Maldoror Carpe diem, tu vas mourir | ronx a écrit :
Je comprends pas ta méthode. Tu veux qu'on se balance des rapports qui abondent dans notre sens ? On peut, mais je vois pas en quoi ça fait avancer le débat. Je t'ai posé des questions précises auxquelles tu n'as pas répondu. J'ai critiqué des points précis de l'article que t'as cité. Tu réagis à aucun de ces points et tu me balances juste un document que t'as probablement pas lu.
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Je n'ai pas de méthode particulière, on me parle de la sortie de l'euro, je réponds (probablement en ressortant des discours "prémâchés", comme me l'a indiqué pc_expert, je veux bien l'admettre, n'étant pas expert en économie) que cela entrainerait une augmentation du coût de la vie, on s'insurge et on me dit que non, je vais donc benoitement chercher sur google "conséquences de la sortie de l'euro" (je ne suis pas très original, je veux bien te l'accorder), je tombe sur un article des echos, je le lis (si, si, je l'ai lu), je le cite, tu me réponds que c'est absurde et que c'est normal puisque c'est écrit par un petit mec qui s'est bombardé économiste.
"Bien", me dis-je (je me parle souvent en aparté), "bien". "Cherchons mieux".
Je continue, et je trouve une seconde analyse qui rejoint rigoureusement la première. Alors je me dis que ça en fait quand même deux qui disent la même chose que ce que j'ai déjà entendu moult et moult fois, et je me demande, du coup, si toi tu pourrais me citer un économiste, ou un organe économique reconnu, qui abonderait dans ton sens à toi, afin de comparer les discours. Tu me cites donc une analyse de l'économiste Eric Dor, dont je découvre aujourd'hui l'existence, qui dit des choses comme ça :
Citation :
Il est bien connu que l’abandon de l’euro par un pays membre de l’UEM aurait un impact extrêmement déstabilisant pour l’ensemble de la zone euro, et un impact fortement négatif
sur l’économie de tous les pays de la zone. Il n’empêche que cette hypothèse est souvent évoquée, généralement sans prendre la mesure de ce que cela impliquerait concrètement. Il est donc utile d’éclairer le débat de manière analytique pour qu’au moins ce type de supputations soit discuté en connaissance de cause. Pour un pays souhaitant abandonner l’euro, la seule voie légale purement compatible avec le traité européen serait de se retirer d’abord de l’ensemble de l’Union Européenne en utilisant l’article 50 du traité, et ensuite d’essayer de négocier une nouvelle adhésion, mais avec dérogation en ce qui concerne l’Union Monétaire. Une autre manière légale de se retirer serait de négocier un amendement au traité. Ces options exigeraient chaque fois de longues négociations et la ratification par tous les Etats membres. Certains pensent qu’on pourrait alors se contenter, dans l’urgence, d’un accord à l’unanimité au Conseil Européen, et d’un règlement, en dépit des incertitudes juridiques que cela comporterait. Certains articles de la convention de Vienne sur le Droit des Traités pourraient également fournir une base juridique à un retrait d’un pays de la zone euro sans quitter l’Union Européenne, à condition que le droit international public s’applique au traité européen, ce qui est une question débattue.
Les difficultés particulières liées à l’abandon de l’euro par un des pays de l’UEM tiennent au maintien de l’euro comme unité monétaire des autres pays de l’Union Economique et Monétaire. La nouvelle monnaie du pays qui quitterait l’UEM aurait à coexister ensuite avec son ancienne unité monétaire, l’euro, qui resterait celle des autres pays de la zone. Il ne s’imposerait donc pas mécaniquement que toutes les dettes émises en euros préalablement au retrait soient converties dans la nouvelle monnaie nationale. Ce problème serait particulièrement critique dans un contexte de dépréciation de la nouvelle monnaie nationale par rapport à son taux de conversion initial en euros.
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On voit par là que c'est loin, très loin d'être évident, et dans la mise en oeuvre, et dans l'appréciation des conséquences. On lit ensuite ceci :
Citation :
Dans l’hypothèse où un Etat quittait la zone euro, ce n’est que sous certaines conditions que certaines dettes en euros émises par des institutions publiques ou privées de cet Etat avant la date de retrait, ou certains paiements en euros découlant de contrats conclus avant cette date, pourraient être convertis automatiquement en nouvelle monnaie nationale au taux de conversion initial. De manière générale ce sont les dettes et contrats pour lesquels il entrait dans l’intention des parties de se référer à la «lex monetae» du pays qui se retire. De toute manière, dans l’hypothèse où le retrait serait unilatéral, et donc illégal par rapport au traité, les juridictions étrangères au pays qui quitterait la zone euro refuseraie
nt vraisemblablement le droit de convertir ces types de dettes et contrats en nouvelle monnaie nationale, dans des litiges où elles auraient à intervenir.
