Médecines et barres parallèles.
Aujourd'hui : La fièvre acheteuse
Au départ, tout allait pour le mieux concernant les affaires de cœur de mlle Véronique U… Elle avait parfaitement résolu l’équation amoureuse :
- b + r2 * h(t) +iwh [ w(t)] - b = l’état d’esprit de son fiancé.
r2 * h (t) = la constante de son humeur.
w considéré comme l’état de son compte en banque.
Elle pensait donc avoir trouvé le mari idéal. Et puis, insidieusement, elle est passé rapidement du simple flirt à la scène de ménage, car comme 60 % des couples, ils ont décidé de faire compte commun, ce qui leur a valu de régler leurs comptes en réglant leurs factures, tant il est vrai que maux d’argent ne sont pas mots d’amour.
Car Véronique est atteinte de fièvre acheteuse. Celle-ci constitue une maladie ravageuse, une infection financière transmissible, comme plus de deux millions de personnes qui seraient, par chèque au porteur, victimes du virus de l’achat irraisonné. Pour ces malchanceux, la fièvre acheteuse réapparaît tous les ans, avec un pic en fin de printemps, au moment des soldes, mais peut s’étendre de février à mars, voir rester chronique toute l’année, au gré des promotions spéciales. Plusieurs symptômes peuvent alarmer, par exemple des yeux qui larmoient devant son relevé de compte bancaire, avec un inquiétant écoulement d’argent liquide permanent. Le malade de la fièvre acheteuse ressent une certaine tension avant d’entrer dans un magasin, car il sait que le chiffre d’affaire du commerçant va se multiplier par 70% du fait de sa seule présence et qu’il, nous devrions d’ailleurs dire elle, va acheter tous les vêtements d’un même rayon, par crainte de voir sa meilleure amie porter une robe identique à la sienne.
Quand il prend un café, il ne peut s’empêcher d’en commander quinze à la suite, malgré les remontrances légitimes des autres conducteurs qui vont le suivre sur la route. D’autres, ne pouvant freiner leur consommation, se font livrer au petit déjeuner des pizzas aux sardines dès leur réveil, pour toute la famille. Certains malades sont sujets à des phénomènes de malaudition, de bourdonnements, de vertiges, et ne conçoivent pas que leur concubin rentre à la maison les mains vides, sans s’être rendu propriétaire d’une ou deux villas sur la côte Andalouse. Dans certains cas extrêmes, la fièvre acheteuse pousse même le malade à payer les commerçants sans rien acheter, après avoir essayé tous les articles du magasin. La plupart du temps, la victime mentira aussi sur le prix réel de ses emplettes à son entourage, surtout si c’est le compte de ce dernier qui les finance. Les dingos de l’achat éprouvent une grande satisfaction à se sentir ruinés. S’octroyer le cadeau dont on a pas besoin, une Ferrari jaune, par exemple, alors qu’on en a déjà trois dans son garage, donne un sentiment incompréhensible de plaisir à l’acheteur compulsif. Surtout que bien souvent, on la jette une fois l’effet passé. On assiste aussi au phénomène du « burn out », lorsque l’hyperactif de la dépense fait crisser ses pneus dans les sens interdits pour arriver avant la fermeture du supermarché, car s’il arrive trop tard, il sombrera dans la dépression, surtout si une heure avant, il a réalisé qu’il vient d’acheter une multinationale pétrolière.
On le voit, un impatient en proie à la fièvre acheteuse peut craquer, puisque, comme nous l’affirme la Bible, il est plus facile à un chômeur de s’enfiler dans la chatte d’une fille à talons aiguille, qu’à un riche de gagner le paradis, surtout s’il est fiscalisé. Face aux étiquettes, le cerveau d’un fièvreacheteur demande aussitôt sa dose de plaisir et de dopamine. L’achat irréfléchi s’offre comme une compensation déraisonnable, laissant le portefeuille du malheureux à sec de monnaie, tout en lui supprimant ses pauses déjeuners afin qu’il puisse surveiller la noria des camions de livraisons qui se garent devant sa maison.
