gURuBoOleZZ | J'en reviens à Thriller et ses différentes éditions, ainsi que la question de l'indice dynamique.
Je me suis livré à quelques analyses comparatives des éditions que j'ai sous la main. J'en ai quatre : — une édition qui correspond au mastering de la première édition en CD
— la version SACD (il s'agit bien de la couche DSD qui est analysée)
— l'édition spéciale publiée en 2009 2001 (pour laquelle j'ai supprimé toutes les pistes bonus)
— une édition haute résolution en PCM 176Khz à 24 bit disponible sur les boutiques en ligne
Pour la version SACD, mis sur la piste par des chiffres différents recensés sur la base de données dr-meter, j'ai choisi d'effectuer deux analyses : une première avec les paramètres de lecture de la couche DSD par défaut (et qui consiste en un gain de 6dB, qui est je crois bien le standard pour les platines SACD) et une seconde en supprimant ce gain (+0dB).
Cela amène à tester cinq « versions ».
Les données de DR sont issues de l'algorithme de Tischmeyer Technology, et ont été obtenues avec le composant de foobar2000 TT-DR ainsi qu'avec le module d'analyse de Jriver Media Center. Les chiffres générés sont les mêmes.
Les données LRA de la norme R128 sont quant à elles obtenues avec JRiver Media Center (si quelqu'un connait d'autres logiciels, je suis preneur).
Je rappelle que les deux ne calculent pas la même chose, mais ont une fonction similaire : donner une indication de l'écart dynamique d'un enregistrement sous forme numérique.
Pour ceux qui ne seraient pas familiers avec cet indicateur de mesure, j'indique sommairement que les valeurs LRA reflètent un écart de « loudness », en mesurant les écarts entre les plages sonores les plus faibles à celles qui sont les plus fortes (la dynamique en sorte), tout en supprimant les extrêmes afin de ne pas parasiter les chiffres par des débuts ou fins de morceaux silencieuses. Plus le chiffre obtenu est grand, et plus grande est la dynamique perçue. L'unité est le LU pour Loudness Unit. Les morceaux pops/rocks ont une LRA généralement faible relativement à un orchestre symphonique, et je pense que tout le monde peut aisément convenir que l'étendue dynamique que l'on trouve dans une symphonie est (volontairement) supérieure à celle d'un band de rock et son mur d'ampli Marshall. Or l'algorithme TT-DR tend souvent à indiquer que non lorsqu'on compare les mixages rock/pop/metal d'il y a vingt ans à des enregistrements symphoniques toute époque confondue (avec des DR à 14…15 dans les deux cas).
J'avais à ce titre indiqué dans un message posté hier un défaut d'analyse majeur de TT-DR. Voyons maintenant les résultats sur une musique d'un genre plus populaire :
Première analyse globale :
- Les mesures fournies par TT-DR indiquent sans ambiguité que les éditions Spéciales et SACD (qui viendraient du même master si je comprends bien
, et commercialisées du reste à la même période) sont celles qui présentent la plus faible dynamique sonore. À l'inverse, la version haute résolution (à droite) et la version CD originale sont celles dont la dynamique serait la plus étendue. Un mélomane audiophile soucieux d'opter pour la meilleure version et utilisant l'indicateur DR comme guide devrait en toute logique se diriger prioritairement vers ces versions.
- L'analyse R128 présente des chiffres beaucoup plus serrés, avec des écarts quasi-nuls entre toutes les versions sur la majorité des pistes. Lorsque j'écoute comparativement la version originale et l'édition spéciale, en particulier pour Billie Jean (DR17 vs DR8), en prenant soin de normaliser les niveaux, je suis frappé par les différences sonores, mais pas vraiment par l'étendue dynamique. Les deux masters ont d'ailleurs des avantages et des inconvénients à mes oreilles (l'original présente un son plus clair mais parfois très agressifs ; le remaster est plus enveloppant, mais parfois un peu étouffé). Et si je compare cette fois l'édition spéciale à l'édition HR (DR8 vs D16), que dire sinon que les deux ont le même ADN, avec un petit semblant de haute-fréquences en plus pour la version HR, mais sans aucun sentiment de dynamique supérieure (ce qu'indique d'ailleurs la LRA : +2,6LU vs +2,7LU)
En somme, si TT-DR va clairement induire le mélomane à privilégier certaines versions de ce disque célèbre, l'analyse de la LRA va clairement le laisser dans le flou (et sans doute l'obliger à faire usage de ses oreilles pour juger de la qualité en fonction de ses préférences). Je n'exprimerais pas les miennes car mon jugement n'est pas fait et ce n'est pas le propos de cette petite enquête, mais j'imagine que lorsque BoraBora parlait de la supériorité de l'édition spéciale, il devait exprimer plus que son avis et une sorte de consensus de fan ou spécialistes de Michael Jackson.
