SunnyD a écrit :
Roman de 50 pages incoming, biopic sur la création de "Roule Raoul", mon shop, mon seul bébé, et je l'espère mon avenir jusqu'à la retraite : Pour cibler le truc : Je suis responsable d'atelier depuis 10 ans, Fan de VTT à l'époque, j'ai tâté à peu près tout ce qui existe en 2 roues : Bmx (flat et un peu de street), VTT, route, vélo pliant pendant 2 ans, vélotaff pendant 5 ans, vélo custom de crâneur blouson noir, recyclage de vélo d'après guerre etc etc. En gros depuis que j'ai 3 ans, je ne fais pas 50 mètres sans avoir une selle sous le cul. Je suis devenu bobo,je l'assume à fond et ne prend pas du tout ce terme dans le sens péjoratif. J'ai une barbe, une crête depuis quelques années, un vélo unique bien visible, je fume la cigarette électronique parce que c'est vachement mieux que les camel luxembourgeoises, j'ai rien contre les migrants. Je fais gaffe à ce que je consomme etc etc. MAIS JE MANGE DES PUTAIN DE COTES DE BOEUF SAIGNANTES ET JE VOUS EMMERDE ! Ca faisait déjà plusieurs années que l'idée me trottait dans la tête. Je pensais avoir saisie l'occasion en 2013, j'avais trouvé un associé, on avait fait le montage financier, trouvé un local et on était même prêt à signer le bail. On avait visé haut, très très haut : un shop de 300m² avec un parking privé de 200m² (en plein centre gare c'est un exploit), un mini vélodrome dans le shop pour faire des contest (2013, le fixie était en plein boom), on ciblait du cargo et du triporteur, du nicolai en VTT, du super vélo, le tout avec un apport + crédit ridicule. Bref on rêvait bien ! Je faisais confiance à mon associé qui avait un pote expert comptable, quelques connaissances dans le milieu etc etc. Au dernier moment l'associé s'est rétracte, n'étant pas sûr de lui. Juin 2017, ça faisait 9 ans que j'étais responsable d'atelier pour une assos qui gère la flotte de vélos en location de la "ville" (la ville donne 0 kopeck pour ça mais passons). Tout bêtement pendant un repas de famille avec de la famille très éloignée, j'ai une discussion avec le mari de de la soeur de la cousine à la tante Jeannine, qui a justement monté sa boite il y a quelques années et qui a l'air de s'en sortir correctement. Discours habituel : J'ai le crédit de ma baraque, on a pas de gosse mais peut être un jour, j'ai pas de couilles et j'ai un bon poste bien planqué dans mon assos, je commence à 10h quand je suis pas en retard, et je rentre à 17h quand j'ai vraiment trop de boulot. Ce à quoi il me répond qu'il avait à peu près la même situation à l'époque et qu'il a quand même osé. La gueule de bois passée, je commence à y réfléchir. L'idée me revient constamment en tête pendant 1 semaine, à chaque pause café (toutes les 20 minutes, vu qu'en juin j'ai pu rien à foutre à mon boulot). Je cible doucement ce que je veux faire, je réfléchi s'il me faut un associé ou non, je ressors toute la paperasse de mon précédent projet et réalise qu'il y a 4 ans j'étais un putain de rêveur qui se serait méchamment planté la gueule dans le mur, avec un shop énorme qui aurait eu 3 vélos en expo. J'en discute avec ma copine (c'est pas un coup d'un soir, ça faisait 8 ans qu'on etait ensemble, on a acheté une baraque et tout), je lui sors mon idée et elle me suit à 100%. Elle est même d'accord qu'en cas de scénario catastrophe, on doive vendre la maison, elle se prend un appart à son nom et j'habite "chez elle", pendant que j'éponge les dettes de ma connerie. Et ça, mine de rien c'est très important ! Aout 2017, ça tombe bien, c'est l'eurobike. Je m'inscris au nom de mon assos. C'est la 2em fois que je vais à l'eurobike. J'en prends de nouveau plein les yeux, je sais pas ou donner de la tête, je prends en photo le bike de gee atherton qui a encore de la boue sur les pneus, je croise 2 ou 3 gros, très gros noms dans le milieu du vélo. Je laisse quelques traces de bave et une demi mole devant le nicolai helius ac pinion (les fans de VTT sauront de quoi je parle), et je trouve un stand avec des vélos qui ont une super gueule. Le stand tout en cagette recyclée, des vélos en acier, des sacoches en cuir, des sonnettes en bronze, bref l'appât à bobo parfait. Je regarde le catalogue de présentation, ils vendent des tote bag avec leur logo (un mec a lunette avec une barbe) et je vois une photo d'un gros schnitzel allemand de 50 balais, avec une barbe