Ernestor modo-coco :o | _Makaveli_ a écrit :
Tu devrais réécouter Coluche, ou les Inconnus avec les noirs et les arabes.
C'était max en 1990. Pas il y a 15 ans. EDIT : en fait si, putain, je suis vieux Je voulais dire 25
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_Makaveli_ a écrit :
Chez Thomson c'est plus mesuré, je vais essayé de te retrouver ça. D'ailleurs on peut retrouver ce genre de chose :
Citation :
Ces jeunes gens européens n'ont pas un profil psychologique type. Si quelques-uns apparaissent psychologiquement perturbés, ce n'est pas le cas de la majorité. Ils sont certes surtout originaires des banlieues, mais ils ont vécu dans des contextes familiaux et scolaires tout à fait différents. David Thomson, qui a rencontré des jeunes djihadistes français, a noté que certains avaient grandi dans des foyers, d'autres dans des familles extrêmement structurées. Certains avaient déjà commis des actes de petite délinquance auparavant alors que d'autres étaient de très bons élèves. Il n'y a donc pas de voie d'entrée dans le Djihad aisément intelligible et identifiable, et en tout état de cause la caractérisation psychopathologique s'avère ici particulièrement inopérante et réductrice.
Un certain type de sentiment religieux est commun à tous ces jeunes gens. Frédéric Pichon rapproche dans une certaine mesure le Djihad du mouvement « Born Again » qui s'est développé aux États-Unis. Ces deux mouvements semblent en effet partager une idée de régénération, une forte composante émotionnelle (visible chez les membres de l'EIL: après une victoire ils récitent ensemble des sourates, les larmes aux yeux) et une vie d'ascèse contrôlée par la police des mœurs. Les jeunes gens djihadistes, qui se sentent en opposition avec la société, avec leur famille, marquent leur différence en s'engageant dans un mouvement religieux extrême, critiqué et rejeté par la grande majorité des gens, très médiatisé et très spectaculaire, qui les arrache de façon radicale et extrêmement contraignante à leur milieu et à leur mode de vie. Si pour les jeunes européens, on peut relier la force de ce sentiment religieux à la laïcité, voire au caractère "libertaire" des sociétés où ils vivent (des sociétés "post-religieuses" selon l'expression de M. Pichon), on peut plus difficilement le dire pour les jeunes djihadistes maghrébins et séoudiens, qui vivent dans des sociétés où la religion est très présente.
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Tu t'accroches à ces 10% car pour toi c'est la preuve irréfutable que l'Islam n'est pas responsable, alors qu'elle porte forcément une part de responsabilité.
Maintenant pour le Coran c'est pareil : il y a une différence sur les écritures (le Coran est sensé être parfait, la parole de Dieu, ce n'est pas le cas des autres textes). Pareil, ça tu passe toujours sous silence.
Maintenant au vue du nombre de courants musulmans.... Entre les chiites et les sunnites, c'est qui les vrai qui savent ce qu'est un vrai musulman et ce qu'est le vrai islam ? Qui des cathos ou des protestants savent ce qu'est le vrai chrétien ?
Heureusement qu'on peut en parler avec une vision extérieure... Sans compter que tu réfutes systématiquement ceux qui ont justement pris le temps de s'y intéresser et de lire le livre (pas tous bien sûr, mais quand même....).
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Non, chez Thomson c'est très similaire à chez Trévidic. Mais faut citer les bon passages pour cela, comme je l'avais déjà fait (cf ci-dessous). Note simplement ma première mise en gras : "dénominateur commun entre tous les « Français jihadistes », au-delà des générations et des époques, c’est qu’ils se reconnaissent tous une djahilia, c’est-à-dire une période d’« ignorance » pré-islamique".
C'est ça qui est important et qui correspond aux 10% de Trévidic. En gros, l'immense majorité des djihadistes n'étaient pas de fervents pratiquants voire pas pratiquants du tout (certains n'étaient même musulmans). Leur découverte de la religion est donc venue très tardivement et en mode lavage de cerveau par la propagande djihadiste qui au passage ne passe pas dans les mosquées, même salafistes.
Après, bien sur qu'ils sont musulmans, bien sur que l'Islam est concerné, mais ces gens ne sont pas à la base de vrais pratiquants qui ont étudié leur religion toute leur vie. Les musulmans pratiquants ne deviennent en gros pas djihadistes (à part les 10% dont parle Trévidic). Ce qui montre là que le djihadisme n'est pas le vrai Islam, mais un détournement de l'Islam.
Ernestor a écrit :
http://www.nonfiction.fr/article-8 [...] homson.htm
Très longue et excellente interview de David Thomson qui a écrit un bouquin sur les français djihadistes
Citation :
S’il existe un dénominateur commun entre tous les « Français jihadistes », au-delà des générations et des époques, c’est qu’ils se reconnaissent tous une djahilia, c’est-à-dire une période d’« ignorance » pré-islamique. Certains étaient dans la musique, beaucoup étaient dans le rap, d’autres étaient militaires, fonctionnaires, intérimaires ou employés, certains étaient dans la délinquance mais d’autres menaient une existence familiale tout-à-fait rangée. Mais tous évoquent une vie en-dehors de la piété avant de se convertir, ou de retourner à un Islam religieux et non seulement culturel.
