvert de la mozarella qui a bon goût (mais c'est plus cher :o) et je garde tout de même une certaine sympathie pour Zizek, qui est un bon agitateur d'idées. Ses livres brassent énormément de thèmes. On est parfois étourdis, mais c'est très stimulant. "


Je déteste cette expression journalistique  :( . Cela dit, c'est vrai. J'ai lu très peu de choses de lui mais son Plaidoyer en faveur de l'intolérance a le mérite de montrer que le modèle multiculturel libéral n'est pas si parfait que nous voulons bien le croire ... même si je le défends.  
 

Citation :

Je ne lui donnerais pas tort de défendre le Sujet face aux diverses déconstructions contemporaines (structuralisme, sociologie, neurologie etc.)


Rho oui mais cette mode semble passer. Ça me fait penser à cet excellent passage de Déclin de la morale? Déclin des valeurs? de Boudon:

Spoiler :

« Ainsi, ce qui apparaît comme autonomie serait en réalité hétéronomie ; ce qui apparaît blanc serait en réalité noir ; plus l'individu se sent libre plus cela indique qu'il est placé sous l'emprise des structures. Beck s'inscrit ici brillamment dans la longue lignée des « maitres du soupçon ». Le caractère ininterrompu de cette lignée s'explique notamment parce qu'il existe toujours un public heureux d'apprendre à travers des voix prétendument autorisées que ses malheurs sont dus à ce que l'organisation sociale est au service de forces puissantes et maléfiques, mais clandestines, que seul le regard perçant du penseur d'avant-garde peut saisir. » (Raymond Boudou, Déclin de la morale? Déclin des valeurs?)


 

Citation :

Ceci dit, il se répète souvent. Un spécialiste français du Slovène parle de "l’impression déroutante de « déjà lu » qui accompagne chaque nouvelle publication de l’auteur slovène" et sa tendance à "la reprise obsessionnelle de contenus déjà existants en vue de leur amélioration".  
http://actu-philosophia.com/spip.php?article372


Je me rappelle avoir lu et entendu une même blague ressortie dans un livre, un article et des entretiens. Mais elle était tellement bonne, que je ne me rappelle même plus son contenu ... Je suis méchant, il est souvent drôle le bougre: http://www.youtube.com/watch?v=a5yoqjABeBM .


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"Donkeys might maintain that a good bray is more exquisite than the music of Bach" (Bertrand Russell)
n°34773257
rahsaan
Posté le 25-06-2013 à 12:09:05  profilanswer
 

Oui, enfin Boudon caricature énormément. D'autant que son but est plus ou moins d'associer Beck à Bourdieu, ce dernier étant son véritable adversaire, qu'il a beau jeu d'associer à un sociologue comme Beck, qui joue tout de même dans la division d'en-dessous :o
 
Or, Bourdieu ne travaille pas à déterrer des forces obscures, limites maléfiques, qui briment secrètement l'individu. Il cherche à objectiver les pratiques des agents pour comprendre le fonctionnement des univers sociaux.  
 
Ceci étant dit, la lecture de Michéa m'a convaincu de prendre de la distance par rapport à cette "métaphysique sociale" de Bourdieu, qui tend à ne voir le monde social que comme un jeu de forces anonymes, sur lesquelles l'individu n'a presque aucune prise. Métaphysique déterministe qui, Michéa le montre, se conjugue bien avec l'idéologie du Marché, instance anonyme et neutre qui se contente de réguler les échanges d'une façon strictement technique (non-morale et non-politique).
 
Comme le disait Bouveresse dans son livre de 1984, Le philosophie chez les autophages (je paraphrase de mémoire), en retirant à l'individu l'initiative de ses actions et en dénonçant dans le même temps les injustices sociales, Bourdieu nous enlève aussi toute raison de les combattre et toute ressource morale pour le faire.


Message édité par rahsaan le 25-06-2013 à 12:28:16

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Mon roman d'anticipation, L'I.A. qui m'aimait : https://tinyurl.com/mtz2p872 | Blog ciné/JV : http://cinecourt.over-blog.com
n°34773400
LeBouchero​nd
Ça bouche quand c'est rond
Posté le 25-06-2013 à 12:22:34  profilanswer
 

C'est pas faux. Il cherche absolument à faire passer Bourdieu pour un gourou holiste, ce qu'il n'est pas. La querelle de chapelle entre "holistes" et partisans de l'"individualisme méthodologique" est souvent d'un ridicule  :sarcastic: ... Il n'empêche qu'en faisant abstraction de cette petite guéguerre, je trouve qu'il a raison lorsqu'il affirme qu"il existe toujours un public heureux d'apprendre à travers des voix prétendument autorisées que ses malheurs sont dus à ce que l'organisation sociale est au service de forces puissantes et maléfiques, mais clandestines, que seul le regard perçant du penseur d'avant-garde peut saisir.".
 
Pour Beck, je ne l'ai jamais lu donc je me garde bien de le critiquer. J'ai seulement eu quelques indications sur la La Société Du Risque dans mes cours de socio. Ça à l'air d'être une thèse intéressante mais un peu "fourre-tout".
Pour en revenir à Bourdieu, je ne suis pas un grand amateur mais je le respecte beaucoup. Par contre, ses épigones sans subtilité ...


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"Donkeys might maintain that a good bray is more exquisite than the music of Bach" (Bertrand Russell)
n°34773502
rahsaan
Posté le 25-06-2013 à 12:35:03  profilanswer
 

Oui il y a un public qui est heureux qu'on lui dise qu'un complot sataniste est responsable de nos malheurs. Mais ce n'est pas à eux que s'adresse Bourdieu... Pour ça, voir plutôt Soral et cie... :p
 
Je pense que Bourdieu assume le terme de "holisme". Il cherche à penser les totalités sociales et leurs relations entre elles.  
Par contre, j'ai toujours trouvé le terme d'individualisme "méthodologique" assez faux. Ce n'est pas si "méthodologique" que ça, cela semble bien "ontologique". Boudon pose, en libéral, l'existence d'un individu maître de ses représentations et libre de ses choix, donc capable de décisions rationnelles = calculables, mesurables.
De sorte que sa sociologie n'est jamais, me semble t-il, que la traduction "métaphysique" de la mentalité de l'entrepreneur capitaliste. Il fournit au patronat la sociologie qu'il aime entendre...  
 
Mais pour Michéa, le holisme déterministe de Bourdieu se conjuguerait assez bien lui aussi avec le libéralisme, en ce sens que la liberté de l'individu doit, dans le libéralisme, coexister avec une instance purement déterministe, l'Economie ou le Marché, qui pose le cadre absolu de l'agir individuel et qu'il est vain de contester. A la limite, Michéa associerait Boudon et Bourdieu comme deux faces d'une même médaille, deux métaphysiques qui permettent d'évacuer entièrement la compréhension des pratiques de générosité, d'entraide, de dons etc. , parce qu'elles réduisent finalement la psyché de l'individu à la poursuite de son intérêt bien compris.


Message édité par rahsaan le 25-06-2013 à 12:59:25

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n°34774056
LeBouchero​nd
Ça bouche quand c'est rond
Posté le 25-06-2013 à 13:27:58  profilanswer
 

Attention à ne pas réduire l'homos sociologicus de Boudon à un simple homos economicus inséré tel un atome social dans le grand vide du marché tout puissant. D'ailleurs, c'est une vision que ne partage pas les économistes, même pas (et surtout pas) les hayékiens.

