Profil supprimé | Je commente directement la fin de ton commentaire, tes 2 centimes sont de qualité, ils me forcent à redire (car j'ai déjà fait gaffe à quelques une de tes remarques quand même, au final on se recoupe je pense) et approfondir mon point de vue. Notamment rappeler qu'il s'agit d'un point de vue sur ce que je pense être le point de vue de Malick: j'ai pas dis que j'étais du même avis (ça peut expliquer que je me revendique toujours athée, quoique je dise ), mais force est de constater que Malick est difficilement attaquable.
Et ça va me forcer (je ne fais plus de balise spoiler attention car après tout ce n'est qu'une analyse, et le film est sorti depuis pas mal de temps) à préciser en quoi je considère que ce film est un chef d'oeuvre : car il se place en amont de la Bible. Il ne prend pas la Bible pour quelque chose de bien a priori (au contraire on voit bien que chacun vit mal les sermons qu'ils ne comprennent pas) en essayant d'expliquer de force l'injustifiable ensuite (principalement le paradoxe 'Dieu est juste et bon' et 'il y a Job', son malheur est donc en fait un bonheur voyons. Je caricature, mais c'est un des bugs classique de la Bible qui fait répondre au chrétien mal à l'aise "les voies de Dieu sont impénétrables". Pas Malick.), mais bien en partant de Ce qui Est (la Bible appelle ça Yahvé, en fait une entité absolue comme tu le signales. Pas moi, d'ailleurs j'ai réfuté l'appelation "celui" qui est, car en fait j'assume une position beaucoup plus subjectiviste -mais identique ou presque à tous-, proche du sollipsisme m'a t'on reproché sur d'autres topics. Peu importe, c'est une représentation de Ce qui Est qu'on peine à contester, car assez fidèle) pour arriver à des explications type Bibliques.
Je ne suis pas sûr du tout qu'on puisse à partir de ce film seul dire que Malick est chrétien, car il ne dit pas que c'est une bonne explication. Et il fait fi des canons d'ailleurs. Mais on a quand même l'impression que c'est son point de vue, et l'Eglise serait folle de contester ce film (je n'ai pas encore vu de commentaires en émanent mais en gros je pense qu'elle va aller dans le sens du poil et tenter d'en tirer profit) car il va profond et on ne peut vendre un consensus en s'attaquant à aussi profond.
Gros Boulet a écrit :
Par contre, "Dieu" est quand même considéré comme une entité à part entière, dont l'existence est avérée, et même si sa "parole" n'est pas humaine, elle n'en est pas moins un discours. Et la Génèse relate quand même: "Puis Dieu dit: Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. Dieu créa l'homme à son image, il le créa à l'image de Dieu, il créa l'homme et la femme."
A contrario, dans le film de Malick, "Dieu" lui-même n'est jamais montré comme une entité spécifique, et ce que l'on voit peut aussi bien être interprété comme une "parole divine" que comme des images mentales (en provenance de Jack - et comme Jack a eu une éducation chrétienne (et connaissant le Livre de Job), cela peut orienter ces images mentales vers un contenu proche de telles allégories). J'ai plutôt eu l'impression que The Tree of Life relate un parcours, un questionnement - qui est celui de Jack/Job, mais pourrait aussi avoir été posé par n'importe qui (et pas forcément un croyant, d'ailleurs) - de ce fait, le film reste en partie ambigü sur l'existence du divin (est-ce une entité externe, agissant sur le monde, ou une production de l'esprit humain?). Ce flou relatif fait que le film pourra être pris et interprété de façon diverses selon les publics.
J'aurais également tendance à dire, étant donné que le film lui-même s'écarte assez fortement du canon (la création de l'univers n'est pas du tout celle de la Génèse, chère aux créationnistes usuels), qu'il ne faut pas le prendre au pied de la lettre mais aussi sous un angle allégorique.