Ce mal est très complexe, et vient de loin. Les psychanalystes considèrent que l’enfant n’a aucune notion de l’argent. Le premier cadeau qu’il fait à sa maman c’est son caca, qu’il peut donner ou retenir, et dans ce dernier cas, sa mère est très mécontente, voilà qui nous donne un indice déclencheur du traumatisme adulte qu’initie la fièvre acheteuse, ce nauséabond et terrible engrenage libérateur qui pousse, de toute ses forces, en sourdine, à l’endettement, après une bonne séance de shopping. On commence à faire la queue quelques heures aux caisses, en laissant son conjoint derrière soi porter plusieurs sacs de victuailles inutiles qui pèsent près de cinquante kilos, puis on fini par se faire livrer ses courses du jour par des camions bi-températures, pour éviter toute rupture de la chaîne du froid des produits frais, et finalement on meure en ouvrant son armoire, assommé sous les piles de fringues jamais portés, aux étiquettes encore attachées. A moins que l’on ne s’empoisonne, pour avoir acheté compulsivement des quantités de choses qui sont finalement restées pourrir au fond de nos vingt cinq frigos.
Si, avec vous, votre banquier trouve à qui parler, afin de déverser un trop-plein de non-dit, que vous changez par pulsion votre chambre meublée pour un château en Espagne, que vous connaissez intimement, sans exception, tous les commerçants du quartier et que vous les appelez par leur prénom, que vous dépensez donc vous êtes, vous êtes probablement à risque. Vous allez développer rapidement une violente allergie aux avocats et autres huissiers, sans compter la gentillesse du personnel des palaces qui s’estompera rapidement, lorsque vous ne pourrez plus assurez votre luxe VIP. Je vous laisse méditer là-dessus.
Vous pouvez téléphoner à S.O.S j’en peux plus, certes, mais nous vous suggérons plutôt de suivre à la lettre les suggestions du pr Talbazar, lui-même ancienne victime du fléau :
11 suggestions du pro-fesseur Talbazar pour soigner la fièvre acheteuse :
Verbaliser : demander aux objets combien ils coûtent, et attendre la réponse.
Remplacer le lait UHT par du lait maternel gratuit, pour nourrir sa famille.
Téléphoner aux numéros verts (gratuits) des services « consommateurs » des grandes marques, pour qu’ils vous lisent longuement l’étiquetage des emballages à votre place, pendant ce temps là, vous n’achetez rien.
Dès le décollage de votre foyer, équipez vous de chaussons ou de ballerines molles en velours coton, puis courez tranquillement 10 minutes pour préparer votre système cardio-pulmonaire à l’effort, enfin tournez la tête à l’opposé de chaque vitrine, en pivotant d’un quart de tour, côté rue, la rencontre d’un ou deux poteaux métalliques devrait vous créer un choc salutaire.
Si malgré ces conseils vous entrez quand même dans une boutique, allongez vous quelques minutes, voir une heure ou deux, en élevant vos pieds. Posez les à plat sur le mur du magasin. Si vous portez une jupe, cela plaira à la clientèle masculine et vous fera promptement évacuer sur le trottoir, en évitant l’achat.
Ne vous autorisez pas plus de trente secondes pour faire les courses de la semaine.
Remplacez votre portefeuille par une tapette à rat, et munissez vous de nombreux pansements.
Evitez les rues commerçantes, préférez les îles peu fréquentées du pacifique, surtout pour les fruits frais..
Confiez votre carte bleue à votre chien, s’il n’est pas contaminé à son tour, il sera moins tenté que vous.
Essayez de vivre uniquement d’amour et d’eau fraîche, que vous puiserez d’ailleurs avec un seau, chaque matin,à la rivière.
Aspergez vous de « Schlingasyl », médicament spécial contre la fièvre acheteuse mis au point par le pro-fesseur Talbazar. Il s’agit d’un spray odorant à la sueur d’aisselle de routier hyper-concentrée, il suffit d’en vaporiser un peu sur soi pour se faire jeter de partout, en faisant abandonner aux vendeurs qu’on interpelle accueil et sourire. On revient chez soi soulagé, aussi puant qu'un bouc, il est vrai, mais la tête froide et les mains vides.
Message édité par talbazar le 04-12-2009 à 19:08:26