Kriktop a écrit :
Je ne suis pas exactement de ton avis.
En variété, et souvent en jazz studio le procédé est totalement différent. L'enregistrement se fait en superposition de re re (rerecording) c'est à dire que les musiciens ne jouent pas ensemble mais suivent le "clic" d'un métronome, ou parfois ensemble mais chacun dans un coin du studio pour éviter les "repisses" (un micro qui enregistre malencontreusement l'instrument du voisin et génère des artefacts dont je reparlerai plus loin). On empile ensuite le tout, on panoramise (pour localiser artificiellement dans l'image stéréo), on compresse la dynamique et limite le niveau proche du 0 db (c'est ainsi qu'un saxo peut jouer très fort sans saturer, et rester audible dans les enceintes, ce qui n'est pas réel. La dynamique d'un tel instrument n'entre pas dans les marques de la plage dispo à cette distance d'un micro) (et ça serait affreux à écouter !!! Essaye de mettre ton oreille à 50 cm d'une trompette, même avec sourdine !).
En bref, pour ce type d'enregistrement, tout est capté au plus près, en limitant au max les influences du lieu d'enregistrement (usage de cardio ou hypercardio en proximité). On peut après, ou non, créer une ambiance sonore synthétique par ajout de reverb.
Je ne critique pas ce procédé qui produit parfois de très beaux mixages (je pense à certaines recherches de rock progressif dans les années 70 (gong) ou plus récemment de belles réalisations de jazz comme les disques de Sclavis).
Mais attention aux abus : un éventiail dynamique inexistant, usage intensif du compresseur, pour du son mp3 bas de gamme. Voyez la forme d'onde des produits marketing pop du moment, c'est à tomber à la renverse. Minable... Mais parfait pour les casques bas de gamme intra ou les bagnoles...
En classique, même si on a usage de quelques procédés, la technique est diamétralement opposée.
On enregistre un instrument dans son contexte, comme un auditeur entendrait la musique à une place idéale d'écoute.
Un violon dans une chambre anéchoïque ne sonne pas bien. Il ne prend son sens que dans une belle acoustique d'auditorium, de même qu'une voix. En principe, on cherche d'ailleurs à adapter le son à l'esthétique musicale : on enregistrera plutôt une messe dans une église, et un lied dans une acoustique plus neutre. Il existe des salles très prestigieuses pour les prises de son.
Dire qu'une prise de son classique est déplorable parceque trop lointaine est un peu abusif je pense. D'ailleurs, tu n'aurais aucune musique aussi dynamique que le classique : la dynamique étant l'écart entre le son le plus doux et le plus fort. Les timbres des instruments, du fait de leur mélange et de l'adéquation à l'acoustique sont particulièrement difficiles à saisir et encore plus à bien rendre avec une paire d'enceintes. Il faut en plus savoir que l'instrument joue dans son acoustique qui est enregistrée, et qu'en plus tu écoutes tes enceintes dans ton acoustique domestique (qui n'est pas forcément très bonne). Cela ajoute un filtre supplémentaire.
Pour une prise d'orchestre, il n'y a pas de rêgle précise. On peut utiliser un seul couple cardio, ou omni (plus souvent dans de bonnes salles). On peut aussi ajouter autant de micros que necessaire, ou que d'instruments. Ces appoints ont pour fonction de "réchauffer" un peu la présence de chaque pupître. Mais moins il y a de micros, moins c'est compliqué. On se heurte aux problèmes de phase dû à la distance :
Le plus gros du boulot est fait par le couple central principal. C'est lui qui détermine la stéréo et la profondeur. Mais si un instrument joue une note à 15 m du couple, et qu'il est enregistré par le micro d'appoint, il y a une inconcordance de temps entre ce que capte le micro d'appoint et le couple central. On peut même avoir une opposition de phase qui annule totalement la fréquence émise. Le résultat est un brouillard sonore. Pour pallier à ces problèmes, en multimicros, les ingéson établissent des lignes à retard qui permettent de remettre en phase les différents points d'enregistrement.
C'est l'art du preneur de son qui fait qu'une prise est cohérente, non outrancière, crédible, malgré les artifices techniques.
Quand au foutoir sonore, si tu regardes une partition d'orchestre, tu verras que c'est bien compliqué souvent. Les musiciens ne jouent pas souvent ensemble à la même intensité. Les étagements sonores sont volontaires, et se démarquent en cela du 0 db reglementaire des prises de son starac !
Ensuite, il y a une polyphonie souvent complexe. Un étageement sonore qui spatialise la prise de son non seulement en largeur mais aussi en profondeur. Certaines enceintes ne font hélas pas honneur à la musique classique en ce sens. L'idéal serait d'aller à des concerts d'orchestre, par exemple, pour confronter le réel au virtuel des enceintes.
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