visiteur du futur Futur du soir Transactions (22) | Bon, et bien vu qu'aujourd'hui on découvre que Trump devient le nouveau président des US (avec en plus double majorité Représentants + Sénat), m'est avis que c'est le bon moment pour le CR d'un jeu où le thème est justement de se démerder dans un monde rempli de vachards bien comme il faut
En avant donc : CR "Coup de filsputerie" : Game of Thrones (RPG de Cyanide)
(printemps 2012, par Cyanide Studio et publié par Focus Home)
Malgré l'énorme succès critique et commercial de "A song of Ice and Fire" (aka "Le Trône de Fer" ), on ne peut pas dire que son pendant vidéoludique soit aussi bien représenté Il existe peu de jeux estampillés "Game of thrones" et encore moins de qualité. Outre le titre de Telltales Game, Cyanide (studio français plutôt connu, cocorico !) s'est occupé de la licence. Leur première tentative, intitulé "Game of thrones - Genesis", n'avait hélas rien de mémorable et mieux l'oublier. Leur second essai, en revanche, est un petit bijou de scénario et rebondissements parfaitement dans la ligne des livres et de l'univers. Bien plus que correct, le jeu offre des features classiques et un gameplay sans surprise mais qui fait le job. Couplé à une DA très honnête et un grand soin dans le level design, on obtient sans conteste ce qui est aujourd'hui le meilleur jeu vidéo sur Game of Thrones.
Hélas, l'ensemble n'est pas exempt de défauts et ne gagne pas un statut d'incontournable. Pour ceux qui veulent une conclusion immédiate, voici en deux mots : on a un jeu sympathique, parfois un peu chiant dans ses phases de combat car la difficulté peut avoir des gaps mal maîtrisés : l'histoire et ses personnages sont envoûtants à souhait et la conclusion finale (qui pour le coup est un vrai feu d'artifice offrant jusqu'à 4 fins vraiment différentes) en laissera plus d'un sur le cul. Quiconque aime "Game of thrones" appréciera le jeu. Quiconque aime un bon petit RPG avec une vraie histoire appréciera le jeu. Pour ceux qui préfèrent le gameplay en priorité, le sentiment est plus mitigé. Quant à ceux qui veulent la facilité et le spam de souris facile, mieux vaut passer son tour car le jeu est exigeant et nécessitera de s'impliquer un minimum (voir plus) dans les combats. L'ensemble fait environ 20 - 25h (jusqu'à 30-40h pour les acharnés du complétionisme et pour rejouer les 4 fins différentes). Prix conseillé : 20€ si vous êtes très client, 10€ si vous l'êtes moins et si vous voulez soutenir la production fraaaaaaaaançaise, et enfin 5€ en bon tartuffe (ce qui arrive régulièrement). Histoire :
Fig 1 : "La diplomatie, ça marche mieux avec une grosse épée"
Nous voici aux commandes de deux pas joyeux drilles : Mors et Alistair. Le premier (Mors) est un vétéran du Mur où il exerce ses talents depuis plus de dix ans. On l'appelle "Monsieur", ou "Le Boucher", et les frères en noir évitent de faire de l'humour avec lui. Le second (Alistair) est le fils déshérité d'un seigneur du sud engagé dans la religion de R'hollor. On l'appelle "Monseigneur" ou "Maître" et on frissonne quand il sourit parce qu'on se demande si y'a pas une dague dans la main qu'il vous dissimule (et on a raison de se poser une telle question). Ces deux hommes sont des tueurs, habiles à l'épée et à certaines magies, et n'ont pas les états d'âmes d'un héro : quand on les menace, ils frappent les premiers et de préférence au cœur ou à la tête. Ça évite les mauvaises surprises et de finir dans le caniveau.
Mors n'aime pas les complots et n'a guère d'autres ambitions que de défourailler du "widling" à tour de bras jusqu'à ce que mort s'ensuive. Néanmoins, il obéit à une certaine conception de l'honneur et quand on lui demande de secourir une mystérieuse jeune femme traquée par les éléments pourris de King's Landing, le voilà parti en chasse. Car c'est aussi un rancunier le Mors et vu qu'on a tenté de lui ôter la tête, ça le titille de découvrir qui donne les ordres derrière tout ça. Alester, lui, est une bizarrerie : un guerrier habitué aux complots et capable d'une bonne dose de fourberie. Quand il rentre enfin au pays, c'est pour découvrir son château quasi assiégé et sa jolie sœur bientôt violée par leur bâtard de frère puîné afin que ce dernier hérite du titre seigneurial. Pour ne rien arranger, il ne tarde pas à découvrir que son paternel s'est fait assassiner et que les ordres semblent eux aussi venir de King's Landing. Sauf qu'en tant que prêtre de R'hollor, Alester a le goût du sang et si occasion lui ait donné de perforer du poumon tout en arrangeant ses affaires, et bah y'a pas à y réfléchir longtemps. Et pour mieux circonvenir l'ennemi, quoi de mieux que de s'en approcher ?
