Allez hop, CR de mon p'tzit semi de Reims.
Ma dernière course date de 2 ans, et mon PR semi de 3 ans.
Il y a deux mois j'ai gagné mon dossard sur Running Heroes, je m'entraîne convenablement depuis 4/5 mois, et j'ai toute la belle famille à Reims
Les planètes paraissaient bien alignées pour tenter le PR, ou pas trop loin si possible.
La préparation :
Je commence doucement ma préparation début juillet, c'est un peu tôt, mais j'ai plusieurs vacances prévues à l'autre bout du monde durant lesquelles je ne m'attends pas à courir beaucoup, autant repartir de pas trop loin.
L'été se passe bof bof bof, il fait très chaud à toutes les séances, j'en rate énormément en abandonnant plusieurs fois ou en rétrogradant significativement en allure
Je perds un peu confiance en moi, mais je ne me mets pas non plus trop de pression, je le fais pour moi ce semi, si je ne suis pas au niveau, je le ferai à la cool ou pour accompagner ma meuf
Avec la fin des grosses températures ça va vachement mieux, en l'espace d'une semaine je passe d'un 6x1000 raté à 4'10 (j'abandonne au 3e je crois), à un 3x3000 à 4'15. Je me remets à y croire, même s'il me reste finalement qu'un gros mois pour consolider cette allure cible
Je termine tranquillement ma préparation avec les séances Heubi. Elles passent quand même difficilement à chaque fois, et parfois même très limite. Je me présente donc au semi avec humilité, je sais que je peux sub1h30, mais vraiment pile poil.
Avant-course
J'arrive dans la belle-famille vendredi soir. Toute la Marne ne parle que de la course, les potes de ma copine courrent tous le semi ou le 10 et on en parle autour d'une bière le vendredi. Il y a notamment deux mecs très cools qui courrent pas non plus des tonnes, mais qui veulent tenter le sub1h30. Quand j'entends leur référence (1h39 au semi de Lyon il y a deux semaines), je me dis qu'ils font un peu leur chaufadou, mais je dis rien et j'me dis que je pourrai les impressionner facilement
(cet excès de confiance mérite d'être noté vu l'issue de la course
).
En revanche j'ai un vrai souci : j'ai de plus en plus peur à mesure que l'échéance approche, ça me fait mal au bide mais j'arrive pas à faire khâkhâ depuis 2 jours, je m'inquiète un peu. Par dessus le marché je n'en dors pas la nuit, j'ai très peur de passer une sale course, de ne pas réussir, ou les deux
En tout état de cause, le jour J arrive. Après une grossse insomnie, on se lève à 6h30 et on file vers Reims avec ma meuf et sa soeur. La Gatosport est aussi dégueulasse que d'habitude, j'en prends peu vu que j'arrive pas à chier, je ne veux pas accabler mon bide.
Je m'échauffe tranquillou et j'accélère une ou deux fois pour tenter de démouler mon premier enfant, mais rien n'y fait. Je me range donc fébrilement dans mon sas rouge (sas avec justif), tous les mecs autour de moi ont l'air méga-chauds. On est très peu et tout devant, c'est vraiment idéal.
Course
km 1-5
Je pars avec pour objectif de passer les bornes kilométriques en 4'15 pile, donc un peu plus vite au chrono de la montre. C'est assez compliqué d'entrée, pas mal de virage et de micro-bosses qui font relancer régulièrement. Heureusement les jambes sont fraîches et j'y arrive. Je sens en revanche dès le début que ce n'est pas un grand jour
J'ai l'impression d'être en caoutchouc, aucun dynamisme, je dois me forcer à tenir l'allure et je n'ai pas spécialement d'aisance.
Je me rassure en me rappelant que pour mon précédent PR, ça avait déjà été le cas et que ça s'était amélioré au cours de la course.
Pour la première fois je suis épaté par la gestion de course des mecs autour de moi, aucun n'est parti comme un narvalo, tout le monde a l'air prêt et régulier. Presque que des gens seuls comme moi, concentrés sur leur effort et en pleine maîtrise. Moralité ce sas avec justif enlève beaucoup de convivialité, mais au moins je suis pas avec des peintres ou des annedubndidu-fanatics.
Je passe au 5k avec 7" d'avance sur mon objectif. Zéro enthousiasme, les sensations sont pas ouf du tout.
km 6-10
Le profil s'aplanit davantage, c'est plus facile à gérer. Mais je ne me sens toujours pas mieux. J'essaie de maintenir le train en priant pour que la fin de course soit plus clémente avec moi. Sinon je sens que ça va être très dur de rentrer dans l'objectif. Je fais un peu le yoyo avec les mecs devant moi. On est visiblement une petite centaine à viser le même objectif, et personne ne décroche. Modulo quelques minimes accélérations/décélérations, j'ai toujours les même mecs devant/derrière.
