lecastorlapon a écrit :
J'avais vu il y a une dizaine d'années un très bon reportage à la télé sur l'espionnage du projet Concorde par les russes. C'était édifiant. Pour les moustaches du Tupolev, ils avaient expliqués que les russes n'ayant pas réussi à pomper tous les plans, ils avaient du rajouter ces moustaches pour que l'avion soit manoeuvrable à basse vitesse. C'est pourquoi le Concorde n'en avait pas.
Sinon aujourd'hui en fin d'aprèm à Blagnac, l'A380 d'Airbus a fait plusieurs passages à basse altitude au dessus de l'aéroport avec pas mal de fly-over ou touch-and-go (j'étais trop loin pour voir). Je l'ai vu passer juste au dessus de moi en virage serré, à basse vitesse. Impressionnant !!!
Une photo que j'ai prise :
http://nsa14.casimages.com/img/2010/04/14/10041412041885430.jpg
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Tomcat8390 a mis un lien intéressant un peu plus haut :
http://fr.answers.yahoo.com/question/index?qid=20080810140606AAiaVxN
Je vous le copicolle en partie ici :
Tout d'abord pour répondre à la question, il faut savoir que le Tu 144 était un appareil nettement plus ambitieux que le Concorde.
- La vitesse était M=2,5 au lieu de M=2,2 (puis M=2) pour le Concorde
- L'autonomie plus importante : dessertes de 10 000 Km au lieu de 7 000 Km pour le Concorde
- 50% de passagers en plus : 150 passagers sur 10 000 kilomètres, avec des rangées de 5 au lieu de 110 passagers sur 7 000 km en rangées de 4 pour le Concorde. (donc diamètre de fuselage plus important)
- capacité à se poser sur des aérodromes standards d'URSS, donc à des vitesses basses et à démarrer tout seul (deux choses impossibles pour le Concorde qui se pose à 400 km/h et qui n'est pas capable de démarrer en autonome)
Tout cela a fait que, même si ce projet était quand même nettement moins ambitieux que les projets américains, c'était hors de portée de la technologie de l'époque, même pour Tupolev spécialiste des supersoniques de grande taille.
Ajoutons à çela un quasi échec de la conception des moteurs, qui a fait que l'avion était loin d'avoir l'autonomie attendue, et comme mentionné dans une réponse précédente, des vibrations difficilement contrôlables (à cause de la voilure au profil autostable) qui rendaient l'avion peu confortable, plus des couts faramineux.
On pourrait aussi parler du bang supersonique, peu gênant pour le Concorde au dessus de l'océan, alors que pour le Tu144, ça se passait au dessus de zones habitées... avec un appareil plus gros, pas tout a fait pareil !
Mais il ne faut pas perdre de vue les choses suivantes :
- Le modêle de série était un avion très en avance. A tel point que si l'on regarde les projets de SST d'aujourd'hui, ils reprennent quasiment tous la formule du Tu144 : voilure en double delta et plans canards.
- Lorsque la Nasa a repris son projet des croisières à Mach 2, elle a préféré financer la remise en état de vol de 2 Tu144 que de louer un Concorde.
Donc, bonne formule, mais un peu trop en avance sur son époque avec des performances trop ambitieuses techniquement, tandis que le Concorde avait juste la taille et les performances qui étaient possibles de réaliser avec la technologie disponible. Mais, ce n'était pas suffisant pour être viable économiquement.
Pour ce qui est de la capacité à réaliser cet appareil, je pense qu'il faut d'abord remettre les choses dans leur contexte.
D'une part, les Anglais, et à fortiori les Français, avaient très peu d'expérience dans la réalisation d'avions commerciaux performants, d'abord techniquement, et ensuite économiquement. Je rappelle que le seul jet réellement conçu à 100% en Angleterre était le DH106 Comet, et qu'il n'était pas vraiment un appareil très réussi (mais il avait pour lui d'avoir été le premier jet commercial AU MONDE). D'autre part, aucun appareil commercial français ne s'était distingué jusqu'alors. La Caravelle, était certes une belle réussite technique, innovante, mais ce n'était qu'un petit (et lent) biréacteur, qui n'avait pas de soute cargo, et qui n'était même pas Français à 100%, puisque les moteurs étaient Anglais, de même que toute la pointe avant (qui était celle du Comet). Alors, quand ces deux pays ont déclarer vouloir réaliser un quadriréacteur supersonique, ça du faire sourire pas mal de monde, en Amérique, et aussi en Russie. Parce que nous n'avions même pas été capables de concevoir un avion classique qui soit concurrentiel. (et sans parler des avions militaires)
Alors, pour tous les ignares qui sortent des histoires de copie à tour de bras, je vais parler un brin d'ingénierie pour qu'ils comprennent que çe n'est pas si simple. Nous allons parler de la Lada 1300 qui n'est ni plus ni moins qu'une Fiat 700, voiture conçue par Porsche et construite en URSS dans des usines fournies par Fiat. Et déjà l'on à dit qu'ils n'étaient pas capables de faire des voitures aussi bien que les nôtres. Alors imaginer ces mêmes gens copier un jet à la pointe du progrès, ce n'est pas très cohérent les enfants.