jusqu'à sa poitrine tombante, habillé en salopette avec des sabots (des putains de sabots !) en train de téléphoner en souriant, tout en poussant son vélo devant un étal de légumes. Pas de doute, j'ai trouvé LA marque qu'il me faut. Aujourd'hui je rigole de cette photo, mais je suis sur qu'inconciament ça a penché dans la balance. je discute vite fait, j'apprends que cette marque est une filiale d'un groupe allemand qui a un stand juste à côté (pour cibler le truc, ce stand est un des plus gros stands de l'eurobike avec scott, specialized et shimano). Je fais le tour, j'ai JAMAIS entendu parler de ces marques (il y en avait 4, toutes des filiales du groupe principal). Je scrute les vélos, les spec, les prix. Bordel de merde c'est le catalogue kallkhoff mieux fourni, avec des tarifs parfois plus interessants ! Et ils ont même leur propre marque de pièces détachées sympa : selle en cuir, poignées en liège, petits accessoires et des copie conforme des schwalbe et cst anticrevaison. Je prends contact vite fait (pas évident vu que l'entreprise est basée "seulement" en allemagne, autriche, danemark, luxembourg, pays bas et italie). Je fais le tour de l'eurobike et trouve quelques autres fournisseurs intéressants, dont Vaude qui a une gamme textile et bagagerie ville vraiment pas mal. Bref, je rentre ultra motivé, relance tous mes contacts dénichés à l'eurobike et ceux que j'ai déjà par rapport à mon boulot, je trouve une boite qui aide les "créateurs d'entreprise" et je me lance plus que sérieusement en septembre. Premier entretien avec ma "chargée de mission", on fait la paperasse, elle me donne des devoirs ULTRA CHIANTS (prévisionnel, statistiques INSEE par rapport à la ville / au quartier, à peu près tous les chiffres possibles et imaginables autour du vélo). C'est une des parties les plus chiantes de la création : je maîtrise le sujet grâce à mon expérience, je sais plus ou moins que ça va marcher, mais je dois pouvoir le prouver par a + b et mon doigt dans son cul que mon projet est viable. Je trouve ça super relou, ça me prend un temps fou, mais ça me remet les pieds sur terre avec pas mal de remises en question. Novembre 2017 Le temps passe et le montage du dossier avance. Je commence à chercher un local et trouve la "perle rare". 120m² sur une surface rectangulaire sans cloison, à 2 pas de l'hyper centre, 15m linénaires de vitrines avec rideaux de fer, porte blindée et tout (important pour la sécurité ça, les shop de vélo sont très sujets aux braquages). Je fini mon dossier. Janvier 2018 Je me rematte mon prévisionnel de 2013 : ahah mais qu'est ce que j'étais con, sérieusement je me serais mis des baffes si je le pouvais, c'était la banqueroute assurée en quelques mois. Je prends RDV dans différentes banques pour le crédit, je préviens la proprio par mail que je pourrais bientôt prendre rdv chez le notaire avec elle. Je reçois un mail quelques heures après : elle a loué le local à quelqu'un d'autre, mais elle a un autre SUPER truc (en ruine, mal agencé, pas sécurisé et plus cher), si je suis intéressé. Passé les quelques jours d'envie de meurtre sale, vraiment très sale, j'ai eu un gros gros coup au moral. Avril 2018 je me remet à la recherche d'un local sans trop de motivation, me disant que j'ai raté la saison d'ouverture. Je dégote un local bien placé, dans une rue 'prometteuse'. Le local était sur 2 étages mais les proprios vont faire les travaux pour ne garder que le RDC. Je connais bien la rue, je m'y murge toutes les semaines chez mon pote caviste qui a des vins en biodynamie (rappelez vous, je suis bobo). Tous les jeudis il y a "apéride" avec des mecs qui font du fixie, bref une rue vivante. A l'époque il y avait un cinéma porno, un bar à pute, un sex shop, un video club orienté porno (mon local), une librairie spécialisée etc etc. Le petit pigale de Metz en gros. Et ya un coffee shop indépendant depuis 8 mois, qui fait un véritable carton, surfant sur les cafés bio équitable et les pâtisseries vegan sans gluten. Un véritable nichoir à bobos, ma parfaite clientèle. C'est "ze place to be" à Metz. Plus j'y pense, plus je me dis que le premier local était un mal pour un bien. Je suis 100 fois mieux situé, et le quartier est la nouvelle tendance du centre ville. Je relance mes fournisseurs, mais j'ai aucune réponse malgré plusieurs relances, de mes