La bonne surprise, c'est que je n'ai pas mal au bide et que ça ne menace même pas de craquer. Je m'en contente
Je passe au 1/10e de seconde près dans l'objectif sur ce 2e 5k (21'15"00'''). Je n'ai décidément pas de marge.
km 10-15
Là ça commence à être chaud. Je commencer à piocher, et je ne suis pas du tout réconforté de passer la moitié de la course. Je commence sérieusement à envisager de rétrograder pour ne pas finir en grande détresse. Je ne tiens pas à ce point à mon PR, si c'est pour finir dégouté... En plus, le parcours réserve deux nouvelles bosses lorsque l'on prend des bretelles d'autoroute. Cette fois impossible de maintenir l'allure, j'essaie de reprendre du temps à la descente mais je n'en suis pas très sûr.
En plus je commence à me sentir très fébrile, je me demande si mon petit déjeuner light et le fait d'être parti sans gel n'y est pas pour quelque chose.
Je choisis de couper la poire en deux : je maintiens 4'15 jusqu'au 15e, et je m'autorise de faire le 15-20 2 à 3" plus lentement pour récupérer et lâcher les chevaux au 20e
Au 15e je passe finalement avec un léger retard de 7/8", j'annule donc mon avance acquise sur les 5 premiers.
km 15-20.
C'est une longue ligne droite interminable, entre un canal et une ZAC. C'est dur mentalement, mais dans les jambes ça facilite la gestion.
Au ravito j'empoigne énergiquement une banane et un morceau de sucre que je gobe littéralement sans mâcher avec un verre d'eau. Je m'en fous partout et je suffoque, c'est méga désagréable, mais je me dis que je me remercierai en fin de course.
Les kms passent assez vite à cette allure, mais la douleur est quand même bien là
Je regarde ma montre de plus en plus souvent, j'essaie de m'encourager en me disant qu'il ne reste plus que 3,3k avant de lâcher les chevaux, plus 3,1, puis 2,7... Bon ça perd vite de son impact. Je cède en effet quelques secondes et j'oscille entre 4'17 et 4'18 du km. J'accepte et ne tente pas de les reprendre. Après tout, à moins que la ligne soit à 21,4k, ça peut encore passer pour le sub1h30.
A l'approche du 20e je sens que mon manque d'énergie se résorbe, j'ai sans doute été bien inspiré de prendre une dose de sucre 5k plus tôt. Je regarde le chrono total et je réalise qu'au final j'ai quand même de bonnes chances de passer sous 1h30 à ce stade. Il ne faut pas craquer, ça va se jouer à quelques secondes.
20 - the end
Je lape au 20e et je tente d'accélérer. Tentative rapidement avortée, je n'ai plus rien dans la caisse à outils
Je retenterai avec un poil plus de succès 700m plus loin, mais mon dernier 1,1k aura en fait une allure de 4'14, décidément je n'étais plus bon à rien.
L'ambiance est pas ouf. On même temps on est les 200 premiers à passer la ligne sur 13000 participants (le 10k part 2h30 plus tard), donc les gens sont bof chauds
Quand je vois la ligne d'arrivée, je rentre subitement dans un état d'extase, après des kilomètres à en chier. J'y crois à peine. Je n'ai même pas besoin de regarder ma montre, je suis parti presque en même temps que le chrono officiel et je vois que je vais passer sous 1h30 de justesse, mais tout de même
ET CRAC : 1h29'46
https://www.strava.com/activities/1231428603/overview
Après course :
J'essaie de pas trop traîner pour pouvoir retourner sur la ligne voir ma meuf et ses potes. Je me dis qu'avec un peu de chance je pourrai même voir les deux frères qui voulaient gagner 10' en 2 semaines
Et là : leçon d'humilité, j'ai pas marché 2' qu'ils m'interpellent. Ces deux gros bâtards sont passés en 1h28. Ils sont partis un SAS derrière donc je ne les ai pas vus (heureusement, sinon je pense que je me serais assis par terre de désespoir). Putain quand je pense que je m'arrache le cul depuis 4 ans pour faire 1' de plus que ces gars qui courrent à chaque fois qu'il leur tombe un oeil. C'est trop injuste
Sinon ma meuf passe pour 5" en dessous d'1h50, sa soeur presque sous 2h. Tout le monde a réussi voire explosé son objectif, tournée de pintes au soleil, c'est un jour béni.
La prochaine fois je prendrai plus de marge, ça m'amuse pas du tout d'en chier autant.
Bisous de la mi-fa

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