carlage a écrit :
Amis de la poésie bonjour.
J'ai fait (par hasard) la connaissance d'une femme au cours d'un déjeuner avec une association que j'ai rejoint il y a 2 mois. Premier contact visuel, premier sourire, du remous entre les boyaux. C'est direct, c'est ouf Le hasard (une nouvelle fois, décidément) nous amène à nous asseoir l'un à côté de l'autre sur une très grande table. Nous n'échangeons pas immédiatement. Je m'intéresse à ma voisine de droite avant de me tourner vers elle... "sava ?" Complicité immédiate, sa timidité s'estompe rapidement, un premier lien se tisse entre nous. Puis vient l'heure d'aller chercher à manger. Le concept de cet espace de restauration nous amène à devoir chercher notre repas parmi les différents restaurants répartis un peu partout. Je me lève, elle se lève. C'est beau. On se balade entre les allées, on regarde de quoi le déjeuner sera fait. Puis on se sépare quelques instants pour récupérer les plats commandés via un QR code sur nos malinphones. Et alors que je pensais la retrouver et m'assoir de nouveau à ses côtés. Je me rends compte qu'un homme a pris ma place sur le banc le long de notre table Elle avait pris soin de poser son manteau, pas moi...
Je mange de mon côté, j'essaye de me concentrer sur d'autres conversations. Et voilà qu'elle se lève plus tard pour poser son plateau sur l'espace dédié à la plonge. Elle passe dans mon dos, puis fait le chemin inverse et avec une audace que je ne reconnais pas chez moi je lui demande : "on va prendre un café ?"
Sa réponse sort d'elle-même : "Oui, avec plaisir."
Un instant de grâce s'infiltre d'un coup parmi ces conversations bruyantes qui nous entourent Brayf, on discute detoutderien jusqu'à ce qu'on trouve l'enseigne où on peut commander un café. Elle me pose des questions en chemin, s'intéresse à moi. Avant de retrouver la table, je lui suggère cette idée : "et si on s'asseyait côte à côte cette fois ?"
Un sourire, elle prend son manteau, quitte l'autre type qui ne la calculait en vérité pas, et se pose à ma droite. L'échange avec elle (et les autres) est fluide, agréable. Jkiffsamère. Je consulte mon téléphone, il n'y a plus qu'1% de batterie. Je lui fais part de cette information. Trente minutes plus tard, elle demande aux gens s'ils veulent un verre d'eau. Plusieurs doigts se lèvent. Je lui propose mon aide en bon gentleman que je suis Et devant la fontaine à eau, pendant qu'elle remplit les verres, je lui dis : "avant que je n'ai plus de batterie, je pourrais te demander ton numéro ?" Elle me sourit : "oui, tiens..."
Et voilà que le dej est plié. Je reste encore un moment car l'ambiance est toujours aussi chouette. Je lui enverrai un message demain. Une bise tout le monde. Ciao.
Le lendemain, j'attends une bonne partie de la journée avant de lui écrire. A 18h je prends une douche juste avant d'envoyer le message que j'avais soigneusement préparé. Et une fois secpropretoussa, je remarque qu'elle m'a elle-même envoyé un message Elle avait récupéré mon numéro sur le groupe WhatsApp de discussion. Je lui réponds une heure plus tard. S'ensuivent des échanges répartis sur les jours suivants. Jusqu'à une proposition de rendez-vous qu'elle accepte.
En milieu de semaine, on se voit dans un parc, puis dans une fondation juste à côté. On se balade, on discute bien, c'est fluide. Quelques échanges de regard qui (je crois) en disent long. Le hasard (encore???) nous amène à distinguer une petite maison qui propose un concert de guitare classique avec un groupe dans la demi-heure qui suit. On s'installe, c'est beau, c'est mélodieux, c'est romantique. On se regarde sans dire un mot et par intermittence.
Ensuite direction un bar. Elle commande un chocolat chaud, moi un thé. On est assis l'un à côté de l'autre, nos genoux se frôlent. J'ai envie de la prendre sur la table. On parle bouquins, sorties. Un détail : elle a lu énormément de livres de King, elle me propose de me prêter son préféré. Jesuissouslecharme.
Mais tututu pas trop vite, on se dit au revoir avec une simple bise. J'aimerais prendre le temps d'apprécier ce début de relation qui s'annonce fou.
De nouveaux échanges les jours suivants. On décide de se revoir vite : deux jours plus tard.
Une balade la nuit dans les rues de Paris. Elle connaît tout. Elle a un GPS intégré dans la tête. On entre dans des boutiques de livres, de jeux, de décoration. A un moment je lui dis : "Tu as froid ? Tu as les mains dans les poches..." Elle me répond : "Oui..." Un blanc. Je poursuis : "Je voulais dire... C'était pour t'inciter à la sortir." Elle me regarde avec un air interdit, puis sort sa main dont je me saisis pour marcher de cette façon avec elle. Je précise : "Mais si tu as froid, tu peux toujours la retirer..." Elle sourit, la garde serrée dans la mienne.
C'est bon, plus qu'à concrétiser maintenant.
