Reprise du message précédent :
La Turquie dans l'Europe, enjeux et perspective.
Cet arcticle n'est pas de moi, mais il est si criant de vérité et si inquiétant que je me devais de le "publier" pour inaugurer ce blog.
Voici certains contresens et désinformations de la propagande franco-turque ainsi que les contradictions de la politique française :
_ La vision de lEurope est divisée en deux tendances, une Europe transatlantique et de marché et une Europe puissance.
LEurope puissance recherche une fédération européenne assurant une vision, une défense, une politique étrangère et des valeurs communes.
LEurope transatlantique doit compter pour sa défense sur lappui de lOTAN, des Etats-Unis et de la Turquie. Doù la nécessité dinclure la Turquie, membre de lOtan, disposant dun droit de veto lors de lutilisation des moyens armés de cette organisation.
_ Les penseurs des deux bords saccordent sur le fait quune Europe puissance ne peut voir le jour que sans la Turquie. La France est presque le seul pays à vouloir faire de lEurope une puissance capable dinfluencer le cours des événements à léchelle mondiale.
La contradiction française consiste à demander à la fois une Europe puissance et une entrée de la Turquie dans lUnion européenne.
Parmi les désinformations turques, on peut citer laccusation que le fait de nier à la Turquie musulmane son « droit » à participer à lUnion montre que lEurope est un « club chrétien ».
LEurope, nest sûrement pas un « club chrétien ». LEurope vient de montrer quelle renie ses origines judéo-chrétiennes et lapport du christianisme à sa démocratie et à sa laïcité découlant de la séparation de la religion et de lEtat. Cest bien du christianisme quest tirée la phrase célèbre : « rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ».
Quant à ne pas vouloir la Turquie parce quelle est musulmane, cette sentence est incomplète. La Turquie nest pas seulement musulmane, mais sa république dite laïque a éliminé par loppression, la menace et beaucoup dinjustices ses 25% de non musulmans, devenant ainsi musulmane à 98%. « Ce nest pas lEurope qui est un club chrétien », a dit avec raison un politicien français, « mais la Turquie qui est un club musulman ».
Cela ne suffit pas. Après la mort de Mustapha Kemal, la Turquie a dérivé lentement mais sûrement vers lislamisme. A tel point que larmée turque, garante de la constitution, a dû faire trois coups dEtat pour la défendre. Mais ce nétait que partie remise. Les élections législatives ont ramené au parlement une majorité islamiste dirigée par Erdogan. Ce dernier avait été condamné pour ses déclarations islamistes extrêmes. Pourtant la presse occidentale lui a donné le qualificatif de « modéré ».
Le plus important est que la démocratie occidentale et lislamisme ne sont pas compatibles. Ce nest pas un jugement de valeurs mais un constat. Car lislam est une religion de « pouvoir » terrestre qui a sa constitution et ses lois politiques, éthiques, sociales, civiles, etc., qui seraient peut-être meilleures que celles occidentales (du moins aux yeux des musulmans), mais dont certaines sont contradictoires avec les lois des démocraties occidentales. Par exemple, suivant la loi islamique, il ny a pas dégalité entre les croyants musulmans et ceux des autres religions ou les non croyants. Les droits de lhomme supposés universels ne sont pas les mêmes, comme légalité entre lhomme et la femme. Lislam est la religion des droits. Ceux de la femme y étaient définis bien avant quon sen soucie en Occident. Seulement ces droits ne peuvent plus être changés sans ouvrir la porte à une nouvelle interprétation du Livre saint, le Coran. Or, seul un calife peut le faire chez les sunnites. Le dernier a été renversé par la République turque.
Cest pourquoi on peut douter de la bonne foi dErdogan. Il utiliserait la carotte de lentrée de la Turquie en Europe pour se débarrasser de larmée garante de la laïcité. Une fois larmée éliminée et lentrée de la Turquie en Europe assurée, rien ne pourra empêcher une majorité parlementaire islamiste de changer la constitution pour ladapter à la charia. Les sirènes européennes auraient alors servi à faire échec à lexpérience de modernisation de lEtat turc commencée par Ataturk. Nous comprenons maintenant la précipitation du gouvernement Erdogan à satisfaire lEurope. Lapplication de la charia en Turquie passe par sa victoire sur larmée, garante de la laïcité, une entrée dans lUE, un vote populaire « démocratique » renforçant les partis islamistes et leur donnant une presque unanimité au parlement, ouvrant la porte à un retour à la charia. Que fera alors lEurope dont un Etat appliquera la loi islamique ?
Lentrée de la Turquie en Europe aura une incidence néfaste à la fois sur la Turquie et sur lEurope :
_ Les musulmans européens seront attirés par le pôle islamique de lEtat turc.
_ Les peuplades islamiques turcophones dAsie (200 millions), auraient des facilités pour la double nationalité turque. Elles afflueront en Europe avec leurs consoeurs turques. Elles réclameront, avec les populations musulmanes européennes, le droit à la différence, à commencer par le voile. Elles exigeront ensuite lapplication aux musulmans des lois musulmanes, arguant du droit à la liberté de croyance et faisant entrer lEurope dans le communautarisme. Les populations européennes affolées se précipiteront dans les bras des mouvements populistes européens. Commencera alors une balkanisation de lEurope.
_ La Turquie encouragera sûrement une naturalisation des peuples turcophones dAsie pour augmenter le nombre de ses députés au parlement européen. Dailleurs, quand les Turcs deviendront européens, ainsi que les Kurdes et les Alaouites de Turquie, comment empêcher lentrée en Europe des Etats turcophones et des kurdes dIrak, de Syrie (qui réclame le sandjak dAlexandrette) et dIran ? Comment empêcher ces trois Etats de réclamer leur rattachement à lEurope car une partie de leur population sera « européenne » ? On a qualifié la Turquie dEuropéenne, car héritière de lEmpire ottoman. Tous les pays de cet empire pourront alors réclamer logiquement leur appartenance à lUnion, dont le Liban, la Syrie, lIrak et même Israël et les Palestiniens, sans oublier lArabie saoudite et lEgypte, y important leurs problèmes et leurs divisions. Noublions pas que tout le Sud et lEst de la Méditerranée étaient assujettis à la Porte (de même quune partie de lArménie rasée aujourdhui !).
_ Une entrée de la Turquie en Europe, supposée empêcher le « choc des civilisations » ne fera que lenvenimer. Car, la Turquie, alliée aux Etats-Unis et à Israël, est mal vue par les Etats arabes, lIran, mais aussi lArménie et la Russie. Le choc des civilisations deviendra un choc multiple avec lislam et lorthodoxie chrétienne. LEurope ne pourra plus être un arbitre impartial dans les conflits du Moyen-Orient et du Caucase.
Nous voyons ainsi que le mariage entre la Turquie et lEurope est un mariage contre nature qui nuira à la fois à lEurope, à la Turquie et surtout à la seule expérience de démocratisation dun grand Etat musulman.
Pourtant lEurope voudrait intégrer la Turquie pour encourager les expériences de démocratisation des pays musulmans, Mais les expérimentations doivent se faire là où leur échec possible ne risque pas dentraîner des conséquences incalculables sur léquilibre de la planète. On ne peut pas prendre des risques avec la Turquie et surtout la construction européenne.