 

L'individualisme est méthodologique dans les sens où le macro est expliqué par le micro et micro par des raisons. Pour Boudon, l'IM repose sur un "double postulat, à savoir que les phénomènes sociaux sont l'effet de comportements individuels compréhensibles et que les causes d'un comportement résident dans le sens qu'il revêt pour l'individu à savoir dans les raisons impersonnelles et personnelles, i.e. les motivations, qui l'ont inspiré." et cela "n'implique nullement que l'être humain soit un atome suspendu dans un vide social. Il appartient au contraire à un environnement social, politique et culturel. Il a un passé. Il a des ressources cognitives et culturelles variables d'un individu à l'autre. Mais ces données constituent les paramètres et non les causes de son comportement.". Pour prendre un exemple précis, on peut s'appuyer sur sa théorie des inégalités scolaires.

 

Il explique celles-ci en grande partie par un facteur économique. Dans ce cas, l'individu (les parents en l'occurrence) est bien "maître de ses représentations et libre de ses choix, donc capable de décisions rationnelles = calculables, mesurables." comme tu dis. Ils réalisent des "calculs coûts / avantages" si bien qu'à réussite scolaire égale:
 - les enfants issus des classes populaires sont orientés par leurs familles vers des études courtes (coût d’une année supplémentaire important)
 - les enfants issus des classes supérieures sont orientés par leurs familles vers des études longues (revenus importants amortissant facilement le coût d'une année suplémentaire)
Mais ce facteur est renforcé par ce qu'il appelle le "mécanisme du groupe de référence" qui fait que les familles tendent à déterminer leurs ambitions et décisions en matière d’orientation en fonction de leur position sociale. C'est un acte conscient (pas de misérabilisme) régi en fonction de paramètres biens sociaux. Cela permet d'éviter d'expliquer toutes les inégalités sociales à partir de l'hénauurme handicap socio-culturel et de la "violence symbolique" des classes dominantes même si ça joue surement.
Le sociologue doit faire comme si l'individu est conscient de ce qui l'entoure et décide de composer plus ou moins rationnellement avec. Après, si ça rejoint la weltanschauung du MEDEF ...

 


Pour l'holisme, à vrai dire, je pense que personne ne se réclame vraiment de cette appellation qui est plutôt utilisée à des fins polémique. Boudon fait effectivement une présentation caricaturale des éléments théoriques de Bourdieu. Par exemple, en disant que "l'habitus version structuraliste fait que le dominé accepte d'être dominé ou que le dominant apprécie moins la soupe aux choux que le dominé. Les uns et les autres sont manipulés sans le savoir par les tireurs de ficelles que sont les structures sociales." il exagère et ne prend en compte que les habitus de classe. Or il n'y a pas que celui-là pour Bourdieu, il y a aussi un "habitus individuel" propre à chaque individu.

 
Citation :

A la limite, Michéa associerait Boudon et Bourdieu comme deux faces d'une même médaille, deux métaphysiques qui permettent d'évacuer entièrement la compréhension des pratiques de générosité, d'entraide, de dons etc. , parce qu'elles réduisent finalement la psyché humaine à l'agir intéressé.


Tu as raison. J'avais lu un texte assez gratiné de Bourdieu sur le mariage où il ne laisse aucune place au romantisme, même au temps du "mariage d'amour"  :lol: . Après, je suis moi-même biaisé. Je considère, un peu comme les moralistes à l'ancienne, que toutes actions humaines est le résultat d'un composé et d'un arbitrage entre deux éléments: l'amour-propre et la vanité.

 

Je ne connais pas Michéa, je sais juste qu'il a préfacé un bouquin de Christopher Lasch que j'ai acheté mais que je n'ai jamais lu  :pfff: .

 

EDIT:  

Citation :

Oui il y a un public qui est heureux qu'on lui dise qu'un complot sataniste est responsable de nos malheurs. Mais ce n'est pas à eux que s'adresse Bourdieu... Pour ça, voir plutôt Soral et cie... :p


Soral [:skip']. Bourdieu est dix mille fois plus intéressant que cet hurluberlu. Il a écrit de très belles choses sur la création artistique (les passages sur l'Education Sentimentale [:gum] ) et sur la sociologie des pratiques culturelles mais qu'en il s'est transformé vers la fin de sa vie en contempteur acharné du "néolibéralisme" méchant qui nous envahit, il n'en est pas loin du "complot sataniste [qui] est responsable de nos malheurs" (je trolle un peu,  ;) et je précise que suis un libéral très modéré)


Message édité par LeBoucherond le 25-06-2013 à 14:13:58

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"Donkeys might maintain that a good bray is more exquisite than the music of Bach" (Bertrand Russell)
n°34778245
rahsaan
Posté le 25-06-2013 à 17:56:27  profilanswer
 

(J’étais parti pour répondre en quelques lignes, et voilà que j’en ai fait tout un développement).
 
Michéa mène une critique du libéralisme, critique étant bien à entendre non en un sens destructif mais au sens « kantien » où l’on étudie l’étendue et les limites légitimes qui devraient être celles de ce mode d’organisation sociale. Selon Michéa, le libéralisme n’est pas seulement un système économique, une idéologie, mais un « fait social total » (Mauss), qui touche à tous les secteurs de la vie humaine. C’est pourquoi il parle dans L’Empire du moindre mal de la « civilisation libérale ».  
 
Pour comprendre l’origine et les fondements du libéralisme, Michéa remonte aux guerres de religion, guerres considérées à l’époque comme particulièrement cruelles et tragiques, car elles opposent non pas deux nations ennemies mais des compatriotes. De là l’idée que la guerre est le pire de tous les maux ; pour Pascal (une des sources principales de la « philosophie » bourdieusienne – cf. Les méditations pascaliennes), un ordre reposant sur l’illusion et la dissimulation de son arbitraire vaut mieux que le désordre, la sédition.  
Le libéralisme naît au moment où l’on décide que l’État ne doit plus défendre telle ou telle religion, de sorte que la conviction religieuse sera reléguée dans la sphère privée, confiée à la conscience de l’individu : ce dernier sera libre d’avouer sa confession mais il ne devra plus exiger que tous la partagent. L’État devient donc neutre en matière religieuse.  
Là est la matrice du libéralisme ; car, petit à petit, on en vient à estimer que l’État ne doit plus prendre parti ni dans la religion, ni dans les convictions morales, qu’il ne doit bientôt même plus défendre telle ou telle philosophie particulière. En somme, l’individu se voit de plus en plus laissé à ses propres choix concernant toutes les dimensions de son existence. Par opposition, le républicanisme continue de défendre un certain socle de vertus collectives ; le socialisme originel, dont se réclame plus précisément Michéa, veut maintenir une mentalité d’entraide, de générosité, de décence commune. En gagnant du terrain, le libéralisme abat peu à peu toute notion de communauté.  
 
