plzhelp a écrit :
Mon humble participation au topic:
La Tamise coulait paisiblement, les légers clapotis des flots renvoyaient sur la coque blanche du bateau les rayons orangés du soleil couchant. Kenneth, Charles et moi regardions la foule s'amasser peu à peu sur le quai du Victoria Embankment. Tels des poètes maudits, nous attendions simplement que l’équipage nous laisse monter à bord. Le code vestimentaire recommandant fortement le port d’une tenue de soirée, j’avais naturellement sorti mon costume H&M trop cintré des grands soirs. J’étais beau comme un garçon de café, le tablier en moins Big Ben sonnent les coups de vingt heures. Les amarres sont larguées et nous voilà embarqués pour quatre heures de fête au fil des eaux londoniennes. Pour Charles, la soirée commence parfaitement. Il taquine sagement une jolie blonde d'eau douce. Son succès ne serait probablement plus le même de nos jours mais ce soir là, ses phrases gonflées de « Japon », « nucléaires », « technologie de pointe », « tremblement de terre », « sécurité », « gouvernement » semblaient raisonner dans les oreilles de la demoiselle comme le sifflement du pipeau dans celle d’un cobra. Trop occupé à charmer son interlocutrice, il ne sera pas de la fête que Ken et moi décidons d'improviser au bar. L'avenir ne lui donnera pas forcément raison; un peu d’alcool dans le sang lui aurait sûrement permis de franchir le pas qui aurait empêcher sa jolie blonde de s’enfuir face à l’ennui envahissant.
Pendant ce temps là, Ken et moi essayions donc de faire connaissance avec un maximum de personnes à bord, sans oublier de passer par la case bar entre chaque rencontre. Après quelques rotations aux environs de Greenwich, les pas de danses ont remplacé les envolées lyrico-sociales. Malheureusement, les chaluts que nous tirons sur la Tamise restent désespérément vides. Pire, Charles vient de déferrer et il a trop de double whisky en retard pour se remettre dans l’ambiance.
On passe sous Waterloo Bridge pour la dernière fois; il nous reste cinq minutes avant la fermeture de la pêche. Ken range son matériel et s'en va rejoindre Charles sur le bord de la piste. Amoureux des exploits, j’ai toujours en mémoire le but de Wiltord en finale de l’Euro 2000; ma devise d'un soir : « it ain’t over until it’s over » C'est dans l'adversité que se construisent les plus belles victoires. Il me reste suffisamment de temps pour marquer. C’est le moment que choisit Gabriella pour apparaître sous mes yeux. En réalité, je ne me souviens plus de son prénom. Je me rappelle juste qu’elle venait d’Amerique du Sud et qu’elle était journaliste. Au centre de la piste, les mille feux de la boule à facette éclairent sa beauté comme le tourbillonnement d'une cuiller fraîchement lancée dans l'eau. Elle danse seule, et nos regards se croisent. Si elle accepte que je sois son Chico, alors elle sera ma Roberta et elle pourra jouer de ma flûte de pan jusqu'à la fin de nos jours. Le Patrick Swayze qui sommeille en moi se réveille alors comme Paul-Loup Sulitzer après plusieurs mois de coma La demoiselle est réceptive; c’est plus que décidé, ce soir je ne rentre pas seul.
En bon mousquetaire des temps modernes, je sais naturellement qu' « un pour tous, chacun pour sa gueule ! ». La première étape vers le succès consistera donc à éviter de tomber nez à nez avec Ken et Charles. Mes camarades pourraient tout faire capoter. Tel un agent du Mossad revenant d’Argentine, je débarque sur la terre ferme, avant celle promise, avec Gabriella sans m’être fait repèrer. Néanmoins, les ennuis commencent. Gabriella n'étant pas venue seule, je dois donc faire la connaissance de ses amis : un couple ainsi que le « best friend » de Gabriella. Comment le devine-je ? Le pauvre garcon la regarde comme si elle était la Vierge Marie Il a également le parfait déguisement du BF : un sac à dos Lafuma et des fringues déparaillés comme on n'en trouve plus qu'en soldes chez Distri Center – avant d’être sur HFR j’étais pauvre moi aussi – mais il ne fait pas le poids face à mon ensemble des grands couturiers suèdois. Les présentations effectuées, l’atmosphère devient vite pesante. J’aurais pu filer à l'Anglaise, mais non, ce soir, je ne mangerai pas que des pâtes. Apres l’egalisation de Wiltord, je me rappelle de la superbe volée de Trézéguet.
Tel Marc Dutrou dans un jardin d'enfants, le couple ne tarde clairement pas à cerner mes intentions envers cette probable petite fille d'un ex-nazi ayant préféré la Pampa à Nuremberg. Il en va de même pour le best friend, mais en bon best friend qu'il est, je sens qu’il ne désire pas y croire. Il joue alors au petit jeu des privates jokes et s'amuse à faire référence à tout un tas de trucs dont je n’ai pas connaissance afin de me laisser le plus possible à l’écart de la conversation mais surtout, de Gabriella. Peine perdue, même si la marche vers un dernier verre à Soho me parait durer une éternité, je m’accroche. Un vrai boulet diront certains, souvent en queue de peleton tel un Jalabert grimpant le Tourmalet, je ne dis rien mais demeure solidement attaché à la cheville de Gabriella On arrive enfin au bar. Tel un grand seigneur, à la manière d'un Jean-Claude au Bar des Sports de Fifrelan-Sur-Campignole, je paie ma tournée générale . Le couple s'isole et part s’asseoir. Restent donc Gabriella, moi... et le BF au bar. Apres cinq minutes, le BF se résigne et accepte son sort, tel un cancéreux en phase terminale. Je discute de tout et de rien avec Gabriella et m'applique même à lui lancer quelques regards « Magnum » de temps à autre pour la faire succomber. Le couple et le BF quittent le bar. A présent, nous sommes absolument seuls. C’est le moment. Débordement à gauche, centre... et bam, je l’embrasse ! Elle est consentante ! Dans le doute, je m’arrête et elle m’embrasse à son tour. Victoire ! Les italiens l’ont dans le cul... au tour de Gabriella ! Après quelques minutes passées à nous enlacer elle me sort ces mots : « Thank you for kissing me but I have to go ». Après l'euphorie de 2000, j'ai subitement ressenti toute la détresse de Yohann Gourcuff après son carton rouge lors de la Coupe du Monde 2010.
J’ai pissé toute ma haine sur les murs de la National Gallery ce soir là. Je n’ai jamais revu Gabriella...
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