P'tain, comment j'ai pu passer à côté de ce fil, c'est un monument !
Des bonnes histoires loose/râteau/VTF, on en a tous eu (serrage de coudes attitude). Tiens, une bien bonne qui cumule à peu près toutes les catégories en s'étalant dans le temps et qui flingue mon ego quand j'y repense. C'est un peu long, p'têt limite HS des fois, mais pour le lecteur qui se fout de ma gueule ça n'en sera que meilleur.
Acte premier
J'ai 17 ans, fin des vacances qui suivent le bac, pré-rentrée au lycée dans lequel je suis inscrit en prépa lettres. Je suis un peu cané parce que j'ai passé l'été à réviser des concours et le debut du mois de septembre à les passer, il m'en reste un au programme, autant dire que je suis peu réceptif à mon environnement. On se retrouve entre amis de mon ancien lycée, comme des gens de la petite ville qui se retrouvent dans la capitale régionale. Une amie nous rejoint suivie d'une fille, une petite blonde, très mignonne, très sympa, sourire ravageur. Elles ont sympathisé parce qu'elle vient de la même ville que nous et qu'elles sont toutes les deux en prépa bio. La fille fait gentiment la bise à tout le monde, je ne m'aperçois même pas que tous mes potes ont les yeux (métaphore) légèrement humides.
Elle arrive devant moi, j'vous avais dit, pas réceptif toussa toussa : je lui tends la main en lui faisant "bonjour". Elle tique et me regarde bizarrement. La prof de lettres appelle sa promo dans sa classe, je me barre en la laissant plantée comme une maÿrde.
Acte deux
Quelques jours plus tard, on se retrouve dans la petite ville, dans une petite maison en bord de mer, pour l'ultime soirée avant la véritable rentrée. J'ai passé mon dernier concours la veille, je recommence à émerger au monde. Mon meilleur pote me chope par l'épaule :
LUI - Oh, tu m'as impressionné toi, la semaine dernière !
MOI - Ah ouais ? Kessejéfé ?
LUI - Ben le vent que tu as mis à XXX alors qu'on bavait tous devant. Trop fort !
MOI (totalement dans le flou) - Voui, kessetukroâ, c'est ça d'être un homme un vrai...
LUI - Non mais elle n'en revenait pas. D'ailleurs, on l'a invitée à venir ce soir, elle a dit oui. Tu crois qu'elle réagirait mal ?
MOI - Sais pas, mais de toutes façons je lui ai mis un râteau préventif donc bon...
Voila comment je suis devenu un extra-terrestre devant mes potes : le gars capable d'envoyer un rebond à une sublime gonzesse uniquement pour préserver sa dignité. Ça ne me coûtait pas grand chose, je ne me rappelait pas du tout de la fille en question, sinon qu'elle était blonde.
Un quart d'heure plus tard, elle arrive, et je comprends ma douleur. C'est effectivement une bombe atomique, mais du genre qu'on voit rarement. Elle fait la bise à tous mes potes et elle arrive devant moi. Je commence à avoir chaud, je me demande comment faire comprendre que je me suis conduit en rustre et en malappris. Elle s'arrête devant moi et me tend la main en disant : "Bon, toi, tu préfères les livres, hein." Et elle se casse. Je ne lui ai pas reparlé de la soirée. En même temps, c'était pas tellement l'ambiance pour, avec les potes autour qui me répétaient qu'ils ne savaient pas comment je faisais pour me tenir comme ça. Bon, en fait, j'y pense pas tant que ça : c'est un block absolu, je suis réaliste par rapport à moi-même, je me dis que de toutes façons j'avais aucune chance.
Acte trois
Deux semaines plus tard, sortie de la gare pour retourner en prépa un dimanche soir, j'aperçois mon amie féminine sur le chemin (en pente) et une boule de poils jaunes recroquevillée à côté. Tiens, c'est la fille trop mignonne de la dernière fois qui lutte pour essayer de monter sa valise. Je passe en souriant en lui disant un truc du genre "Allez, courage, plus que deux bornes !" (Connard jusqu'au bout, mort pour mort, j'assume !
). Et là, l'amie en question qui me lance au moment où je les dépasse : "Tu vois, corbito, un mec galant aurait spontanément proposé de porter la valise d'une faible femme".
OWNED !
Je fais demi-tour, m'aperçoit que la fille est en sueur, je prends ma voix grave façon Dark Vador de type qui n'a jamais fumé une clope de sa vie, et je lui dis que ses problèmes sont terminés, que l'homme va maintenant s'occuper de ses soucis et que tout sera réglé dans les trois minutes (connard jusqu'au bout, je vous répète, et j'assume toujours). Je soulève sa valise, damned, elle pèse une tonne, je me demande si mon épaule va tenir.
MOI (sourire crispé) - Ah oui, c'est un peu lourd pour une fille toute seule...
ELLE (sincèrement désolée) - Non mais c'est trop lourd, tant pis, je vais porter moi...
MOI (la repoussant fermement, au bord de la crise respiratoire) - Tsss, j'ai dit laisse faire, l'homme est là.
