Par hasard,je viens de tomber sur ce forum que je n'avais pas visité depuis longtemps.
Et, au risque de me faire allumé pour la trop grande longueur du message,je me decide a vous faire partager le texte que j'ai ecrit il y a une semaine,juste apres mon premier saut de la PAC....
Sans doute du "My life" pour certains,du "trop de blabla" pour d'autres,mais si, pour quelques indecis,ce texte les decide a ne plus repousser indefiniment cette experience unique,ce message aura valu la peine....
Dans tous les cas sachez que nulle lecture n'est obligatoire
Cela faisait plus de quinze ans que j'en parlais et c'est donc arrivé ce jeudi 21 septembre.
J'étais particulièrement motivé et, sans vouloir faire le caïd, pas franchement speedé par le saut. Mais, léchéance se rapprochant, la pression a fait son apparition.
Ultime répétition au sol avant d'embarquer. Tout se passe bien.
Il est environ 15h00 quand 9 sauteurs,dont moi,montons a bord dun Pilatus appartenant au club de parachutisme .Dernier regard vers ma femme, très bref puisque l'on m'indique que je dois embarquer en premier, étant le dernier à sauter! On appelle cela être à la cave!
Et nous voilà à bord de lavion, 9 passagers, serrés comme des sardines.
Odeur de kérosène très forte. Chaleur. Bruit. Bref, que des éléments m'aidant à passer rapidement du stade de relativement décontracté à relativement tendu!!!!
La montée me laisse assez de temps pour me remémorer les gestes que je vais devoir effectuer du moment de l'ordre de se mette en place au moment de l'atterrissage. Visualisations au combien importantes pour un débutant mais c'est aussi un exercice qui fait gravement prendre conscience de l'évènement imminent.
Le stress monte .Je parle bien de stress et non de peur, car, même si ce stress est généré par la peur de la chute, il ne bloque en rien mes envies de sauter.
1500 m : Cest à cette hauteur que, tout à lheure, je devrais tirer sur une sorte de poignée afin de libérer mon parachute....
La montée se poursuit. L'un des deux moniteurs massistant commence à me parler. Jai le droit à une petite visite de la région survolée. J'ai conscience que le but ultime est de me décontracter et je rentre à fond dans le jeu, d'autant plus qu'avec les paysages alentours, il ne faut que peu d'effort pour oublier toutes autres pensées : Lac d'Annecy, du Bourget, d'Aiguebelette et, tout au loin, la ville de Genève.
Et puis surtout, de magnifiques chaînes de montagne, avec, tel un roi, le mont blanc dominant tout le reste!
Absolument magnifique, je ne me souviens pas l'avoir déjà vu aussi majestueux !
Retour à la réalité de la situation. C'est le moment de vérifier que mon équipement est parfaitement en place et que les "aiguilles" des 2 parachutes sont positionnées correctement!
Je ressens le besoin de prendre des respirations très profondes. Ca permet dévacuer un peu de tension. Quelques hochements de tête d'avant en arrière m'aide aussi à trouver la motivation pour le saut dont lultimatum approche à grand pas.
3000m : 8 sauteurs commencent à s'équiper tranquillement.
Voyant cela, je revêt mes lunettes de chute et enfonce difficilement un casque souple dans lequel se trouve coincée une petite radio, mon assistance lors de la partie « voile ».
Tout le monde semble prêt. Je suis sans aucun doute le plus anxieux des passagers.
Mes respirations profondes et mes dandinements de tête sont toujours présentes. Mentalement, je répète régulièrement tous les gestes essentiels pour effectuer un bon saut.
Chaque sauteur échange une minuscule tape poing contre poing suivi dune autre main ouverte.
Japprécie fortement ce geste amical qui semble vouloir souder nos destins afin que chacun dentre nous profite au maximum de ce qui va se passer.
Pour moi, ça renforce ma motivation : Oui, je suis hautement stressé ! Oui, je me demande si ça va bien se passer ! Mais oui, plus que jamais, jai envie de faire le plus grand saut de toute ma vie !
Et, cette fois, pas deau pour me réceptionner mais une toile reliée à des ficelles qui, si tout se passe normalement, devrait me permettre de rejoindre le sol en toute sécurité.
4000m : La porte de lavion souvre. Lair frais sengouffre à lintérieur. Japplique mes méthodes pour faire face à la nouvelle montée dadrénaline.