Deuxième analyse, sur un détail : Certains ont peut-être été frappés par la différence marquante qui apparait entre les deux conversions issues du même SACD. L'écoute par défaut (+6dB) présente un DR moyen de 10 lorsque la désactivation du gain étend le DR (et la plage dynamique pourrait-on conclure dans un élan d'enthousiasme) à plus de 13. Cool n'est-ce pas ! Après les ingénieurs du son qui font n'importe quoi, voici que les ingénieurs des fabricants de platines s'y mettent à leur tour à foutre un gain de +6dB à la lecture du SACD. Ah, cette loudness war, jvous jure !!!
Et pourtant, dans un petit coin du cerveau s'agite un doute : si j'augmente le gain de 6dB partout, la dynamique devrait être inchangée, puisque tout à été augmenté pareillement. Si auparavant les sons plus faibles étaient à 5 et les plus fort à 15, j'obtiens un écart de 10. Et si j'ajoute 6 partout, je passe de 5+6=11 à 15+6=21. Donc un écart qui reste à 10, sauf bien sur si je touche et dépasse les limites supérieures autorisées par le numérique (saturation, ou clipping). Et pourtant, mes chiffres DR sont très clairs, de la dynamique est perdue. Mon LRA en revanche me dit que rien nulle part n'a changé (hormis un +0,1LU sur le titre Thriller). Qui croire ?
J'ai comparé de visu la piste à 0dB à celle de +6dB sous audacity, en ajoutant une capture d'écran de la version à 0dB que j'ai amplifiée de 6dB sous ce même logiciel.
On a donc dans l'ordre : — une lecture sans gain standard (et donc un morceau qui sonne moins fort que la normale) et qui offre un DR de 16
— une lecture sans gain standard à laquelle j'ai poussé le gain de 6dB sans aucune prévention de crête (le DR devrait rester à 16 ou alors l'auditeur entendre une saturation)
— une lecture avec gain standard de +6dB (dont le DR est tombé à 10)
Vous voyez une différence entre les deux dernières ? Moi pas. Y a -t-il saturation ? Je n'en entends pas, et le logiciel ne m'en trouve aucune lorsque je lui demande d'en trouver en trouve, mais à l'identique dans les deux. En test ABX (qui est facile à mettre en place puisqu'il n'y a aucun décalage d'offset, la source étant physiquement le même SACD), il m'est impossible d'entendre une différence.
Ainsi, une même source peut obtenir deux chiffres DR très différents (DR16 vs DR10 tout de même) alors que ni la dynamique ni le master ne présentent de différence. Je rappelle les chiffres du LRA : +2,8LU pour l'un et +2,8LU pour l'autre, ce qui est conforme aux mathématiques ainsi qu'à l'audition.
CONCLUSION
J'avais illustré hier que le DR donnait des indications sans aucune fiabilité de l'écart dynamique d'un morceau. Aujourd'hui, sur un disque dont on peut dire qu'il est plus propice à cet indicateur, j'obtiens des valeurs qui frisent l'absurde, puisque depuis une même source (un SACD) et surtout un même master (!!) j'obtiens des valeurs DR sensiblement différentes et qui présentent même des écarts majeurs… alors que le son est le même.
On peut aussi comprendre le travers de cet indicateur (comme de tout indicateur) : passer d'un instrument de mesure de la réalité à un instrument de façonnage de cette même réalité. Si le CD est un processus tellement normalisé qu'il ne permet aucune latitude d'action, d'autres sources comme le vinyle peuvent être numérisées de mille façon. Et lorsqu'un mélomane technophile & audiophile souhaitera obtenir une numérisation, il pourrait tester plusieurs paramétrages qui maximiseront le DR mais sans augmenter ni la dynamique ni la qualité sonore. Et le plus dommageable, c'est peut-être que cette recherche d'un DR élevé, qui est publiée par la suite, tend à faire croire que certaines sources sont meilleures que d'autres lorsqu'elles sont parfois identiques. Au fait, être convaincu que deux choses sonnent différemment lorsqu'en réalité elles sont identiques, ne rejoint-il pas l'idiophilie dont on se moque ici ? Ne devrait-il pas être clair que le DR devrait être rangé dans les accessoires idiophiles qui s'adressent non pas aux gens fortunés mais plus au mélomane un peu geek ?
J'entends déjà des dents grincer… Oui mais le DR marche bien chez moi… Oui mais c'est commode et pratique… Certes. Mais quitte à utiliser un outil informatique ayant pour but de nous renseigner sur la dynamique d'un master, pourquoi utiliser celui qui donne des résultats que je n'hésite même plus à qualifier de foireux ?
MORALITÉ :
Oubliez le DR, oubliez la base située sur http://dr.loudness-war.info, et passez au LRA. |