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Citation :
Plus généralement, ce qui revient en permanence, c’est un sentiment de frustration très largement partagé qui touche tous les milieux pour des raisons différentes. Le jihadisme propose à des égos froissés d'accéder au statut valorisant de héros de l'islam sunnite. Il y a un volet individualiste dans ce projet. Chez certains, elle vient du fait d’être issus d’une minorité, ce qui fait naître le sentiment de vivre en situation d’infériorité du fait de son origine. L’une des personnes dont je dresse le portrait dans mon livre menait une vie active et familiale en apparence très satisfaisante, mais il me disait : « Là, en tant que fils d’immigré, j’ai atteint le maximum de ce que je pouvais espérer. » Et il ajoutait que pour lui comme pour la plupart de ses frères d’armes, l’Islam leur avait rendu la « dignité » après que la France les a « humiliés ». De fait, parmi les convertis, on trouve aussi beaucoup de personnes issues des territoires d’outre-mer et de Français issus d’autres immigrations – subsaharienne, portugaise, mais aussi coréenne, vietnamienne… – pour lesquels la donnée identitaire doit être prise en compte. La frustration peut aussi être religieuse, notamment chez un certain nombre de personnes qui se sont d’abord tournées vers un salafisme quiétiste, et qui ont eu le sentiment de ne pas pouvoir exercer leur religion en France en raison de la place de la laïcité. Ces personnes perçoivent la législation française comme un instrument tourné contre l’Islam. Là, on a un motif de frustration qui ne se limite en rien aux milieux populaires. D'autres racontent aussi avoir vécu un traumatisme d'ordre privé ou un choc qui a débouché sur un processus de réflexion et une quasi-révélation (...) Les acteurs concernés vivent ainsi le jihadisme comme une purification qui les laverait de ce qu'ils perçoivent comme étant des souffrances ou des péchés qu’eux ou leurs proches auraient commis. En ce sens, cette idéologie les soulage, les apaise et leur redonne foi en un avenir promis comme paradisiaque dans l'au-delà, avec un code de conduite qui régit tous les aspects de la vie terrestre et qui leur redonne un sentiment de fierté, de supériorité sur les non-croyants, l'impression d'une renaissance en appartenant à la communauté des élus.
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Citation :
Et puis il y a aussi le vide « idéologique » contemporain, l’absence de « transcendance » dont le sentiment offre un terrain très favorable à l’accueil de la propagande jihadiste. Finalement, un certain nombre de jeunes vivent mal de se retrouver dans un monde sécularisé. Dans ces cas-là, le jihadisme vient s’installer dans le désœuvrement spirituel ou matériel. (...) Pour beaucoup finalement, le jihadisme, c’est une manière d’exister, de trouver un sens.
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Citation :
l’engagement féminin est souvent plus déterminé que celui des hommes. Dans certains couples, c’est la femme qui est le moteur de la radicalisation, et certaines sont plus favorables aux attentats terroristes que leurs époux. Cela peut paraître incompréhensible, mais toutes celles avec qui je discute après leur retour me disent qu’elles ont vécu le port du sitar – qui dissimule jusqu’aux yeux et aux mains – comme une « libération ». Elles rejettent violemment et elles combattent (par les armes si elles le pouvaient) à la fois le modèle de société que leur impose la République française mais aussi les obligations perçues comme étant celles de la femme moderne: l'injonction sociétale de réussir sa vie professionnelle, sociale et familiale dans un contexte concurrentiel entre les individus. Dans cette idéologie, sans pour autant avoir toujours grandi dans des quartiers populaires, elles disent trouver la satisfaction de ne plus être jugées sur le physique ou sur la marque de leurs vêtements, de se retrouver dans une situation d’« égalité », entre elles mais pas seulement. Même si en Syrie, là aussi, elles sont encore jugées sur le physique, lorsqu'elles doivent passer par le mariage.
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Citation :
La grande majorité des jihadistes que j’ai interviewés est aussi motivée par des questions politiques. Ils combattent la démocratie et le modèle de société français perçus comme « ennemis de l'islam » et ils partent en ayant la conviction de participer à un moment historique en réalisant l'utopie d'une cité idéale pour les musulmans.
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Citation :
Certains sont dans une quête spirituelle et basculent dans la violence idéologique, mais d’autres partent sans aucune conviction, pour rejoindre un copain du quartier ou un frère, et s’initient seulement ensuite à l’Islam et à l’islamisme. La logique mimétique du « groupe de potes » n’est pas universelle, mais elle est aussi un facteur important.
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Citation :
Du côté des filles aussi, certaines sont absolument indifférentes aux raisons religieuses ou autres, et partent seulement parce qu’elles sont tombées amoureuses de jeunes hommes dont elles ont vu les photos en armes. Là on a affaire à des jeunes femmes qui pensent que les Occidentaux ne sont plus des hommes, et qui ont l’idéal de cette virilité d’hommes pieux et en armes. Ces idéaux sont souvent aux antipodes des convictions familiales.
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Citation :
À ce sujet, on entend souvent un discours très erroné qui voudrait que le jihadisme, en France, soit le fruit du communautarisme. C’est exactement l’inverse : l’un des points communs à presque tous ces jeunes est justement qu’ils n’étaient pas insérés dans une communauté. Et c’est peut-être plutôt l’absence de communauté qui leur a donné l’envie d’en retrouver une, de recréer une grande fratrie universelle – même si cette « communauté » est en réalité déchirée sur place par les rivalités internes. Dans ce sens, leur idéologie se construit contre l’Islam de France qu’ils déclarent « apostat » : en tant que tel, il est lui aussi à combattre et à éliminer. (...) C’est aussi ce qui explique que les imams de France ont découvert le phénomène en même temps que les Français non musulmans. Dans ces conditions, les musulmans de France sont très clairement des cibles à éliminer, comme le dit très explicitement la propagande jihadiste.
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