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«Nous sommes durs en affaires»
Cette issue a le mérite de clarifier la situation. Durant vingt-deux mois, les relations entre Fleur Pellerin et Arnaud Montebourg ont souvent été compliquées. Quand l'une s'employait à entretenir un dialogue de fond avec les entrepreneurs du Web, à raviver patiemment l'image de la France en matière de numérique à l'étranger, l'autre n'a manqué aucune occasion de se saisir des sujets les plus porteurs, pour imposer son style et sa vision sur le numérique.
En mars 2013, trois semaines après la présentation d'une ambitieuse feuille de route du gouvernement en matière de numérique préparée par Fleur Pellerin, Arnaud Montebourg envoie ainsi valser les dirigeants de Yahoo! venus négocier le rachat de Dailymotion. Le ministre ne goûte pas les plans de l'Américain, qui voulait purement et simplement avaler la «pépite» française. «Nous sommes durs en affaires», expliquera-t-il à la conférence LeWeb en décembre.
L'équipe de Pellerin, moins hostile à Yahoo!, absorbe une première fois les coups. Le scénario se répète lors du lancement de l'offre 4G de Free en décembre. Arnaud Montebourg s'en prend personnellement à Xavier Niel sur Twitter et l'accuse de siphonner les marges des opérateurs télécoms et de détruire des emplois. Il se distingue au début de l'année lors des négociations pour le rachat de SFR. Le ministre affiche alors son penchant pour Bouygues plutôt que pour Numericable et va jusqu'à annoncer le choix de Vivendi en avant-première. Du jamais vu.
Un secrétariat d'État au Numérique
Chaque fois, Fleur Pellerin et ses équipes font le dos rond. Asphyxiée, la ministre déléguée doit se positionner sur des sujets de second rang. Son grand œuvre aura été le lancement au début de l'année de la «French Tech», une grande initiative de soutien financier et de communication au profit des start-ups du numérique. Tandis que les coups d'éclat d'Arnaud Montebourg sèment la zizanie, la ministre déléguée récupère au passage la sympathie des entrepreneurs du Web. Ces #Pigeons de 2012, qui s'étaient élevé contre une hausse des taxes sur la cession de leurs entreprises, lancent le hashtag #keepfleur sur Twitter.
Tout n'est pas perdu. Fleur Pellerin pourrait conserver le Numérique à la faveur de la nomination d'une série de secrétaires d'État la semaine prochaine. Il s'agirait d'une régression dans le protocole, alors qu'une grande loi sur les sujets numériques est en cours d'élaboration. Dans cette configuration, la tutelle d'Arnaud Montebourg sur les sujets numériques serait encore plus claire. Sur Twitter, l'ancienne ministre déléguée a remplacé son ancienne fonction par des points de suspension, suivis d'un «#FrenchTech forever!».
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