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Samedi : Les consignes de Michelin
Michelin avait fait passer des consignes spéciales pour les essais de Samedi :
1) Interdiction de prendre le banking avec des vieux pneus. Un passage par les stands était préconisé.
2) Pas plus de 10 tours en pneus neufs, dont la pression devait être augmentée à 1.3 bar.
3) Diminution de la cambrure des pneus arrière (inclinaison par rapport au sol) de 1 degré minimum, afin davoir au maximum des pneus à plats (surface de contact avec le sol maximale) dans le banking.
Toyota a même considérablement réduit ses appuis aérodynamiques. Ses pilotes étaient, pour une fois, les plus rapides en ligne droite. Malgré ces handicaps, quatre pilotes Michelin trustaient les deux premières lignes de la grille de départ. Pour Trulli, la raison en est simple : il avait de lessence pour boucler 3 tours ! Toyota avait décidé quoi quil arrive de ne pas participer au Grand-Prix si aucune chicane nétait construite. Avec une pression des pneus revue à la hausse, la dégradation des gommes a connu un coup de boost, mais linconvénient ne se serait déclaré quen course. Les monoplaces chaussées en Michelin glissaient beaucoup, ce qui aurait accentué lusure des gommes. « Cétait comme piloter une voiture de rallye » nous expliquait Mark Webber.
Pont aérien et Rayons X
A lissue des essais, Michelin a envoyé tous les pneus utilisés le Vendredi et le Samedi à son laboratoire de Greenfield, en Caroline du Sud, à 1000km dIndianapolis. Les simulations et les rayons X apporteraient peut-être une réponse à toutes les questions. Dans le même temps, un pont aérien était mis en place entre les quartiers généraux de Michelin, Clermont-Ferrand, et Indianapolis. Les charters embarquaient des pneus spécifications Barcelone (le circuit du début dannée le plus exigeant pour les pneus). Après réflexion, les écuries ont refusé dutiliser cette gomme. « Comment Michelin peut-elle affirmer que ce pneu fera bien son travail, alors quil ne sait pas pourquoi lautre ny est pas parvenu ? Le risque est encore plus grand, car nous navons jamais roulé ici avec cette gomme » entendait-on dans le paddock. « A Barcelone, les forces latérales sont maximales. Mais ce nest pas la même problématique à Indy » explique Martin Whitmarsh, directeur général de lécurie McLaren. « Ici il faut un pneu qui puisse supporter des charges verticales extrêmes. »
Les résultats des tests effectués en Caroline du Sud ne furent pas encourageants. Des traces de coupures ont une fois de plus été trouvées sur les pneus qui avaient roulé avec une pression plus élevée et une cambrure différente. Michelin a donc pris ses responsabilités : « Impossible de courir sur cette piste comprenant le banking » a-t-il confirmé à ses partenaires. Afin de sauver le Grand-Prix des USA, Michelin a écrit une lettre à Charlie Whiting, délégué technique FIA, et Bernie Ecclestone. « Nous pouvons participer au GP si vous permettez la mise en place dune chicane avant le dernier virage. »
Solutions FIA et prison
Bernie a immédiatement acquiescé et a donné lordre de procéder aux travaux dans la nuit. Mais la FIA a refusé. « Modifier le tracé pour la seule raison que son rival a des problèmes de performances serait injuste envers Bridgestone ». Le problème nétait cependant pas de performance, mais de fiabilité, et donc de sécurité.
La solution de la FIA ? Ralentir dans le virage 13. Les pilotes pourraient changer le pneu arrière gauche, si leur écurie pouvait prouver que la sécurité était en danger. Ils pouvaient également courir avec les pneus spécifications Barcelone sans être exclus de la course, mais en subissant une pénalité exemplaire. Michelin a refusé. Premièrement, il navait pas assez de pneus pour permettre à tous leurs pilotes den changer à de multiples reprises. Des enveloppes déjà usagées auraient été montées, elles étaient déjà peut-être meurtries dans leurs gommes. Sam Michael a déclaré : « Nous navions aucun problème de pneus, mais peut-être étions nous à deux tours den découvrir un... qui sait ? ». Les écuries ont décidé demboîter le pas à Michelin et à ses suggestions. Peter Sauber nous a dit : « Si je vais contre le conseil de Michelin, je risque daller en prison si lun de mes pilotes est accidenté. »
Dimanche matin : Etat de crise et réunions stériles
Dimanche matin. Après une nuit blanche pour certains, les discussions sont entamées dès les premières heures. Pourparlers sans fin, stériles. La politique et les intérêts personnels plombent lentement mais sûrement le Grand-Prix des USA alors que des dizaines de milliers de spectateurs affluent déjà vers le Speedway, un public de passionnés, heureux et bon enfant. Le ciel ne va pas tarder à lui tomber sur la tête, mais il ne sera jamais tenu au courant des évènements. Une chance quune émeute nait pas eu lieu, dans certains pays européens latins, la révolte aurait été assurée. Les négociations prennent fin à 22 minutes du départ. Bernie se plaint : « Au bon vieux temps il était possible de négocier. Jai offert 1 million de solutions aujourdhui, sans résultat. Il est devenu impossible de trouver un accord du fait des intérêts personnels des écuries et de certaines personnes ». Il sous-entendait son ami Max Mosley. Flavio Briatore et Ron Dennis ont offert à Bridgestone : « Faisons la course avec la chicane. Les écuries Bridgestone se placent sur les 6 premières positions de la grille de départ et seront les seules à pouvoir marquer des points au championnat. Au moins nous pourrions faire une course et offrir un spectacle normal ». Mais la FIA et Ferrari nont rien concédé.
