CR Trail du Petit Saint Bernard 68/4000, le 28/09/2025
C'est l'années des grandes premières, premier marathon en mai, premier trail long (je sais pas si ça compte comme ultra
). Mon seul dossard trail jusque là étant le 21/1000 saucisson de chez moi
Mais avec les compets marche et vol j'ai déjà fait de grosses journées qui se rapprochent pas mal d'un ultra, donc je suis confiant, sauf pour les descentes
La prépa, en théorie
Pour capitaliser sur le gros volume de la prépa marathon, je continue sur la lancée en remplaçant les séances route par du trail, en augmentant progressivement le D+ et en rajoutant des séances spé descente
La prépa, en pratique
La petite douleur à la hanche que je me traîne en fin de prépa marathon met 1000 ans à partir, je cours quedalle pendant 1 bon mois. Puis c'est les vacances (pour tout le monde sauf moi
), j'ai plein de monde à la maison, des travaux à faire, bref je cours pas
Juin: 53k/2k d+
Juillet: 135k/3k d+
Août: 58k/0d+, j'arrive juste à courir pendant mes vacances dans un endroit ultra plat
J'ai heureusement le vélotaf qui me sauve un peu de volume, mais j'arrive début Septembre pas du tout prêt
Alors mieux vaut tard que jamais, je mise toute ma prépa sur 2 courses qui feront office de weekends "choc" les 2 premiers weekends de Septembre:
La montée de la Tournette (2k d+/d-)
Le Mont Blanc Air Tour et sa météo pourrie (65km / 8k d+ sur 3 jours avec sac 10kg)
Ce qui me donne un mois de Septembre correct à 210km / 12k d+ avant la course
Avant-course et parcours
J'arrive aux Chapieux la veille en van, pour récupérer le dossard et préparer mon sac.
C'est beau.
Je pars donc avec des Salomon Genesis, crampons (obligatoires) Yaktrax, bâtons 3 brins et carquois, 2 flasks 500mL, barres et gels, plus un bon kilo de matos obligatoire qui servira à rien d'autre que lester le sac
Mes flasks sont double dosées en malto et iso, avec les barres etc j'embarque un total de 400g de glucides, le reste viendra des ravitos. Je prends aussi 2 gélules de sel d4 à prendre à ~20 et 40km.
Le matos est prêt, j'ai mangé et il est même pas 19h. Pas de réseau aux Chapieux, reste plus qu'à dormir, je tombe direct
mais me réveille à 23h, impossible de refermer l'oeil jusqu'à 2h du mat...
Du coup le réveil à 4h30 pique un peu, mais bon j'aurai quand même eu ~6h30 de sommeil, on a vu pire.
Je me bouge pour préparer le petit dej, ça meule sévère, je reste dans mon double duvet.
J'ouvre le frigo pour préparer mon petit déj, il fait plus chaud dedans
Au passage j'oublie que la bouteille de lait qui est dedans est ouverte depuis 2 bonnes semaines, donc c'est parti pour des céréales goût fromage
J'ai vraiment pas envie de sortir de mon duvet mais bon il est 5h45, le départ est à 6h et j'ai pas encore chié alors je me fais violence.
J'arrive aux chiottes du village, il y a 3 pauvres toilettes sèches et 15 personnes qui attendent, un rapide calcul m'indique que ça va pas le faire
Plan B, retour au van pour utiliser mon fidèle seau qui m'aura décidément sauvé de bien des situations périlleuses
Une fois le méfait accompli, retour au trot au départ, il me reste 5 bonnes minutes comme me l'indique Ugo Ferrari, speaker de l'épreuve.
J'ai juste à passer le check matos, ils vérifient juste les crampons. J'indique au gentil monsieur que c'est dans la poche du bas de mon sac, il tâte.
- Bien... ah non ça c'est de la merde. Ca va si t'as 90 ans et que tu veux éviter de te casser le col du fémur mais pour le reste c'est de la merde
- Maisouimaisdanslemailvouzavédiquecétébonléyaktrax
- Ouais mais c'est de la merde, c'est la dernière année que c'est autorisé
Ah quel plaisir de se faire pourrir de bon matin
Bref comme j'arrive en dernier et que c'est bien rempli, je partirai du fond (on est environ 300 au départ). Je me joins à la discussion de 2 gars qui se sont aussi fait insulter par le videur pour leurs faux crampons, je me sens moins seul, ça réchauffe mon petit coeur meurtri
Puis c'est le compte à rebours et c'est parti.
Ce sera un parcours de repli à cause de la neige et du gel sur certaines portions délicates. On conserve le même d+ et on perd... 1km
https://tracedetrail.fr/fr/trace/313369
Départ - col Ouillon 8.7km 1080d+ 30d- / 1h49, 134e
Je profite de la largeur de la route bitumée du départ pour doubler un peu et me mettre vers le milieu du peloton. Ca monte en pente douce sur 5km, j'alterne marche et course pour pas monter trop haut en cardio. Je me fixe 150bpm comme limite à pas dépasser sur la course.