Très rapidement, le largueur donne le top et les quatre premiers chuteurs, chacun leur tour, sélancent hors du Pilatus.
De mon point de vue, jai limpression quà peine la porte franchie, ils sont happés vers larrière de lavion. Nétait on pas censé sortir bien droit, dans laxe de laile ?
Drôle dobservation pour un phénomène tout à fait normal : Lavion nest pas immobile !
Fin du premier passage. Le pilote engage un demi tour pour se placer à nouveau dans la zone de largage planifiée.
Le sauteur juste avant moi est un mec qui a suivi la formation théorique en ma compagnie lundi dernier. Il est sur le point deffectuer son 7eme saut, le premier sans radio ni moniteur pour le surveiller. Il est lui aussi anxieux, il me la dailleurs dit avant le décollage, mais il semble gérer son stress de façon plus intérieur, même si son visage semble trahir quelque peu son esprit.
Lun des instructeurs minvite à me placer dans un coin de la porte pour me montrer les voiles des premiers parachutistes qui viennent douvrir.
Quelle vue !
Dhabitude, il y a un petit hublot devant mon visage et la vision nest aussi pas verticale.
Ca décoiffe !
Le moment tant attendu est imminent. Un nouvel occupant vient de se jeter hors de lappareil et cest maintenant au tour de mon « copain de classe » deffectuer une sortie parfaite, sans aucune hésitation.
Jai enfin lordre de me placer au centre de la porte, toujours assis sur la rustique banquette qui ne ma jamais paru aussi confortable. Un deuxième ordre vient de mêtre donné et jexécute immédiatement ma manuvre qui consiste à venir placer un genou et un pied, curieusement les deux mappartiennent, au bord du vide. Mes mains lâchent la carlingue pour venir se placer, comme prévu, sur les cuisses.
Je me tourne vers la droite et vois, en très gros plan, la tête du moniteur me faisant un grand signe pour mindiquer que cest maintenant à moi de jouer. Cest lune des images que je garderais longtemps dans ma mémoire. Cette énorme tête mindiquant que je pouvais effectuer la sortie hors de lavion.
Je me réoriente correctement et, de façon automatique, je prend une inspiration profonde, tout en entraînant le buste en arrière .Corrigeant in extremis mon regard pour que celui-ci fixe le bout de laile devant moi, jexpire et déploie mon corps hors de lappareil.
Très vite, je prend la position tant répétée au sol afin dêtre prêt lorsque la vitesse me permettra de tenir sur lair.
Il fallait absolument cet automatisme car, croyez moi, quelle baffe dans la gueule je suis en train de prendre. Jai quelques difficultés pour respirer. Il me faut manger lair qui me parvient plutôt que de la respirer normalement.
Et, malgré tout cela, je prends conscience de la situation et je jubile
.tout en forçant mon corps à conserver une bonne position.
Lun des moniteurs me maintient sans que jai conscience de son travail effectué. Lautre, Gilles, est devant moi à me sourire, tout en corrigeant une position de bras. Jaimerais lui exprimer ma joie mais je suis contraint de garder cette gueule déformée, bouche grande ouverte pour manger lair dont jai besoin.
Gilles semble très content de moi. Je parviens à lire mon altimètre correctement et de façon non précipitée. Idem pour ce que lon appelle la poignée témoin, geste qui consiste à simuler louverture du parachute.
Apres plusieurs poignées témoins, une dernière lecture alti mindique 1500m.
Cest le moment choisi pour effectuer la véritable ouverture. Je trouve la poignée sans aucun problème. Je tire dessus et ramène le bras bien loin de mon corps et sur le coté. Mon geste est parfait mais il reste néanmoins sécurisé par la main de lautre mono qui accompagne, dans léventualité ou je déciderais, au dernier moment, de merder lopération.
Puis je reviens tranquillement dans une position de chute.
Il ne faudra pas longtemps pour que je ressente la traction du parachute, prêt à me freiner.
Gilles me fait un « au revoir » de la main et ça y est, je suis scotché dans le harnais. Je passe de environ 200Km/h à 25 en tout juste 4 secondes !
Ca remonte les bretelles mais, juste après, la sensation de calme est extraordinaire.
Le coup dil au dessus de moi pour regarder que le parachute est ouvert correctement est indiscutablement beaucoup trop rapide et absolument pas scrutateur. Japerçois la voile, je plane. Tout doit donc être ok !