Les libéraux en revanche, craignant que la défense d’une philosophie particulière ne revienne provoquer de grandes catastrophes, tend à éliminer complètement la référence à des valeurs partagées, qu’elles soient morales, esthétiques etc. On comprend au passage la valorisation institutionnelle des différents courants philosophiques d’après-guerre, qui défendent la « mort de la philosophie » : désormais, on s’interdira la référence à une vision du monde commune, on laissera à chacun le droit de défendre ses intérêts comme il l’entend.  
Le « doux commerce » défendu par Montesquieu doit permettre de propager la paix entre les peuples – car le commerce ne peut pas se faire sereinement dans un pays en guerre, ou dans une société qui vit encore selon un mode d’organisation, jugé désormais archaïque, où l’on met des limites spatiales et temporelles à l’exercice du commerce. Un libéral, en revanche, a du mal à comprendre qu’on veuille interdire aux gens de travailler le dimanche ou qu’on les décourage d’avoir plusieurs emplois…
 
 Le libéralisme repose en dernier lieu sur une anthropologie désespérée : l’homme est un être égoïste, mû essentiellement par l’appât du gain (naturalisation de la mentalité de l’entrepreneur rationnel, théorie des jeux etc.), et dont les appétits peuvent devenir féroces si on ne trouve pas les moyens de les satisfaire sous une forme acceptable. On comprend alors que le libéralisme doive à la fois valoriser fortement la subjectivité, donc l’initiative individuelle, l’autonomie, tout en défendant simultanément, et sans trop regarder cette contradiction de près, l’idée d’une nécessité anonyme du développement du marché, considéré comme un de ces « processus sans sujet » chers au structuralisme. L’absence de recherche de préférences partagées mène à une individualisation extrême des modes de vie. Chacun est bien libre de s’affirmer dans son identité singulière comme il l’entend. La théorie des genres a en particulier parti pris dans cette destruction d’un socle axiologique commun : le genre est une constructions sociale arbitraire etc. Plus généralement, toute norme est considérée comme relative, contingente. Toute vertu n’est qu’une valeur. La raison doit être déconstruite, l’homme n’est qu’une construction historique etc.
Le libéralisme est en ce sens une philosophie de la fin de la philosophie, une anti-philosophie en fait.  
Les seules limites imposables à l’action individuelle sont celles de la reconnaissance mutuelle des libertés : je peux tout faire pourvu que cela ne nuise pas à autrui. Le droit reçoit donc une définition avant tout négative : j’ai le droit de faire tout ce que la loi n’interdit pas.  
 
On pourrait continuer l’énumération longtemps ; mais allons aux conséquences : ce que Michéa voit à l’œuvre, c’est le retour de la guerre de chacun contre tous que le libéralisme se donnait pour but de contrecarrer. Le mythe du progrès, la foi aveugle en l’avenir, forment un paravent pour l’extension de l’exploitation de l’homme par l’homme. Michéa énumère quelques conséquences obscènes qui donnent à réfléchir. Si la prostitution est un métier comme un autre, pourquoi ne pas proposer à des ouvrières au chômage de se reconvertir en hôtesses d’établissements de charme ? Pourquoi ne pas ouvrir des écoles pour former au plus vieux métier du monde ?...  
Le premier livre de Houellebecq montrait bien l’extension du domaine de la lutte des classes aux relations amoureuses et sexuelles. Sur le marché de la séduction, seuls les plus avides l’emporteront. Les autres se contenteront de supporter leur misère sexuelle.  
 
Là où Michéa reste un critique non-dogmatique du libéralisme, c’est qu’il accorde qu’il fallait trouver une solution pour sortir des guerres de religion. De plus, le socialisme passe aussi par la défense des vertus individuelles, tel que la responsabilité, l’esprit d’initiative, la capacité à répondre de soi etc. (Lasch est plus éclairant sur ce point, dans sa description de la mentalité populiste). Tout n’est pas à jeter dans le libéralisme, mais ce qui doit être dénoncé, c’est son extension aveugle et indéfinie à toutes les sphères de l’existence humaine. Pour Michéa, dans la logique actuelle, le temps joue contre les gens ordinaires qui ont toutes les peines du monde à maintenir une existence décente digne de ce nom, face à l’assaut des différents docteurs Mabuse qui veulent prendre en charge les différents aspects de leur existence.  
 
…  
 
Les moralistes des Lumières forment certainement une référence pour les libéraux, et aussi pour Bourdieu…  
La Bruyère décortique les vices humains ; La Rochefoucault ramène ces vices à un vice primordial, l’égoïsme tout-puissant, qui explique même les attitudes apparemment désintéressées. On comprend que l’homme de cour, de par son ambition, sa mesquinerie, son hypocrisie permanente (l’artifice devient chez lui une seconde nature) incarne un aspect peu reluisant de la condition humaine. Le libéral conséquent se résigne à cette conception pessimiste de l’homme en société. Pour Voltaire, en matière d’argent, tout le monde est d’accord. Ce sujet seul fait l’unanimité parmi les hommes.  
Le film de Patrice Leconte, Ridicule, met magistralement en scène cette vie de cour sous Louis XVI, à son époque de décadence finale, quand les rituels et les formes de la sociabilité ne font presque plus illusion face à la réalité de l’avidité des individus. La vie sociale n’est plus qu’une conjugaison d’égoïsmes : avouons-le une bonne fois pour toutes, dira le libéral, et administrons rationnellement une société qui satisfasse l’homme tel qu’il est, naturellement et indépassablement.
 
On peut toutefois douter que cette description faite par les moralistes (les seuls hommes que ces auteurs avaient sous les yeux) puisse être étendue à toute l’humanité et fonder une anthropologie générale, comme s’il était démontré que dans tous les milieux sociaux, les gens se comportent comme le courtisan versaillais moyen (un égoïste obligé de se dissimuler pour parvenir à ses fins).
Michéa défend, à la suite d’Orwell, une vision de l’homme beaucoup plus optimiste et nous montre la force de résistance de la grande partie des classes populaires, dont la réalité de l’existence demeure parfaitement cachée, car incompréhensible, aux dirigeants et intellectuels libéraux dominants. Constat rassurant, dont on ne peut que souhaiter qu’il soit vrai, quand on se souvient de cette inquiétante assertion de Chomsky, disant que les institutions peuvent d’autant mieux gouverner les gens que, grâce aux sciences humaines,  elles connaissent maintenant mieux les individus que ceux-ci ne se connaissent eux-mêmes.  


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Mon roman d'anticipation, L'I.A. qui m'aimait : https://tinyurl.com/mtz2p872 | Blog ciné/JV : http://cinecourt.over-blog.com
n°34781656
LeBouchero​nd
Ça bouche quand c'est rond
Posté le 26-06-2013 à 00:14:12  profilanswer
 

Merci pour cette longue description argumentée de la pensée de Michéa  :jap:

 

Jusqu'à Vendredi, je n'ai malheureusement pas le temps de revenir précisément sur deux, trois points qui me chiffonnent dans cet (més)interprétation du libéralisme qui est à mon sens pluriel. Il y a une grande différence entre le libertarianisme radical (anarchiste ou "minarchiste" ) et le libéralisme d'un Tocqueville par exemple. Cette année, mon prof de philo nous a fait un cours sur les Principes de la philosophie du droit de Hegel qu'il présentait presque comme un libéral et à la lecture de certains chapitres, je ne suis pas loin de penser pareil.

 
Citation :

En gagnant du terrain, le libéralisme abat peu à peu toute notion de communauté.  