On bifurque à droite et c'est parti pour le gros de la montée au col. On est dans les alpages au début, puis c'est de plus en plus minéral. Sur la fin de la montée ça ralentit pas mal à cause du gel, il y a un passage assez glissant, mais ça passe en étant prudent. J'entends des gens parler de crampons, moi j'ai pas envie. Un groupe de bretons s'est arrêté pour les chausser, je les double en ricanant. 100m plus loin ça glisse presque plus, et ça reste bien jusqu'au col. On est encore à l'ombre mais on commence à voir un peu de lumière.
Et c'est beau.
Col Ouillon - Col de Forclaz 17km 1600d+ 630d- / 3h11, 120e [-14]
On bascule dans la descente, c'est un chemin pas très raide avec de l'herbe partout, on peut courir à côté du chemin dans l'herbe, c'est très agréable.
Je le fais remarquer à un congénère d'un ton bienveillant:
"Ah c'est bien mieux de ce co..." dis-je en glissant sur l'herbe gelée, amortissant la chute de mon postérieur
Pas de bobo, je peux repartir - un peu plus prudemment - dans la descente.
Malgré ça je double pas mal de monde sur les 6km de descente, je me sens bien et c'est facile de doubler alors j'en profite.
S'en suit une remontée raide mais assez courte (400d+) pour le col de Forclaz.
En chemin, je m'arrête pour prendre une photo car c'est beau.
On arrive au col, on est contents, on est enfin au soleil, et surtout c'est beau.
Col de Forclaz - hospice du petit Saint Bernard 21km 1600d+ 1030d- / 3h43, 116e [-4]
Le chemin pour descendre est moins roulant, ça fait fréquemment un sillon assez profond avec de la boue au fond et c'est pas toujours possible de courir à côté dans l'herbe, mais ça va quand même assez vite. Je me sens pas au top en haut, un peu "light-headed" et un mal de tête très léger, mais ça s'améliore progressivement dans la descente. On arrive au premier ravito, je remplis les flasques, bois un verre de coca, et je chope quelques tucs et bouts de saucissons à manger en repartant, histoire de pas perdre de temps. Vu l'évolution de ma position au prochain checkpoint, je dois doubler bien 15-20 coureurs grâce au ravito express.
Hospice du petit Saint Bernard - col Berrio blanc 41km 2850d+ 1550d- / 6h55, 92e [-24]
Après le ravito il y a un replat de 2km, on passe au fameux col du petit Saint Bernard, puis la descente continue sur 8km, c'est très roulant, je trottine avec 3 autres coureurs quasi tout le long.
J'enlève ma 2ème couche avant d'attaquer la montée. Je pense attaquer une grosse montée genre KV mais en fait c'est un mini raidard de 120m qui donne sur petite vallée. Dès le début on voit le chemin qu'on va suivre tout droit pendant une bonne heure. Ca passe progressivement de faux plat montant à bonne pente, mais c'est toujours tout droit, on a l'impression de faire du surplace.
C'est interminable et un peu déprimant mais c'est beau.
Au bout du chemin on arrive au 2ème ravito, on se retourne et on voit que c'est beau.
Même stratégie qu'au premier ravito, je perds pas de temps et j'enchaîne en m'étouffant avec mes tucs en marchant. Il y a 2km de plat avant d'attaquer la montée du col de Berrio blanc. Il porte bien son nom, il a neigé partout ici, heureusement pas trop, le chemin est dégagé et c'est même pas trop boueux. Le rythme et le moral sont toujours bons, et on arrive gentiment au point culminant de la course, à 2850m.
D'un coup on bascule sur un panorama majestueux.
On se sent bien petit, mais putain c'est beau.
Là d'où on vient, ça claque un peu moins mais c'est quand même beau.
Col Berrio blanc - col de Chavannes 47km 3000d+ 1950d- / 7h49, 89e [-3]
On suit la crête un moment puis on continue à cheminer. Je devrais profiter du paysage mais c'est le début d'un moment désagréable pour moi. Je sens que j'ai la gerbe pas loin, impossible de manger quoi que ce soit, je vais pouvoir que boire en petite quantité pendant les 2 prochaines heures. J'arrive pas trop à courir même dans les descentes à cause de ça, donc j'essaye de juste marcher rapidement.
C'est le moment où je pense à Chou et son moment d'extase, de plénitude métaphysique et mon cul sur la commode. Je le pourris intérieurement, ça fait passer le temps et ça me fait penser à autre chose
Aucune idée de comment je gagne des places à ce moment là, ça a dû être encore plus dur pour d'autres.