Tony George a quitté la réunion très tôt pour avertir ses hommes de satteler à la mise en place dune chicane. Il fut stoppé net par la FIA, qui la menacé de retirer la licence au Motor Speedway dIndianapolis sil venait à modifier le tracé sans examen de la FIA !
Dans le même temps, Minardi et Jordan sétaient ralliées aux écuries Michelin. Paul Stoddart a déclaré : « Nous courrons sur nimporte quel type de tracé, même sil comporte une chicane. Cela va contre nos intérêts, mais nous ne voulons pas entrer dans des jeux politiques, mais simplement offrir un beau spectacle aux 130.000 spectateurs. Que penseraient-ils de nous si nous participions à la course, avec seulement 6 voitures au total ? ». Mais la pression de Bridgestone a évité le pire : seules 2 Ferrari en piste. Jordan et Minardi ont pris part à la course et ont marqué plus de points que jamais dans leur carrière F1 : 11 pour Jordan, 7 pour Minardi.
La course
Les 14 monoplaces équipées en Michelin sont rentrées aux stands à lissue du tour de formation. Dans les tribunes, les fans ont commencé à pointer le pouce vers le bas, puis certains ont jeté des bouteilles sur la piste. La course était dun ennui mortel. Les deux Ferrari ont adopté une vitesse de croisière en tête, tirant 700 tours/min de moins que possibles sur leur nouveau moteur 055 Evolution. Les pilotes avaient cependant le droit de se battre.
Le seul moment intéressant de la course fut la sortie des stands de Michael Schumacher, au 49è tour, à lissue de son second pit stop. Les deux duettistes de la Scuderia étaient à deux doigts de se rentrer dedans ! Barrichello a ouvert la porte au dernier moment alors que Michael plongeait résolument à la corde. Tous deux ont bloqué une roue, et le Brésilien a tiré tout droit dans lherbe. Il semblait plus rapide que son coéquipier, sur lequel il est rapidement revenu dans les minutes qui ont suivi. Mais à 12 tours de la fin Michael sest échappé. Les pilotes avaient alors reçu pour consigne dassurer le doublé. Rubens a exprimé sa déception quant au résultat final : « On aurait eu lair stupides si nous nous étions rentrés dedans avec Michael ». Rubens et Michael était daccord sur un point : « Nous aurions gagné la course même avec la présence des écuries Michelin. »
Toutes les autres écuries ont exprimé leurs regrets pour les fans. « Nous ne pouvions pas risquer la vie de nos pilotes » avançait Briatore. Grâce à lerreur de Michelin, Ferrari est de retour dans la course au titre Constructeurs.
Bridgestone na montré aucune pitié pour son rival. « Nous navions aucun problème sur nos pneus arrière » affirme Hisao Suganuma. « Bridgestone a sacrifié la vitesse pour privilégier la sécurité » renchérit Ross Brawn. « Après nos défaillances de pneus à Barcelone nous ne ferons plus jamais appel à cette spécification. Nous avons travaillé et développé la durabilité et avons abandonné la performance. »
Michelin mieux que Mercedes !