Des communautés, ça existe et il y en a beaucoup. Un Etat tocquevillien ou hégélien est sensé assurer la survie des corps intermédiaire de peur d'une "dérive rousseauiste" (§258 des Principes) où l'individu n'a plus de droit de cité en dehors de son appartenance à la communauté politique. Un libéral te diras qu'il faut composer avec les communautés et non imposer une communauté politique à tous prix. Certes, c'est une position très critiquable et assez irréaliste sur bien des points ... On ne construit pas un État-nation comme ça.

 

Pour les moralistes (pourquoi des Lumières?), je les aime bien car ... ils sont drôles déjà. Plus sérieusement, ils permettent d'éviter l'écueil romantique insupportable des philosophies de la sincérité ou de l'authenticité (je déteste ce mot).
Je n'ai pas lu grand chose de La Bruyère que j'ai énormément de mal à comprendre même littéralement. J'ai une culture antique minable, ça va bien pour lire des pièces de théâtres en se renseignant avant sur les joyeusetés familiales des z'héros en question mais sinon :sweat: En plus des références, le style ciselé et la subtilité de la narration aussi rendent difficile la lecture pour nos maigres cervelets contemporains.
En ce qui concerne La Rochefoucauld, le vice primordial est plus l'amour-propre que l'égoïsme à mon avis chez lui. Au fond, cela l'amène à la très traditionnelle critique de la passion. Le problème est parfaitement traité par Molière dans Le Misanthrope: entre Alceste et Philinte, Molière préfère Philinte ... et il a bien raison. Alceste n'est pas ce "courtisan versaillais moyen", il n'est pas hypocrite et n'est pas un ambitieux tirant les ficelles du vain jeu social. Il est simplement rempli à raz-bord d'amour propre et surtout de vanité, choses encore pire que l'égoïsme. Si le monde serait peuplé d'Alceste, il serait invivable. Cette pièce est la meilleure "éducation sentimentale" qu'on puisse donner à un adolescent encore bercé par ses tendres illusions et sa vaine rébellion contre les hypocrites.
La tendance au "populisme" d'Orwell me chagrine un peu de ce point de vue ...
Enfin, attention à ne pas pas voir l'intérêt que d'un point de vue financier ou matériel. La vie d'un ermite peut très bien s'analyser à travers ce genre de thèses moralistes. J'avais une citation de Cioran à ce sujet mais je l'ai oublié ...

 

Au plaisir de te revoir  [:cetrio:1]


Message édité par LeBoucherond le 26-06-2013 à 00:21:58

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"Donkeys might maintain that a good bray is more exquisite than the music of Bach" (Bertrand Russell)
n°34794278
rahsaan
Posté le 27-06-2013 à 00:24:45  profilanswer
 

Tu as raison, La Rochefoucauld parle de l'amour-propre, pas de l'égoïsme. C'est d'ailleurs en partie contre lui que Rousseau fait la distinction entre amour de soi, qui est sain et naturel, de l'amour-propre, artificiel, corrompu, dû à la vie sociale.  
La coupure demeure toujours la même : la nature humaine est-elle en soi mauvaise (corrompue par le péché originel) ou bien mauvaise à cause de la corruption des institutions sociales ?
 
Et puisque tu as du mal avec cet auteur, un petit texte de la Bruyère, pour te réconcilier avec lui : L'amateur de tulipes.
 
"Le fleuriste a un jardin dans un faubourg : il y court au lever du soleil, et il en revient à son coucher ; vous le voyez planté, et qui a pris racine au milieu de ses tulipes et devant la Solitaire : il ouvre de grands yeux, il frotte ses mains, il se baisse, il la voit de plus près, il ne l’a jamais vu si belle, il a le cœur épanoui de joie ; il la quitte pour l’Orientale, de là il va à la Veuve, il passe au Drap d’or, de celle-ci à l’Agathe, d’où il revient enfin à la Solitaire, où il se fixe, où il se lasse, où il s’assit, où il oublie de dîner ; aussi est-elle nuancée, bordée, huilée, à pièces emportées ; elle a un beau vase ou un beau calice : il la contemple, il l’admire. Dieu et la nature sont en cela tout ce qu’il n’admire point, il ne va pas plus loin que l’oignon de sa tulipe, qu’il ne livrerait pas pour mille écus, et qu’il donnera pour rien quand les tulipes seront négligées et que les œillets auront prévalu. Cet homme raisonnable, qui a une âme, qui a un culte et une religion, revient chez soi fatigué, affamé, mais fort content de sa journée ; il a vu des tulipes."
 


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n°34797899
Tietie006
Dieu ne joue pas aux dés.
Posté le 27-06-2013 à 12:29:21  profilanswer
 

rahsaan a écrit :

Tu as raison, La Rochefoucauld parle de l'amour-propre, pas de l'égoïsme. C'est d'ailleurs en partie contre lui que Rousseau fait la distinction entre amour de soi, qui est sain et naturel, de l'amour-propre, artificiel, corrompu, dû à la vie sociale.  
La coupure demeure toujours la même : la nature humaine est-elle en soi mauvaise (corrompue par le péché originel) ou bien mauvaise à cause de la corruption des institutions sociales ?
 


 
Le débat n'est pas encore tranché ...les marxistes pensaient que c'était la société capitaliste injuste qui rendaient l'homme mauvais et qu'une organisation socialiste puis communiste de la société rendrait l'homme bon comme le pain, voir le mythe de la délinquance Zéro en URSS. Mais même dans les phalanstères de Fourrier (qui ont tous périclités), habités par des idéalistes, il y aurait toujours un Robert  Macaire, beau parleur et arriviste, qui tirerait la couverture à soi, c'était la critique que faisait Stendhal au projet utopique de Fourrier. J'aime bien l'explication du Mal, par Saint-Augustin, par l'existence du libre-arbitre. C'est notre libre-arbitre qui fonde le mal et pas notre nature.


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L'arrière-train sifflera trois fois.
n°34799428
rahsaan
Posté le 27-06-2013 à 14:33:10  profilanswer
 

Tiens, ce que tu es dis est mot pour mot ce que soulève Michéa, qui cite aussi cette critique de Stendhal à propos des Robert Macaire, ces ambitieux sans scrupules qui ruinent les communautés les plus fraternelles par leurs appétits de pouvoir.  
Michéa dit que c'est le principal obstacle à une société égalitaire, libre et conviviale (anarchiste au sens où il l'entend). Il évoque Clastres et les sociétés qui ont trouvé le moyen de conjurer la mise en place d'une hiérarchie de pouvoir, en consacrant l'impuissance du chef.  
Il nous faudrait le même genre de contre-institutions pour faire obstacle à tous les petits chefs qui sévissent dans les AG, les réunions, les groupes de concertation etc. et qui, très naturellement, trouvent que c'est pour eux une occasion de prendre l'ascendant sur les autres.