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C'est vraiment loin d'être aussi évident que tu ne sembles le penser, donc. Sur le plan de la procédure, déjà :
Citation :
Le traité européen ne contient toutefois pas de clause qui permette le retrait d’un Etat de l‘Union Monétaire uniquement, tout en restant membre de l’Union Européenne. Pour un pays souhaitant abandonner l’euro, la seule voie légale purement compatible avec le traité serait donc de se retirer d’abord de l’ensemble de l’Union Européenne en utilisant l’article 50, ce qui impliquerait forcément de quitter la zone euro. Ensuite le pays pourrait essayer de négocier une nouvelle adhésion, mais avec dérogation en ce qui concerne l’Union Monétaire (dérogation dont bénéficie actuellement le Royaume Uni par exemple). Il est évident que ce processus serait politiquement aléatoire, puisqu’une nouvelle adhésion à l’Union Européenne exigerait une ratification par l’ensemble des autres pays membres.
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J'encourage ceux qui ne connaissent pas ce document, à lire à partir de la page 5, le § intitulé "Modalités pratiques d’un abandon brusque de l’euro".
Le document que tu cites, juste après le passage que tu mentionnes, précise d'ailleurs ceci :
Citation :
Quoi qu’il en soit, cette analyse montre qu’il y a de nombreux cas ou les dettes et paiements resteraient libellés en euros, et par exemple: - Une obligation souveraine qui avait été émise en euros par le pays qui se retire de l’UEM, à destination des investisseurs internationaux, cotée sur des places étrangères ou payable à l’étranger - Un prêt en euros qui avait été accordé par une banque d’un autre pays de la zone euro ou hors de la zone euro, à un débiteur du pays qui se retire de l’UEM, et dont le service doit être payé sur un compte dans le pays de la banque prêteuse
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Enfin, il conclue :
Citation :
Il pourrait exister des moyens qui permettraient à un Etat de quitter légalement la zone euro, mais tous impliquent de longues négociations, dont l’existence même alimenterait la spéculation, rendant leur application difficile en pratique. Quant à un retrait unilatéral, il exposerait l’Etat concerné à de multiples recours auprès des juridictions nationales et étrangères. A supposer qu’un Etat puisse néanmoins se retirer de la zone euro, l’examen des modalités concrètes potentielles de ce retrait montre que la transition comporterait de multiples difficultés et incertitudes. De la même manière un retrait de la zone euro ne garantirait pas automatiquement que toutes les dettes précédemment émises en euros, et tous les contrats exprimés en euros, puissent automatiquement être convertis dans la nouvelle monnaie.
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Moi, de ce que j'en comprends, ce monsieur est loin, très loin, d'être aussi optimiste que toi sur ce sujet.
ronx a écrit :
- sur l'euro comme pannier de monnaie qui servirait à rien, ce que j'ai évoqué correspondait en GROS aux positions de Jacques Sapir et de Jean-Pierre Chevènement (et d'autres). J'ai avancé quelques avantages d'un tel système, ça permet de laisser flotter l'euro tout en encadrant les dévaluations au sein de la zone euro (ce qui était une des critiques sur la sortie de l'euro). Ça me parait du bon sens, mais si tu veux absolument une "source" réfère toi à Sapir.
- sur la baisse du pouvoir d'achat, j'ai répondu que la dévaluation permettait une hausse de la compétitivité (marché intérieur et marché extérieur) et donc une réduction du chômage. C'est d'ailleurs ce que dit l'article que tu cites (http://www.chiffrages-dechiffrages [...] -de-l-euro) :
Citation :
Au regard du contenu de la proposition, la dévaluation souhaitée serait de 20 %. Ce niveau de dévaluation parait correspondre aux fondamentaux actuels de la position extérieure nette de la France. Une dépréciation de ce « nouveau Franc » contribuerait de façon favorable à la croissance à court et moyen termes. Ainsi, par rapport à une situation de référence sans sortie de l’euro, on peut identifier plusieurs mécanismes.
- Les biens et services produits en France seraient plus compétitifs que les biens et services produits à l’étranger. Cela contribuerait à favoriser l’augmentation du volume des exportations et la diminution des importations.
[...]
- Les effets positifs sur la croissance des échanges extérieurs viendraient modérer la hausse du chômage et son impact sur la consommation des ménages, dus aux effets mentionnés ci-dessous au I.2 et I.3.La consommation des ménages serait en outre affectée par la réduction du pouvoir d’achat. En effet, celui-ci serait amoindri par le surcroît d’inflation importée, c’est-à-dire par l’augmentation des prix des biens et services produits à l’étranger.
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Oui, nous sommes d'accord, tous s'accordent à dire que tout ne serait pas négatif dans la sortie de l'euro. Mais, sauf à ce que j'ai mal lu (c'est tout à fait dans le domaine du possible), tous, sauf quelques uns (plutôt situés à la gauche de la gauche, comme Mr Sapir), s'accordent à dire que la "balance" de l'opération serait largement déficitaire, et que la France aurait à y perdre, en quittant la zone euro (si tant est qu'elle puisse le faire sur le plan politique).
Voilà, j'ai peut-être compris certaines choses de travers, mais il me semble avoir bien lu le lien que tu m'as donné (et je t'en remercie). ---------------
J'ai un totem d'immunité pour la modération : je suis d'extrême droite. Chat perché !
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