Il est temps pour moi de repérer les manettes de commande au dessus de ma tête. Tiens, au fait, à quoi ressemble telle déjà ? Cest curieux, ya pas le velcro les retenant comme nous lavions vu durant le cours !
Ca doit être ça. Je les saisie et tire tranquillement dessus jusqu'à hauteur des hanches avant de les accompagner à nouveau jusquen haut. Cest fait ! La voile est dirigeable.
Je survole une petite partie de la planète Terre. Tout est paisible. Tout
.sauf moi qui exulte complètement. Je lance de puissants cris de joie, jexplose de rire juste derrière, tout en effectuant des virages à droite puis à gauche. Je suis aussi euphorique que si javais personnellement gagné la coupe du monde de football. Allez hop, un virage 360°.
Repositionnement face au vent. Tiens, et si je freinais ma voile complètement comme on nous avait suggérer de le faire pour observer la réaction au moins une fois avant latterrissage ?
Trop cool. Nouveaux cris et éclats de rire incessant. Je saute en parachute pour la première fois de ma vie et je suis absolument tout seul dans le ciel. Cest moi qui pilote, et jagis comme il me plait.
Peu après louverture, la radio ma demandé deffectuer un virage à gauche afin de sassurer que la communication était établie, que jétais conscient et maître du véhicule !
500m : Il me faut maintenant rejoindre le point de rendez vous que javais si peur de ne pas pouvoir distinguer den haut et que jai finalement repéré sans soucis. Je dirais même que ce repère saute aux yeux !
Le but est de me retrouver à la verticale de ce point en ayant une altitude de 250 m.
Nombreux petits virages afin de perdre de la hauteur mais cela ne suffit pas. La radio me demande de continuer à tourner pour descendre encore un peu, ce que japplique avec un plaisir démesuré.
Enfin, il est temps pour moi deffectuer la dernière partie de cette mission tout à fait possible : le circuit datterrissage !
Je me place vent arrière, puis quart de tour à droite pour létape de base, que je zappe plus ou moins, avant de me placer face au vent pour létape finale.
Ca parait se présenter pas mal même si je tire un peu sur la commande de droite, malgré lordre radio me disant de garder les mains en haut, mais je préfère méloigner de la manche à air qui parait se trouver un peu trop dans mon axe. Quel atterrissage grotesque cela pourrait faire
.
Finalement, je garde enfin le cap et attend les ordres.
Quand le « un » se fait entendre, jabaisse de façon symétrique les deux commandes à hauteur des épaules, et à « deux », je descends le tout au niveau des hanches.
Il sensuit un atterrissage tout en douceur avec à peine un pas de marche.
La voile est au dessus de ma tête. Jhésite. Il faut bien quelle touche elle aussi le sol. Et pas sur moi !
Elle et moi, mais nous ne saurons jamais dans quel ordre, choisissons vers larrière !
Ca y est, cest un succès sur toute la ligne.
Enfin, il semblerait quun dernier exercice, pas du tout prévu, me soit demandé : Eviter lenfermement dans un hopital psychiatrique pour démence !
Je crois bien que jai failli échouer ce dernier point tellement je ne pouvais retenir mes éclats de rire incessants.
Sans doute, lapres stress expliquait une partie de cette hystérie mais, jen suis persuadé, la plus grande cause était linfini joie que mavait procuré lensemble de ce saut.
Jai rejoint mon épouse dans cet état afin quelle puisse profiter de linstant inoubliable que je venais de vivre, elle qui, finalement, avait réussi à concrétiser un rêve en moffrant cet inoubliable cadeau danniversaire.
Merci à toi mon amour
. et pardon davoir signé pour six autres sauts, contribuant ainsi à exploser notre budget pour le reste de lannée.
Pour conclure, jimagerais ce que jai vécu lors de la chute libre de deux façons :
-La première, prenez le loup de Tex Avery, vous savez celui qui matte la pin-up du cabaret. Il se donne des énormes coups de masse sur la tête mais garde un ineffaçable sourire sur le visage.
Cest exactement le sentiment de la chute : Une très grosse claque dans la gueule mais Dieu que cest bon !
-Lautre vous demande de changer de dessinateur puisque lon rejoint lunivers de Beep beep (Le roadrunner) et de vous mettre à la place du coyote tombant deffroyablement haut. Cette vision très verticale du sol est exactement limage qui se trouvait au dessous de moi durant la chute.
Divin !