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Donc voilà, Malick fait fi du canon (il l'attaque même!) mais en même temps ne contredit jamais la Bible. Soit parce qu'il est chrétien, soit parce qu'au minimum il fait l'effort de ne pas aller à l'encontre, et au contraire de montrer comment selon lui on peut voir la manière dont Dieu s'exprime. Au regard des versets mis en préambule, je pense sincèrement que les quarantes minutes contemplatives sont à comprendre comme l'explication de comment Dieu prend la Parole (ou du moins de pourquoi dans la Bible des gens en sont arrivés à dire qu'une entité parlait. C'est vrai que Malick, fidèle au vrai monde, ne révèle jamais l'entité. Sauf que Malick la suggère beaucoup quand même.) et quels sont ses arguments (principalement, ce qu'on appelle la Grâce, donc je ne l'ai pas oublié du film J'appelle Grâce, notion de "Don de Dieu" ou expression de la puissance divine, l'argument de l'entité dans le livre de Job. Evidemment quand Ce qui Est donne son 'argument', c'est pas un argument de grenouille de bénitier, ça claque et c'est assez pertinent. Et tout le film veut faire passer cette notion, qu'elle émane d'un dieu ou pas finalement.)
Mais je maintiens qu'il reste fidèle aux fondamentaux de la Bible. Par exemple tu cite le passage "Dieu créa l'homme à son image" comme si Malick s'inscrivait en porte-à-faux de cela. Je ne pense pas, il reflète le paradoxe qu'il y a déjà dans la Bible entre ça et présenter justement une super-puissance qui rappelle que Job, enfant de Dieu est "sans intelligence" en comparaison. L'omniprésence de la répétition des schémas entre le fils et son père ou le fils et son Dieu (ou toute personne et toute personne - il y a aussi avec son frère etc. - et toute personne avec Dieu - le regard de Brad Pitt, qui joue sincèrement un rôle qu'il a fui de toutes ses forces, est saisissant), le fait qu'on le considère d'abord "menteur", qu'on lui reproche de ne pas suivre ses 'soit-disant' (je répète beaucoup ce mot) préceptes avant de se rendre compte qu'on est pareil, ça témoigne que Malick cherche à rester fidèle à ce constat qu'on se voit à l'image de Dieu. On vaut pas mieux que lui à tout le moins, et pouvons peut-être tout autant.
Je l'ai dis je m'efforce de suivre ici ce que je pense être le point de vue de Malick comme Malick s'efforce de suivre le point de vue de la Bible. Je suis pas sûr que Malick soit si bon chrétien que cela, si ça se trouve son truc c'est une oeuvre de l'arrogance de Ainsi Parlait Zaratoustra qui reprend les astuces de la Bible pour mieux faire tomber le Canon. Simplement là où Nietzsche y allait fort, plutôt destructif, et a suscité des réactions négatives de l'Eglise, Malick vise sournoisement un large consensus et à la limite le Canon de l'Eglise, actuellement faible, préférera concéder de se plier un peu que de prendre le risque de l'affronter.
Donc le point de vue de Malick correspond à ce que je pense peu ou prou (questionnement existentiel etc., on a toujours à peu près les mêmes réponses) simplement il m'apparait comme théïste et comme il est pas mal fait du tout oui ça m'ébranle. Je respecte, et j'ai toujours respecté le panthéïsme. Simplement ça m'apparait comme 'descriptif' - c'est peut-être pour cela que ce film apparaît panthéïste, car un film est descriptif -, alors qu'au final nous le construisons Ce qui Est (à nouveau pas de contradiction avec la Bible, Jésus se présente comme "Je suis", faisant référence au sens premier de Yahvé). Donc le panthéïsme classique même s'il laisse l'avenir ouvert est selon moi un peu fataliste, et donc par exemple si ça se finit comme the Tree of Life - compréhension que chacun se pose les mêmes questions tout seul, on se rejoint, on se comprend, on se pardonne - il n'y a aucun mérite même si ça passe par nous. Je préfère considérer que rien n'est inscrit, que le cap nous nous le donnons et espérer qu'on arrive à la même fin. Ca ne change rien au final -si on reprend un point de vue descriptif-, c'est juste plus stimulant et moins embrouillant . En ne perdant pas de vue que nous ne sommes pas les premiers sur ces sentiers, et donc à la fois on ne les conquérira probablement pas et en même temps on peut être confiants (car après Job vient un plus grand bonheur nous dit-on depuis la nuit des temps)
Gros Boulet a écrit :
Comme je le disais plus haut, Yahvé reste une entité, même si cette entité est inommable et d'une nature autre.