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n°34801269
Tietie006
Dieu ne joue pas aux dés.
Posté le 27-06-2013 à 16:16:36  profilanswer
 

rahsaan a écrit :

Tiens, ce que tu es dis est mot pour mot ce que soulève Michéa, qui cite aussi cette critique de Stendhal à propos des Robert Macaire, ces ambitieux sans scrupules qui ruinent les communautés les plus fraternelles par leurs appétits de pouvoir.  
Michéa dit que c'est le principal obstacle à une société égalitaire, libre et conviviale (anarchiste au sens où il l'entend). Il évoque Clastres et les sociétés qui ont trouvé le moyen de conjurer la mise en place d'une hiérarchie de pouvoir, en consacrant l'impuissance du chef.  
Il nous faudrait le même genre de contre-institutions pour faire obstacle à tous les petits chefs qui sévissent dans les AG, les réunions, les groupes de concertation etc. et qui, très naturellement, trouvent que c'est pour eux une occasion de prendre l'ascendant sur les autres.


 
C'est chez Michéa que j'avais lu cet exemple, mais je ne me rappelais plus où j'avais lu ce raisonnement. Le problème c'est que Clastres parle des sociétés primitives et même dans ces dernières, il y a des enjeux de pouvoir. Tu peux avoir des règles assez simples pour limiter l'appétit de pouvoir, notamment limiter le cumul des mandats et l'exercice de ces mêmes mandats dans le temps. De toute façon, le pouvoir est inhérent au monde des mammifères, voir les études de Konrad Lorenz ou tout simplement les documentaires animaliers où les mâles se fritent entre eux pour un territoire et les femelles. Donc, à ce niveau là, la prise de contrôle d'un territoire relève du domaine de la nature.

Message cité 1 fois
Message édité par Tietie006 le 27-06-2013 à 16:20:20

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n°34801492
Tietie006
Dieu ne joue pas aux dés.
Posté le 27-06-2013 à 16:31:48  profilanswer
 

Le terme "américaniser" fut, pour la première fois, employé par Charles Baudelaire, en 1855, dans un article écrit dans Le Pays, sur l'exposition universelle de 1855. Baudelaire, traducteur et admirateur de Poe, en voulait à ce pays qui avait rejeté cet écrivain, qui a fini misérablement sa vie. Il voyait dans l'Amérique le pays de la tyrannie de l'opinion, dans lequel l'égalitarisme traçait un cercle, vouant le poète à croupir dans une cage. Pays dominé par la machine, cette américanisation du monde était vouée à la fin de toute spiritualité, s'engonçant dans un matérialisme de boutiquier et prévoyant des lendemains qui déchantent. (In L'Ennemi américain, généalogie de l'antiaméricanisme français, de Philippe Roger, Seuil, 2002, pages97 à 999). Une lettre du poète à Edouard Dentu, en 1866, deux ans avant sa mort en remet une couche, contre l'Amérique et la Belgique (sic !):
"Quoi de plus belge que l'Amérique ? Impostures jumelles, monstruosités apparentées que la jeune Belgique et la jeune Amérique. C'est le même utilitarisme, le même sentimentalisme, la même turpitude démocratique, la même haine du génie et la même odeur de magasin".
Curieux rapprochement que voilà ! :D


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L'arrière-train sifflera trois fois.
n°34804688
LeBouchero​nd
Ça bouche quand c'est rond
Posté le 27-06-2013 à 21:28:17  profilanswer
 

rahsaan a écrit :


Et puisque tu as du mal avec cet auteur, un petit texte de la Bruyère, pour te réconcilier avec lui : L'amateur de tulipes.
 
"Le fleuriste a un jardin dans un faubourg : il y court au lever du soleil, et il en revient à son coucher ; vous le voyez planté, et qui a pris racine au milieu de ses tulipes et devant la Solitaire : il ouvre de grands yeux, il frotte ses mains, il se baisse, il la voit de plus près, il ne l’a jamais vu si belle, il a le cœur épanoui de joie ; il la quitte pour l’Orientale, de là il va à la Veuve, il passe au Drap d’or, de celle-ci à l’Agathe, d’où il revient enfin à la Solitaire, où il se fixe, où il se lasse, où il s’assit, où il oublie de dîner ; aussi est-elle nuancée, bordée, huilée, à pièces emportées ; elle a un beau vase ou un beau calice : il la contemple, il l’admire. Dieu et la nature sont en cela tout ce qu’il n’admire point, il ne va pas plus loin que l’oignon de sa tulipe, qu’il ne livrerait pas pour mille écus, et qu’il donnera pour rien quand les tulipes seront négligées et que les œillets auront prévalu. Cet homme raisonnable, qui a une âme, qui a un culte et une religion, revient chez soi fatigué, affamé, mais fort content de sa journée ; il a vu des tulipes."


 
J'avais eu droit à une "explication" de ce texte en hypokhâgne. Dois-je y voir un message subliminal ;) ?
 

Tietie006 a écrit :


 
C'est chez Michéa que j'avais lu cet exemple, mais je ne me rappelais plus où j'avais lu ce raisonnement. Le problème c'est que Clastres parle des sociétés primitives et même dans ces dernières, il y a des enjeux de pouvoir. Tu peux avoir des règles assez simples pour limiter l'appétit de pouvoir, notamment limiter le cumul des mandats et l'exercice de ces mêmes mandats dans le temps. De toute façon, le pouvoir est inhérent au monde des mammifères, voir les études de Konrad Lorenz ou tout simplement les documentaires animaliers où les mâles se fritent entre eux pour un territoire et les femelles. Donc, à ce niveau là, la prise de contrôle d'un territoire relève du domaine de la nature.


     Oui, il y aura toujours des gens qui chercheront à être plus égaux que les autres ... et je ne crois pas que c'est une minorité de pervers narcissiques. Pour Castres, c'est dans La Société Sans Etat si je ne m'abuse. Il y a bien un chef mais celui-ci n'est qu'une instance de médiation et non de coercition. Son pouvoir est donc on ne peut plus lié à sa personnalité et son talent de médiation. Il me semble qu'il est moins bien dotée que la plupart des autres membres de la communauté, matériellement parlant, afin de rendre son discours plus légitime mais je ne suis pas sûr de cela. Les parties conflictuelles se réunissent pour une "palabre" dominée par le "chef" qui arbitrent les échanges et organisent la résolution (cadeaux etc.). De là, Clastres en déduit que toute autorité pérenne surplombante à la société est rejetée.
 
     Je me méfie grandement de ce genre d'interprétation, tirée à partir de l'étude d'une société dite "primitive", qui est sensée infirmer la croyance en des modes d'organisation ou d'existence "naturelles". Non pas que je les considère forcément comme tels mais la déformation des faits est souvent tentante pour l'anthropologue. Sex and Temperament in Three Primitive Societies de Margaret Mead est à ce titre un exemple des plus célèbres. Elle y étudie trois sociétés et établit pour chacune d'entre elles un modèle de comportement en fonction du genre des membres qui la composent:
 - chez les Arapesh, tout est rose, tendre, mielleux ... on est chez les Télétubbies.
 - chez les Mungdumor, c'est le contraire ... hommes et femmes sont d'un tempérament agressif
 - chez les Chambri (l'exemple le plus célèbre), les femmes ont un tempérament jugé masculin par la plupart des sociétés: elles sont entreprenantes, prennent les décisions importantes etc. A l'inverse, les hommes sont beaucoup plus calmes et passent leur temps à se pouponner et à se faire "belles" [:cerveau tarlooze].
Cette étude fût et est encore très utilisée pour légitimer le discours féministe. Le problème, c'est que d'autres anthropologues (dont une femme il me semble) sont retournés "étudier" les Chambri. Ils n'ont pas confirmé l'interprétation de Mead et l'ont même accusé d'instrumentalisation de la discipline scientifique au profit de son militantisme.
 