On alterne chaque chapitre de l'histoire avec l'un des deux personnages, jusqu'à certains moments où leurs destinées s'entremêlent. Coup brillant du scénario : le passé des deux "héros" n'est pas anodin et s'ils finissent par se prêter assistance, cela viendra en ajoutant encore de la profondeur à une histoire qui n'en manque pas. Assassinat, rebondissement, traîtrise, actes presque héroïques, audaces et situations désespérées : rien ne manque ici ! L'ensemble en fait une grande et belle trame, au ton toujours juste et qui évite très habilement les écueils et les poncifs. Au final, on a là un scénario d'une rare qualité et qui ne démérite en rien par rapport à l'œuvre de Georges RR Martin. Et c'est pas peu dire. Sur ce point, chapeau bas Cyanide. Gameplay et technique :
On s'en sera douté, si l'aspect "roleplay" est irréprochable, il n'en est pas de même pour les autres composantes du jeu. La technique n'est pas mauvaise mais date vraiment un peu et montre pas mal de limitations pour un joueur PC en 2016. Le FOV est une vraie horreur et ne parlons d'une espèce de lock à 30 fps : ça vient peut-être des limitations consoles, mais ça n'excuse en rien l'absence d'option pour le PC. Heureusement on peut très facilement faire sauter ces trucs dans le .ini (ça prend trois minutes à chercher sur google. Faites-moi un mp au besoin). Étant sensible au motion sickness, m'a fallu poussé le fov à 120 pour être bien, c'est dire ! La bonne surprise c'est que le moteur physique est bien foutu et changer le FOV ne va ainsi en rien massacrer l'image ou les personnages (pas d'étirement dans tous les sens ou de décor qui devient fou). Ça m'a surpris, mais comme quoi ils savent bien coder chez Cyanide. Les animations des personnages sont en revanche ultra-rigides et mieux vaut pas trop chercher de finesses sur les visages. Le jeu date certes de 2012 mais ça fait grossier quand même.
"Ma gueule ? Quoi ma gueule ? Qu'est-ce qu'elle a ma gueule ?"
La DA rattrape le tout et les environnements sont vraiment très beaux, toute chose égale par ailleurs. Une fois de plus c'est le respect de l'œuvre qui frappe, tant on se croirait dans le monde de Westeros. Le Mur est enchanteur, King's Landing magnifiquement immersif et les châteaux et autres cités/bourgs sont parfaitement dans l'ambiance "médiévale".
On regrettera un peu une absence de certains jeux de lumière, mais bon on sent bien que le moteur de Cyanide ne peut pas tout faire et que le travail du studio (qui n'a hélas pas des moyens fantasmagoriques) s'est concentré sur autre chose. Le jeu vidéo est une affaire de choix et la qualité artistique demeure au rendez-vous même si elle ne sera pas la qualité première de ce Game of Thrones.
Niveau gameplay, les choses vont se gâter : on a ici affaire à de l'action-rpg en pause active avec compagnon. Chaque personnage dispose d'attitudes spéciales qui consomment du temps et du mana. Il faut veiller à coordonner les actions pour déclencher des effets cumulatifs et bien gérer sa magie pour remonter ses jauges. Au menu : coup tranchant, étourdissement, feu, aveuglement, renversement, aptitudes à débloquer via les points d'expérience, vigueur, % d'impact et de critique, multiplicateur d'effets, potions de soin &co, réanimation, etc…. Toute la panoplie y passe et les combinaisons sont nombreuses.
Fig 2 : "le gros bordel"
Malheureusement la difficulté est grande car les ennemis sont 1) solides, 2) nombreux et prompts à vous tomber dessus tous ensembles, et 3) loin d'être cons et savent parfaitement utiliser leurs propres capacités pour vous mettre dans la panade. En niveau normal, c'est une vraie purge : il faut déclencher l'agro quasi un par un et filer à distance pour ne pas se faire démonter par l'archer du coin, ou simplement être pris à revers par les autres brutes qui déboulent suite aux cris d'alerte. Pour ça, le réalisme est au rendez-vous. Mieux vaut vraiment être en "facile" sinon on y passe des plombes et pour pas grand-chose en plus. Dans les points positifs, il faut noter l'énorme qualité du level design qui permet vraiment d'utiliser plusieurs approches pour engager l'affrontement ou au contraire passer certains niveaux en "stealth" complet (dans certains cas, ce sera imposé). Gros effort aussi sur la variété des environnements : geôles, souterrains mystérieux, ruines, châteaux forts bien fournis en garnisons, villages perdus dans la lande près du Mur, etc…. Pas à dire, on a rarement l'impression de faire deux fois la même chose ! Dommage, encore une fois, que les combats soient si rudes. Enfin, les développeurs ont fait l'effort de donner une capacité unique (et différente) à Allester et Mors : l'un est un métamorphe capable de se glisser dans l'esprit de son chien de combat, très pratique pour utiliser les passages étroits et sauter à la gorge de certains gardes ; l'autre utilisera la "Lumière divine" pour découvrir des mécanismes secrets et des itinéraires alternatifs franchement pas dégueulasses quand on veut justement prendre quelques raccourcis. L'ensemble est fichu de manière intelligente et s'équilibre bien entre l'exploration et les combats (sur la quantité, s'entend, pas sur l'intelligence des combats )
Conclusion : Bah pareil qu'avant "Game of Thrones" de Cyanide est un jeu excellent sur son histoire et son immersion, tout comme dans le traitement de ses personnages. Rien que pour ça il vaut le détour. Le level design et la DA sont aussi très bien, même si on ne redéfinit pas les standards du genre. Les combats, donc, sont le point noir du jeu. Dommage ! C'est un beau 7/10, mérité, et n'eut été son gameplay mal fichu il aurait très clairement tapé un 8-9/10 et aurait fait office de référence incontournable. Il se contente donc d'être un bon jeu très correct et, encore une fois, le meilleur jeu "Game of thrones" auquel on peut jouer. Donnez-lui sa chance un de ces jours
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"Actually, doing things get you fired. In fact, I'm writing a book on this very phenomena." "Really, you're writing a book ?" "No because that would be DOING something !"
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