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Les archives de l'Humanité
Les bavures très orientées
Toutes les études le soulignent : la couleur de la peau reste un dénominateur quasi commun aux victimes de bavures policières. La Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS), qui rendait hier son rapport 2004, ne le renie pas. Loin de là. Et apporte même de nouveaux éléments qui confirment ce malheureux constat. En marge de ses traditionnelles saisines - à nouveau en hausse cette année -, lorganisme présidé par Pierre Truche publie, pour la première fois, une étude pilotée par Catherine Wihtol de Wenden, directrice de recherche au CNRS, qui a passé au crible lensemble des affaires de la CNDS sur la période 2001-2004. Résultat : sur les soixante-dix-huit cas où il y a eu manquement à la déontologie par les forces de lordre, trente-six relèvent clairement de la discrimination raciale. Une proportion en constante évolution au fil des ans. Elle concernait six dossiers en 2001 contre quinze en 2004. « Cette augmentation, précise la chercheuse, reflète une plus grande sensibilité à cette question, une meilleure possibilité de saisine de la commission, mais aussi un contexte qui favorise ces discriminations. »
Discrimination raciale manifeste
Le profil type de la victime ne surprend pas vraiment :
un jeune dorigine maghrébine, âgé entre 18 et 35 ans et habitant une banlieue défavorisée de la région parisienne. « Lécrasante majorité sont de nationalité française, précise Catherine Wihtol de Wenden. Mais la plupart ont un nom ou une apparence physique qui laissent entendre une origine maghrébine ou moyen-orientale. » Deux autres catégories de plaignants ressortent de létude : les Français dorigine africaine ou antillaise et les gens du voyage.
Selon la chercheuse, dans ces affaires, « lindividu disparaît derrière lidentification ethnique et le groupe auquel il appartient ». Même si celui-ci, comme cest le cas à plusieurs reprises, est diplômé, occupe un emploi qualifié et reste très apprécié dans son quartier. Quant au profil du policier cogneur, il est lui aussi courant : un jeune fonctionnaire de vingt-cinq ans, venu dune autre région, qui ne connaît les quartiers que par la télévision et manque cruellement dencadrement et de formation.
Le scénario du dérapage a souvent le même point de départ : un énième contrôle didentité « pour marquer » la présence des policiers dans les quartiers. Puis, note la chercheuse, « des joutes viriles sensuivent avec échange dinsultes se concluant souvent par des procédures doutrages et rébellion, le recours fréquent à la force, parfois lutilisation darmes de service réservées à un usage défensif, gaz lacrymogènes, flash-ball, menottage ».
Un reproche récurrent de la CNDS, qui a connu, dune manière générale, une nouvelle augmentation du nombre de ses saisines en 2004. Quatre-vingt-dix-sept dossiers sont passés entre ses mains cette année, contre soixante-dix en 2003. Soit une hausse de 38 %, comparable aux années précédentes. « Ce mouvement devrait se poursuivre en 2005 », précise Pierre Truche. Depuis janvier, lorganisme indépendant a déjà fait lobjet de trente-sept nouvelles saisines. À toutes fins utiles, lancien président de la Cour de cassation prévient : « Cela ne veut pas dire forcément que le nombre de bavures explose. Nous ne parlons là que de ce dont nous sommes saisis. Et comme le médecin qui ne voit que des malades, nous ne voyons que des situations anormales. Dans limmense majorité des cas, la police remplit tout à fait son rôle.
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