Dans le film, on voit surtout la nature à l'oeuvre, comme d'ailleurs on verrait un spectacle. Certes, il reste cette lueur qui apparaît dans le film, qui pourrait être une tentative de représenter "Dieu", mais pourrait aussi être autre chose (une forme de borne symbolique, façon monolithe? qui représenterait plutôt la conscience/la vie, plutôt que "Dieu"?).
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Cf. au dessus, déjà dans la Bible YHVH est par nature quelque chose qui s'oppose à être nommé ou confondu avec une idole, Malick ne fait qu'y rester fidèle et s'appuie sur cette tradition (hébraïque, d'autres religions auraient fait l'affaire). On ne sait pas ce que pense Malick.
Gros Boulet a écrit :
Les personnages du film sont chrétiens, et Malick l'est peut-être aussi. Par contre, les allégories utilisées dans le film sont celles de l'Ancien Testament, donc communes aux trois "religions du livre". Enfin, les questions de la justice et du mal sont communes à un certain nombre de religions, il n'y a pas vraiment de monopole d'une religion sur ces questionnements (ce qui fait que le film touche un public potentiellement plus large, y compris des athées et des agnostiques).
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Je pense même que ça flatte trop l'ego des chrétiens pour s'adresser à eux, et ça doit déranger plus qu'autre chose (car il y a en reproche que tout le "discours" de l'Eglise et des bons chrétiens échoue. Certes il a pris un bon sermon pour son passage -alors qu'en pratique les curés sont souvent mauvais-, mais quand même ce sermon, comme son film -qui a un style 'sermon' lui-même d'ailleurs-, ne prend sens que tard (je me retiens fortement de dire trop tard ). En gros systématiquement ils vont se réfugier dans l'excuse d'avoir compris pour ne pas comprendre, tandis qu'un athée lui doit défendre ses positions, et l'attaque ne plaisante pas .
Et en effet, comme c'est en amont de la Bible ça touche un public universel. Il y a quand même un effet de culture, car c'est plus facile de percevoir le point de vue de Malick quand nous sommes de Louisiane et avons entendu 100000 fois les sermons sur Job sans les comprendre jusqu'à en avoir besoin que quand on est Bouddhiste au Tibet et nous sentons moins en phase. Il y a un effet rétroactif de la connaissance des images Bibliques (tu l'as dis toi-même je crois, je sais plus quand), et en somme une société post-théïste prendrait le film différemment. Mais si on se croit post-théïstes, au fond intrinsèquement on reste les mêmes que ceux qui ont inventé la Bible, et donc ça nous dérange et touche au but. En tout cas ça dérange.
Gros Boulet a écrit :
J'ai plutôt l'impression que ce choix ne découle pas d'une analyse fine de la Bible (car, justement, "Dieu" s'exprime par une parole...). Mais plutôt du choix d'un plus haut niveau d'abstraction, qui laisse plus de pistes d'interprétation. Dans un film véritablement biblique, l'existence du divin aurait été montrée comme une évidence, alors que dans The Tree of Life, c'est plutôt Jack qui trouve "son" dieu.
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Complètement d'accord, je te dis j'ai en fait une conception très subjectiviste (mais relativiste, i.e. les hommes sont grosso modo identiques depuis toujours, même si les connaissances et les sociétés évoluent et grandissent). Conception que j'essaie de ne pas trop trahir quand j'essaie d'écouter Malick, donc je la retiens. Au final je reproche peut-être à Malick d'être plus panthéïste, pandéïste (ce que tu m'appelles quoi ) qu'il ne l'est, mais en tout cas il ne tombe pas dans les écueils qui vont avec. Je trouve qu'il joue un peu avec le feu et reste méfiant quand les autres utilisent les impératifs (j'y viens, j'ai lu ton post...), mais comme il le fait bien je lui fait confiance.