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"Donkeys might maintain that a good bray is more exquisite than the music of Bach" (Bertrand Russell)
n°34805098
camairis
Posté le 27-06-2013 à 22:01:06  profilanswer
 

Bonsoir à tous  :hello:  
 
Voila, l'un de mes auteurs favoris en Philosophie est Epictète (avec Spinoza qui lui tient la dragée haute).
Malheureusement, habitant dans une petite ville du Sud de la France ( [:a03hegaz:3] ), je n'ai que très rarement l'occasion d'en parler.
 
Deux questions me taraudent toujours : Epictète n'est-il pas trop dogmatique ? A le lire, aucune vérité n'est possible en dehors du Stoïcisme.
 
Enfin, sa doctrine n'est elle pas un peu  "facile" ? Il affirme, dans ses Entretiens, de façon magnifique, qu'il n'y a pas lieu à réagir quand un "égaré" commet des atrocités, car "l'univers fonctionne de cette façon" et qu' "il ne faut pas exiger du méchant de la gentillesse, car ce n'est pas dans sa nature'. N'est ce pas se dégager de sa responsabilité que de se dire qu'on est juste une pierre dans la rivière (je trouve le concept prodigieux, cela dit) ?  
Bien que cet homme ait vécu au dessus de tout, si chacun se comporte de la sorte, aucune société n'est envisageable, non  :??:  
 
Veuillez éclairer ma lanterne, s'il vous plaît  :jap:


---------------
S'il n'y a pas de réponse, c'est qu'il n'y a pas de question.
n°34805276
rahsaan
Posté le 27-06-2013 à 22:18:55  profilanswer
 

LeBoucherond a écrit :

    Oui, il y aura toujours des gens qui chercheront à être plus égaux que les autres ... et je ne crois pas que c'est une minorité de pervers narcissiques. Pour Castres, c'est dans La Société Sans Etat si je ne m'abuse. Il y a bien un chef mais celui-ci n'est qu'une instance de médiation et non de coercition. Son pouvoir est donc on ne peut plus lié à sa personnalité et son talent de médiation. Il me semble qu'il est moins bien dotée que la plupart des autres membres de la communauté, matériellement parlant, afin de rendre son discours plus légitime mais je ne suis pas sûr de cela. Les parties conflictuelles se réunissent pour une "palabre" dominée par le "chef" qui arbitrent les échanges et organisent la résolution (cadeaux etc.). De là, Clastres en déduit que toute autorité pérenne surplombante à la société est rejetée.


 
Dans mes souvenirs, ce n'est pas tout à fait cela.  
Le chef de ces sociétés d'Amazonie n'a d'autorité qu'en période de guerre. Il perd tout pouvoir effectif en temps de paix. Il a alors une fonction non seulement honorifique (comme nous en avons aussi = des postes prestigieux mais sans pouvoir de décision réel) mais encore très contraignant. Le chef doit redoubler d'efforts pour s'enrichir... afin de mieux dépenser cette fortune durement acquise en cadeaux. La position de chef est donc garottée, empêchée dans l'exercice même de son pouvoir, qui est "auto-anti-autoritaire", si je puis dire. Le chef défait lui-même son pouvoir en l'exerçant. Les décisions se font en fait de manière collégiale. L'apparition d'une instance stable de pouvoir est ainsi contrecarrée.  
 
Comprendre la mise en place de ce mécanisme d'étouffement du pouvoir dans l'oeuf pose des problèmes : comment cette forme sociale a t-elle été inventée ?
Clastres ne l'explique pas (mais n'oublions pas qu'il est mort jeune). Il semblerait que ces sociétés aient "pressenti" la possibilité qu'un Etat apparaisse en leur sein et l'ont conjuré d'avance. Cela paraît mystérieux. Deleuze et Guattari pensent que ces sociétés ont pu être formées par des groupes s'étant détachés de sociétés étatiques, qui sont partis fonder une société contre-Etat. Des hippies d'Amazonie quoi  [:prodigy] Cette hypothèse a au moins le mérite de rendre les choses plus compréhensibles.  
 
Maintenant, je me demande si ce dont nous avons besoin, ce sont plutôt d'instances de pouvoir légitimes, avec des dirigeants qui exercent leur autorité dans les limites qui leur sont prescrites, avec discernement et professionnalisme, bref d'autorités qui n'abusent pas de leur position de pouvoir. Ce qui est peut-être aussi utopiste que de voir un jour une société "anarchiste" à la Clastres.
Entre "pas de pouvoir" et "que des pouvoirs légitimes", lequel est le plus idéaliste ?
Comment empêcher les "Macaire" de nuire ?

Message cité 1 fois
Message édité par rahsaan le 27-06-2013 à 22:21:44

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Mon roman d'anticipation, L'I.A. qui m'aimait : https://tinyurl.com/mtz2p872 | Blog ciné/JV : http://cinecourt.over-blog.com
n°34805459
rahsaan
Posté le 27-06-2013 à 22:33:33  profilanswer
 

camairis a écrit :

Bonsoir à tous  :hello:  
 
Voila, l'un de mes auteurs favoris en Philosophie est Epictète (avec Spinoza qui lui tient la dragée haute).
Malheureusement, habitant dans une petite ville du Sud de la France ( [:a03hegaz:3] ), je n'ai que très rarement l'occasion d'en parler.
 
Deux questions me taraudent toujours : Epictète n'est-il pas trop dogmatique ? A le lire, aucune vérité n'est possible en dehors du Stoïcisme.
 
Enfin, sa doctrine n'est elle pas un peu  "facile" ? Il affirme, dans ses Entretiens, de façon magnifique, qu'il n'y a pas lieu à réagir quand un "égaré" commet des atrocités, car "l'univers fonctionne de cette façon" et qu' "il ne faut pas exiger du méchant de la gentillesse, car ce n'est pas dans sa nature'. N'est ce pas se dégager de sa responsabilité que de se dire qu'on est juste une pierre dans la rivière (je trouve le concept prodigieux, cela dit) ?  
Bien que cet homme ait vécu au dessus de tout, si chacun se comporte de la sorte, aucune société n'est envisageable, non  :??:  
 
Veuillez éclairer ma lanterne, s'il vous plaît  :jap:


 
L'impression de dogmatisme qui peut ressortir des propos stoïciens s'explique par la réalité de la philosophie à l'époque : des écoles défendant la doctrine de leur fondateur contre d'autres écoles, en une rivalité proprement philosophique (cela passe par le débat argumenté), mais néanmoins avec véhémence. Les stoïciens s'en prennent aux épicuriens. Les épicuriens attaquent les platoniciens, de même que les sceptiques etc. Bref, c'est la guerre, polemos, qui a donné la "polémique".  
Chaque école est intrinsèquement persuadée de la vérité de sa doctrine. C'est comme ça et pas autrement.  
Les stoïciens ont une propension à pousser jusque dans leurs dernières conséquences leurs principes (mais tout philosophe fait cela en réalité). Etant dit que la nature obéit à une nécessité, que cette nécessité est rationnelle, alors le sage se reconnaît dans ce logos et il s'y accorde. Il n'a donc plus rien à redire à l'ordre du monde, pas même ses atrocités. Il le supporte car il sait qu'il en fait partie. Spinoza dira : l'homme n'est pas un empire dans un empire, lui aussi suit la nécessité naturelle de toutes choses.  
 
