Citation :
Il s'agit de ces personnes qui vous reçoivent dans leurs bureaux à la banque et qui vous donnent des leçons sur la manière de mener votre vie en fonction de vos ressources. Voilà ce que je faisais. [color=#000000]Pendant 12 ans, j'ai passé mon temps à refourguer des assurances inutiles, des crédits revolving, des agios, des cartes bleues, des forfaits, à des gens qui n'avaient rien demandé.[/color]
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De fait, en rendant les turnovers – terme pour définir le fait de « renouveler le personnel » – plus fréquents, les dirigeants de la banque amenuisaient considérablement le pouvoir de l'empathie qui pouvait se nouer entre le conseiller et ses clients. Ainsi, ma relation avec eux s'est lentement dégradée.[color=#000000] D'humain à humain, elle est dans un premier temps devenue paternaliste. « Tous les clients sont comme des enfants à qui il faut enseigner un rapport à l'argent normalisé tel que nous l'entendons »[/color], ai-je notamment entendu plusieurs fois au cours d'un colloque.
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Or, concilier les deux est impossible. Puisque c'est justement sur les frais facturés aux clients que les banques gagnent de l'argent. Et les frais, eux, ils n'ont jamais cessé d'être augmentés ; frais de lettre à 15 euros – ça fait cher du timbre –, frais d'attestation à 12, frais de dépassement de découvert, ou encore, frais d'impayés – de loin l'un des plus cyniques. En somme, on vous explique que vous êtes punis par l'argent justement parce que vous n'en avez pas assez.
Les années passaient, bon an mal an, et tout devenait insupportable. Nos rendez-vous étaient minutés. Nous étions intimés de mettre la pression aux clients, leur insuffler une forme particulièrement sournoise de culpabilité, de peur aussi.
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Aujourd'hui, en agence, les conseillers bancaires ne servent plus à rien, sinon à vendre des produits inutiles pour faire empocher les frais inhérents à ces produits aux actionnaires, et accessoirement, à faire passer les colères justifiées des clients en servant de punching-ball.
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Comprenez bien qu'une banque, en 2016, ne vous aidera que si vous êtes déjà riches. Là, elle vous expliquera sans réserve les mécanismes vous permettant d'en redistribuer le moins possible aux plus pauvres, afin de le conserver dans son giron. Quand vous êtes pauvres au contraire, la banque vous explique qu'il est de votre devoir de payer les riches, afin de faire rouler l'économie.
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