Donc là encore on est en amont des religions, sur le comment on trouve 'son' Dieu. Comme tu le dis c'est commun à toutes les religions, au moins celles qui nient l'idolâtrie d'autre chose que YHVH, Ce qui Est et qu'on ne peut confondre avec aucun nom ni symbole ni représentation. (donc les trois grandes religions monothéïstes) Ca vise large, très large.
Gros Boulet a écrit :
Sur ce point là, d'accord. Et la réponse est alors à trouver en soi et par soi, non à travers autrui (et c'est bien ce que montre le film, à mon avis - et aussi ce qui le fait sortir d'une dimension "biblique" ). Au passage, les religions ont souvent pour but de donner des réponses toutes faites à ces questions, et non à inciter à se questionner...
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J'y viens! C'est ce que j'appelle jouer avec le feu...
Gros Boulet a écrit :
Moui.
Ou tout simplement, pour montrer l'insignifiance des hommes par rapport à l'univers et la Nature... pour mieux, ensuite, montrer que ces hommes sont bien signifiants.
D'un certain point de vue, la "réponse" de "Dieu" au questionnement de Job est de toute façon malhonnête. Si on considère que "Dieu" est omniscient et omnipotent (comme dans la plupart des religions monothéistes), alors "Dieu" n'est pas soumis aux mêmes contraintes de priorisation des tâches que nos consciences - et de ce fait, l'argument d'insignifiance ne tient pas (car "Dieu" peut micromanager avec une efficacité infinie - et comme "Dieu" est un ingénieur parfait, il est capable de construire un système sans défauts ); quant à l'argument d'autorité, ce n'est avant tout qu'une façon d'esquiver les débats. La seule réponse satisfaisante aurait été d'affirmer la nécessité du mal, de la souffrance, et de l'aléatoire (parce qu'elle permet de sélectionner les justes, qui seront récompensés plus tard par le paradis: vision religieuse classique, ou le "mal" est relatif car compensé par un bien à venir; parce que son existence conditionne le libre-arbitre: vision pas forcément religieuse, car il n'y a alors pas de compensation).
(Au final, d'ailleurs, Job est récompensé... et la religion prévoit bien le paradis pour les justes. Donc leur souffrance éventuelle est au fond limitée, car temporaire).
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C'est ma conception du livre de Job, Ce qui Est y commis une sorte de crime qu'on ne peut nier. Simplement on peut se faire avocat de Dieu, et Malick le fait très bien.
Déjà Ce qui Est est puissant, présent partout, Malick nous le montre, mais en même temps il est mis en parallèle avec le papa. Au sens où oui Papa est suffisamment fort pour protéger fiston de Léviathan le garnement du coin, mais ça n'empêche pas que de temps en temps quand Papa détourne le regard Léviathan mord un coup. Question alors : désillusion sur la toute puissance de Papa (il aurait pu l'empêcher, pourquoi ne l'a t-il pas fait), ou Papa considère-t-il cela comme important pour nous, pour qu'on grandisse? Mauvaise question, Papa est au mieux là pour nous expliquer qu'il faut justement prendre bien le truc, tant pis si on s'est pris un coup, ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort etc. etc. Par contre de là à croire qu'on ferait mieux que Papa (c'est ce que les versets de la Bible disent en sous-jacent, et Malick y va sans pitié dans la deuxième partie du film), c'est une grave erreur qui nous expose à grande chute et là Papa nous met en garde, et il a pas tort (il interdit pas, il met en garde. Si on va à l'encontre de Ce qui Est, Ce qui Est va nous envoyer bouler, c'est un peu sa nature profonde, c'est pas sa faute).
Donc en mise en garde, contre croire pouvoir définir et faire le Juste facilement et croire qu'on a des remparts (sermon dans le film) et croire qu'on peut juger les autres et que leurs malheurs vient de ce qu'ils ont mérité alors que ça arrive à tout le monde (les amis de jobs, ou dans Malick la confusion entre personne qui boîte et personne qui s'est fait arrêtée), et en mise sous les yeux bienveillante mais presque forcée des choses belles, de la Grâce au beau milieu de "la tempête", le rappel que Ce qui Est vaut pas moins que Job et mérite d'être admiré même s'il en a mis plein la gueule à Job, le livre de Job est assez positif en tant que prise de parole de Ce qui Est. Enfin Malick en est un bon avocat.