ELLE (super sympa) - Attends, je vais porter ta valise en échange.
MOI (la regardant restée collée au pavé) - Elle est plus lourde que la tienne...
Et voila comment, pendant une bonne vingtaine de minutes, je me tape deux valises remplies d'encyclopédies (même pas une blague) jusqu'aux internats. A l'arrivée, je suis décalqué, je sens que je vais avoir les épaules défoncées pendant quinze jours, mais la fille sublime n'arrête pas de me dire que c'est trop gentil, qu'elle est contente de me connaître, que ça change des mecs qui veulent uniquement l'attraper, qu'elle voudrait m'inviter au restaurant pour me remercier, etc. Je me dis que l'effort était un investissement et que jamais valises n'auront été aussi utiles à l'humanité. La semaine qui suit, on prend tous nos repas ensemble : non seulement mes potes hallucinent (encore), mais je me rends compte que j'ai pas mal de points communs avec elle. On aime le même sport et on est habitués du même stade, on a les mêmes goûts musicaux et artistiques, même quand on parle politique ça se passe nickel. Je commence à me dire que ça pourrait devenir sérieux, que je pourrais sortir avec une fille non seulement mignonne mais géniale, et j'envisage de retourner à l'Eglise pour vérifier si mes idées comme quoi Dieu c'est du flanc ne sont pas à réexaminer.
Quelques jours plus tard, mon père m'appelle au téléphone. J'ai eu les concours que j'avais présentés, il faut que je me casse définitivement à quelques centaines de kilomètres. Pootrus interruptus ! Comme je n'avais pas de portable à l'époque ni elle de matériel informatique, on s'est fait la bise et basta...
Ouais, je sais, vous vous dîtes que je suis un looser, qu'en plus c'est même pas un râteau, que j'aurais pas dû lâcher l'affaire... Ben justement, je lâche jamais l'affaire même si je suis un peu lent !
Acte quatre
Dix-huit mois et quelques amourettes plus tard (j'ai dit que j'étais un peu lent), je tombes sur une vieille photo (argentique, inutile de demander) et je me dis que c'est trop bête d'en rester là alors que sa prépa touche à sa fin et qu'il sera ensuite très difficile de la contacter. Je fais passer une lettre à mon meilleur pote, toujours dans le même lycée, pour qu'il la lui remette, en même temps qu'une autre à destination d'un obscur camarade de mes deux semaines passées là-bas histoire de noyer le poisson. C'est pathétique, je sais, j'assume aussi.
Miracle, je reçois une lettre quelques temps plus tard, de la main de la jeune fille, se disant très heureuse et gardant une très bon souvenir de nos courts moments passés. Je dis : trop bon ! On continue à s'écrire, toujours pareil, pas de portable pour moi (j'étais anti à l'époque), pas de PC pour elle, et en plus il y a dans les lettres de flirt un parfum rare qu'on ne retrouve nulle part ailleurs et qui aide le temps à se dilater. Bref, on s'entend toujours très bien, on se promet de se revoir pendant les vacances. Je l'invite à venir voir un match avec moi (truc à chier en temps normal, sauf que cf. supra elle était aussi fan que moi). Je prends les billets et la caisse de ma mère, je promets de ne pas rentrer trop tard sans lui dire un mot de ce que je vais faire : ma mère est du genre très très intrusive et très couveuse, moins elle en sait sur ce sujet mieux c'est. C'est parti pour l'aventure, on croise les doigts.
Arrivé au stade, je la retrouve devant l'entrée après dix-huit mois. Elle est passé de blonde à brune, mais ça lui va aussi bien. On s'installe à nos places, je lui offre un foulard acheté à la boutique des supporters (350 FF cette merde, je l'ai encore en travers de la glotte), elle saute de joie et à mon cou, elle me fait une bise, puis me regarde, se rapproche et...
Et une main énorme tombe sur mon épaule : un ami de mon père que je connais depuis tout petit, assis par le plus grand des hasard juste au rang au-dessus de nous. "Oh, corbito, tu emballes en tribune maintenant, mais c'est qu'elle est charmante, quand ta mère saura ça, on va en causer demain midi au repas, hé, mais il y a une place libre à côté de toi, tu permets que je m'y mette, hein ?"
Autant dire qu'après plus d'une heure de ce traitement, relativement inhibiteur et pour elle et pour moi, il ne s'est plus rien passé du tout. Je l'ai raccompagnée chez elle en voiture, tout penaud, elle s'est cassée d'une bise en ajoutant qu'elle aurait du travail les jours à venir. Pour la petite histoire, je me suis pommé dans son quartier, je suis rentré chez moi avec deux heures de retard, mes parents m'attendaient en se demandant soit si j'avais eu un accident soit si je m'étais arrêté à l'hôtel. Mon père m'a fait la plus humiliante et surréaliste leçon de ma vie, en me disant que j'étais libre de me taper toutes les pétasses que je voulais, mais qu'au moins je téléphone à ma mère avant pour qu'elle ne s'inquiète pas.
Tout ça pour ça... J'ai jamais revu la fille, je sais juste qu'elle est depuis rentrée dans l'armée.
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