Cette universalité de l'ordre rationnel du monde fonde la possibilité d'une communauté humaine. Le stoïcisme débouche sur un cosmopolitisme : tous les hommes appartiennent à une même nature. D'où une prise de distance vis-à-vis de la Cité et de ce que nous lui devons, au nom de cette ouverture à l'humanité universelle. La vertu n'a plus seulement sens dans un Etat particulier.


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Mon roman d'anticipation, L'I.A. qui m'aimait : https://tinyurl.com/mtz2p872 | Blog ciné/JV : http://cinecourt.over-blog.com
n°34805989
Profil sup​primé
Posté le 27-06-2013 à 23:17:58  answer
 

Tietie006 a écrit :

Le terme "américaniser" fut, pour la première fois, employé par Charles Baudelaire, en 1855, dans un article écrit dans Le Pays, sur l'exposition universelle de 1855. Baudelaire, traducteur et admirateur de Poe, en voulait à ce pays qui avait rejeté cet écrivain, qui a fini misérablement sa vie. Il voyait dans l'Amérique le pays de la tyrannie de l'opinion, dans lequel l'égalitarisme traçait un cercle, vouant le poète à croupir dans une cage. Pays dominé par la machine, cette américanisation du monde était vouée à la fin de toute spiritualité, s'engonçant dans un matérialisme de boutiquier et prévoyant des lendemains qui déchantent. (In L'Ennemi américain, généalogie de l'antiaméricanisme français, de Philippe Roger, Seuil, 2002, pages97 à 999). Une lettre du poète à Edouard Dentu, en 1866, deux ans avant sa mort en remet une couche, contre l'Amérique et la Belgique (sic !):
"Quoi de plus belge que l'Amérique ? Impostures jumelles, monstruosités apparentées que la jeune Belgique et la jeune Amérique. C'est le même utilitarisme, le même sentimentalisme, la même turpitude démocratique, la même haine du génie et la même odeur de magasin".
Curieux rapprochement que voilà ! :D


 
 
Il a la rancune tenace contre les belges oui, je me souviens être passé en colle sur une autre citation :

Citation :

La croyance au progrès est une doctrine de paresseux, une doctrine de Belges. C'est l'individu qui compte sur ses voisins pour faire sa besogne. Il ne peut y avoir de progrès (vrai, c'est-à-dire moral) que dans l'individu et par l'individu lui-même.


 
:d

n°34807074
Tietie006
Dieu ne joue pas aux dés.
Posté le 28-06-2013 à 05:52:15  profilanswer
 

rahsaan a écrit :


 
Dans mes souvenirs, ce n'est pas tout à fait cela.  
Le chef de ces sociétés d'Amazonie n'a d'autorité qu'en période de guerre. Il perd tout pouvoir effectif en temps de paix. Il a alors une fonction non seulement honorifique (comme nous en avons aussi = des postes prestigieux mais sans pouvoir de décision réel) mais encore très contraignant. Le chef doit redoubler d'efforts pour s'enrichir... afin de mieux dépenser cette fortune durement acquise en cadeaux. La position de chef est donc garottée, empêchée dans l'exercice même de son pouvoir, qui est "auto-anti-autoritaire", si je puis dire. Le chef défait lui-même son pouvoir en l'exerçant. Les décisions se font en fait de manière collégiale. L'apparition d'une instance stable de pouvoir est ainsi contrecarrée.  
 
Comprendre la mise en place de ce mécanisme d'étouffement du pouvoir dans l'oeuf pose des problèmes : comment cette forme sociale a t-elle été inventée ?
Clastres ne l'explique pas (mais n'oublions pas qu'il est mort jeune). Il semblerait que ces sociétés aient "pressenti" la possibilité qu'un Etat apparaisse en leur sein et l'ont conjuré d'avance. Cela paraît mystérieux. Deleuze et Guattari pensent que ces sociétés ont pu être formées par des groupes s'étant détachés de sociétés étatiques, qui sont partis fonder une société contre-Etat. Des hippies d'Amazonie quoi  [:prodigy] Cette hypothèse a au moins le mérite de rendre les choses plus compréhensibles.  
 
Maintenant, je me demande si ce dont nous avons besoin, ce sont plutôt d'instances de pouvoir légitimes, avec des dirigeants qui exercent leur autorité dans les limites qui leur sont prescrites, avec discernement et professionnalisme, bref d'autorités qui n'abusent pas de leur position de pouvoir. Ce qui est peut-être aussi utopiste que de voir un jour une société "anarchiste" à la Clastres.
Entre "pas de pouvoir" et "que des pouvoirs légitimes", lequel est le plus idéaliste ?
Comment empêcher les "Macaire" de nuire ?


 
Je ne pense pas qu'on puisse transporter les modèles d'organisation du pouvoir dans des sociétés primitives à nos sociétés modernes. Tu peux empêcher les Macaire de nuire en réduisant en nombre et dans le temps le nombre de mandats que peut exercer un individu.


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L'arrière-train sifflera trois fois.
n°34807075
Tietie006
Dieu ne joue pas aux dés.
Posté le 28-06-2013 à 05:54:20  profilanswer
 


 
Il y a chez Baudelaire une sorte de phobie du progrès qui s'incarne dans la "machine". Un Georges Duhamel reprendra avec encore plus de vigueur, cette thématique anti-machine. Par contre, je ne sais pas pourquoi Baudelaire ne pouvait blairer les belges ! [:tietie006:4]


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L'arrière-train sifflera trois fois.
n°34808588
rahsaan
Posté le 28-06-2013 à 10:42:39  profilanswer
 

LeBoucherond a écrit :

J'avais eu droit à une "explication" de ce texte en hypokhâgne. Dois-je y voir un message subliminal ;) ?


 
Je n'envoie aucun message de ce genre :D C'est juste que c'est un texte très drôle.  
Evoqué par Céline au début de son pamphlet contre Sartre, A l'agité du bocal ;)
 
"Il faut que je lise absolument, paraît-il, une sorte d'article, le Portrait d'un Antisémite, par Jean-Baptiste Sartre (Temps modernes, décembre 1945). Je parcours ce long devoir, jette un oeil, ce n'est ni bon ni mauvais, ce n'est rien du tout, pastiche... une façon de "Lamanièredeux"... Ce petit J.‑B. S. a lu l'Étourdi, l'Amateur de Tulipes, etc. Il s'y est pris, évidemment, il n'en sort plus... Toujours au lycée, ce J.‑B. S. !"
 