Col de Chavannes - col des Fours 60km 3970d+ 2850d- / 10h51, 85e [-4]
Ici on est obligés d'enfiler les crampons car il y a une partie gelée et que c'est bien raide. Je peux pas comparer à des "vrais" crampons car c'est la première fois que j'en utilise, mais en tout cas ça fait le job.
Je les enlève en bas de la petite descente, je reconnais que c'était quand même plus confort avec. Ensuite replat montant jusqu'au col de la Seigne et longue descente (5km, 800d-) jusqu'au dernier ravito. Au début de la descente c'est toujours compliqué, dès que je commence à courir je me sens mal. Puis au fur et à mesure ça revient, j'arrive à alterner marche/course puis vraiment re-courir sur les 300 derniers d- jusqu'au ravito.
Du coup je me sens mieux mais j'ai rien avalé depuis 2h, donc changement de stratégie ravito: il ne reste "que" 11km mais 900d+ et 1100d-... Je me pose sur un banc, je prends 3 verres de coca, je mange un peu tout ce qui est proposé au ravito, notamment le fromage qui passe bien
Je dois rester 10-15 minutes en tout, je remplis une flask d'eau et une de boisson Naak "goût neutre" (c'est dé-gueu-lasse). Du coup je me fais doubler par plein de monde.
C'est un peu dur de repartir après ce "long" arrêt mais je me sens infiniment mieux, il vaut mieux car la dernière difficulté est costaude: la montée au col des Fours, 900d+ donc.
Le début est super chiant, très boueux sur toute la largeur du chemin, la fatigue aidant on a vite fait de se retrouver planté dedans ou à glisser. Je fais même une petite chute au ralenti sur un appui qui glisse, j'ai de la boue
plein la jambe, le short et la main
Mais bref on n'est plus à ça près... Je repars et dès que ça monte un peu raide je rattrape un groupe de 5-6 coureurs qui m'avait doublé au ravito, j'ai l'impression de monter 2x plus vite qu'eux, ça fait du bien au moral. Je continue à monter "vite" (700+m/h de moyenne) presque jusqu'en haut, et je double encore 3-4 coureurs isolés. Je préfère pas remanger pour éviter de me retaper la nausée en haut, mais je me force à boire la boisson iso Naak régulièrement. J'arrive au col, j'en ai fini du d+.
C'est la délivrance, et c'est beau.
Col des Fours - arrivée 66.7km 3970d+ 3970d- / 11h39'47", 80e [-5]
J'attaque la descente en trottinant tranquillement, je rattrape un coureur, et un autre nous rejoint et nous double en disant "c'est la dernière ça m'a remotivé". Je me dis après tout pourquoi pas, je me sens pas trop mal et mes cuisses sont toujours là alors j'accélère un peu, sans arriver à le suivre. Je sens que mon ventre est pas ravi mais ça tient
Encore une fois je me sens de mieux en mieux au fil de la descente, alors j'accélère progressivement, jusqu'à rattraper et redoubler le motivé vers le bas. Il reste encore un coureur quelques centaines de mètres devant, et il doit rester même pas 2km, je vois les Chapieux et ça me booste de savoir que c'est enfin fini, alors j'en remets une couche, je le rattrape et double, et je donne tout ce qu'il me reste jusqu'à l'arrivée que je passe au "sprint" (4'30 okilo quand même
). Content que ça soit fini, j'attrape mon Tshirt finisher, mon assiette de salade/tartiflette que j'arrive à peine à manger. J'aurais du attendre 15 minutes mais j'avais froid
Du coup je jette la moitié, je prends pas le dessert et je me casse, ça valait pas les 15€
Bilan technique
Le matos était bien, les muscles ont étonnamment bien tenu jusqu'au bout malgré la prépa minimaliste.
Le mental ça a été, pas de gros craquage même quand j'étais dans le dur, j'ai serré les dents (bon aussi pour pas vomir
) et c'est passé.
L'alimentation j'ai l'impression que ça a été, mais je me demande si mon passage à vide aurait pu être amélioré en travaillant là-dessus.
En tout cas il y a clairement eu un truc avec l'altitude, les 2h où je suis vraiment pas bien c'est le passage le plus haut, entre 7h et 9h de course (Berrio blanc 2850m jusqu'au col de la Seigne à 2500m).
Au lendemain de la course, même impression qu'à chaud à l'arrivée: Ca m'a pas vraiment donné envie de refaire, et encore moins faire plus long. A voir si je change d'avis avec le temps!
Bilan artistique
C'est beau.
https://www.strava.com/activities/15970083558
Message édité par Okocedion le 29-09-2025 à 22:08:56
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Il y a quelque chose que je ne comprends pas