Même si Michelin doit assumer la responsabilité de léchec (même si ce type de pneus navaient jamais roulé à Indy et que la piste avait été re-surfacée, deux paramètres cruciaux dont Michelin ne disposait pas), Mark Webber était ravi de la décision de Bibendum. « Ils ont eu les couilles de sen tenir à une décision en faveur de la sécurité ! Ce nest jamais facile sous la pression de la télévision et du public. Je sais de quoi je parle par expérience, depuis ma course au Mans en 1999 avec Mercedes. Deux voitures avaient littéralement décollé pour des raisons inconnues, en essais, mais ils avaient quand même décidé de participer à la course. Ça avait presque tourné au désastre. Je ne veux même pas penser à ce qui aurait pu arriver à Indy. Une voiture percute le mur, une autre lui rentre dedans en plein milieu. Cela aurait été pire que ce à quoi nous avons assisté aujourdhui. »
Le Montoya nouveau est arrivé
McLaren a fait une démonstration de force et de rapidité en essais libres. La MP4-20 était de loin la monoplace la plus véloce du plateau à Indianapolis. Renault savait devoir souffrir sur le Brickyard, au contraire de McLaren ; Kimi a perdu une occasion de marquer 10 points qui ne semblaient pas pouvoir lui échapper. Mais le fait le plus important chez McLaren restera lattitude de Montoya. Après son immense déception de Montréal (et quelques emportements à la radio, à chaud), où il aurait dû simposer, le Colombien sest calmé. « Ron Dennis est venu me voir dans ma chambre le soir du GP, pour sexcuser. Frank Williams et Patrick Head nauraient jamais eu cette démarche. Jai confiance en lécurie, jai confiance dans le fait quelle na pas voulu ruiner ma course afin de donner 10 points à Kimi. Si je navais pas confiance en McLaren je ne piloterais pas pour elle. »
Plus la lutte pour les deux championnats Pilotes et Constructeurs est serrée et plus le moindre point compte. Montoya est un volcan, qui peut entrer en éruption. Au moindre geste quil interprètera comme un bâton mis dans ses roues, un problème guettera Ron Dennis et McLaren. Et pourtant, lécurie de Woking risque fort dy faire face bientôt. Mercedes a en effet développé une évolution moteur délivrant 12cv de plus. Kimi et Juan Pablo nétant pas au même stade dutilisation de leur bloc (un moteur pour deux courses), un dilemme va se poser. Si la firme à létoile lintroduit à Magny-Cours, seul Räikkönen pourra en bénéficier. Si elle attend Silverstone, Montoya touchera le jack pot...
Williams, BMW et Sauber
Williams saura ce Mercredi à quelle sauce BMW la mangera : le partenariat avec Sauber est plus que probable. La solution la plus radicale serait le rachat de lécurie dHinwil, mais une simple fourniture moteur est séduisante. Six membres du bureau directeur BMW (Panke, Göschel, Reithofer, Krauser, Ganal, Baumann) ont pris leur décision Mardi. Sir Frank Williams pense que les plans de BMW ont déjà été entérinés depuis quelques semaines. Lorsquil a tenté dobtenir un délai et a proposé la fin Juillet comme date butoir, BMW a refusé...
Williams espérait convaincre BMW de rester dans le giron de Grove grâce à la version B de sa FW27, qui fera ses débuts à Magny-Cours. Après la défaillance dun piston au Canada la deuxième après Bahreïn BMW impose des températures de fonctionnement plus basses à son moteur. Ce qui implique que la FW27 doit rouler avec des entrées de radiateurs plus larges que ce que Williams aimerait. Lespoir placé dans le nouveau système de refroidissement a donc subi une douche froide.
Politique et F1 : le GP2 montre-t-il la voie ?
Sur le volet politique, la FIA a rendu public son ébauche de réglementations 2008 :
- Moteur V8 2.4 litres,
- réduction des appuis de 90%,
- système de gestion électronique standard,
- freins standards,
- composants internes de la boîte de vitesses standards,
- retour à une sélection des vitesses manuelle,
- embrayage au pied,
- moins de capteurs et de télémétrie,
- pneus plus larges à profil plus bas, roues plus grosses,
- crash-tests plus drastiques,
- interdiction de certaines aides au pilotage,
- essais privés limités à 30.000 kilomètres du 1er Janvier au 31 Décembre.
Cerise sur le gâteau, Max Mosley veut imposer un manufacturier de pneus unique. Les évènements dIndianapolis le placeront en position de force.
Les propositions des constructeurs rejoignent celles de la FIA en ce qui concerne les pneus et les roues, mais la technologie freins et boîtes de vitesse 2004 est figée dans les projets des constructeurs. Ils sont daccord pour bannir lanti-patinage, mais refusent lidée dutiliser des pièces standards. Ils veulent réintroduire les changements de gommes en course, mais interdire les ravitaillements en carburant. Mario Theissen, directeur de BMW Motorsport, a déclaré : « Jai le sentiment que certaines des propositions de la FIA sont largement exagérées, procédé qui doit lui permettre dentamer des négociations ». Cela sapplique aux règles aéro et à la boîte de vitesses.
Flavio Briatore pense que la FIA va dans la bonne direction pour réduire les coûts et améliorer le spectacle. « Nous avons démontré avec le GP2 que nous pouvons offrir un beau spectacle avec encore moins de technologies. »
Problème, la F1 nest pas le GP2 et ne doit pas le devenir !
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