Direction une crêperie, on mange. J'ai l'impression qu'elle boit mes paroles (en plus du cidre doux). On paye chacun notre part. Elle ne doit pas partir trop tard, son chat est malade.
Puis vient le moment fatidique : le au revoir au niveau du métro.
Elle me demande ce que je vais faire dans le métro : "écouter de la musique, lire sur ton portable ?" Ma réponse : "On verra bien..."
Le moment de la séparation approche. Une folle envie de l'embrasser... Mais juste avant je lui dis : "Je pourrais me permettre de te dire quelque chose ?" Elle m'interroge du regard. Et là pour la première fois de TOUTEMAPUTAINDEVIE je sors cette phrase qui m'a demandé un courage fou : "Tu es très belle." Elle sourit. Un silence. On va s'embrasser...
Sauf qu'un putain de détail me revient en tête. Un détail auquel je n'avais pas pensé jusqu'à ce jour, ni depuis bientôt 2 mois : j'ai laissé pousser ma barbe. Elle est hirsute, elle ne ressemble à rien. Elle risquerait de ne pas apprécier ce baiser, moi non plus.
Alors con comme un balai, je me contente d'une bise alors que tout était là, le contexte, l'ambiance, les regards. Tout. Il ne manquait plus que ça.
Jesuisunputaindemongolien Dans le métro, je prends la mesure de ma connerie. Je me rassure en me disant qu'on se reverra dans trois jours, un dimanche après-midi.
Le samedi, elle me dit qu'elle sera disponible plus tôt que prévu, dès le matin si je veux. Je lui propose alors de nous balader le long du marché en bas de chez moi, de déposer les courses chez moi (au moins le message est clair), puis de filer là où on avait prévu de passer l'après-midi. Je lui indique la station de métro.
Et là elle me répond : "Ca va être compliqué, mon métro ne marche pas le dimanche..."
Vraiment ? Je lui propose donc de me retrouver au niveau du tram. Et là soulagement : "Ok c'est bon ! A demain !"
Le lendemain matin, elle m'envoie un message d'excuse : "Mon chat est très malade, je préfère rester près de lui aujourd'hui."
Deuxième Elle est bénévole à la SPA alors ça se tient. Mais pourquoi ? Pourquoi nous infliger ça ? Téconeoukoi ?
Alors bref j'essaye de maintenir un lien entre nous. Les jours passent sans proposition concrète. Je lance une perche dont elle ne se saisit pas.
Elle en vient finalement à me proposer un rendez-vous pour aller dans un salon bien-être à Porte de Versailles. J'accepte, évidemment.
On se retrouve là-bas. Je sais qu'elle est monté dans un tram quelques temps avant moi. J'ai l'impression de lui courir après, par trams interposés.
Elle m'attendait sur un banc. Une bise et on se rend dans le salon. C'est blindé de monde, on se parle à peine. J'étouffe presque. Y'a une conférence sur la résilience dans une heure. Je lui propose d'y aller. D'ici là, on va dehors pour respirer un peu d'air frais. On monte des escaliers, on se pose sur un banc. Elle a l'air frigorifiée. Je pose ma main entre nous deux, juste à côté de sa cuisse. Sa réponse est sans appel : "Non, j'ai trop froid."
Troisième Franchement je n'y comprends rien. Soit elle a vraiment froid, soit c'est mort. En nous levant, j'essaye de la prendre dans les bras. Ca ne ressemble à rien, elle n'est plus réceptive. Je lâche cette phrase malgré moi : "J'ai l'impression que ça t'embête."
On va à la conférence. Elle garde un flyer entre ses mains. Je lui propose de le poser par terre. "Non, c'est bon, merci..." Bref c'est mort. Impossible de retenter de lui prendre la main.
En sortant, je lui demande si elle a un impératif horaire. "Non, pas vraiment." L'espoir renaît. "On va prendre un verre alors ?" Et là : "Non, j'ai beaucoup trop froid. Je préfère rentrer chez moi." Terminado. Je la raccompagne jusqu'aux vélibs. Je n'espère plus rien. Une dernière bise. Elle me tend d'ailleurs sa joue avec une certaine insistance. Le message est clair. Ciao.
On n'échangera presque plus rien les jours suivants. Je lui demande simplement si elle va mieux. Je lance une dernière perche pour se voir (soit pour la dernière fois soit pour relancer la relation) au cas où elle aurait été vraiment malade et affectée par le froid.
Elle me répond qu'elle est "très prise" dans la semaine. Feignant l'innocence, je lui réponds : "Dommage j'étais dispo mardi et jeudi soir. Qu'as-tu prévu de beau ?" Elle me dit tout simplement : "Voir du monde... Et toi ?"
Je réponds le lendemain : "Voir du monde "
Il s'agira de notre dernier échange.
Une rencontre curieuse, où au charme du hasard s'est mêlée une déception confondante. Je ne sais même pas quoi en penser. Tout se serait donc joué au moment du "Tu es très belle" ? A une barbe mal rasée ?
J'ai presque envie de pleurer.
Elle était belle, agréable, avec des qualités que j'apprécie.
Mais bon c'est la vie comme on dit. Merci aux courageux de m'avoir lu jusqu'au bout et à bientôt pour un prochain CR qui arrivera (je l'espère) bientôt
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