Affirmer la nécessité me paraît au contraire une mauvaise réponse (je quitte Malick, et d'ailleurs ça reste un point qui me dérange) au sens où non, justement c'est trop facile (et le 'mensonge' est trop gros) de dire que ces malheurs sont nécessaires, s'ils arrivent ils sont le fait des choses et on y peut rien, et mieux vaut s'appuyer dessus, mais on doit se donner comme cap de les éviter, et Job ne souhaiterai pas ce qui lui est arrivé à ses pires ennemis. Donc Dieu se retient d'infliger à ses 'amis' la même chose, et se contente de considérer comme l'exemple de Job suffisant, voir déjà trop.
Gros Boulet a écrit :
... donc en fait, c'est loin d'être évident, vu que ça présuppose qu'on ait suivi ce genre de questionnement.
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Malheureusement... Je faisais dans la figure de style, car au fond c'est 'évident' (dans le sens où ce n'est rien de plus que Ce qui Est) mais pourtant on ne peut s'empêcher de passer à côté, et justement trouver cela évident ou penser avoir compris sont le meilleur moyen pour minimiser Ce qui Est déjà énorme. Je ne fais pas exception, je m'efforce juste de mettre les projecteurs sur les mécanismes qui font qu'on détourne le regard, car mettre les projecteurs sur ce dont on détourne le regard ne sert à rien. Comme ça "l'argument" de l'évidence comme minimisation ne m'est plus opposable.
Je pense avoir réglé la question. N'empêche tu remarqueras qu'on a beau avoir à peu près la même analyse, on s'accuse bienveillamment de pleins d'écueils.
Gros Boulet a écrit :
Ca peut se défendre, mais AMHA le film ne parle pas que de ça. Le questionnement sur la "grâce" est au moins aussi important. Ce que tu relates, c'est plutôt le questionnement sur la "nature", l'homme étant donc soumis aux lois de la nature/l'univers (qu'on y mette ou non du religieux, d'ailleurs - j'aurais même tendance à croire que la non-existence de "Dieu" dans la création de l'univers rend l'homme bien plus minuscule et insignifiant; on notera que la Bible est très centrée sur... l'homme, être vivant central et singulier). Mon impression, c'est que la "grâce", elle, est une construction humaine (ou des êtres vivants, cf. la scène des dinosaures...), et c'est cette capacité, ce regard, qui magnifient la vie (pas la "nature", pas "Dieu", pas "Ce qui Est", etc...).
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La Grâce est l'argument de Ce qui Est, et il faut le suivre, c'est évident.
Gros Boulet a écrit :
Pas vraiment d'accord. C'est un film sensoriel et fragmenté, certes, mais qui se prête (comme n'importe quelle oeuvre) à l'analyse. D'autre part, ça ne me paraît pas être un film "à message", ou en tout cas pas un film ayant la réponse de "Dieu" à Job comme message principal. L'importance est davantage dans le questionnement et le parcours intérieur que dans la réponse (alors que Job, être insignifiant face à Dieu, n'aurait même pas dû se poser ces questions... ). Et se focaliser uniquement sur Job fait ommettre la question de la grâce.
Ne pas oublier non plus que la voix off est celle de Jack, pas celle d'un narrateur (et donc, pas celle du cinéaste). Jack remet en cause et questionne le Père/la Nature/Dieu (métaphore claire)... entre temps la grâce traverse le film.
Mes 0.02€. 