contacts pour la marque qui m’intéresse. en fouillant sur le net je me rend compte que la filiale du groupe, qui devait se développer en France a disparue, donc mes contacts ont sauté avec. Je tente un coup de poker, je contact les n+1, j'arrive péniblement à avoir un interlocuteur, bref ça avance pas. Mai 2018 : j'ai trouvé la banque pour le crédit (le banquier a accepté mon dossier avant même de parler avec moi, plutôt bon signe), je dépose le capital et attend mon kbis pour débloquer le crédit. J'ai posé ma rupture conventionnelle a mon boulot. Merde il me reste que 4 jours à bosser si je solde mes congés. Pas le choix, l'assos ne peut pas me payer les congés. Ma directrice m'a permis de devenir ce que je suis, je fais quelques jours de bénévolat pour bien terminer mon boulot. J'ai signé le projet de bail. Tout va bien. Juin 2018 : je ne bosse plus, solde mon mois et demi de congés, je vais à l'eurobike pour tâter le terrain, je rebave devant ces putains de nicolai, et j'ai un bon contact pour la marque que je veux ! le commercial de vaude se souvient de moi, tout va bien, je me dis que je vais ouvrir mi juillet début aout. 03 Juillet 2018 : 1er jour de "chomage", je dépose mon dossier d'immatriculation à la Chambre des métiers, (je devais attendre d'être chomeur pour prétendre à l'ACCRE, et au maintient de mon chomage pendant 2 ans). Dossier déposé, je dois recevoir mon kbis d'ici 2 à 3 semaines par courrier, à la maison. Je m'inscris à pôle emploi. je m'inscris au SPI (stage préparation à l'installation), obligatoire, qui coute 300 balles, dans une ville sidérurgique fantôme regorgeant de jean kevin et dylan-brandon de tellement vrai (il n'y avait plus de place dispo à Metz rapidement). J'y découvre une ville possédant plus de voitures sans permis que de vélos. Je n'apprends strictement rien pendant ce stage d'une semaine (ils apprenent à choisir ses statuts, à faire un plan prévisionnel et plan d'affaire, bref tout ce que j'ai déjà fait en étant accompagné...). Il y avait plus de la moitié des mecs qui ne parlaient presque pas francais, et qui disaient : moi batiment, moi micro entreprise 95% black. Semaine trèèèèèèèès longue. Mi juillet : je taille la haie de mon jardin, je nettoye la maison, je fais mon vrai tony michelli en attendant. j'attend mon putain de KBIS (immatriculation de la société), Kbis qui déclenche à peu près tout : le prêt, le bail, les comptes clients chez mes fournisseurs. Début aout : j'attends mon PUTAIN DE KBIS DE MERDE ! je vais à la CMA, qui a transmis le dossier au RCS le 6 juillet. Je vais au RCS qui m'a soit disant transmis le kbis par courrier. Connard, si je suis là, c'est que j'ai rien reçu. Bref il me fait une photocopie en 48 secondes. J'ai mon kbis, et il a été créé le 10 juillet... Je transmet tout à la banque, à l'agence immo, aux fournisseurs, tout va bien je prévois l'ouverture pour fin aout. Je passe les détails sur pole emploi qui n'a pas recopié les informations de mon attestation employeur, en me foutant agent de maitrise sans salaire, donc avec 0 indemnité, donc pas éligible à l'ACCRE et au maintient de mes indemnités. Mon local était sur 2 étages à la base. L'archi prépare les travaux pour la trémi et l'électricité (les proprios ne voulaient pas engager les travaux avant la signature du bail), tout le monde est en vacances, elle aura personne avant fin aout. Je prévois donc l'ouverture mi septembre. Entre temps je suis allé à la ville pour avoir mon "autorisation d'ouverture d'ERP" (établissement recevant du public). Tout bêtement je vais à l'hotel de ville, qui me redirige vers un autre lieu, qui me redirige vers un autre lieu, qui me redirige vers un autre lieu et en arrivant à l'accueil on me répond "c'est peut être ici oui, au bureau 40". (véridique !) Je prend les renseignements, on me donne 6 putains de cerfa de 50 pages, à remplir en 6 exemplaires avec plans de masse et plans métrés (véridique aussi). On me dit qu'il faut compter 1 mois avant d'avoir la réponse pour avoir l'autorisation. J'y retourne pour qu'on m'aide sur ces cerfa (en gros, un cerfa peut servir à 50 000 trucs différents, mais moi j'ai rien compris à ce que je dois remplir) personne à ce fameux bureau 40. J'y retourne une 3em fois et trouve enfin le bon interlocuteur. Il me dit qu'il n'y a que 2 cerfa à remplir, un plan