Bon, alors, il faut savoir que pour construire, il faut utiliser des matériaux, que ces matériaux répondent à des normes, et que ces normes sont différentes d'un pays à l'autre :
Les alliages produits en Russie ne sont pas les mêmes que les nôtres, les tailles de vis, les types de caoutchouc, les rivets, les machines outils, les normes électriques, et par extension tous les appareils de servitude comme les groupes électrogènes, l'épaisseur des pistes, les fréquences radios, les normes hydrauliques, etc. Tout cela fait qu'il n'est pas possible de "copier" une machine si complexe. En revanche, ce qui est intéressant, c'est de récupérer les résultats des expérimentations et de la recherche fondamentale.
Il faut savoir, que TOUT LE MONDE espionnait les travaux du Concorde, pas seulement les Russes, il y avait les Américains aussi, les Chinois, les Allemands et oui ! A tel point, qu'au stade des études préliminaires, il y avait eu trois appareils différents présentés comme "LE" supersonique franco-anglais, pour jeter la confusion et aussi rendre l'espionnage plus difficile. Mais ça ne se fait pas de dire que les Allemands ou les Américains nous espionnent.
Bon, revenons aux 2 appareils.
Tout d'abord, çeux qui taxent Tupolev de médiocrité je dis ceci :
Effectivement, Le Tu4 de 1950 était une véritable copie exacte du B29, cela a été fait dans le but de faire rattraper le retard de l'URSS qui jusque là n'avait pas de bombardier stratégque. Mais très vite, la recherche nationale a produit des appareils originaux, répondant à des besoins différents des besoins US (par exemple au niveau de la simplicité de mise en oeuvre, du niveau technique des équipes de maintenance, et du climat).
Alors que Tupolev recevait l'ordre de concevoir un SST (supersonic transport), ses ingénieurs concevaient aussi cet appareil de la taille du Concorde, connu comme étant une réussite exemplaire (même si les capacités de vitesses restent encore en dessous de l'objectif fixé :
Le Tu22M, vitesse max de M1.5 ? suivant les versions :
http://www.airliners.net/photo/Russia---…
D'une part, le Tu144 a volé un an avant le Concorde, je trouve que c'est plutôt pas mal pour une copie parce que d'habitude, la copie est fabriquée après l'original... et le Tu144 a passé le mur du son avant le premier vol de Concorde.
Si le Tu144 devait transporter 50% de passagers en plus, 20% plus vite et 20% loin, je ne vois pas où serait l'intérêt de Tupolev de copier une machine moins performante ?
Le premier Tu144 avait la même formule de voilure que le Concorde
http://www.airliners.net/photo/Untitled/…
http://www.airliners.net/photo/Untitled/…
Cette formule s'est révélé désastreuse à basse vitesse (et d'ailleurs, c'est une des raisons qui ont fait que le sort du Concorde était scellé à Gonesse). Le Tu144 devait pouvoir se poser à la même vitesse qu'un liner standard, ce qui n'était pas possible avec cette formule de voilure, le Concorde se pose et atterrit vers 400Km/H, alors que c'est vers 300 pour un liner standard.
D'un côté comme de l'autre, la formule fut revue entre les prototypes et les avions de série. Sur le Concorde, le fuselage fut allongé de pratiquement 6 mètres, le croupion refondu entièrement et le train d'atterrissage complêtement changé. Chez Tupolev, on changea le plan de voilure en optant pour un double delta soutenu par un plan canard rétractable. Le train d'atterrissage qui se trouvait à l''extérieur des fuseaux moteurs et se rétractait dans l'épaisseur de l'aile avec 24 roues minuscules fut déplacé dans les fuseaux moteurs et se rétractait entre chaque paire de moteurs après une série de contorsions :
http://www.airliners.net/photo/Aeroflot/…
Au musée Allemand de Sinsheim, on peut contempler un Concorde et un Tu144 l'un à côté de l'autre, et constater les différences fondamentales entre les appareils.
Tu144 :
http://www.airliners.net/photo/Aeroflot/…
Concorde :
http://www.airliners.net/photo/Air-Franc…
On remarque :
- la voilure en ogive pour le Concorde et le double delta plus canard du Tu144
- le train entre les moteurs pour Concorde et dans les nacelles moteurs pour le Tu144
- les courtes nacelles moteurs tr??rt? du Concorde, celles du Tu144 sont interminables et proches du fuselage
- le diamètre de fuselage de 25% plus grand sur le Tu144
Les moustaches ou plans canards sont une différence fondamentale sur le plan de voilure.
Elles permettent de tirer une portance plus importante de la voilure à basse vitesse.
En effet, sur un delta pur, comme le Concorde, pour lever le nez, on est obligé d'appliquer une force vers le bas en arrière du centre de gravité et du train principal. Cela se fait en braquant les volets vers le haut en déportance, d'ou une perte de portance totale sur la voilure. Avec le plan canard, on applique une petite force vers le haut en avant du centre de gravité ?ce qui permet d'utiliser les volets vers le bas et générer une portance supplémentaire.