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Oui ça se prête à l'analyse, d'ailleurs c'est construit, il s'est attaqué à un chantier mystique qu'on croit toujours sans analyse possible, alors que visiblement il sait le reconstruire. Mais tu reconnaîtras que Malick ne pouvait espérer réussir l'impossible, c'est à dire faire passer universellement une chose qui ne veut pas, ne peut pas, être essentialisée, l'existence. La preuve est que tu lui reproches d'être un "Grand Film Malade", c'est à dire un truc proche du Chef d'Oeuvre, mais avorté, bancal et incompris. Alors oui il est incompris consciemment, mais on pouvait s'y attendre, et donc le film est tout sauf bancal de ce point de vue, il prend acte et vise sans vergogne l'inconscient dans le rythme des questions, pour faire écho et se légitimer, et des réponses, pour les imposer.
Je termine, et j'attaque sur la fin du film qui est évidemment magistrale. Je remet les balises spoilers pour le coup, alors que comme je l'ai dit la fin est juste évidente en regard du questionnement que présente le film
Spoiler :
Après les questions viennent les réponses. Lapalisse commence son laïus, mais la fin est monumentale. A mon très humble avis
Le film montre Sean Penn dans son questionnement existentiel. Comme tu le dis, forcément il aboutit à SES réponses, différentes du canon mais pas si loin, et on incarne Sean Penn (donc le rythme du film correspond à ce personnage, pas le cinéaste, bien que hein, Malick est derrière ). Et là est la mise en abyme la plus splendide et la plus dérangeante de tout le film. C'est à vérifier, mais j'ai noté que la voix off passe soudain des questions aux impératifs, les réponses. C'est ce que j'appelle jouer avec le feu.
Malick a montré (prouvé en somme) l'utopos, ce nulle part angoissant dans lequel Sean Penn erre seul, et comprend que tout le monde y erre seul à un moment ou un autre, avec accès au présent et au passé (les morts notamment), et forcément ce nulle part n'appelle qu'une réponse, qu'un cap : un autre nulle part, une utopie, où convergent les gens. Evidemment on pense à la réponse Biblique, à l'Au-Delà, mais rien ne dit que c'est ça. On sait juste que c'est une Utopie, que certains ne la voyant pas sur Terre (c'est une Utopie, normal...) la voit dans un après la mort, mais c'est juste une formulation qui a émergée il y a longtemps, rien ne dit ici en quoi consiste cette Utopie de convergence. C'est juste la réponse naturelle à l'utopos d'errance, et les blablas de "Communion" sont une autre voie bien terrestre de s'approcher de cette Utopie.
L'exact reproche qui est fait tout le long du film, de nos analyses constitue l'unique réponse : les discours (et même l'expérience passée) sont incapables d'épargner l'épreuve du questionnement. Il n'y a rien de fondamentalement compliqué entre l'utopos de l'errance et l'utopos de la convergence : juste une porte, mais évidemment Sean Penn reste circonspect avant de la franchir. Il lui faut suivre une guide (on ne sait pas qui sait, sans doute un événement codéclencheur de la reminiscence, comme sa femme qui serait morte me suis-je dis en voyant le film... peu importe).
Car le questionnement est nécessaire et sain (sinon on ferait très mal...), mais il est évident qu'un questionnement existentiel, c'est-à-dire une tentative de nommer l'existence depuis le monde des mots, n'arrivera jamais à cerner l'existence. Il y a un moment où il faut, sous contrôle de son questionnement quand même, s'appuyer sur l'Etre pour faire avancer : imposer des images sous les yeux des gens (Malick), arrêter les questions et passer aux impératifs (Sean Penn). Assumer ce qui a fait naître les religions, faire son propre Canon et le confronter au Monde. Epargner le questionnement non pas en le retraçant, mais en étant au fond sournois et guide, si possible pas mauvais guide (maïeutique Socratienne, le questionnement est guidé, ou carrément impératif Docte et Ecclésiastique, par exemple "N'ayez pas peur", seul moyen crédible de lever des angoisses et des tétanies -et non une dissertation sur pourquoi la peur il faudrait mieux s'en débarasser -)
Et boucler la boucle: on voit comment les religions ont émergé, ce sont les réponses des anciens, on voit qu'on emprunte un sentier, mais on ne sait pas si les religions sont vraiment la bonne réponse. Pourtant on arrive à la même grosso-modo, a posteriori.
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J'évalue ça au prix d'une place de ciné, soit environ 5 euros . |