métré, nom, prénom, autographe et ciao bisou. J'y vais donc une QUATRIEME PUTAIN DE FOIS avec mon dossier, tout fier d'avoir rempli correctement, je dépose à la secrétaire : "ah non monsieur, il nous le faut en 3 exemplaires, avec un plan de masse." Je rentre chez moi, dégouté, énervé, j'envoie tout balader, je vois rouge, j'ai hâte de me retrouver en face de quelqu'un pour l'insulter, gratuitement, sans raison, sauf à me soulager. Je trouve quelqu'un, je lâche mes nerfs, ah bah c'est ma copine, alors qu'elle a rien demandé. On va chez Ikea l'après midi pour acheter les caissons de cuisine pour faire le comptoir et l'atelier. Les plans de travail sont plus dispo, il y a des trucs en commande (bordel ikea qui a pas de stock, la blague) , j'ai atteins le plafond de ma carte bleue pro donc je peux pas tout acheter, et en rentrant la voiture commence à couiner salement sur une roue. Je m'arrête au frein à main en plein milieu d'une rue déserte. Ma copine balbutie "j'y suis pour rien moi". J'explose de rage, les nerfs lâchent, ya ptete des larmes qui ont coulé je ne me souvient plus trop, donne des coups de pieds dans les roues, parce que tout le monde sait que taper sur un truc, ça le répare . On rentre dans un silence glacial, je me pète la tête le soir pour évacuer tout ça. Bref la journée de trop à oublier. Le lendemain avec une bonne gueule de bois, mon dossier est ENFIN passé à la mairie, et le mec me sort dans le plus grand des calmes : de toute façon, c'est juste pour dire aux yeux de la ville que vous existez légalement, rien de plus. Vous pouvez ouvrir avant, ya pas de soucis. Il a de la chance, ma gueule de bois m'empèche de prendre la hache de secours pour lui fendre le crâne. Je contacte mes fournisseurs, et ma banque pour debloquer le prêt : 4 mails sur 5 me reviennent avec un message automatique "OLOL CHUI EN VACANCES BATARD, NIQUE TA MAMAN LE BOULOT JUSQU EN 2057" Début septembre : je peins, je coupe de la palette, je soude, je peins, je peins JE PEINS PUTAIN, j'ai un tableau électrique niquel grâce à un electricien qui a bossé comme un chef (il y avait 4 alarmes, toutes alimentées dont je n'avais pas le code, dont une à tachygraphe car mon local était une bijouterie dans les années 50 et l'étage + le sous sol reliés à mon tableau), mon plafond est propre, je peins et JE PUTAIN DE PEINS ENCORE. J'ai un local de 90m², j'ai l'impression d'avoir tapé 4 ares de murs à la peinture blanche. J'enchaine les rdv avec mes fournisseurs. J'ai volontairement laissé mes vitres transparentes, et la porte grande ouverte. J'ai posé mes "trophées de chasse" et ma lampe en roues de vélo dans ma vitrine. Toute la journée des gens s'arrêtent prendre des photos, et certains rentrent en me demandant ce qu'il y aura. Je suis un pêcheur. J'ai posé ma ligne, j'attend que ça morde pour férer. Ya plein de gens qui viennent me voir en me disant qu'ils ont entendu qu'un bouclard allait ouvrir et ils voulaient des précisions,y compris des commerçants du quartier. 2 journalistes locaux des 2 plus gros journaux de la région sont rentrés à l'improviste et m'ont déja interviewé (je suis en photo dans le journal !) alors qu'ils faisaient un reportage sur "la rue gambetta" et sa renaissance en moins de 2 ans. bref, intérieurement j'ai un gros smile, et je me frotte les mains. La pêche est bonne ! J'ai un comptoir, un atelier, ça pue la peinture mais c'est propre. Le local est quasiment prêt, j'attend mes marchandises. Je reçois ma caisse le 20, l'ouverture et l'inauguration est prévue pour le 22 septembre. J'aurais du truc à bulles dégueulasse, et une tireuse à bière d'un brasseur local pour l'inauguration (oui je suis bobo, je vous l'ai déjà dit ?). Il est 00h41, je suis assis sur un vieux tabouret en feraille, l'ordi posé sur ma table en roues de vélo, j'ai arrété de bosser à 23h pour écrire ça. Demain j'y retourne à 9h, parce que je dois putain de peindre mon cul ma bite le dernier mur que je n'ai pas encore fait. Je voulais ouvrir en mars 2018, j'ouvre hypothétiquement le 22 septembre, je remercie ma copine qui a su me porter et m'a aidé à pas lâcher. Ah, j'ai oublié : j'ai reçu mon kbis par courrier il y a 3 jours... The end of the fucking création. En espérant que la suite aille niquel. Merci à tata Jeannine de m'avoir lu jusqu'au bout.
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