Et merci pour ton point sur les travaux de Mead  :jap:


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Mon roman d'anticipation, L'I.A. qui m'aimait : https://tinyurl.com/mtz2p872 | Blog ciné/JV : http://cinecourt.over-blog.com
n°34809574
camairis
Posté le 28-06-2013 à 11:44:34  profilanswer
 

rahsaan a écrit :


 
L'impression de dogmatisme qui peut ressortir des propos stoïciens s'explique par la réalité de la philosophie à l'époque : des écoles défendant la doctrine de leur fondateur contre d'autres écoles, en une rivalité proprement philosophique (cela passe par le débat argumenté), mais néanmoins avec véhémence. Les stoïciens s'en prennent aux épicuriens. Les épicuriens attaquent les platoniciens, de même que les sceptiques etc. Bref, c'est la guerre, polemos, qui a donné la "polémique".  
Chaque école est intrinsèquement persuadée de la vérité de sa doctrine. C'est comme ça et pas autrement.  
Les stoïciens ont une propension à pousser jusque dans leurs dernières conséquences leurs principes (mais tout philosophe fait cela en réalité). Etant dit que la nature obéit à une nécessité, que cette nécessité est rationnelle, alors le sage se reconnaît dans ce logos et il s'y accorde. Il n'a donc plus rien à redire à l'ordre du monde, pas même ses atrocités. Il le supporte car il sait qu'il en fait partie. Spinoza dira : l'homme n'est pas un empire dans un empire, lui aussi suit la nécessité naturelle de toutes choses.  
 
Cette universalité de l'ordre rationnel du monde fonde la possibilité d'une communauté humaine. Le stoïcisme débouche sur un cosmopolitisme : tous les hommes appartiennent à une même nature. D'où une prise de distance vis-à-vis de la Cité et de ce que nous lui devons, au nom de cette ouverture à l'humanité universelle. La vertu n'a plus seulement sens dans un Etat particulier.


 
Bien compris, mais ce que je voulais dire, c'était : même si Epictète se contente, à tout moment, d'être fidèle à sa nature, n'est ce pas une doctrine qui ne peut exister que si l'ordre sociétal est déja mis en place ?
Encore une fois, je trouve son individualisme philosophique absolument magnifique. S'il était appliqué par une majorité de gens, ceux ci vivraient heureux, mais la société ne résisterait pas aux assauts des "égarés", et la Philosophie elle même, en tant que science, ne pourrait pas perdurer.
J'ai beau m'efforcer à pratiquer ses principes le plus souvent, c'est un problème que je n'arrive pas à résoudre seul  :jap: .


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S'il n'y a pas de réponse, c'est qu'il n'y a pas de question.
n°34824532
Magicpanda
Pushing the envelope
Posté le 30-06-2013 à 11:55:17  profilanswer
 

Epictete n'a pas vraiment pour objectif de rendre sa philosophie généralisable, possible à accomplir pour tous. C'est un discours de modération pour la bourgeoisie de l'époque. Ca ressemble beaucoup à la recherche du bonheur privé dans les principes du libéralisme.


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" Quel est le but du capital ? Le but du capital c'est produire pour le capital. L'objectif, lui, est illimité. L'objectif du capital c'est produire pour produire." - Deleuze || André Gorz - Vers la société libérée
n°34868466
rahsaan
Posté le 04-07-2013 à 00:49:10  profilanswer
 

camairis a écrit :


 
Bien compris, mais ce que je voulais dire, c'était : même si Epictète se contente, à tout moment, d'être fidèle à sa nature, n'est ce pas une doctrine qui ne peut exister que si l'ordre sociétal est déja mis en place ?


 
(J'ai tardé à répondre...)
 
Oui bien sûr, la philosophie stoïcienne ne se conçoit pas sans rapport à l'ordre de la cité. Mais justement, ce n'est pas si simple que de dire que le stoïcisme est un simple décalque de l'ordre social, comme si ce n'était qu'une intériorisation des lois. Le stoïcien se montrerait en quelque sorte aussi inflexible et rigide que la loi, aussi ordonné qu'une cité parfaite...  
Le stoïcisme apparaît historiquement à une période de décadence de la Cité, de perte d'autorité des lois et des moeurs, donc de l'ordre social. L'hégémonie d'Athènes est remise en question. La Grèce ne peut plus vivre refermée sur elle-même, en rejetant les barbares comme des étrangers complets.  
Ce point est crucial. L'ordre que recherche le stoïcien, il le trouve dans la Nature, dont il comprend qu'elle est ordonné par un logos qui confère à toute chose sa nécessité d'être. Ce n'est que parce que cette nature est rationnelle que le stoïcien peut s'accorder avec elle.  
Mais c'est justement parce que la Nature dépasse la seule Cité que le stoïcien ne peut pas tout à fait se reconnaître comme citoyen d'une seule cité, d'un seul Etat. Il se voudra au contraire le citoyen du monde. Par sa philosophie, il se reconnaît dans la totalité du monde, pas seulement dans le pays ou la ville qu'il habite. Il dépasse le particulier pour accéder à l'universel, dirait Hegel.  
Le stoïcien demeure donc fidèle à ses préceptes, parce qu'ils sont plus universels que le code de loi édicté par tel ou tel Etat. Nietzsche a peut-être raison de dire que le stoïcien inverse la causalité réelle : il commence en réalité par voir la Nature à son image (un tout ordonné à la raison), puis il prétend s'accorder avec elle (alors qu'il n'a fait que projeter son propre idéal). Il se masque alors derrière l'impersonnalité d'un logos universel, qui est en fait une expression de son idiosyncrasie (sa façon d'être, originale et singulière).  
Mais peut-être peut-on voir là une certaine ruse de la raison, par laquelle la rationalité accède à l'universel en se défaisant de l'attache à une cité particulière.


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n°34868491
rahsaan
Posté le 04-07-2013 à 00:55:10  profilanswer
 

Tietie006 a écrit :


 
Il y a chez Baudelaire une sorte de phobie du progrès qui s'incarne dans la "machine". Un Georges Duhamel reprendra avec encore plus de vigueur, cette thématique anti-machine. Par contre, je ne sais pas pourquoi Baudelaire ne pouvait blairer les belges ! [:tietie006:4]


 
Je crois qu'il voyait en eux un peuple insignifiant historiquement, platement et vulgairement bourgeois, condamné à la laideur parce qu'il n'a pas fait de Révolution, n'est pas entré dans la modernité. Le Belge ne serait, dans son imaginaire, que le singe du Français : aucune élégance, aucune culture, des moeurs grossières, une mauvaise nourriture, un accent outré, un quotidien sinistre et ennuyeux etc.


Message édité par rahsaan le 04-07-2013 à 00:57:48

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n°34945192
Silk56
Sauvage au coeur tendre
Posté le 11-07-2013 à 12:16:21  profilanswer
 

Drap'

n°34946422
Profil sup​primé
Posté le 11-07-2013 à 13:59:23  answer
 

rahsaan, t'aurais pas une (petite) bibliographie un peu originale sur le thème de l'espace par hasard ? :o

n°35032539
akatsuki k​a
Posté le 19-07-2013 à 16:24:13  profilanswer
 

Bonjour à tous !
 
C'est la première fois que je poste ici et j'ai une question qui va paraitre un peu pédante : y'a t-il une grande différence entre deux éditions d'un même livre ?  
 
Par exemple quelle est la difference (et est ce qu'elle est grande) entre Une édition de 2002 et de 2012 D'un même livre (a savoir "leçons particulières de culture générale" de Cobast.  
 
Merci :)

n°35033890
rahsaan
Posté le 19-07-2013 à 18:20:49  profilanswer
 

Suis en vacances, retour le 25.


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